Cette fois-ci, je dévie un peu de la ligne éditoriale de ce blog. Voici une captation live du méga-hit des Troggs : "Wild Thing". Ce standard rock/punk/garage est l'œuvre de Chip Taylor et enregistré originellement pas les Wild Ones de New-York. Mais c'est la version des Troggs qui sera un succès international. A la façon de "Louie Louie" ce standard a été repris par un nombre incalculable de groupes dont une très bonne version du groupe punk californien X. Nous avions l'habitude de la jouer en concert quand un des Monkey Business cassait une corde et devait en changer. A trois, ça sonnait aussi super bien. Je n'ai, malheureusement, pas retrouvé de captation de notre réinterprétation de ce classique.
J'ai déjà beaucoup parlé de Chrissie Hynde et finalement assez peu (voir pas) des Pretenders. Too bad. Je me souviens avoir été en vacances à L.A. un mois d'Août 1981 et, près de UCLA, d'avoir entendu "Kid" en version live, sortir à fond d'un magasin. Un beau son rock qui m'a bouleversé. J'ai acheté leur premier album que j'ai usé sur la platine. Pour célébrer cette magnifique formation, j'ai cherché quelque chose d'un peu rare. Les Pretenders ont fait quelques reprises dont Bob Dylan, Radiohead ou Merrilee Rush. Tout existe sur des supports officiels. Je suis finalement tombé sur cette cover des Troggs suivie d'une des Small Faces, c'est dire si les Pretenders ont du goût ! Nous sommes au Pavillon Baltard le 18 Décembre 1981 !
J'ai trouvé cette reprise des Troggs par les Fuzztones sur la face B d'un single sorti en 1989. On notera que ce simple a été produit par Shel Talmy un grand nom américain des sixties qui a œuvré en Angleterre pour les Kinks, Who, Creation, Easybeats... Etc.
Voici encore un disque "d'exploitation" punk, un "coup" musical réalisé par deux "monstres" de la variété française : Jean Schulteis et Claude Puterflam. Si le son de cet ovni oscille entre le glam et le punk rock, son principal intérêt réside dans le fait qu'il soit une adaptation en français du standard des Troggs : "Wild Thing". Le titre de cette cover cite "indirectement l'univers beatnick/hippie de "Soft Machine". J'ai presque envie de le reprendre avec mon groupe Jean_Marc !!! En tout cas, ce single est l'unique production de Sublime De Luxe, un groupe qui n'a sans doute jamais existé !
À la fin des années 1980, Mary Goes Round se forme autour de Jérôme Avril et Cécile Balladino et commence son parcours sous le nom de Red Light. Leur première apparition scénique a lieu en 1986 au Rex Club, en première partie de Sonic Youth. Le groupe évolue ensuite vers une formule plus dépouillée et apparaît sur les compilations Unreleased avec The Shelter en 1987 puis The Nightmare en 1988.
C'est finalement sous la forme d'un duo composé de Jérôme Avril et Cécile Balladino que Mary Goes Round enregistre Sunset. Les sessions commencent à la fin de 1988 et se poursuivent au début de l'année suivante au Studio du Val d'Orge, à Épinay-sur-Orge. Le studio appartient alors à Jean Taxi, et ce nom fera peut-être écho à certains lecteurs de Bouloup : c'est également dans ce studio que Monkey Business et Stereo Child, deux groupes de l'underground parisien de l'époque, ont enregistré leurs démos. Un petit point de rencontre entre plusieurs histoires musicales qui, à l'époque, n'avaient évidemment pas vocation à se retrouver dans les mêmes pages.
Sunset sort en 1989, d'abord sous la forme d'un mini-LP autoproduit de sept titres distribué par New Rose. On y trouve notamment Mary Sleeps Alone, Dark Times, The Night, The Promised Land, The Great Desire, Sunset et Teardrops Again. Une édition CD publiée par la suite ajoutera cinq morceaux, parmi lesquels The Nightmare, Mary in the Sky, On the Sea, The Shelter et Another Sunset.
La musique de Mary Goes Round repose sur un mélange de guitares mélodiques, de claviers, de rythmiques électroniques et d'atmosphères crépusculaires. La cold wave est bien présente, mais le groupe ne se contente pas d'en appliquer les recettes. Certains morceaux possèdent une dimension plus pop ou psychédélique, avec des mélodies qui viennent adoucir les ambiances sombres. Mary Goes Round se retrouve ainsi à proximité de groupes comme Asylum Party ou Little Nemo, tout en conservant une personnalité propre. Le groupe évolue dans cette scène française de la fin des années 80 où post-punk, new wave, cold wave et pop indépendante se croisent régulièrement.
Avec son premier disque, Mary Goes Round laisse le souvenir d'un groupe qui avait trouvé un équilibre assez personnel entre mélodies pop, guitares, claviers et atmosphères plus sombres. Sunset reste surtout l'un de ces disques qui permettent de replonger dans une scène française de la fin des années 80 beaucoup plus riche qu'on ne pourrait l'imaginer aujourd'hui, avec ses petits labels, ses compilations, ses studios et tous ces groupes qui enregistraient parfois quelques morceaux sans savoir quelle place ils occuperaient, ou non, dans l'histoire.
La suite de l'histoire va cependant assez rapidement éloigner Mary Goes Round de l'atmosphère la plus ouvertement cold wave de ses débuts. Quelques mois seulement après Sunset, le groupe publie 70 Suns in the Sky chez Lively Art. Sorti en novembre 1989, ce premier véritable album aligne notamment Mary's Garden, On My Way Back Home, Useless Day, Clouds & Clouds, Who Believes in Better Days?, Eagle, Any Mary I See, Nightfall et Kiss Me Love. Le disque reste ancré dans la new wave, mais le groupe y affirme déjà une envie de sortir du cadre. Les guitares prennent davantage de place, les rythmiques se font plus nerveuses et certaines chansons lorgnent franchement vers le rock. La reprise du Nile Song de Pink Floyd donne également une indication sur cette volonté d'aller voir ailleurs.
En 1990, Mary Goes Round poursuit dans cette direction avec le maxi Hot Shot in Space, avant de publier Highway Planet. Ce dernier disque accentue encore le côté rock du groupe. Mary Soul Damage, Is Mary Magic?, Orange Car, Shut Up and Die ou Kiss and Kill montrent un groupe qui s'éloigne progressivement de l'image cold wave qui lui est souvent accolée aujourd'hui. Même si les claviers et certaines atmosphères restent présents, le son devient plus direct et plus électrique.
En 1991 paraît Mary in Wonderland, dernier album du groupe. Cette fois, l'évolution est particulièrement nette. Mary Goes Round semble vouloir assumer davantage le côté rock de sa musique, avec une approche plus brute qui tranche avec les premières productions. Rock Made in France évoque même un rapprochement avec le garage rock des Troggs. Cette évolution explique peut-être aussi pourquoi il est finalement assez réducteur de résumer Mary Goes Round à la seule scène Touching Pop : le groupe n'a cessé de déplacer ses propres frontières au fil des disques.
L'aventure s'arrête en 1993 avec le départ de Cécile Balladino. Dans une interview publiée en 2011, elle explique qu'elle avait commencé à avoir envie d'autre chose depuis plusieurs mois et qu'elle préférait arrêter plutôt que d'enregistrer un nouvel album avec le sentiment que l'énergie des débuts n'était plus là. Jérôme Avril tente alors de poursuivre, mais un concert suffit finalement à montrer que la formule ne fonctionne plus de la même manière. Mary Goes Round disparaît ainsi après quelques années seulement, laissant derrière elle quatre albums, un maxi et une poignée de titres qui auront accompagné une partie de la scène alternative française de la fin des années 80 et du début des années 90.
L'histoire ne s'arrête pourtant pas complètement pour Jérôme Avril. Il poursuit ensuite son activité musicale sous le nom de Brachko. Le catalogue de Mary Goes Round a par ailleurs été réédité en 2007 par Infrastition sous la forme de deux doubles CD, Way to Wonderland et Way Back Home. Plus récemment, Avril a remis en ligne une partie importante du catalogue, permettant de retrouver Sunset, 70 Suns in the Sky, Highway Planet et Mary in Wonderland, mais aussi des enregistrements plus tardifs associés à Brachko.
Avec le recul, la trajectoire de Mary Goes Round est donc peut-être plus intéressante que la simple étiquette « cold wave française » souvent utilisée pour les présenter. Parti d'une scène où les guitares froides, les claviers et les boîtes à rythmes étaient encore largement associés à la new wave, le groupe s'est progressivement dirigé vers un rock plus affirmé avant de disparaître. Sunset constitue le point de départ de cette histoire, mais les disques qui suivent montrent surtout un groupe qui cherchait encore sa direction au moment même où il commençait à être identifié.