Voici un inédit des Bérurier Noir, extrait de la compil' "Cascades 82"... Bon en réalité, on a plus l'impression que le groupe tape le bœuf en répét'... C'est un peu faux et à côté, les paroles sont icompréhensibles. Pas grave, c'est un vrai document pour les fans du groupe !
Un inédit des Bérurier Noir
Lucrate Milk
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Raff
Aujourd’hui, direction Limoges pour se replonger dans l’histoire de Raff, un des groupes punk les plus emblématiques de la scène locale des années 80. Un parcours typiquement “Do It Yourself”, entre démos bricolées, vinyles autoproduits et tournées sauvages un peu partout en France. Tout commence à la toute fin des années 70. À l’époque, le groupe s’appelle Baby Boom, puis passe par Bloody Tracks et Chainsaw (avec une démo joliment titrée On est un groupe pourri) avant d’adopter définitivement le nom Raff en 1982. La formation bouge pas mal au fil des ans, mais on retrouve à la base Steff (chant), Didier (guitare), Pascal (batterie) et Philippe (basse). Plus tard, Fabrice Venon et d’autres musiciens locaux viendront compléter la bande.
En 1984, Raff sort son premier 45 tours, Danse. Dans la foulée, le groupe enregistre Votez Raff, un album 16 titres qui voit le jour en 1985 sur le label Ripost. Un an plus tard, les Limougeauds enfoncent le clou avec Six Balles… Pour un Colt ! (77 KK Records), leur deuxième LP, toujours aussi énergique et abrasif. Raff participe aussi à quelques compiles locales (comme Rock à Limoges de Radio Trouble-Fête), qui permettent de figer sur bande l’intensité de cette scène régionale.
Si Raff reste avant tout un groupe limougeaud, il ne se contente pas de jouer dans son coin. Tout au long des années 80, le quatuor sillonne la France : Paris, Marseille, Lyon, Blois, Belfort, Toulouse, Montpellier, Saint-Affrique… Sur scène, ils partagent l’affiche avec La Souris Déglinguée, Oberkampf, Toy Dolls, Bérurier Noir ou encore les Sheriff. Le groupe finit par donner son dernier concert début 1988 à Pau, avant de se séparer.
Steff Tej, le chanteur, ne raccroche pas pour autant. Il lance rapidement Les Éjectés, autre formation punk-ska toujours active et qui deviendra la plus connue de Limoges. Quant à Raff, il reste dans les mémoires de la scène alternative française des 80’s, avec des disques devenus assez recherchés par les collectionneurs. Petite surprise : en 2014, les musiciens se reforment sous le nom Les Raff, plus de 25 ans après leur split, et remontent sur scène. Comme si le punk n’avait jamais vraiment quitté Limoges.
Les Bérus
Voici un autre groupe incontournable du rock français des années 80. Même si j'ai écouté, à l'époque, leur split single avec Guernica et leur premier album "Macadam Massacre", je n'ai jamais été trop fan du groupe avec leur approche punk festive et leurs riffs minimaux. Je me souviens avoir eu un choc en m'apercevant que l'un de leurs morceaux était une copie quasi-conforme d'une des chansons des Exploited. Mais leur démarche farouchement indépendante a été admirable. Je crois, par exemple, qu'ils n'ont pas déposés leurs chansons à la Sacem... Ils doivent un peu le regretter aujourd'hui. Les Bérurier Noir sont devenus des classiques du genre. Voici une curiosité puisqu'il s'agit d'une reprise de Starshooter : "Betsy Party" jouée lors d'un concert à Saint Etienne, le 13 Juin 1986 !
Salut à toi !
Salut à toi ô mon frère
Salut à toi peuple khmer
Salut à toi l'Algérien
Salut à toi le Tunisien
Salut à toi Bangladesh
Salut à toi peuple grec
Salut à toi petit Indien
Salut à toi punk iranien
Salut à toi rebelle afghan
Salut à toi le dissident
Salut à toi le Chilien
Salut à toi le p'tit Malien
Salut à toi le Mohican
Salut à toi peuple gitan
Salut à toi l'Ethiopien
Salut à toi le tchadien
Salut à vous les Partisans
Salut à toi "cholie all'mante"
Salut à toi le Vietnamien
Salut à toi le Cambodgien
Salut à toi le Japonais
Salut à toi l'Thaïlandais
Salut à toi le Laotien
Salut à toi le Coréen
Salut à toi le Polonais
Salut à toi l'Irlandais
Salut à toi l'Européen
Salut à toi le Mongolien
Salut à toi le Hollandais
Salut à toi le Portugais
Salut à toi le Mexicain
Salut à toi le marocain
Salut à toi le Libanais
Salut à toi l'Pakinstanais
Salut à toi le Philippin
Salut à toi l'Jamaïcan
Salut à toi le Guyanais
Salut à toi le Togolais
Salut à toi le Guinéen
Salut à toi le Guadeloupéen
Salut à toi le Congolais
Salut à toi le Sénégalais
Salut à toi l'Afro-cubain
Salut à toi l'Porto-ricain
Salut à toi la Haute Volta
Salut à toi le Nigéria
Salut à toi le Gaboni
Salut à toi le vieux chtimi
Salut à toi Che Guevara
Salut aux comités d'soldats
Salut à tous les hommes libres
Salut à tous les apatrides
Salut à toi la Bertaga
Salut aussi à la Banda
Salut à toi punk anarchiste
Salut à toi skin communiste
Salut à toi le Libéria
Salut à toi le Sri Lanka
Salut à toi le sandiniste
Salut à toi l'unijambiste
Salut l'mouv'ment des Jeunes Arabes
Salut à toi Guatemala
Salut l'P4 du contingent
Salut à toi le Shotokan
Salut à toi peuple Kanak
Salut à toi l'tchécoslovaque
Salut à tous les p'tits dragons
Salut à toi qui est keupon
Salut à toi jeune Malgache
Salut à toi le peuple basque
Salut à toi qu'est au violon
Salut à toi et mort aux cons
Salut à toi le Yougoslave
Salut à toi le voyou slave
Salut à toi le Salvador
Salut à toi le Molodoï
Salut à toi le Chinois
Salut à toi le Zaïrois
Salut à toi l'Espagnol
Salut à toi le Ravachol
Salut à toi le Hongrois
Salut à toi l'iroquois
Salut aussi à tous les gosses
Des îles Maudites jusqu'à l'Ecosse
Salut à vous tous les zazous
Salut à la jeune garde rouge
Salut à toi le peuple corse
Salut aux filles du Crazy Horse
Salut à toi la vache qui rit
Salut à Laurel et Hardy
Salut à toi peuple nomade
Salut à tous les "camawades"
Salut à toutes les mères qui gueulent
Salut aussi à Yul Brunner
Salut à toi l'handicapé
Salut Jeunesse du monde entier
Salut à toi le dromadaire
Salut à toi Tonton Albert
Salut à toi qu'est à la masse
Salut aussi à Fantomas
Salut à toi Roger des près
Salut à toi l'endimanché
Salut à tous les paysans
Salut aussi à Rantanplan
Manifeste
Je hais la patrie et je hais les gens
Je n'suis qu'un survivant de l'armée rouge soldat
Ne crois plus comme avant, et suicides-toi
Je hais le pouvoir et je hais les ordres
Je hais les lois et je hais la force
Je n'suis qu'un survivant de l'armée noire soldat
Je n'suis qu'un survivant et suicides-toi
Je hais l'armée et je hais la guerre
Je hais les curés et je hais la haine
Oh, je hais les armes et je hais les larmes
Je hais les jouets et je hais les bombes
Je n'suis qu'un survivant de l'armée bleue soldat
Je n'suis qu'un survivant et suicides-toi
Socialisme soviétique
Cataclysme militariste
Alternative réussite
En république l'anarchie
En république l'anarchie
En république l'anarchie
En république l'anarchie
En république l'anarchie
En république l'anarchie
En république l'anarchie"
Lucrate Milk
Luсrate Milk émеrge à Paris à la fin dеs annéеs 70 соmme unе véritаblе сuriоsité dans lе paysage musiсаl français. À сеttе épоquе, la nоtiоn dе "rосk alternatif" tеl qu'elle sera cоnnue dаns lеs annéеs 80 n'eхistе pas encоre, et la scène musicalе еst lоin d'êtrе bien оrganisée. Tоut y est briсоlé, précairе et sоuvеnt imprоvisé, et c'est justеment cette dynamiquе qui cоnfère аu grоupе sа fоrce. À l'оriginе, il ne s'agit mêmе pаs d'un grоupе au sеns traditiоnnel, mais plutôt d'un rаssеmblement d'énеrgies créatives, d'amis, de graphistes еt de musiciens auх parcоurs variés, qui parviennent à invеntеr leur prоprе lаngagе sans сherchеr à оbtenir l'аpprоbatiоn de quicоnquе.
Luсrate Milk émеrge à Paris à la fin dеs annéеs 70 соmme unе véritаblе сuriоsité dans lе paysage musiсаl français. À сеttе épоquе, la nоtiоn dе "rосk alternatif" tеl qu'elle sera cоnnue dаns lеs annéеs 80 n'eхistе pas encоre, et la scène musicalе еst lоin d'êtrе bien оrganisée. Tоut y est briсоlé, précairе et sоuvеnt imprоvisé, et c'est justеment cette dynamiquе qui cоnfère аu grоupе sа fоrce. À l'оriginе, il ne s'agit mêmе pаs d'un grоupе au sеns traditiоnnel, mais plutôt d'un rаssеmblement d'énеrgies créatives, d'amis, de graphistes еt de musiciens auх parcоurs variés, qui parviennent à invеntеr leur prоprе lаngagе sans сherchеr à оbtenir l'аpprоbatiоn de quicоnquе.
Le noyau dur gravite autour de Lombrick Laul et Masto Lowcost, auxquels vont rapidement se greffer Nina Childress, Raoul Gaboni et Helno. Cette circulation des membres dit déjà beaucoup de l’époque : rien n’est figé, les identités sont poreuses, les disciplines se mélangent. Nina Childress, par exemple, vient des Beaux-Arts et apportera une dimension visuelle et performative très marquée, qui déborde largement le cadre musical. Masto et Lombrick, eux, construisent autant une musique qu’une esthétique globale, faite de collages, de slogans, de graffitis et de performances dans des lieux qui ne sont pas prévus pour ça.
Dans cette constellation, la présence de Helno ajoute une couleur particulière. Avant de devenir la figure centrale des Les Négresses Vertes, il passe par Lucrate Milk où il incarne déjà une forme de présence vocale très libre, presque instinctive, loin de ce qu’on associera plus tard à son écriture plus mélodique. Helno est alors dans une phase de circulation permanente entre différentes scènes, et son passage dans Lucrate Milk participe de cette logique très ouverte du début des années 80 parisiennes, où les trajectoires ne sont pas encore stabilisées et où les groupes servent autant de lieux de passage que de structures fixes.
Musicalement, Lucrate Milk refuse assez vite toute idée de format. Il n’y a pas de volonté de produire des chansons efficaces, encore moins des tubes. La structure couplet-refrain est souvent inexistante, remplacée par des séquences abruptes, des ruptures, des répétitions absurdes ou des emballements proches de l’improvisation. Le saxophone de Masto vient régulièrement casser les codes rock traditionnels, apportant une tension free jazz presque agressive, pendant que les claviers et la basse donnent une base volontairement rudimentaire. Le chant, quand il existe, oscille entre slogans, cris, phrases jetées comme des tracts, et une forme d’ironie permanente qui empêche toute lecture trop sérieuse.
Ce qui frappe surtout, c’est que Lucrate Milk n’essaie jamais de “ressembler à un groupe”. Leur démarche est plus proche de l’art contemporain, du théâtre de rue ou du happening que du rock tel qu’on l’entend habituellement. Les concerts sont souvent des événements instables, parfois chaotiques, qui se déroulent dans des squats, des lieux autogérés ou des espaces marginaux comme l’Usine Pali-Kao, qui devient un point névralgique de la contre-culture parisienne. Dans ces endroits, la musique n’est qu’un élément parmi d’autres : il y a le décor, les affiches, les interventions plastiques, l’attitude générale, et cette sensation que tout peut basculer à tout moment.
Le groupe s’inscrit aussi dans une époque où Paris est traversée par des circulations artistiques assez intenses entre musique, graphisme et performance. On est dans un moment où le DIY n’est pas encore un slogan marketing, mais une nécessité concrète : si tu veux exister, tu fais tout toi-même, de l’enregistrement à la distribution en passant par les affiches. Lucrate Milk pousse cette logique assez loin, jusqu’à brouiller les frontières entre groupe, collectif graphique et projet artistique global. Le nom du groupe lui-même devient un motif visuel, répété, tagué, détourné.
Il y a aussi dans Lucrate Milk une forme d’humour très particulière, souvent absurde, parfois proche du non-sens, qui empêche toute mythologisation trop sérieuse. Là où d’autres groupes de la même période construisent une posture politique frontale ou une esthétique sombre, Lucrate Milk choisit plutôt le décalage, la dissonance et le jeu. Cela ne veut pas dire que le propos est vide, au contraire : c’est une manière de refuser les discours trop fermés, de laisser la place à une confusion productive.
Le groupe enregistre peu, ce qui contribue à sa dimension presque fantomatique. Quelques disques et enregistrements circulent, souvent dans des conditions artisanales, mais l’essentiel de leur impact passe par le live et par le réseau informel de la scène parisienne de l’époque. Cette faible production discographique renforce aussi leur statut culte : Lucrate Milk est plus souvent raconté que réellement entendu, et c’est peut-être là que leur importance devient la plus intéressante.
Quand le groupe se dissout au milieu des années 80, ses membres partent dans des directions très différentes, mais continuent à irriguer la scène culturelle française. Certains rejoignent ou croisent des projets comme Bérurier Noir ou d’autres formations du rock alternatif naissant, d’autres basculent vers les arts plastiques ou la photographie. Cette dispersion est assez logique : Lucrate Milk n’était pas conçu comme une structure stable, mais comme un moment, une énergie, une collision. Le parcours de Helno en est une illustration assez marquante : après cette période de circulation intense, il s’oriente vers une écriture plus identifiable et devient ensuite une figure centrale de la scène alternative avec Les Négresses Vertes, avant de disparaître prématurément au début des années 90, laissant derrière lui une trajectoire à la fois très liée à l’énergie des débuts et déjà tournée vers autre chose.
Avec le recul, on peut voir Lucrate Milk comme une sorte de point de bascule. Ni tout à fait punk au sens britannique, ni vraiment no wave au sens new-yorkais, ni groupe d’art au sens institutionnel, ils occupent un espace intermédiaire extrêmement fertile. Leur héritage ne se mesure pas seulement en disques, mais dans une manière de faire : accepter la fragilité, travailler avec les moyens du bord, mélanger les disciplines sans hiérarchie, et surtout refuser l’idée qu’il faudrait rentrer dans une case pour exister.