Je me souviens de cet album jaune vif et au verso, la Mosrite bleue. Ce son unique qui évoque les 50's en inventant quelque chose d'autre. Quelque chose de complétement neuf. Un disque génial qui n'a pas pris une ride mais qui condamnait cette formation, cet "art" band en provenance d'Akron à reproduire à l'infini cette ambiance unique. J'ai écouté un paquet de bootlegs des B-52's sans jamais y trouver quelque chose d'un peu différent des albums officiels. Également, je me suis décidé à les voir en concert. Il fallait se dépêcher puisqu'il s'agissait de leur farewell tour. Bedonnant, franchement sur le retour, le groupe y allait de son "Rock Lobster" ou de son "Planet Claire". Bon pied, bon œil. The show must go on. Si un groupe peut-être associé à ma génération, c'est bien ces "bi fifti-touze" qui ont toujours sonnés comme une bande son rétro-futuriste sur laquelle nous avons dansé chaque fois que c'était possible. Finalement, en désespoir de cause, ne trouvant rien de vraiment original, j'ai sélectionné une très bonne série de remix produits par une radio américaine spéciale années 80. Et j'ai choisi ce "Private Idaho" extrait de leur deuxième album (le rouge). Cette chanson me rappelle que j'ai pas mal fréquenté l'Idaho dans les 70's. Un état que la plupart des américains prennent pour une sorte "d'artefact" rétro tenant presque du myhte puisque, par exemple, "Twin Peaks" se situe dans cet état du nord-ouest. Un état suffisamment kitsch pour pouvoir être le titre d'une chanson des B-52's !
The B-52's
R.E.M.
Avant d’être les stars planétaires que l’on connaît — les arènes pleines, les clips en boucle sur MTV, les hymnes comme Losing My Religion —, R.E.M. a été un petit groupe du Sud profond. Un groupe de copains d’Athens, en Géorgie, qui bricolait une pop étrange et lumineuse dans un monde encore post-punk.
Tout commence en 1980, quand Michael Stipe, Peter Buck, Mike Mills et Bill Berry se rencontrent à l’université. Athens n’est pas encore la scène indie qu’on imaginera plus tard, mais il s’y passe déjà quelque chose : The B-52’s ont ouvert la voie, et dans les bars du coin, des kids font du bruit avec des guitares, loin du clinquant de Los Angeles ou du nihilisme new-yorkais.
Le premier single, Radio Free Europe, sort en 1981 sur Hib-Tone. Petite maison locale, tirage confidentiel, mais cette chanson a tout. La guitare cristalline de Buck, entre jangle et urgence, la basse mélodique de Mills, et la voix de Stipe, mystérieuse, presque incompréhensible. On ne comprend pas les paroles, mais on sent qu’il se passe quelque chose. C’est ça, la magie de R.E.M. à ses débuts : de l’énergie, de la mélodie, et un voile de brouillard par-dessus. Le morceau attire assez d’attention pour que le groupe signe chez I.R.S. Records, label connu pour ses choix audacieux (The Go-Go’s, Wall of Voodoo, The Cramps).
En 1982, sort Chronic Town, cinq titres d’une beauté un peu tordue. Ce n’est pas un disque “important” à l’époque, mais avec le recul, c’est une petite révolution. Les guitares sonnent comme si elles venaient d’un autre pays, la batterie rebondit, et Stipe chante comme s’il parlait un dialecte secret. Des morceaux comme Gardening at Night ou 1,000,000 montrent déjà ce que R.E.M. fera de mieux : mélanger le folk-rock des Byrds, l’ombre du punk et une mélancolie très personnelle. C’est un disque qui respire la campagne américaine, la verdure, les routes vides et les couchers de soleil, mais avec une tension sous-jacente.
L’année suivante, Murmur installe R.E.M. comme le fer de lance d’une nouvelle scène américaine. Là encore, rien n’est frontal : pas de gros son, pas d’effets de manche. Juste cette écriture tordue, ces mélodies qu’on reconnaît sans les comprendre, et cette atmosphère quasi-mystique. Les critiques adorent, la presse parle d’un souffle nouveau, mais le grand public passe à côté. Tant mieux : Murmur reste un disque à part, une œuvre d’initiés. On y retrouve l’Amérique profonde, les trains de nuit, les terrains vagues, les mots qu’on devine plus qu’on ne les entend.
Ce R.E.M.-là n’a pas encore les moyens des grandes productions ni les refrains faits pour les stades. C’est un groupe qui avance par instinct, porté par des chansons qui semblent venir d’un autre temps. Ce qu’ils ont créé entre 1981 et 1984 reste un miracle d’équilibre entre naïveté et maîtrise. Plus tard, tout changera — Document, Green, Out of Time, Automatic for the People —, mais ceux qui ont usé leur exemplaire de Chronic Town savent : le vrai frisson R.E.M., celui du brouillard, du jangle et du mystère, c’était là, au tout début quand on assurait (entre initiés) qu'en fait ce groupe s'appelait "Rapid Eyes Movement"...
The Bongos
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