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Kheops

À la fin des années 1980, la scène rock française regorge de groupes actifs dont la trace discographique reste aujourd’hui ténue. Kheops appartient clairement à cette catégorie. Le groupe ne semble avoir laissé derrière lui qu’une poignée d’enregistrements, mais ceux-ci suffisent à attester d’une activité réelle et d’un parcours typique de ces formations qui vivaient avant tout par la scène et les réseaux indépendants.

La discographie du groupe reste extrêmement réduite. Elle s’articule autour d’un premier 45 tours autoproduit paru vers 1987, avec « Fierté Orgueil Virilité » en face A et « Against The Worst » en face B. Ce disque constitue aujourd’hui la trace la plus visible du groupe. Il sera suivi d’autres enregistrements au tournant des années 1990, notamment un single comprenant « Les Fleurs Coupées », ainsi qu’un album publié en 1990 simplement intitulé Kheops. Ces sorties, aujourd’hui recensées dans les bases discographiques spécialisées, confirment que le groupe a dépassé le stade de la simple démo pour tenter une véritable existence discographique, même si ces pressages semblent avoir circulé dans des quantités très modestes.

Comme beaucoup de groupes de cette période, Kheops se construit d’abord sur scène. À la fin des années 1980, le réseau des concerts – MJC, petites salles, festivals locaux – constitue la principale infrastructure pour les groupes rock français. Les disques servent surtout de carte de visite. Tout indique que Kheops appartient pleinement à ce circuit, accumulant les concerts et cherchant progressivement à transformer cette activité scénique en véritable projet discographique.

Tout porte à croire que le groupe évolue dans l’environnement parisien ou en région parisienne. Les membres évoquent eux-mêmes les difficultés liées au manque de petites salles dans ce secteur, un problème bien connu des formations locales de la fin des années 1980. Cette implantation correspond aussi au paysage musical auquel Kheops semble appartenir : celui d’une scène encore très fragmentée, où coexistent héritage post-punk, influences new wave et émergence d’un rock français qui commence à se structurer.

Les références musicales évoquées par le groupe dessinent un spectre assez large. L’ombre de formations comme The Cure, U2 ou Bauhaus plane alors sur toute une génération de musiciens européens, tandis que le groupe français Marc Seberg représente l’une des tentatives les plus singulières d’adapter ces influences au paysage hexagonal. Kheops semble s’inscrire dans cet espace intermédiaire, sans revendiquer une appartenance stricte à une scène précise.

Ce positionnement reflète assez bien le moment particulier que traverse alors le rock français. À la fin des années 1980, la frontière entre rock indépendant, rock alternatif et circuits plus institutionnels reste encore mouvante. Certains groupes commencent à franchir le pas vers les majors, comme La Mano Negra ou Les Négresses Vertes, tandis que d’autres continuent à évoluer dans un réseau parallèle de labels modestes, d’autoproductions et de fanzines. Kheops se situe manifestement dans cet entre-deux, à un moment où les perspectives d’enregistrement commencent à s’ouvrir mais où la scène demeure le principal moteur de visibilité.

L’autoproduction de leur premier 45 tours illustre bien cette situation. Pour de nombreux groupes de l’époque, presser un simple constitue à la fois une carte de visite et un pari financier. Le disque circule dans les concerts, chez quelques disquaires spécialisés ou par l’intermédiaire des fanzines. Mais l’énergie nécessaire pour gérer ces aspects logistiques pèse souvent sur des musiciens qui préféreraient consacrer leur temps à jouer et à composer.

Le nom Kheops lui-même semble avoir été choisi davantage pour sa force évocatrice que pour un programme esthétique précis. Avec le recul, il évoque presque involontairement la construction progressive d’un groupe qui s’édifie patiemment dans l’ombre : concerts, maquettes, autoproductions et tentatives discographiques modestes. Comme beaucoup de formations actives dans les marges de la scène rock française de la fin des années 1980, Kheops n’a laissé que peu de traces visibles. Pourtant, derrière ces quelques disques et les témoignages dispersés dans les fanzines de l’époque, apparaît le portrait d’un groupe pleinement inscrit dans l’écosystème musical de son temps : celui d’un rock qui se vivait d’abord sur scène, bien avant de survivre dans les archives.

Sofa Chérie

 Parmi les groupes fantômes de la synth-pop française des années 80, Sofa Chérie occupe une place idéale : un nom parfait, un 45-tours unique, quelques passages par les tremplins régionaux et une poignée de traces dans la presse locale. Le reste relève de l’archéologie provinciale. Originaire de Compiègne dans l’Oise, le groupe apparaît au début des années 80 dans le circuit classique des formations new-wave de province, entre MJC, concours rock (Méru, Laon), concerts régionaux et compilations territoriales. Sofa Chérie est ainsi retenu pour la compilation "Rock en Picardie", produite pour Virgin par Michel Zacha, passage obligé de la scène picarde de l’époque.

Un article de presse daté du 24 septembre 1983 permet de fixer une première photographie du groupe, alors en pleine mutation. On y trouve Jye Esko à la guitare et au chant, Eric Wimsberg à la batterie, Alain Gonains à la basse, Jean Lemoine aux synthétiseurs Roland et Yvoire aux synthétiseurs Korg et au séquenceur. Le texte mentionne aussi une chanteuse précédente, Myo, dont le départ entraîne le passage de Jye Esko au chant principal et un virage plus mélodique et électronique. Autre détail révélateur de la porosité des scènes locales, le bassiste Alain Gonains rejoindra brièvement un groupe nommé Les Hommes Virils.

Sofa Chérie s’inscrit pleinement dans la seconde vague new-wave française : après le choc initial punk et post-punk, les groupes régionaux intègrent synthés, séquenceurs et esthétiques froides. Le dispositif du groupe, avec deux claviers et séquenceur, le place clairement du côté synth-pop plutôt que rock. La presse locale parle d’une musique « rapide, sexy, aux mélodies capiteuses », citant un cocktail Ultravox, Stranglers et Bauhaus, imaginaire très caractéristique de la new-wave provinciale du moment.

Deux ans plus tard, Sofa Chérie ne laissera qu’un unique témoignage discographique, le 45-tours Soupçons d’Amour / A.S.A.S., paru en France en 1985. Aucune autre sortie, réédition ou suite n’est connue. La formation exacte de l’enregistrement n’est pas documentée avec certitude, mais elle dérive très probablement du noyau de 1983, au minimum autour de Jye Esko et Jean Lemoine.

Après 1985, Sofa Chérie disparaît des radars, suivant une trajectoire classique des groupes new-wave régionaux français : quelques années d’activité locale, un single autoproduit ou diffusé confidentiellement, puis la dissolution sans album. Aucun membre n’a laissé de trace discographique notable sous ces noms par la suite, ce qui renforce le caractère fantôme du projet. Sofa Chérie illustre ainsi parfaitement cette couche intermédiaire de la new-wave française, ni stars nationales ni amateurs isolés, mais groupes structurés, équipés et ambitieux à l’échelle régionale. Leur histoire passe par les tremplins, les compilations territoriales et la presse locale, aujourd’hui principales sources de mémoire. Un canapé, quelques synthés et beaucoup d’espoir : Sofa Chérie appartient à cette géographie intime de la pop française des années 80 où la modernité passait aussi par Méru et Compiègne.

Je me souviens de nous (1)

J'ai eu le plaisir de participer aux deux Revues Thésaurus publiées par le camarade Claude Picard. Dans le premier numéro, j'ai écrit un long article sur Cérémonies, dans le second, c'est de ma carrière musicale dont il était question. Bien sûr, vous pouvez vous les procurer ici-même. Le temps a un peu passé depuis ces publications et il est temps de partager ces monuments journalistiques avec mes lecteurs adorés !

 

Avec le recul, parler de Cérémonies, c’est entreprendre un voyage introspectif et faire un retour sur mes années de formation puisque, d’une certaine façon, j’ai participé à cette aventure musicale. Bien sûr, vous vous demandez, « What’s the fuck… C’est quoi Cérémonies ? » S’ils avaient une « entrée » dans Wikipedia ça pourrait donner quelque chose comme « Cérémonies est un groupe rock français et new-wave qui a été en activité de 1983 à disons… 1989. » Je ne suis plus très sûr et Franck War (le chanteur du groupe) que j’ai interviewé pour écrire cet article non plus. D’ailleurs, je le remercie d’avoir partagé ses souvenirs et ravivé les miens.

Ces années ont mis la touche finale à mon éducation musicale à une époque où Joy Division n’était pas encore une marque distribuée par H&M. Juste un précieux secret partagé par quelques aficionados. Si vous connaissez le groupe de Ian Curtis, vous avez sans doute fait le rapprochement avec une de leurs plus belles chansons (selon Franck War). C’est également le chemin des studios de répétition que m’a ouvert Cérémonies. Avec eux ou plutôt grâce à eux, j’ai pu exprimer cette irrésistible envie de « gratter sur une guitare électrique » sans vraiment savoir jouer.  Mon avenir et « ma carrière professionnelle » ont également été liés à certains membres du groupe puisqu’ensemble nous avons « entrepris » et créé deux studios de design graphique. De Joy Division à Peter Saville, il n’y avait qu’un pas que nous avons franchi sans sourciller. Avec l’arrivée de la micro-informatique (et de la PAO), nous avons appliqué le « Do It Yourself » chers aux punks à un métier qui n’avait quasiment pas évolué depuis la fin des années 60. Ensemble, nous avons créé Bleu Petrol (en hommage aux Bleus de Matisse et à That Petrol Emotion) puis Public’Image Factory avec PIL et…. Factory Records comme ultimes références. En mode autogestion, bien sûr. J’ai donc eu la chance de rencontrer ce groupe et son entourage proche qui se moquaient de ma provenance sociale. Pourtant issu de la petite bourgeoisie intellectuelle, ces purs produits de la Banlieue Est m’ont ouvert les bras (sans trop poser de questions). Et même si mon prénom composé pouvait paraître suspect, J’étais là, avec eux, point. 

L’histoire du groupe se divise en 2 époques distinctes musicalement. D’abord une période « batcave » (comme on disait à l’époque, le mouvement gothique en étant à ses balbutiements) portée par l’influence des ténors du genre : Joy Division (toujours et encore), Killing Joke, Bauhaus… Et plein d’autres. Puis après un changement de guitariste, le groupe s’est émancipé et a lorgné vers une pop de qualité, quelque part entre Marc Seberg et Gamine. Le choix d’une référence comme Marc Seberg n’est pas fortuit puisqu’une rencontre Anzia - Cérémonies a bien eu lieu, initiée par le camarade Édouard proche de Marc Seberg et bientôt ami intime de Philippe Pascal. Cette rencontre aurait pu déboucher sur une production et un album digne de ce nom. Mais de l’aveux même de Franck, le groupe avait surtout envie de s’amuser et l’ascétisme du guitariste collait mal avec l’énergie déconnante des quatre copains de Rosny. Anzia exigeait un travail sérieux et constant ainsi qu’un aller-retour Rennes/Paris payé par le groupe pour assister à cette rencontre. Une exigence qui manquait franchement de classe (et d’une certaine générosité). Comme le faisait aussi remarquer Franck, la fine équipe n’était pas prête à franchir le pas et faire de la musique une profession. C’est peut-être ce qui a manqué au groupe pour atteindre un début de notoriété. Ça et un batteur qui joue « carré » et au click.

Très vite, je me suis revendiqué président de leur fan club.  Ce n’était pas une « posture » naïve façon faire-valoir mais bien un vrai coup de foudre pour leur musique et l’univers poétique de leur chanteur. Un univers, au départ, un peu emprunté : le baiser de la mort (cher à la mafia), Hiroshima, Verdun et la Guerre de 14, la folie, les trains de banlieue… Presque des passages obligés pour tout amateur de new-wave française de ces années-là. Mais, très vite, Franck s’est mis en tête d’explorer ce qu’il était : un juste mélange entre dépression et légèreté. Avec en toile de fond des histoires d’amour beaucoup trop grandes pour lui…. Et pour nous. Car Franck, à travers ses « lyrics », parlait aussi de nous, de cette incapacité d’être à deux, ni tout seul. Ou plus simplement de ce Syndrome de Peter Pan sur lequel nous construisions, alors, nos vies. Nous étions jeunes pour l’éternité. Ses chansons étaient comme un blues blanc et sophistiqué spécial beau gosse. D’ailleurs, Franck War avec sa tête de « BG » apportait un charisme un poil hautain à Cérémonies. Un charisme qui fascinait et qui permettait de « choper » plus facilement. Du genre : « Oui, le chanteur, c'est mon pote. Je t’offre un verre ? ».  Mais cette attitude qui masquait une forme de timidité, souvent, aussi… Repoussait. A cela, il fallait ajouter un sens de la vanne plutôt aiguisé qui a pu parfois jouer en leur défaveur. Cet art de la vanne est mon héritage de ces années-là. Je l’ai appris à leur contact et transmis à mon fils qui, à son tour, se défend plutôt bien !

Comme pour le Bromley Contingent des Sex Pistols, tous ceux qui comme moi, gravitaient autour du groupe se sont auto-proclamés membre du BSS Kontingent… BSS pour « Bois Sans Soif ». A n’en pas douter, la bringue et l’alcool furent des points d’ancrage pour cette petite « troupe », puis, comme pour tant d’autres, la drogue s’est invitée à la fête. Des drogues très année 80 pas « festives » pour un sou, d’abord sniffées puis injectées par le plus impliqués. Ceux qui ne sont pas morts d’overdose ont plongé dans un alcoolisme compensateur. Finalement, l’âge venant, certains BSS ont dû affronter maladies psychiatriques et autres affections chroniques. Presque 40 ans après, les cimetières se sont remplis et se remplissent grâce à nous. Et ça ne va pas s’arranger. Dis comme ça, on a l’impression de plonger dans l’univers morbide des junkies de Burroughs (ou des alcoolos de Bukowski). A l’époque, nous pensions que nous avions une véritable grandeur d’âme à nous mettre systématiquement « minables ». Nous étions des « princes » à l’image d’Henry Chinaski au comptoir du Golden Horn (que nous avions remplacé par celui du Piano Vache). Nous partions à l’assaut des catacombes ou des toits de Paris, systématiquement bières à la main juste après l’apéro dinatoire. En réalité, cette méthodique opération d’autodestruction s’est faite dans la joie et la bonne humeur.  Sans douleur, du moins sur le moment, toujours en rigolant. Et puis, il nous fallait donner corps à certaines chansons du groupe comme « Les Chiens de l’Enfer » qui emprunte son titre à un poème de l’écrivain et poète destroy californien cité précédemment. Finalement, à force de vannes, de glande et de légèreté nous avons raté l’ascenseur social et personne dans mes relations proches peut se vanter, aujourd’hui, de « siéger au Comex » ou d’avoir reçu la légion d’honneur. Au moins, nous n’avons fait que ce que nous voulions… A commencer par rigoler et faire la fête.

La saga de Cérémonies permet de corriger une idée reçue sur le rock français de ces années-là. Lorsque l’on relit la presse musicale de l’époque, le rock français semble à se réduire à deux possibilités : le rock à la Rolling Stones (de Téléphone et de ses multiples dérivés) ou le rock façon punk new-yorkais (et « arty ») lorgnant parfois vers un funk blanc (Casino musique, Go Go Pigalles) avec option textes à messages en français (Higelin ou Bashung). A l’époque, nous étions déjà persuadés que l’énergie bouillonnante d’un Téléphone ne pouvait compenser la vacuité de leurs paroles pré-adolescentes … Allez, tous en cœur : « Un jeeeu neeuhhh  sais quooiii qui me laisseuuuu connnnn ». Rien ou très peu pourtant quant à ces groupes influencés par ce qui se passait en Angleterre. Rien sur une underground riche et multiple, dark et violente. D’après Franck, c’est peut-être la faute aux journalistes alors en poste. Des journalistes déjà vieux, ayant connu (et adoré) les années 70 et ne s’appuyant que sur leurs propres références musicales pour critiquer. Une génération qui croyait dur comme fer à l’unique influence d’un Bowie ou d’un Lou Reed quand on faisait du rock. A la limite, les New-York Dolls ou le MC5. Il faudra attendre la déferlante rock alternative pour que l’incroyable richesse de la scène française soit enfin visible et exposée par les médias. Cérémonies a traversé cette vague alternative sans changer de cap, sans sourciller. Cérémonies était déjà un vieux groupe. Il n’a jamais été question d’accordéon ou de néo-réalisme français à la Léo Ferré dans la new-wave épique du groupe.

Cérémonies, c’est l’histoire de 4 copains de lycée, quelque part du côté des cités de Rosny 2 et Montreuil qui vont mettre leur goût et leur énergie en commun pour créer un répertoire original ne comprenant qu’une ou deux reprises bien senties (Joy Division ou Bauhaus). Ainsi, Lors de voyages linguistiques en Angleterre, Franck ramènera des disques alors inconnus dans l’hexagone puis, plus tard, avec ses camarades de jeu, prendra une carte de fidélité chez New Rose pour trouver la perle rare, la nouveauté qui tue. Bref, le terreau musical sur lequel le groupe construira et évoluera. Dans le désordre (et de souvenir) PIL, Stiff Little Fingers, Outcasts, Bollock Brothers ou Jean-Jacques Burnel et les Stranglers mais aussi du reggae à la Mickey Dread ou Dr Alimentado (l’influence des Clash) voir de la « variété » un peu plus « light » comme Jo Boxer, Woodentops et New Order.

Cérémonies n’est pas apparu d’un seul coup, comme une évidence, il est le résultat d’une évolution, d’une maturation qui commence en 1979 par une première formation punk, l’Affrontement. On notera l’influence des Clash qui accompagnera toute l’histoire de Cérémonies plus d’une façon idéologique que musicale. Gordon à la guitare, Franck à la basse, Commandant à la guitare et Bosniak à la batterie. Un seul ampli pour reprendre le quator. Personne n’a vraiment envie de chanter et c’est finalement Franck – qui a le meilleur look punk - qui s’y colle. Le groupe dégote un local de répétition complétement gratuit (la salle des fêtes commune dans la cité). Ah oui, j’oubliais, dans la bande des Cérémonies, on pouvait (devait ?) se retrouver affublé du surnom qui va bien : Gordon (car Hervé aimait le gin), Piepp’ (Car Jean-Jacques était pompier d’entreprise), Commandant (après son passage dans l’armée), Bosniak, Adolphe, Iggy, Zaza, Camisole, Pachi, Dicav’, Coco et puis plus tard Quick et moi-même Marcotin… Et plein d’autres. Donc de l’Affrontement naitra un déjà plus sérieux Stygmat avec Gordon à la basse et les frères Boubich’ (Commandant et Bosniak). Puis le deux partiront fonder Ordonnance Karmélites. L’arrivée de Bruno à la batterie et de Piepp’ à la guitare permettra de distribuer définitivement les rôles avec, bien sûr, Franck au chant et Gordon à la basse. Gordon qui, il y a peu, a dû quitter le vaisseau amiral (et à qui je dédie ces quelques lignes). 

J’en profite pour partager un grand moment « gordonnien », bière à la main lors d’une fête de jour de l’an dont nous avions le secret. Après une longue discussion, nous étions finalement tombés d’accord sur le fait que « quand on pisse debout et qu’on ne voit plus sa bite, il est temps de maigrir ». Dont acte, je pense à toi Gordon et j’essaie de perdre du poids. Gordon avait un réel don pour la guitare électrique à quatre cordes. Il développera un vrai style personnel et son propre son très influencé par la maestria d’un Peter Hook. Ce talent achètera à vie notre admiration ébahie. Un AVC plus loin, seul à Grenoble, il devait arrêter la pratique de son instrument fétiche, cloué sur un fauteuil roulant, parlant difficilement et n’ayant plus la force de soulever une basse ...

Réseau d'0mbres

Parmi les formations cold-wave française des années 80 ayant laissé une trace durable sans jamais véritablement émerger au-delà du réseau fanzines-concerts-k7, Réseau d’Ombres mérite qu’on s’y attarde.

Le groupe voit le jour en 1983 à Laval, sous l’impulsion de Pierre-Louis Lamballais, alias Ernst, qui officie au chant et aux synthés. Il est rapidement rejoint par les frères Jean-Marc (basse) et Pierre-Yves Hamard, alias Karl, à la batterie. Le trio s’inscrit alors dans une mouvance post-punk minimale, nourrie de références allant de Kraftwerk à Suicide, en passant par Killing Joke ou Bauhaus. On pense aussi, par moments, à ce que faisaient des formations comme Asylum Party ou Little Nemo — sans pour autant que le groupe suive leur trajectoire.

Le parcours discographique de Réseau d’Ombres est court, mais relativement dense. Une démo 6 titres voit le jour dès 1983, pressée à 100 exemplaires. S’ensuit une cassette live, Ireos, enregistrée entre Laval et Lorient, qui documente bien l’intensité du trio sur scène. En 1985, ils sortent leur premier 7 pouces (Mirrors / Instants) puis un LP, Sotcha, via le label Kool. Deux ans plus tard, en 1987, ils publient un maxi 12″ intitulé Axe, et enfin leur second album, Faction, en 1988, chez Les Délires de J&B / Organisation Records.

Le groupe se dissout dans la foulée, sans bruit, mais en laissant derrière lui une poignée de titres qui circuleront longtemps sur bandes, entre passionnés de la scène cold française. Pourtant, le groupe ne reste pas totalement invisible : une trentaine d’articles leur sont consacrés dans la presse spécialisée de l’époque, et un passage à la télévision régionale (FR3 Bretagne) vient confirmer qu’ils avaient dépassé le cercle des seuls initiés. Leur esthétique sombre et synthétique leur vaut un petit public fidèle, surtout dans l’Ouest, sans pour autant percer plus loin. On les retrouve parfois sur des compilations ou dans des playlists de fans de cold obscure.

En 2014, le label grec Eirkti réédite la cassette Ireos en LP. Une reconnaissance tardive mais bienvenue, saluée par quelques amateurs comme un document rare de la scène cold française. L’énergie brute et la sincérité des enregistrements live donnent à ce disque une saveur particulière, très représentative d’un certain esprit 80s fait de débrouille, d’intuition et de tension synthétique.

Après leur séparation, Pierre-Yves Hamard poursuivra un temps la musique au sein de La Ruda Salska, groupe de ska/rock plus en lumière dans les années 90. Quant à Ernst, il avait déjà joué auparavant dans Km-55, une autre formation cold de la région lavalloise. 

Voici un premier extrait de leur single sorti en 1985 ! 

Bauhaus 1919

Avant de s'appeler Bauhaus, le groupe s'est brièvement appelé Bauhaus 1919. Ce live datant de 1979 témoigne  de cette première époque. On y retrouve, cependant, tout ce qui fera la beauté de cette formation goth et glam. Et notamment, un répertoire d'exception dont ce "Bela Lugosi's Dead" qui reste un incontournable du genre !

Bauhaus, le retour !

J'ai déjà publié 2 raretés de Bauhaus, ce magnifique groupe gothique glam. Voici un remix de "Terror Couple Kill Colonnel" qui apparaît sur la face B du single du même nom sorti en 1980 sur 4AD. Le groupe est à son top et ce single fait suite à la sortie de leur hymne "Bella Lugosi's Dead". 

Myself In The Mirror

Ah Classé X... La new-wave de qualité faite en France. On sent que le guitariste lorgne un peu vers le glam de Bauhaus et que le chanteur a bien écouté Joy Division. Dommage que le chant en anglais ne soit pas à la hauteur... Car, du coup, on a l'impression qu'il y a beaucoup d'attitude et finalement assez peu de ressenti. Mais ne gâchons pas notre plaisir...

The Jazz Butcher

Les Jazz Butcher est un groupe originaire de Bristol formé par Pat Fish et Max Eider en 1983. En 2000, le groupe s'arrête puis reprend du service en 2012. En plus d'une discographie plutôt fournie, la formation a eu d'incessants changements de personnel et a compté dans son line-up deux anciens Bauhaus : David J. et Kevin Askins. Si les Jazz Butcher n'ont jamais eu de vrais grands succès, ils incarnent à la perfection un certain esprit indie de ces années-là : qualité, bonnes références et son impeccable. J'ai trouvé cette reprise live de John Cale (extraite d'"Helen Of Troy") sur une compilation d'Abstract magazine sortie en 1985.

Kick In The Eye

C'est par une reprise faite par Cérémonies de cette chanson que j'ai découvert Bauhaus. "Kick In The Eye" est un de leur classique et leur plan proto-soul de basse donne toute l'énergie à ce tître !

Bauhaus

Bauhaus est une de mes grandes passions adolescentes que je n'ai pas eu la chance de voir sur scène. Pourtant, il y a plus d'un an, grâce à une reformation tardive, j'avais en main les tickets pour enfin voir "live" ceux qui ont su si bien fusionner glam, goth et new-wave. Oui, mais voilà... Le covid est passé par là. Je dois ce choc musical à Cérémonies et Franck (encore une fois) qui reprenaient parfois "A Kick In The Eye" en live et avec qui j'ai eu le plaisir d'écouter pour la première fois "Bela Lugosi's Dead". Là, j'ai choisi leur reprise du tube de David Bowie : "Ziggy Stardust". Je dois avouer que je n'ai jamais accroché sur David Bowie et ce quelque soit sa période. Pour le Noël 77, en pleine vague rockabilly, mon frère m'avait offert "Heroes" que je n'ai jamais pu écouter complétement. Même si j'avoue avoir apprécié le son si particulier de cet album. Mais, je ne sais pas... Ziggy Stardust à la sauce Bauhaus, ça m'a toujours parlé. Et puis grâce à eux, j'ai aussi découvert la fameuse école allemande de Weimar qui a changé notre design quotidien. Et ça aussi, ce n'est pas rien.

La mélodie de Cérémonies

Toujours extrait du concert d'Aix-en-Provence en 1987, voici un morceau de Cérémonies que j'ai eu du mal à identifier. C'est plutôt une bonne nouvelle car je pensais avoir fait le tour du répertoire du groupe. D'ailleurs, je n'ai toujours pas retrouvé leur reprise de Bauhaus : "Kick in the Eye". Reprise fondatrice pour moi, puisque c'est ainsi que j'ai découvert cette formation glam et new-wave. Merci à Cérémonies, donc. Pour en revenir au dit morceau et en tendant l'oreille je l'ai appelé  "La Mélodie (du mélodrame)". Un très bon titre bien dans la lignée des autres morceaux du groupe. Le crobard qui illustre la vidéo a été réalisé par Marc-André et est utilisé sur une des affiches du groupe.
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Dernière démo 87/88 de Seaton

Et de 4 ! Voici la dernière démo de Seaton extraite du sobrement intitulé "Studio 87/88". Je sais que mon ami David (chanteur du groupe) déteste que l'on compare mais dans ce cas précis, la guitare de Toto Ringelstein m'a fortement fait  penser au glam gothique de Bauhaus. Peut-être le son, peut-être la façon de jouer, anyway... Ici s'achève la comparaison. Encore une fois, ce "Yellow Fever" est intense et habité, laissant un peu de côté la qualité de la mélodie. Qu'importe. On sent la fièvre monter ! Comme toujours, la photo qui illustre la vidéo est l'œuvre de Fabrice Plas.
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Cérémonies avec ou sans s (et sans accents)


Cérémonies est un groupe à part. New wave et batcave, ils m'ont fait découvrir tous les classiques du genre : de Joy Division à Bauhaus, en passant par Siouxsie et les Cure. Voici la face A de leur single auto-produit (enregistré au Studio DB le 8/12/1984). à une époque où il était compliqué de réaliser soi-même. Franck, le chanteur, a réalisé la pochette et pour avoir été en classe (de Pub) avec lui, je me souviens du long process : Letraset, image extraite d'un livre d'art sur Paris... Etc. Cérémonies a beaucoup joué dont en première partie de Cock Robin à l'Olympia, avec les Garçons Bouchers (lors d'un de leur premier concert), au Gibus, au Chat Bleu à Bordeaux, à Marseille... Etc. Ils répétaient un temps au Parking 2000, pas très loin de Tanit, Panik LTDC avec les Traffic Diams et autres Garçons Coiffeurs... Etc. Toute une époque !