Ça fait un bail que je cherchais quelque chose à publier du grand Lou Reed, le papa spirituel de tous les punks et new-waveux soit par le biais du Velvet Underground soit via son répertoire solo. J'ai trouvé cette version de "Walk On The Wild Side" avec aux chœurs, deux guests d'exception : Debbie Harry (Blondie) et Grace Jones. En même temps, ça pourrait être n'importe qui d'autre... On ne les reconnait pas. On oubliera également les "virtuoses" qui accompagnent Lou et qui ont un peu trop tendance à le faire savoir (qu'ils sont des virtuoses)... Un des travers de notre héro sur la fin de sa carrière, vouloir être "reconnu" en tant que mec super balaise à la guitare et, du coup, qui avait tendance à mal s'entourer... Une fois ces petits travers oubliés, reste le plaisir de réécouter une fois de plus, ce standard incontournable que j'ai eu le plaisir de reprendre avec les Fricotins et Frank War à la fin des eighties !
Le grand Lou
Staff
Staff naît en 1985 à Beauvais autour de Rachid Cherfaoui au chant et à la guitare, Dominique Paul à la guitare, Thierry Rouillard à la basse et Stéphane Amédée à la batterie, avec dès l’origine un cinquième membre à part entière, Thierry Fraigneux, manager du groupe. Les premières répétitions se déroulent dans les sous-sols d’une école maternelle désaffectée à Goincourt, cadre parfait pour poser les bases d’un répertoire mêlant compositions personnelles et reprises choisies, de Bijou aux Who, de Lou Reed à Gainsbourg, dont une version de « Je suis venu te dire que je m’en vais » circule encore aujourd’hui.
Les concerts commencent dès la fin de l’année 1985 et, à partir de mars 1986, s’intensifient grâce à la création de l’association beauvaisienne Magic Rock, qui structure une scène locale alors en pleine effervescence. Staff participe à la scène ouverte du Printemps de Bourges et partage l’affiche avec les Toulousains des Surrenders à Beauvais, affirmant peu à peu une identité scénique où l’énergie rock se combine à un sens de l’humour bien assumé. L’année 1987 marque un premier tournant décisif avec la victoire du groupe lors de la finale nationale du Circuit Rock Universitaire. Cette reconnaissance leur ouvre les portes du studio et débouche sur l’enregistrement de leur premier 45 tours, « Juste partir ailleurs », contenant les titres « Sans rien dire » et « Suzy Lou ». La pochette, à l’image du groupe, reflète un esprit décalé et sans prétention. Un clip de « Sans rien dire » est même tourné pour l’émission Décibel en octobre 1987, non sans une erreur mémorable puisque Staff y est présenté comme un groupe de Cambrai.
Les années suivantes voient le groupe multiplier les concerts en France, avec notamment un passage au Golf Drouot et une tournée en Bretagne. Mais c’est à la toute fin des années 1980 que l’histoire de Staff prend une dimension inattendue. Des rencontres amicales les mettent en relation avec Andy Rabe, qui devient leur manager pour l’étranger et leur ouvre les portes de l’Allemagne. S’ensuivent des tournées régulières outre-Rhin, dans des festivals et des salles de villes comme Dortmund, Essen ou Bochum, ainsi que dans l’ancienne Allemagne de l’Est, jusqu’à Berlin, à peine un an après la chute du Mur. Cette aventure allemande, encore trop rarement évoquée lorsqu’on parle de groupes français de cette période, joue un rôle déterminant dans la suite de leur parcours.
À Bochum, Staff attire l’attention du label allemand Sound Factory, qui leur propose un contrat en 1990. Un premier titre, « Milk Shake », paraît sur la compilation Total Fatal Vol. 1, puis un 45 tours est publié pour faire patienter le public en attendant un album. Dans le même temps, le groupe participe en septembre 1990 à la finale du tremplin Yamaha au Casino de Paris. Arrivés seconds derrière les Dirty Rats Rappers, les Niçois, ils manquent de peu le voyage au Japon, mais ce classement leur permet d’investir dans du matériel et de renforcer leur dispositif scénique.
C’est finalement en décembre 1990 que sort le single qui reste aujourd’hui le plus souvent associé au nom de Staff, avec les titres « Civilisés » et « S.T.A.F.F. ». Ce 45 tours, annonciateur d’un premier album qui ne verra jamais vraiment le jour, vient clore une trajectoire dense, faite de concerts, de rencontres et d’allers-retours constants entre la scène locale et des horizons plus lointains. À travers Staff, c’est tout un pan du rock français des années 1980 et 1990 qui se dessine, celui de groupes investis, mobiles, parfois reconnus loin de chez eux avant de l’être à domicile, et dont il reste aujourd’hui quelques disques, des affiches, des photos et surtout une histoire qui mérite d’être racontée.
Un medley d'Echo & The Bunnymen
Je continue ma collection de reprises interprétées par le groupe de Ian McCulloch. Cette fois-ci, ils partent sur l'un des tubes du groupe : "Nothing Last Forever" pour finalement se transformer en un classique de Lou Reed "Walk On The Wild Side" puis en un "In The Midnight Hour". Un medley, un pot-pourri, on vous dit ! Nous sommes le 30 Juillet 2014 en Californie !
Extraballe
Suite à la publication du single de Kleist, je me suis dit qu'il était temps de reconsidérer mon avis sur le groupe culte Extraballe. D'après leur page Wikipedia : "Au cours de leurs quelques années de carrière, le groupe publiera trois albums dans une certaine indifférence, malgré de bonnes critiques. Serge Kaganski déclare que Jovenet ressemblait à Bowie et Iggy pop qu'il chantait comme Iggy ou Lou Reed, voire comme un « pré-Murat », et écrivait comme Yves Adrien et Daniel Darc." Bon, bah, difficile de passer derrière une telle déclaration. Pour ma part, je n'ai pas accroché, à l'époque, car je trouvais leurs paroles trop "vagues". À l'époque, aussi, les maisons de disques visaient le tube et pour cela imposait des producteurs pas toujours respectueux des groupes. C'est le cas pour leur deux derniers albums qui n'ont sans doute pas grand chose à voir avec le son d'Extraballe en live. Bref, il est temps pour moi de me faire un second avis. Depuis j'ai vieilli. Pour plus d'infos sur ce groupe, allez donc sur Rock Made In France. Sinon, voici un premier extrait de leur premier ep sorti en 1979. Comme pour pas mal de productions des 80's, la batterie n'est franchement pas valorisée.
Sweet Jane
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Walk On The Wild Side (Version alternative)
J'ai déjà publié au moins 3 versions de cette reprise de "Walk On The Wild Side" de Lou Reed par Bibi & les Fricotins avec Frank War au chant. On pourra les écouter ici-même. J'ai trouvé cette version, par hasard, sur une K7 audio enregistrée lors d'une des rares répétitions du groupe avec Frank, alors chanteur de Cérémonies.
Bibi et Sweet Jane
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Covers
J'y pensais depuis un moment... C'est maintenant chose faite. Voici une compilation regroupant 27 reprises faites par Echo & The Bunnymen et/ou Ian McCullcoch. On y retrouve toutes les covers déjà publiées plus d'autres plus ou moins rares. Au sommaire : Les Beatles, Rolling Stones, Doors, Velvet Underground, New Order, Stooges, Leonard Cohen, Lou Reed, Joni Mitchell, John Lennon... Etc, etc. On pourra télécharger cette compilation en Mp3, ici-même.
Walk On The Blues Side
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Nico, live
Dans le dogme rock and rollien, le Velvet Underground est intouchable. Ce groupe que quasiment personne n'a écouté à l'époque est devenu l'ultime référence pour les vrais et purs. Pour ma part, j'ai toujours trouvé cette formation new-yorkaise un poil chiante avec son univers morbide qui fleure bon les addictions et l'overdose. Bref, j'aime bien mais à petite dose et certainement pas leurs morceaux inspirés par l'héroïne. Tous les groupes de rock ont un jour emprunté au Velvet ou à Lou Reed. Par exemple, avec les Fricotins, nous avons repris "Walk On The Wild Side", bœuffé sur le riff de "Sweet Jane" et finalement adapté "I'm Sticking With You". Il me fallait donc leur rendre hommage. J'ai donc trouvé ce live de Nico, la flamboyante allemande présente sur leur premier album... Une personnalité à part qui avait une connection particulière avec la France. Voici une version du standard Velvetien "All Tomorrow's Parties" live at The Venue en 1983.
Take a walk on the wild side !
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Le festival Bleu Petrol au Pré St-Gervais (1)
Il y a plus de 35 ans, pour célébrer la première année du studio de design Bleu Petrol, nous organisions un mini festival à l’Espace Culturel Gervaisien. Ma copine Joss qui gérait le lieu nous a gentiment mis à disposition cette très jolie salle... Tous les groupes liés au studio étaient de la partie :
Je chante dans les Glaviots (2)
Voici ma seconde participation à la Revue Thésaurus (n°2) du camarade Claude Picard. Après avoir évoqué par le détail la saga de Cérémonies, il m'est apparu comme une évidence que je devais parler de ma propre carrière musicale. Dont acte. Voici ce que je lègue à mon prochain, soit tout mon héritage artistique.
Et puis, les choses sont devenues un peu plus sérieuses lorsque nous avons créé notre premier studio de design (Bleu Petrol). Un ami photographe nous avait accueilli dans un vaste local qu’il partageait avec un atelier de pièces détachés au fin fond de la zone industrielle de Cachan. Le soir venu, il nous sous-louait son gigantesque studio photo. A force de répétitions et d’efforts désespérés nos avons donné vie à Bibi & Les Fricotins. Un nom qui se voulait un hommage au groupe anglais Echo & The Bunnymen. Echo était le nom de leur boite à rythme. Nous avions baptisé la nôtre Bibi. Elle était de marque Alesis et sonnait furieusement 80’s (une HR-16 B). Souvent faux mais forcément dans le temps (la beatbox n’attend pas), aidé par une énorme réverbération nous avons joué notre répertoire instrumental partout où l’on voulait de nous. Entre chaque morceau des extraits de films ou des trailers trash d’époque. Parfois, le camarade Jonyv’s stagiaire et saxophoniste nous rejoignait en live. Dans les caves et les garages des copains, à la Fête de la Musique, à l’inauguration d’un hôtel (habillés en noir et blanc pour assurer la musique d’ambiance), à la fête d’entreprise amie, nous avons joué notre “Surfin’ Petrol Blues”, un nouveau concept inventé par Yann (à la basse). Nous avons même organisé un Festival Bleu Petrol à la MJC des Lilas (avec Cérémonies et plein d’autres groupes de notre entourage). Pour l’occasion, tout Bibi & les Fricotins portait la même chemisette rayée de rouge, hommage aux Beach Boys et profession de foi surf. En rappel, Franck s'est joint à nous et nous nous sommes lancés dans une version très personnelle de « Walk On The Wild Side » de Lou Reed. Pascal, à la guitare rythmique et à la programmation de Bibi, fan de pop (façon Sarah Records) insufflait une couleur toute particulière à nos compositions. Très créatifs (trop créatifs ?), nous n’hésitions pas à injecter d’étranges inspirations à nos chansons qui – souvent- ne suivaient aucune structure musicale classique. Parfois, aussi, nous remixions nos propres morceaux ainsi « D 33 » a vite été suivi d’un « D 34 » et d’un « D 35 ». Les medleys du style « Star On 45 » étant à la mode nous jouions parfois notre propre interprétation du genre, un mélange du thème de « Ne Nous Fâchons Pas » avec celui de « Batman », agrémenté d’un passage de « I’m Sticking With You » du Velvet et d’un de « Bo Diddley » de… Bo Diddley. Pour élever le débat, nous avons essayé d’adapter « Blue Monk » de Thelonious Monk en version twist et « A Forest » des Cure en version rockabilly. En réponse à la fameuse photo des jeunes gens modernes et de leurs mamans dans Actuel, ce sont nos papas qui posent à notre place sur la photo « officielle » du groupe et que nous avons utilisée sur nos démos et sur notre dossier de presse.
Et puis un jour, on a voulu ajouter du chant. Ma copine Véronique a rejoint le club et nous avons formé Les Etc’s. Je ne me souviens pas de grand-chose, si ce n’est du titre d’une de nos compositions « Traci Lords a disparu » (les fans de porno 80’s apprécieront) et que la gentille Véro. ne chantait pas très bien. Mais, elle aussi avait du cœur et de la motivation. Sauf pour porter les amplis à la fin des quelques concerts que nous avons donnés. En plus de nos compositions, nous reprenions les Young Marble Giants, les Housemartins, les Comateens ou Cindy Lauper. Je me souviens également que nous avons participé à une sorte de Woodstock improvisé pour la Fête de la Musique sur les bords de Marne. Nous avons pris d’assaut un champ désert et tiré un câble électrique d’une maison voisine. Nous avons tous joués (tous les groupes proches de Bleu Petrol) devant un parterre de copains venus nous soutenir bière à la main. Les riverains n’en n’ont pas cru leurs oreilles mais n’ont pas appelé la gendarmerie. Et puis, vers minuit, nous avons plié les gaules et nous sommes dissous, ni vu, ni connu, dans l’obscurité.
Sur les traces encore fumantes des Etc’s, ce sont les Monkey Business qui se sont créés. David, un ami américain, récemment rencontré chantait et chante sérieusement bien. Il nous a montré le chemin… Lui qui venait de quitter Aix-en-Provence et les Seaton qui commençaient pourtant à se faire un nom dans le Sud. Comme lui, nous voulions plus de bruit et de fureur. Le grunge et les Sonic Youth avaient changé l'ambiance. Du moins Yannick et moi souhaitions attaquer les guitares au tournevis et à grands coups de larsen. Pascal, trop doux et trop pop, a jeté l’éponge puis a rejoint les Chinaski’s. Exit la réverbération XL et le surf new-wave. Véronique s’est exilée aux USA puis est devenue astrologue holistique. Bruno (ex-Cérémonies) a pris les baguettes pour bûcheronner avec certaines ambitions fusion/hardcore en tête. Avec les Monkey, c’est devenu du lourd. Dans tous les sens du terme.
J’ai retrouvé ce petit texte, écrit à l’époque, qui résume parfaitement bien l’humeur des Monkey Business : « " Voici revenir le temps des guitares jouées approximativement. C'est le Temps qui change les valeurs. Aujourd'hui une note écorchée en vaut deux, un bruit insidieux remplace un baiser (avec la langue). C'est ça l'arnaque, un business minable qui devient de l'Art. L'art de la table, de se mettre à table et de balancer le nom de tous ceux "à cause de qui". C'est injuste, balancer tous ceux qu'on a singé. Mais les singes font, ce que les singes voient... ».
Après une longue période de gestation, nous avons beaucoup joué nos compositions : les bars/caf’ conc’, le Gibus, le Plan, la Clé, le Cadran, la MJC du Pré Saint-Gervais, Saint Malo, Rennes, Fréquence Ado et Radio Libertaire (ou un truc du genre)… Etc. Parallèlement, nous avons enregistré une démo en 16 pistes, à l'ancienne, chez le camarade Jean Taxis alors spécialisé dans l’indie (il avait produit - entre autres – Norma Loy et Little Nemo) et tourné un clip, en un long plan séquence, dans les Frigos de Paris. Également, le grand photographe et D.A. suisse Peter Knapp nous a pris en photo. Plus nous « grandissions », plus nos relations se complexifiaient. Une sorte de caricature de groupe de rock avec tous les clichés qui vont avec.
Marche du côté sauvage
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Olivier + David = OD
Le Velvet façon Echo & The Bunnymen
Ultime extrait de ce live au Danemark d'Echo & The Bunnymen... Après "Run Run Run", le groupe s'attaque à "There She Goes Again", un autre standard du Velvet Undeground. Le groupe de Lou Reed est le modèle fondateur de la formation rock d'aujourd'hui : innovante, sonore et déglingue (pour ne pas dire défoncée). Pour ma part, j'apprécie le Velvet mais je n'en raffole pas. Il n'en reste pas moins que cette reprise est plutôt réussie !
Les Etc's live au Pancrace
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Seaton (4)
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Une chronique du CD d'OD !
“o.d.” est une overdose d’Oliver et de David, de jeux basés sur l’érudition musicale et le vécu de ces deux quatragénaires expatriés à Paris. Ce duo américano-helvétique a travaillé pendant des années sur ce projet qui a pris le temps de mûrir comme un bon vin. David Rosane, beau brun sauvage et ténébreux, est un ornitologue américain qui lutte pour les animaux sauvages de New York et qui a créé un CD des chants sacrés des indiens et des oiseaux d’Amazonie. Il écrit les paroles, chante et joue de la guitare tandis qu’Olivier Furter, l’étroit Suisse, gérant de Basement Studios dans le 9e, grand brun lui aussi, s’occupe des lignes de basse et des samples. Sur “artificial stupidity" David chante d’une façon décontractée et trainante, souvent parlée. Sa voix grave et rauque est flemmarde et dégage beaucoup de vécu et de whisky. Elle chuchote des paroles secrètes, des confidences rebelles et enfumées tel Lou Reed dans “Walk on the Wild Side”. Les paroles, surréelles et samplées expriment un certain mépris envers les effets de l’urbanisme - “the city is psyche baby” – et y oppose un autre type de valeurs : la nature et l’esprit – “are you afraid of ghosts”. En parallèle, les samples proches du chant d’oiseaux, rafraichissent l’ambiance sombre et provocatrice de la basse en ajoutant une douceur volante et onirique. L’ensemble est ainsi très riche et à chaque écoute le disque s’améliore et nous procure de nouvelles surprises qui font référence à des styles et des époques variés. A ne pas manquer.
Rakel Saetre
Je me souviens de nous (1)
J'ai eu le plaisir de participer aux deux Revues Thésaurus publiées par le camarade Claude Picard. Dans le premier numéro, j'ai écrit un long article sur Cérémonies, dans le second, c'est de ma carrière musicale dont il était question. Bien sûr, vous pouvez vous les procurer ici-même. Le temps a un peu passé depuis ces publications et il est temps de partager ces monuments journalistiques avec mes lecteurs adorés !
Ces années ont mis la touche finale à mon éducation musicale à une époque où Joy Division n’était pas encore une marque distribuée par H&M. Juste un précieux secret partagé par quelques aficionados. Si vous connaissez le groupe de Ian Curtis, vous avez sans doute fait le rapprochement avec une de leurs plus belles chansons (selon Franck War). C’est également le chemin des studios de répétition que m’a ouvert Cérémonies. Avec eux ou plutôt grâce à eux, j’ai pu exprimer cette irrésistible envie de « gratter sur une guitare électrique » sans vraiment savoir jouer. Mon avenir et « ma carrière professionnelle » ont également été liés à certains membres du groupe puisqu’ensemble nous avons « entrepris » et créé deux studios de design graphique. De Joy Division à Peter Saville, il n’y avait qu’un pas que nous avons franchi sans sourciller. Avec l’arrivée de la micro-informatique (et de la PAO), nous avons appliqué le « Do It Yourself » chers aux punks à un métier qui n’avait quasiment pas évolué depuis la fin des années 60. Ensemble, nous avons créé Bleu Petrol (en hommage aux Bleus de Matisse et à That Petrol Emotion) puis Public’Image Factory avec PIL et…. Factory Records comme ultimes références. En mode autogestion, bien sûr. J’ai donc eu la chance de rencontrer ce groupe et son entourage proche qui se moquaient de ma provenance sociale. Pourtant issu de la petite bourgeoisie intellectuelle, ces purs produits de la Banlieue Est m’ont ouvert les bras (sans trop poser de questions). Et même si mon prénom composé pouvait paraître suspect, J’étais là, avec eux, point.
L’histoire du groupe se divise en 2 époques distinctes musicalement. D’abord une période « batcave » (comme on disait à l’époque, le mouvement gothique en étant à ses balbutiements) portée par l’influence des ténors du genre : Joy Division (toujours et encore), Killing Joke, Bauhaus… Et plein d’autres. Puis après un changement de guitariste, le groupe s’est émancipé et a lorgné vers une pop de qualité, quelque part entre Marc Seberg et Gamine. Le choix d’une référence comme Marc Seberg n’est pas fortuit puisqu’une rencontre Anzia - Cérémonies a bien eu lieu, initiée par le camarade Édouard proche de Marc Seberg et bientôt ami intime de Philippe Pascal. Cette rencontre aurait pu déboucher sur une production et un album digne de ce nom. Mais de l’aveux même de Franck, le groupe avait surtout envie de s’amuser et l’ascétisme du guitariste collait mal avec l’énergie déconnante des quatre copains de Rosny. Anzia exigeait un travail sérieux et constant ainsi qu’un aller-retour Rennes/Paris payé par le groupe pour assister à cette rencontre. Une exigence qui manquait franchement de classe (et d’une certaine générosité). Comme le faisait aussi remarquer Franck, la fine équipe n’était pas prête à franchir le pas et faire de la musique une profession. C’est peut-être ce qui a manqué au groupe pour atteindre un début de notoriété. Ça et un batteur qui joue « carré » et au click.
Très vite, je me suis revendiqué président de leur fan club. Ce n’était pas une « posture » naïve façon faire-valoir mais bien un vrai coup de foudre pour leur musique et l’univers poétique de leur chanteur. Un univers, au départ, un peu emprunté : le baiser de la mort (cher à la mafia), Hiroshima, Verdun et la Guerre de 14, la folie, les trains de banlieue… Presque des passages obligés pour tout amateur de new-wave française de ces années-là. Mais, très vite, Franck s’est mis en tête d’explorer ce qu’il était : un juste mélange entre dépression et légèreté. Avec en toile de fond des histoires d’amour beaucoup trop grandes pour lui…. Et pour nous. Car Franck, à travers ses « lyrics », parlait aussi de nous, de cette incapacité d’être à deux, ni tout seul. Ou plus simplement de ce Syndrome de Peter Pan sur lequel nous construisions, alors, nos vies. Nous étions jeunes pour l’éternité. Ses chansons étaient comme un blues blanc et sophistiqué spécial beau gosse. D’ailleurs, Franck War avec sa tête de « BG » apportait un charisme un poil hautain à Cérémonies. Un charisme qui fascinait et qui permettait de « choper » plus facilement. Du genre : « Oui, le chanteur, c'est mon pote. Je t’offre un verre ? ». Mais cette attitude qui masquait une forme de timidité, souvent, aussi… Repoussait. A cela, il fallait ajouter un sens de la vanne plutôt aiguisé qui a pu parfois jouer en leur défaveur. Cet art de la vanne est mon héritage de ces années-là. Je l’ai appris à leur contact et transmis à mon fils qui, à son tour, se défend plutôt bien !
Comme pour le Bromley Contingent des Sex Pistols, tous ceux qui comme moi, gravitaient autour du groupe se sont auto-proclamés membre du BSS Kontingent… BSS pour « Bois Sans Soif ». A n’en pas douter, la bringue et l’alcool furent des points d’ancrage pour cette petite « troupe », puis, comme pour tant d’autres, la drogue s’est invitée à la fête. Des drogues très année 80 pas « festives » pour un sou, d’abord sniffées puis injectées par le plus impliqués. Ceux qui ne sont pas morts d’overdose ont plongé dans un alcoolisme compensateur. Finalement, l’âge venant, certains BSS ont dû affronter maladies psychiatriques et autres affections chroniques. Presque 40 ans après, les cimetières se sont remplis et se remplissent grâce à nous. Et ça ne va pas s’arranger. Dis comme ça, on a l’impression de plonger dans l’univers morbide des junkies de Burroughs (ou des alcoolos de Bukowski). A l’époque, nous pensions que nous avions une véritable grandeur d’âme à nous mettre systématiquement « minables ». Nous étions des « princes » à l’image d’Henry Chinaski au comptoir du Golden Horn (que nous avions remplacé par celui du Piano Vache). Nous partions à l’assaut des catacombes ou des toits de Paris, systématiquement bières à la main juste après l’apéro dinatoire. En réalité, cette méthodique opération d’autodestruction s’est faite dans la joie et la bonne humeur. Sans douleur, du moins sur le moment, toujours en rigolant. Et puis, il nous fallait donner corps à certaines chansons du groupe comme « Les Chiens de l’Enfer » qui emprunte son titre à un poème de l’écrivain et poète destroy californien cité précédemment. Finalement, à force de vannes, de glande et de légèreté nous avons raté l’ascenseur social et personne dans mes relations proches peut se vanter, aujourd’hui, de « siéger au Comex » ou d’avoir reçu la légion d’honneur. Au moins, nous n’avons fait que ce que nous voulions… A commencer par rigoler et faire la fête.
La saga de Cérémonies permet de corriger une idée reçue sur le rock français de ces années-là. Lorsque l’on relit la presse musicale de l’époque, le rock français semble à se réduire à deux possibilités : le rock à la Rolling Stones (de Téléphone et de ses multiples dérivés) ou le rock façon punk new-yorkais (et « arty ») lorgnant parfois vers un funk blanc (Casino musique, Go Go Pigalles) avec option textes à messages en français (Higelin ou Bashung). A l’époque, nous étions déjà persuadés que l’énergie bouillonnante d’un Téléphone ne pouvait compenser la vacuité de leurs paroles pré-adolescentes … Allez, tous en cœur : « Un jeeeu neeuhhh sais quooiii qui me laisseuuuu connnnn ». Rien ou très peu pourtant quant à ces groupes influencés par ce qui se passait en Angleterre. Rien sur une underground riche et multiple, dark et violente. D’après Franck, c’est peut-être la faute aux journalistes alors en poste. Des journalistes déjà vieux, ayant connu (et adoré) les années 70 et ne s’appuyant que sur leurs propres références musicales pour critiquer. Une génération qui croyait dur comme fer à l’unique influence d’un Bowie ou d’un Lou Reed quand on faisait du rock. A la limite, les New-York Dolls ou le MC5. Il faudra attendre la déferlante rock alternative pour que l’incroyable richesse de la scène française soit enfin visible et exposée par les médias. Cérémonies a traversé cette vague alternative sans changer de cap, sans sourciller. Cérémonies était déjà un vieux groupe. Il n’a jamais été question d’accordéon ou de néo-réalisme français à la Léo Ferré dans la new-wave épique du groupe.
Cérémonies, c’est l’histoire de 4 copains de lycée, quelque part du côté des cités de Rosny 2 et Montreuil qui vont mettre leur goût et leur énergie en commun pour créer un répertoire original ne comprenant qu’une ou deux reprises bien senties (Joy Division ou Bauhaus). Ainsi, Lors de voyages linguistiques en Angleterre, Franck ramènera des disques alors inconnus dans l’hexagone puis, plus tard, avec ses camarades de jeu, prendra une carte de fidélité chez New Rose pour trouver la perle rare, la nouveauté qui tue. Bref, le terreau musical sur lequel le groupe construira et évoluera. Dans le désordre (et de souvenir) PIL, Stiff Little Fingers, Outcasts, Bollock Brothers ou Jean-Jacques Burnel et les Stranglers mais aussi du reggae à la Mickey Dread ou Dr Alimentado (l’influence des Clash) voir de la « variété » un peu plus « light » comme Jo Boxer, Woodentops et New Order.
Cérémonies n’est pas apparu d’un seul coup, comme une évidence, il est le résultat d’une évolution, d’une maturation qui commence en 1979 par une première formation punk, l’Affrontement. On notera l’influence des Clash qui accompagnera toute l’histoire de Cérémonies plus d’une façon idéologique que musicale. Gordon à la guitare, Franck à la basse, Commandant à la guitare et Bosniak à la batterie. Un seul ampli pour reprendre le quator. Personne n’a vraiment envie de chanter et c’est finalement Franck – qui a le meilleur look punk - qui s’y colle. Le groupe dégote un local de répétition complétement gratuit (la salle des fêtes commune dans la cité). Ah oui, j’oubliais, dans la bande des Cérémonies, on pouvait (devait ?) se retrouver affublé du surnom qui va bien : Gordon (car Hervé aimait le gin), Piepp’ (Car Jean-Jacques était pompier d’entreprise), Commandant (après son passage dans l’armée), Bosniak, Adolphe, Iggy, Zaza, Camisole, Pachi, Dicav’, Coco et puis plus tard Quick et moi-même Marcotin… Et plein d’autres. Donc de l’Affrontement naitra un déjà plus sérieux Stygmat avec Gordon à la basse et les frères Boubich’ (Commandant et Bosniak). Puis le deux partiront fonder Ordonnance Karmélites. L’arrivée de Bruno à la batterie et de Piepp’ à la guitare permettra de distribuer définitivement les rôles avec, bien sûr, Franck au chant et Gordon à la basse. Gordon qui, il y a peu, a dû quitter le vaisseau amiral (et à qui je dédie ces quelques lignes).
J’en profite pour partager un grand moment « gordonnien », bière à la main lors d’une fête de jour de l’an dont nous avions le secret. Après une longue discussion, nous étions finalement tombés d’accord sur le fait que « quand on pisse debout et qu’on ne voit plus sa bite, il est temps de maigrir ». Dont acte, je pense à toi Gordon et j’essaie de perdre du poids. Gordon avait un réel don pour la guitare électrique à quatre cordes. Il développera un vrai style personnel et son propre son très influencé par la maestria d’un Peter Hook. Ce talent achètera à vie notre admiration ébahie. Un AVC plus loin, seul à Grenoble, il devait arrêter la pratique de son instrument fétiche, cloué sur un fauteuil roulant, parlant difficilement et n’ayant plus la force de soulever une basse ...




