En direct de Belgique, voici Marie-Marie et son "Do You Do You Brush Your Teeth ?" du punk d'exploitation signé Jay Alanski, le fameux chanteur, compositeur, producteur qui a travaillé - notamment - avec Marie-France, Jill Caplan ou Julien Clerc. Intéressant, aussi, de noter qu'un groupe canadien (Suzy & The Dentists) reprendra également cette gentille ritournelle punk. Marie-Marie a-t-elle défendu en live cette curiosité sortie sur une major ? Je ne le pense pas...
Marie-Marie
Marie Et Les Garçons
Pour parler de Marie et Les Garçons, il faut revenir à Lyon au mitan des années 70, à un moment où la ville commence à bouillonner d’une énergie neuve, encore bricolée, encore maladroite, mais déjà tournée vers ailleurs. Le groupe naît d’un noyau de lycéens qui jouent d’abord sous le nom de Femme Fatale, avant de trouver sa forme définitive autour de Marie Girard et Patrick Vidal. Très vite, quelque chose se met en place qui dépasse le simple cadre d’un groupe local : une urgence, un goût pour les rythmes secs, les guitares tendues, et cette façon d’attraper l’air du temps sans chercher à le polir. On entend dans leurs premiers morceaux l’ombre portée de Velvet Underground, une élégance nerveuse qui n’est pas sans rappeler Roxy Music, et un sens du riff minimal qui fait penser à The Seeds, mais rien de tout cela n’est jamais de la citation servile : c’est plutôt un langage commun, réinterprété avec les moyens du bord et une vraie personnalité.
Le premier single, “Rien à dire”, sort sur Rebel Records, ce qui suffit déjà à inscrire le groupe dans une cartographie très précise de la contre-culture française de l’époque. Le nom du groupe, soufflé par Marc Zermati, sonne comme une évidence et installe d’emblée une petite mythologie, à la fois simple et légèrement décalée. Peu après, l’histoire prend un virage new-yorkais : le groupe enregistre là-bas et bénéficie du regard bienveillant de John Cale, ce qui n’est pas rien quand on vient de la scène française encore balbutiante en matière de punk et de new wave. Le single “Re-Bop / Attitudes” paraît alors, lié à l’écosystème de ZE Records, et cette parenthèse américaine donne au groupe une visibilité et une couleur internationale qui tranchent avec l’image souvent provinciale qu’on collait encore à la scène lyonnaise.
La suite est plus heurtée, presque symptomatique de l’époque. Le départ de Marie Girard entraîne un changement d’identité, le groupe devient Garçons et s’oriente vers une musique plus dansante, plus marquée par le disco, ce qui déroute une partie de ceux qui avaient suivi les débuts. L’album Divorce cristallise cette mue et, sans être un échec total, il laisse l’impression d’un rendez-vous manqué, comme si l’élan initial s’était partiellement dissous dans les contraintes du moment. La séparation arrive peu après, presque logiquement, et l’histoire se referme au tout début des années 80, non sans laisser derrière elle quelques disques qui continuent de circuler sous le manteau et dans les bacs des collectionneurs.
Avec le recul, ce qui frappe, c’est moins la brièveté de l’aventure que sa justesse. Marie et Les Garçons n’ont jamais été un groupe de stades ni même un groupe de charts, mais ils ont incarné un moment précis où la pop française a cessé de regarder seulement Paris pour se nourrir aussi de ses marges et de ses villes. Leur trajectoire raconte à la fois l’enthousiasme, les illusions et les virages parfois abrupts d’une génération qui découvrait qu’on pouvait faire du rock autrement, en français ou presque, avec trois accords, une idée claire et l’envie d’en découdre avec le présent. C’est sans doute pour ça que leurs morceaux tiennent encore debout aujourd’hui, non pas comme des reliques, mais comme des instantanés d’une époque où tout semblait possible, même de partir de Lyon pour aller enregistrer à New York et revenir avec des chansons qui, malgré leurs aspérités, continuent de respirer.
La disparition de Marie Girard en 1996, à seulement quarante ans, a jeté une lumière encore plus fragile et mélancolique sur l’histoire du groupe. Avec le temps, elle est devenue une figure presque fantomatique de cette scène lyonnaise de la fin des années 70, associée à une énergie brute et à une promesse restée en suspens. À l’inverse, le parcours de Patrick Vidal a pris une tournure inattendue mais finalement assez logique : il s’est reconverti en DJ et est devenu une figure reconnue de la nuit parisienne, notamment derrière les platines du Le Palace, temple éphémère mais mythique des années 80. Ce glissement du punk et de la new wave vers la culture club raconte aussi quelque chose de l’époque : la même génération, les mêmes corps en mouvement, mais d’autres machines, d’autres rythmes, et une autre façon de faire danser l’urgence. D’une certaine manière, les trajectoires opposées de Marie et de Patrick prolongent l’histoire de Marie et Les Garçons au-delà de leurs disques, entre disparition prématurée et réinvention, comme deux faces d’un même moment de bascule.
Marie-Marie, la face b
Voici la face B de l'unique single de Marie-Marie, toujours écrit par Jay Alanski. "Grasshoper" est beaucoup moins punk et finalement assez... inintéressant !
Houlala (le Acid Amnesia Remix)
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Un post spécial Noël
Là, je fais d'une pierre deux coups. C'est (bientôt) Noël et j'aborde pour l'occasion Marie-France (et Lio). Marie-France, l'égérie de la nuit parisienne, la diva trans et reine punk de l'Alcazar. En l'occurence, une autre relation de l'ami Edouard (manager de Mademoiselle Arnaud et ami de Philippe Pascal). En 1981, Marie-France a fait un magnifique album avec Bijou qui depuis est entré dans la légende du rock and roll français. Il lui faudra plus de 30 ans pour s'en rendre compte et rejouer en live son chef-d'œuvre. Marie-France est passée encore une fois à côté d'un succès "massif" qu'elle appelle de tout son personnage finalement aussi punk que Juliette Gréco. Pas grave, on lui doit un paquet de bons moments, même si l'ensemble reste un poil décousu. Difficile, dés lors, de trouver du rare ou de l'inédit... du fait de son peu de production, sur la longueur ! Je suis tombé par hasard sur cette reprise des Ronettes qui n'apparaissait pas sur la version originale du LP "A Christmas Record" mais uniquement dans sa réédition CD (sortie chez ZE records et produit par le trouble Michel Esteban). Pour cette chanson de Noël, on a droit à un rassemblement, façon girl group, de Lio, de sa sœur Helena Noguerra et de Marie-France... Pour notre plus grand plaisir !
Lisa-Marie
J'ai appris avec tristesse le décès de Lisa-Marie Presley, la fille du King. A part avoir été la fille du King, à part avoir enregistré deux albums plutôt dispensables (même si elle a collaboré avec le génial Richard Hawley), à part avoir fait la une des tabloïds grâce à d'étranges mariages (Michael Jackson ou Nicolas Cage), Lisa-Marie n'a pas fait grand chose. Si ce n'est faire la fête et être victime d'une abyssale dépression. Pour autant, sa disparition m'a fait de la peine car il est toujours humainement impossible de vivre dans l'ombre d'un autre, d'un géant, d'un dieu. Du coup, j'ai repensé à cette chanson de Bijou que je croyais (avec la distance) être un hommage... En la redécouvrant, j'en suis moins sûr !
Halteroflic et Ici Paris
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The Blasters
Au tournant des années 80, alors que Los Angeles bruisse encore des secousses du punk et de ses prolongements les plus fiévreux, un groupe de Downey s’emploie à rappeler que la musique américaine ne commence ni avec les Ramones ni avec MTV. Formés en 1979 autour des frères Phil et Dave Alvin, épaulés par le bassiste John Bazz et le batteur Bill Bateman, The Blasters surgissent sur la scène californienne avec un programme simple et presque anachronique : jouer, à très haut volume et sans vernis nostalgique, un mélange organique de rhythm’n’blues, de rockabilly, de country et de blues, qu’ils baptisent sans détour « American Music ». Dans les clubs de LA où se croisent punks, rockab’ et amateurs de roots, leur réputation se forge d’abord sur scène : tempo implacable, guitare tranchante, voix râpeuse de Phil Alvin et science déjà redoutable de l’écriture chez Dave Alvin, qui aligne des chansons semblant sorties d’une Amérique mythique mais bien réelle, faite de radios frontalières, de Cadillac poussiéreuses et de nuits sans retour.
Leur premier album American Music (1980) pose le manifeste, mais c’est surtout le suivant, The Blasters (1981), qui cristallise l’instant : un disque tendu, direct, où « Marie Marie » et « Border Radio » sonnent comme des standards exhumés plutôt que composés. Contrairement à beaucoup de groupes du revival rockabilly de l’époque, The Blasters ne jouent pas à se costumer en années 50 ; leur musique est contemporaine, nourrie de l’énergie punk et de la conscience historique du folk et du blues. Cette position singulière les place au croisement de plusieurs scènes : ils partagent l’affiche avec X ou The Gun Club, croisent Los Lobos, et deviennent une référence pour toute une génération qui, de la Californie aux circuits alternatifs américains, cherche une voie entre tradition et urgence électrique. Évidemment, si je suis fan de X et de toute la scène de Los Angeles, les Blasters me font un effet tout particulier puisqu'ils renouent avec le rock and roll originel que j'ai toujours vénéré ! Leur passage dans le film Streets of Fire en 1984, où ils incarnent un groupe de bar devant un public de bikers, n’est pas un clin d’œil mais presque un documentaire : c’est exactement là que vit leur musique, dans ce territoire interlope entre mythe américain et culture underground.
Les albums Non-Fiction (1983) et Hard Line (1985) prolongent l’élan avec une production plus large, mais l’équilibre initial commence à se fissurer : Dave Alvin, principal compositeur, s’éloigne peu à peu, avant de quitter le groupe en 1986 pour une carrière solo qui fera de lui l’un des grands conteurs de l’Americana moderne. La première période de The Blasters se referme alors, laissant derrière elle une poignée de disques qui n’ont jamais vraiment cherché le succès massif mais ont profondément marqué la cartographie des musiques américaines alternatives. Dans les années 80, alors que l’industrie redéfinit le rock à coups de synthés et d’images, eux réaffirment qu’une autre modernité est possible : celle qui consiste à rejouer le passé au présent, sans fétichisme, jusqu’à ce qu’il redevienne dangereux.
Aujourd’hui encore, leurs chansons circulent comme des classiques sans âge dans les répertoires roots, cowpunk ou alt-country, et l’on retrouve leur empreinte chez des artistes aussi divers que Dwight Yoakam ou toute la scène Americana des décennies suivantes. Mais c’est peut-être sur leurs enregistrements live du début des années 80 que l’on mesure le mieux ce qu’était The Blasters : non pas un groupe revivaliste, mais un groupe de rock’n’roll américain au sens le plus large et le plus littéral, celui qui relie les juke-joints du Sud aux clubs punk de Los Angeles. Dans cette continuité souterraine que documente Bouloup, ils occupent une place particulière : celle d’un pont tendu entre la mémoire et l’électricité.
Des notes de Marie-Madeleine
Marie Et Les Garçons en concert
Voici des images en concert de Marie Et Les Garçons. Des belles images sans le son correspondant, ce qui est dommage !
Houlala (3)
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Les Plaies Mobiles
Voici en direct de Montpellier, un bon groupe punk, les Plaies Mobiles qu'il ne faut pas confondre avec une fanfare des beaux-arts portant le même nom. Fondé en 1986, la formation est née des cendres des Garçons Sages. Le groupe comprend Thierry au chant, Jean à la batterie, Serge à la guitare et au sax et jean-Marie à la basse. Le groupe a pas mal tourné (à Montpellier mais aussi à Marseille) et même fait la première partie de la Souris Déglinguée. Voici la face A de leur 45 Tours autoproduit sorti en 1989 et qui est un hommage décalé et punk à Vanessa Paradis.
Lloyd Cole
S’il fallait choisir un seul dandy lettré pour incarner une certaine idée de la pop anglaise des années 80, ce serait sans doute Lloyd Cole. Né en 1961 à Buxton, dans le Derbyshire, Cole a d’abord étudié la philosophie et la littérature à l’université de Glasgow avant de se lancer dans la musique. De cette formation universitaire, il gardera le goût des citations, des références, des figures complexes – qu’il glissera avec élégance dans ses textes, sans jamais tomber dans la prétention. C’est à Glasgow, au début des années 80, qu’il forme The Commotions, un groupe de rock indépendant rapidement signé par le label Polydor. Le premier album, Rattlesnakes (1984), est un petit bijou de pop érudite et nerveuse, où l’on croise aussi bien Eva Marie Saint que Norman Mailer. Porté par des titres comme Perfect Skin ou Forest Fire, le disque devient culte presque immédiatement. Suivront deux autres albums avec les Commotions – Easy Pieces (1985) et Mainstream (1987) – un peu plus produits, un peu moins incisifs, mais toujours portés par l’intelligence mélodique et les textes acérés de Cole.
En 1989, le groupe se sépare. Lloyd Cole s’installe alors aux États-Unis, d’abord à New York puis dans le Massachusetts, et entame une carrière solo discrète mais constante. Son premier album solo, sobrement intitulé Lloyd Cole (1990), s’aventure sur un terrain plus rock, avec une production américaine typique du début des années 90. Il poursuit en 1991 avec Don’t Get Weird on Me Babe, un disque audacieux coupé en deux : une face orchestrale façon crooner postmoderne, et une face plus rock. On y entend déjà ce goût pour l’expérimentation discrète, loin des tendances, mais toujours dans une forme de classicisme exigeant. Au fil des décennies, Cole affine son écriture, s’oriente vers des ambiances plus acoustiques (Music in a Foreign Language, 2003), puis vers une folk-pop doucement ironique (Broken Record, 2010), avant de surprendre tout le monde avec un virage synthétique maîtrisé dans Guesswork (2019), où sa voix s’appuie sur des nappes électroniques glacées à la façon de David Sylvian ou Talk Talk. Ce tournant se poursuit avec On Pain (2023), produit par Chris Merrick Hughes (Tears for Fears), qui creuse la veine introspective et synthétique avec une élégance peu commune.
Lloyd Cole n’a jamais cessé d’enregistrer, de tourner, d’échanger avec son public via son site internet ou ses newsletters pleines d’humour britannique. On l’a même vu collaborer avec Hans-Joachim Roedelius du groupe Cluster pour un album ambient en 2004, preuve que ce faux classique, discret mais curieux, ne s’est jamais enfermé dans une formule. Ses chansons sont souvent peuplées de personnages désabusés, de figures littéraires, d’amours compliqués et de pensées sur le temps qui passe. Et malgré les changements de ton ou d’arrangements, on y reconnaît toujours cette voix légèrement traînante, un peu flegmatique, qui semble regarder le monde avec distance, mais aussi une certaine tendresse. Il faut dire qu’il a beaucoup compté pour nous. Ses disques ont vraiment accompagné nos vies, au fil des années 80 et des années 90. On l’écoutait tard le soir, seul ou entre amis, en quête de sens ou simplement pour le plaisir de ces chansons à la fois mélodiques, élégantes et touchantes. Ses mots, ses accords, cette façon si particulière de mêler ironie et émotion, ont marqué durablement notre rapport à la pop.
Cole fait partie de ces artistes qui n’ont jamais cherché à revenir sur le devant de la scène, mais qui ont su construire un lien durable avec ceux qui les écoutent. Une forme de fidélité mutuelle, sans tapage. On le suit comme on lit un écrivain qu’on aime, dont chaque nouveau livre offre une variation sur des thèmes familiers. Une œuvre discrète mais précieuse, pour celles et ceux qui aiment la pop qui pense sans s’excuser d’être belle.
Nous sommes le 21 Mars 1990 à Madrid, Lloyd s'attaque à un classique du King Elvis !
André Popp
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Le Maxi Single d'Houlala
J'ai déjà parlé du groupe de Marie A. post Ici-Paris : Houlala. On pourra télécharger au format Mp3 le Maxi 3 Tîtres ici-même. Ce maxi est sorti en 1988 sur CBS.
Test Pilot
Voici un nouvel extrait du ep 5 tîtres des Fizzbombs, savant mélange entre harmonies surf et gros son à la Jesus & Marie Chain !
Un autre chaîne Youtube qui mérite le détour !
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