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Pour l'Exemple

Pour l’Exemple apparaît au milieu des années 1980 comme une formation discrète mais révélatrice de ce que fut une certaine scène post-punk française hors des radars médiatiques. Le groupe se forme à Lille en 1985, mais son histoire est indissociable d’Amiens et surtout de Guerre Froide, projet actif dès 1980, dont il constitue moins une rupture qu’une prolongation naturelle. Guerre Froide appartient à cette génération de groupes marqués par l’urgence punk, souvent rapprochés de Joy Division, mais cherchant déjà ailleurs leurs références : dans une culture européenne revendiquée, nourrie d’expressionnisme allemand, de l’imaginaire berlinois et d’un tropisme persistant pour l’Est, réel ou fantasmé. Maïakovski y est cité comme référence, Marquis de Sade comme point de comparaison contemporain, et l’on parle alors de « new wave continentale » pour désigner cette scène qui refuse le simple mimétisme anglo-saxon.

Lorsque Guerre Froide se dissout au milieu des années 1980, Yves Royer, son chanteur, retrouve Fabrice Fruchart, premier guitariste du groupe, qui avait quitté l’aventure avant l’enregistrement du maxi 45 tours. Autour d’eux se constitue Pour l’Exemple, avec Philippe Buteux à la basse et une boîte à rythmes. Le nom du groupe est choisi pour sa consonance volontairement ambiguë, presque étrangère ; il renvoie à une idée plus qu’à un message, laissant à l’auditeur la responsabilité de l’interprétation. Cette notion d’interprétation subjective traverse l’ensemble de la démarche du groupe et se retrouve aussi bien dans ses textes que dans son rapport aux images.

Car Pour l’Exemple ne se pense pas uniquement comme un groupe de rock. À l’image de Guerre Froide auparavant, les concerts sont conçus comme des expériences visuelles : projections de diapositives, images fragmentées, fanzines distribués lors des prestations. Le fanzine Interprétation subjective, édité et diffusé à l’occasion des concerts, prolonge cette volonté de ne pas séparer musique et iconographie, son et sens. Le groupe se situe dans une approche engagée, sans militantisme revendiqué, où la musique est avant tout un vecteur d’images mentales. Les textes, écrits et chantés en français, abordent l’amour sous un angle douloureux, l’enfance comme territoire ambigu, la violence latente des relations humaines. Certaines influences littéraires sont explicitement revendiquées, notamment J. G. Ballard, dont l’univers résonne avec cette fascination pour les paysages mentaux et les dérives modernes.

Musicalement, Pour l’Exemple développe deux axes complémentaires : des morceaux tendus et rythmiques, souvent portés par la basse, et d’autres plus mélodiques, où la guitare et les synthétiseurs occupent un espace plus atmosphérique. Cette dualité se retrouve sur leurs premiers enregistrements. En mars 1986 paraît une cassette éponyme sur le label Cryogénisation Report, document brut de répétition, qui fixe les bases du projet. En 1988 sort enfin Contre-Courant, maxi 45 tours publié chez Flashbacks Futurs, contenant notamment Contre-courant, Je ne veux / Black Angel et La nuit. Le disque, aujourd’hui rare, connaît une gestation compliquée : soufflet perdu, problèmes de pressage, hésitations autour du label. La distribution reste essentiellement locale, assurée par Danceteria, structure lilloise déjà impliquée dans la diffusion de groupes comme Buzz, The Gun Club, Mac Carthy ou The Grief.

À la fin des années 1980, Pour l’Exemple demeure un groupe confidentiel, davantage ancré dans un réseau de scènes et d’affinités que dans une logique de carrière. Les membres vivent à Lille mais restent très liés aux groupes amiénois, et le retour en concert dans cette ville, après plusieurs années d’absence, marque une forme de bascule dans leur état d’esprit. Les photographies de groupe sont fragmentées, jamais posées, comme pour refuser toute fixation d’une identité définitive. Plusieurs projets de participation à des compilations avortent, avant qu’un dernier album cassette, E Pericoloso…, ne voie le jour en 1992, scellant la fin du groupe.


Not Your Animal pour équilibrer votre 6e chakra

« Je suis ta chatte, 
tu es mon chien 

Et de la tête aux fesses,  
je te donne des caresses 
Monde animal 

Tu es mon animal. »
 
Lili Olimao




J’ai toujours eu envie de commencer un article par « voici l’album de la maturité… ». Je commence donc cette chronique par… Pour Not Your animal, voici l’album de la maturité. D’accord, c’est purement déclaratif d’autant que Not Your Animal sort - seulement - son 2e « opus » et ne jouit pas encore de la notoriété qu’il mérite. Autre problème (peut-être), cet album n’a pas de nom. Quand Not Your Animal aura atteint, d’ici peu, une reconnaissance méritée, on devra donc dire… « Tu sais le 2e Not Your’ » Pour être « cool » on raccourcira leur blaze. « Oui, tu sais... L'album avec les yeux ».

En parlant de notoriété… J’assistais à un concert, l’autre jour, d’un groupe anglo-saxon jouissant d’une solide réputation dans le milieu des passionnés, quand, au détour d’un pont musical (avec option joli solo), je me suis dit pourquoi Not Your Animal n’est pas là, devant moi, à la place de cette formation (certes de qualité mais pas plus méritante qu’une autre). Nous étions confortablement assis et masqués dans une grande salle parisienne. Pourquoi ? Et bien David, le chanteur de ces Not Your Animal m’a soufflé un début de réponse. Peut-être qu’aujourd’hui l’offre musicale est bien trop large par rapport à un public de plus en plus restreint tant en nombre qu’en moyens financiers. Il est donc possible de passer à côté d’un groupe comme Not Your Animal, à coup sûr noyé dans la masse des 35 000 nouveaux morceaux publiés quotidiennement. Bien sûr, ça me semble profondément injuste et presque dommageable. D’aucun ajouteront que l’ennui des confinements à répétition à également exacerbé la production musicale. Donc précisons : Voici le nouveau Not Your Animal, l’album de la maturité et ça serait dommage de passer à côté. Pour éviter cet écueil, je vous invite à chaudement recommander les Not Your’ à votre « 1er cercle » (parmi les 3 identifiés) comme décrit par les spécialistes des réseaux sociaux. Être viral ou ne pas être.

Not Your Animal n’a pas 20 longues années de carrière derrière eux. Pourtant, chacune de leurs chansons est magnifiquement écrite et interprétée comme seule l’expérience peut le permettre. Ces gars connaissent leur affaire. Tout est magnifiquement joué, enregistré, mixé et produit, créant un écrin pour les plus précieuses chansons de David Rosane, mon filleul adoré. Si par le passé, j’ai prophétisé que « David Rosane ne sera jamais une pop star. » A l’écoute de cet album sans nom (mais avec un œil comme leitmotiv), je me suis – peut-être – trompé ! Déjà, David est notre star « personnelle » que nous chérissons dans un même groupe d’amis comme un secret d’initiés. Un peu comme ce millésime mis en bouteille par un lointain cousin vigneron et que l’on sort à chaque grande occasion familiale. D’ailleurs, dans mes playlists, tourne un grand nombre de ses chansons (d’hier et d’aujourd’hui) mélangées au milieu des plus grands (Liberace, Hughes Auffray, Joe Dassin ou Elvis). C’est un signe. Un bonheur musical et personnel sans cesse renouvelé. Un luxe littéralement hors de prix. Au-delà de ce succès amical de proximité, tout est là pour que le succès de Not Your Animal soit aussi global et massif : le son, les chansons, le look et même le visuel. Donc, succès il y aura… Car je le veux. Et tant pis si on n’a pas à faire à des « spring chickens » c’est encore plus beau, plus authentique.

Vous l’avez compris, je connais David depuis très longtemps et j'ai adoré voir vieillir « l’animal » (pas le vôtre mais bien le mien). J’ai adoré le voir endosser tous les rôles que la vie lui a confié. Toujours avec classe et humanité. Comme celui de père ou celui de l’entrepreneur, par exemple. Et bien avant, d’autres beaucoup plus intimes que je tairais ici pour ne pas rentrer dans la sphère du privé. C’est avec cette matière vivante, celle du vécu, qu’il écrit et qu’il chante. Ça s’entend… Jusqu’à l’ironie feinte dans certains de ses passages parlés (quand ils existent) ... Reste, pour moi, une question qui me hante depuis un moment quant à l’opportunité pour un David de jouer en groupe. Pardon, camarades de Not Your Animal. Car enfin, ici tout est du David pur jus. (Not Your Animal ou pas Not Your Animal). Virtuosité ou non. Même accompagné par un bagad (d’Ille-et-Vilaine) ses chansons sonneraient comme du David. Là encore, après de longues discussions alcoolisées, mes amis m’ont soufflé un début de réponse… Sans le collectif d’un Not Your Animal pas d’énergie… Et donc pas de David. Car David existe aussi musicalement par cette énergie transmise par le groupe, J’allais dire par « le gang » ou par « le pack ». J’en - conclus - aussi qu’il aurait sans doute fait un merveilleux chef de groupe dans les forces spéciales. Mais là, je spécule. Si David s’est débarrassé ici de l’accessoire et d’un certain maniérisme (je compose à la façon de) pour écrire ces nouvelles chansons, il n’a pas renoncé à la classique aventure rock and rollienne. Celle du groupe, concept que l’on doit aux indéboulonnables Beatles (dans son expression contemporaine). Le groupe de rock a été spécialement pensé pour une population tout juste sortie de l’adolescence prête à se foutre sur la gueule à la moindre poussée d’hormones… David n’en n’est plus là - bien sûr - mais c’est bien ce qu’il le fait encore vibrer. Comme cette sensation physique (unique et intense) du premier accord plaqué sur une Gibson Les Paul au tout début du concert. L’énergie du collectif donc mais pas n’importe laquelle. Celle du rock and roll. Celle qui nous faisait tant rire chez des Johnny Hallyday ou des Dick Rivers. Ce coup-ci, rock and roll ou pas, ses camarades de jeu sont réellement au niveau de son talent de compositeur et d’interprète : « Ces gars-là, ils sont terribles ! ». Pour un résultat au combien cohérent bien qu’un peu rétro (qu’ils me pardonnent encore) car le concept d’album a disparu avec la généralisation du streaming. Aujourd’hui on est sur du « snacking » de contenus sur les réseaux sociaux comme sur les plateformes musicales ! Sortir un LP, même en vinyle, à l’heure du single vainqueur souligne une volonté de raconter et de détailler le propos. Pour autant, il n'y a pas de remplissages, ni de temps morts dans ces 10 chansons. Peut-être (aussi) avons-nous juste vieilli et finalement « on s’en branle de ce qui se fait ou pas ». L’important, c’est ce que l’on veut. Et voici ce que veulent les Not Your Animal, ce bel album avec un œil dessus.

Pourtant, rien de complétement nouveau au royaume musical de David et de Not Your Animal… Si ce n’est ce son contemporain louchant parfois vers un néo-psychédélisme comme on l’aime (à grands coups de cœurs et de mélodies qui vont bien). Pas de sitar ou de tabla version hindouiste, non plus. Faut pas déconner, l’Animal vient du punk. Quand j’annonçais qu’il faisait « œuvre » dans mon précédent article je ne m’étais pas trompé. Ce second opus de Not Your Animal le confirme (une fois de plus). David, chanson après chanson, construit un ensemble cohérent autour d’un fil rouge mélodique et thématique qui devrait sauter aux oreilles de celui qui  - un jour - écoutera l’intégrale Rosane… De Seaton à Not Your Animal dans un avenir que je souhaite le plus lointain possible. Les intégrales annoncent souvent une fin prochaine. David n’en est qu’au début. Je soulignerai au passage, la beauté de ces chœurs, magnifiquement mixés et réalisés avec amour (à n’en pas douter) par la compagne du dit David.

La dernière fois que j’avais pris la plume pour parler d’un projet musical de David, c’était pour parler de ses Gardiens de Zoo. Depuis, l’état sauvage a repris le dessus libérant l’énergie de cet animal, un groupe de rock dont le nom commence par une négation. Comme pour signifier que le règne animal n’appartient à personne. « Je ne suis pas ton animal, salope » (et vice versa). Bref, je ne suis pas à vendre… Même à celui qui m’écoute. Un peu d’intégrité ne peut pas nuire. Pour autant, les Not Your Animal ne distribuent pas les tracts à la sortie de l’usine. J’aime aussi David pour ça. Pour ce propos que l’on retrouve dans toutes ses productions. Rien de trop extrême non plus dans ce long, rien de « faux » ni de distordu, juste de la très bonne pop parfois soutenue, souvent tubesque. Parfois les deux. Et c’est bien.

Ce coup-ci, également, Not Your Animal a mis toutes les chances de son côté en faisant travailler visuellement celui que j’ai toujours considéré comme un « grand » du graphisme, le camarade Guillaume B.  Il a su créer cet œil que j’imagine aisément être le 3e. Ce 3e œil correspond au 6e chakra. Celui qui est l’archétype du « sage » puisque (musicalement) ici, tout est équilibré à la perfection. Son approche moderniste débarrassée des tics branchés donne une assise à l’ensemble qui est également remarquable ! On dirait déjà un classique.

Alors, allez-y car tout est là… Not Your Animal, simple, beau et efficace ! et comme disait Bouddha « Avec nos pensées, nous créons le monde. » et le Monde créé par Not Your Animal est magnifique.

Pour plus d'informations, c'est ici !




Je me souviens de nous (2)


J'ai eu le plaisir de participer aux deux Revues Thésaurus publiées par le camarade Claude Picard. Dans le premier numéro, j'ai écrit un long article sur Cérémonies, dans le second, c'est de ma carrière musicale dont il était question. Bien sûr, vous pouvez vous les procurer ici-même. Le temps a un peu passé depuis ces publications et il est temps de partager ces monuments journalistiques avec mes lecteurs adorés ! 

Nous sommes en 1983, je rencontre Franck War dans une école qui prépare à un BTS de Publicité. Très vite nous sympathisons. La « Pub » qui n’est pas devenue la « Com », à l’époque, est un phénomène de société sympa et branché. Le consumérisme et l’écologie ne sont pas à l’ordre du jour. Jacques Séguéla n’est pas encore un vieux con qui sucre les fraises en mélangeant Rolex et Réussite. 

Notre amitié commence peut-être dès le premier jour quand un de nos profs nous demande de partager nos motivations à intégrer la grande famille des « pubeurs ». J’avoue pour ma part, moitié français, moitié provocateur, « vouloir me faire plein de fric et un maximum de nanas ». Je crois que ça a plu à Franck.  Sandrine également dans la classe deviendra la manageuse du groupe avec un certain succès avant de tomber amoureuse et de se marier avec le chanteur de Seaton (une formation new-wave amie basée à Aix-en-Provence). Béatrice intégrera la bande et épousera Bruno, le batteur de Cérémonies. Également avec Mathy, Anne-Marie et pleins d’autres nous formons une petite bande d’apprentis pubards. 

Très vite Franck fait le lien avec les autres Cérémonies qui répètent au fameux Parking 2000. Le groupe partage un box avec une groupe exclusivement féminin les Traffic Diams. A côté, on croise les punks de Panik LTDC. Christian Panik, leur chanteur, est le frère de Bruno, le batteur de Cérémonies. Plus loin, les Martyrs ou les Toreros Muertos. Les Toreros sont espagnols et ont déjà eu des hits, dans les années 70, dans leur pays d’origine. Le Parking 2000 est un vrai parking qui loue à des groupes comme Tanit ou les Washington Dead Cats. Il n’y a pas de toilettes et on imagine facilement l’odeur ambiante. Le proprio coupe l’électricité à minuit. Dur pour ceux qui squattent et dorment dans les locaux de répétition sans chauffage. Le Parking 2000 est devenu, bien plus tard, un sujet de recherche pour une sociologue spécialisée dans la culture pop. C’est là que j’assiste à mon premier concert du groupe. Le premier d’une longue série.

En plus d’intégrer le BSS Kontingent, je change de look. Une grosse dominante de noir sur fond de treillis et de rangers tchécoslovaques achetés à La Redoute. Dieu merci, j’ai déjà les oreilles percées. Mes parents bloquent un peu sur mes chemises noires qui font écho aux heures sombres de l’histoire du fascisme italien. Me voici bientôt promu manager du groupe malgré une timidité maladive. Je ne tiendrai mon rôle juste quelques semaines, le temps d’envoyer quelques dossiers de presse et de faire une interview avec le groupe sur Radio Anarchie.

 Pour exister, Cérémonies joue un peu partout, dès qu’on lui en donne la possibilité. Un concert particulier est resté gravé dans la mémoire collective de tous les fans… Celui des 120 nuits. Les 120 nuits est une boite éphémère puisqu’elle ne durera que 120 Nuits (comme son nom l’indique). Une référence directe aux 120 journées de Sodome du Marquis de Sade. Un lieu que l’on aperçoit dans le cultissime « Les Nuits de la Pleine Lune » d’Eric Rohmer. Le 17 mai 1983, le groupe s’y produit soit quelques semaines avant sa fermeture. Pour l’occasion et pour affirmer l’univers artistique du groupe, nous mettons à contribution notre professeur de maquette et de dessin. Didier Puy-Ségur est un plasticien qui ne s’appelle pas encore « Putch » et qui n’a pas encore épousé la fille du « compresseur » César. Didier a vissé des capots de voiture sur le devant de la scène. Il est assis sur une chaise roulante avec des lunettes noires et un plaid sur les genoux. Avec une badine, il dirige deux « esclaves » femmes en combinaison de chantier qui vont exécuter ses ordres et peindre à sa place sur les dits capots. Cette performance est typique du personnage, elle mêle humour, décalage et performance artistique. Cérémonies joue d’enfer. Franck qui est inscrit à un atelier vidéo de la ville de Rosny, demande à ses camarades de filmer le concert. L’apprenti vidéaste oubliera d’appuyer sur le bouton et ne lancera pas l’enregistrement. Une galère de plus et un concert qui ne sera pas documenté…

Nous sommes en 1984 et le groupe décide de s’autoproduire. Une démarche peu commune à l’époque d’autant que l’opération est coûteuse (de mémoire autour des 15 000 Francs) et qu’il faut aller enregistrer en studio. Dans une interview donnée pour le fanzine Tropique du Cancer, le groupe déclare : « Nous sommes catégoriques, Nous n’avons jamais été jeté par une maison de disque pour la simple raison qu’on n’est jamais allé en voir. On voulait faire notre 45 tours pour se faire plaisir et pour voir si notre musique passe bien et pour faire la promo de Cérémonies. Ce qui est plus simple et plus efficace de faire avec un 45 Tours qu’avec une K7 ».  Tous les membres du groupe commencent à travailler et ont un peu d’argent à investir, il est donc temps pour eux de passer à la vitesse supérieure… Bien sûr, ils ont déjà enregistré des maquettes, mais là c’est du sérieux. Direction Studio DB où le groupe « pause » 3 morceaux : Le Goût du Saké, Kiss Of Death et Dantzig. Le ton est donné et seuls les 2 premiers titres seront retenus pour le single tandis que le 3e atterrira sur une K7 produite par un fanzine « Zick Addikt ». Dantzig est un morceau plutôt long qui comprend 2 segments, il n’y a pas la place sur le 45 tours et un maxi coûte trop cher. Je revoie clairement Franck, sa planche de Letraset à la main, composer la pochette du disque après avoir extrait d’un livre sur Paris, la fameuse photo de la gargouille gothique. Là, pour la première fois, j’ai pris conscience du process graphique et ma future carrière professionnelle prend corps.  A l’intérieur, grâce à une photocopieuse amie, un petit flyer, avec textes et remerciements, est inclus. Au verso une photo en contre-plongée présente le groupe avec un Franck un peu fatigué, un Gordon dégarni, un Piepp’ aux allures gothiques et un Bruno qui se prend déjà la tête. Pendant les mois qui suivèrent la publication du 45 tours, toute notre énergie sera dirigée vers la diffusion et la promotion de ce single qui, avec le recul, tient plutôt bien le coup. Sandrine, entre temps, devient la manageuse du groupe…

Pendant les mois qui vont suivre cette sortie, l’activité est intense pour le groupe et son entourage. Ainsi, lors de mon premier stage dans une agence de publicité, je découvre (non sans un certain bonheur créatif) le premier Macintosh d’Apple. Grâce à ce fantastique outil, nous coréalisons avec Franck le fanzine « 5 francs » qui est un collage de textes (saisis sur Mac Paint) et d’images. Je squatte la photocopieuse de l’agence pour le reproduire. On y trouve les textes de Cérémonies et certains de mes poèmes mélangés autour de photos. Car, oui j’écris des poèmes… Mais je ne m’en vante pas. L’image du poète torturé ne me plait pas.  Si nous n’avons jamais co-écrit de textes de chansons… Certains bouts de poème ont parfois inspiré l’écriture de Franck War. Ainsi et par exemple dans « Les Bouchers de Verdun », Franck emprunte « Un hiver mal placé dans mon été » à mon « Un hiver mal placé entre deux étés ». Il n’est pas question de plagiat puisqu’il m’a demandé la permission. Je vois ce processus créatif plus comme une forme d’émulation littéraire, un quasi- cadavre exquis façon Dada. C’est aussi une façon d’exister dans les chansons de Cérémonies et pour moi, en tant que fan N°1, un vrai bonheur. 

L’été venu, nous partons en vacances, direction l’Espagne et la petite ville côtière d’Oliva (près de Gandia et de Valence). Nous y retournerons plusieurs fois. Pendant trois semaines, au mois d’août, nous louons un appartement où le confort est réduit à sa plus simple expression. Il fait, de toute façon, trop chaud pour s’en rendre compte. Tous les soirs, c’est discotecă et alcool (souvent le fameux mélange Fanta Orange / vodka). Très vite, nous sympathisons avec quelques locaux « branchés ». C’est encore la movida et l’Espagne vit le grand n’importe quoi de l’après Franco. C’est la « fiesta » sans fin, toutes les nuits, à l’Hexagono ou au Labotorio Industriale. Angel et sa bande nous font découvrir le rock espagnol du moment. On partage la paëlla dans un repère d’anarchiste et malgré le fossé linguistique, le courant passe. La drogue facilite aussi la communication. Isabella, notre fournisseuse officielle, a le look « españa negra » derrière son éventail et s’avère être une amie des Chihuahua parisiens. Que nous croiserons à Paris grâce à elle. Nos copains espagnols nous invitent à participer à une émission (en traduction simultanée) sur la radio du coin, Radio Olivia. Nous parlons rock français et bien sûr de… Cérémonies. Naturellement, ils nous demandent de jouer en concert dans un bar de plage pour fêter ce rapprochement franco-espagnol. Une moitié de Cérémonies et une moitié… de ceux qui sont là sont donc invités à se produire live. Pour cette occasion uniquement, je deviens guitariste du groupe. Sans répéter, sans pouvoir vraiment m’accorder, nous assurons un set hallucinant ne comprenant qu’un long morceau d’une vingtaine de minutes. Finalement, je jette l’éponge et ma guitare. Un Espagnol complétement bourré prend le relai et martyrise cette guitare japonaise franchement injouable. Une vraie performance sonique à la Sonic Youth et mon pire souvenir de musicien ...

 

 

Iridaes, entre clacissime et modernité !



Une de mes passions musicales a pour nom "l'Outsider Music". Pour faire court, ce domaine rassemble tous les musiciens et artistes qui ont la capacité de s'inventer en dehors de tous repères possibles, des modes ou de courants musicaux existants. Ces artistes "entendent" quelque chose qu'ils sont seuls à entendre et souhaitent le partager avec le monde entier. C'est Florence Foster Jenkins qui s'imagine chanteuse d'opéra ou les Shaggs qui enregistrent un album après un mois de répétition, sans jamais avoir pratiqué un instrument de musique. Ces deux-là sont devenus des super stars du genre. Pour creuser le sujet, je vous invite à lire "Songs in the key of Z" et d'écouter les CD qui vont avec. Bref, c'est de l'Art Brut version musicale.

Dans mon entourage, j'ai fait la connaissance d'une possible incarnation de cet "Outsider Music". Il ne s'agit pas pour moi de me moquer facilement mais plutôt de rendre une sorte d'hommage à ce "loner" de la musique instrumentale. Un jeune homme d'une trentaine d'années nommé Iridaes (on comprendra que ce n'est pas son nom de naissance). Iridaes a, à son actif, 4 albums de musique instrumentale qui se situe quelque part entre la musique new-age, le néo-classique, Tangerine Dream, Saint-Preux, Richard Clayderman ou Jean-Michel Jarre (des années 70).  4 albums auto-produits, bien sûr.

Ce qui est impressionnant c'est la construction de ce personnage... Entre mage mystique (on pense à un cousin de Raël) et musicien multi-instrumentiste de génie des années 70 avec le nom qui va bien. Son flyer le définie de cette façon : "Iridaes fait partie des musiciens qui considèrent  le synthétiseur comme un véritable instrument. A tel point que la nature électronique de celui-ci finit par s'effacer pour laisser place à l'essentiel : la musique. Elégante, mélodieuse et raffinée, elle virevolte entre classicisme  et modernité, nimbée d'un halo délicieusement  irréel. Pianos, cordes, tintements cristallins, nappes éthérées... Les sonorités alternent et s'entremêlent au fil d'un discographie déjà riche de 4 albums. S'ajoute à celà un goût prononcé pour l'élégance et la fantaisie visuelle. Loin de se limiter à la musique, Iridaes développe un véritable univers. Un voyage au bout du rêve, où se déclinent toutes les nuances de l'émotion." Je ne vais pas faire une explication de texte mais le style de cet écrit colle complétement avec le contenu musical et dévoile un fantasme d'universalité qui est loin de coïncider avec le genre musical. Il s'excuse aussi de jouer du synthétiseur qui par le Passé n'était pas considéré comme un véritable instrument. Ceci dit, aujourd'hui, n'importe quel artiste de variété sort son DX7 reconditionné pour faire "branché" et à la mode. Sa "fantaisie visuelle" (c'est lui qui fait tout même les visuels) est également utlra-datée et peut évoquer au mieux Era et au pire la cover d'un album de Klaus Schulze sorti dans les années 70.  Ce qui est étonnant et qui le fait rentrer directement dans la catégorie "Outsider Music" c'est le fait qu'il ne se pause pas la question du professionnalisme de ses réalisations. Il se considère d'abord comme un artiste et en temps que tel (et du fait de "son art"), il n'a pas vraiment besoin de l'apport d'autres : musiciens, producteurs, ingé. sons... Etc. D'ailleurs, il le dit dans son flyer "Iridaes fait partie des musiciens". Il n'est pas un amateur éclairé, non un "musicien", un pro. quoi.  Ce qui me fait dire - aussi - qu'un concert d'Iridaes doit furieusement ressembler à ses CD.

Ce qui est également très beau chez Iridaes, c'est qu'il n'y a aucun second degré et que ce texte de présentation (par exemple) est à prendre pour argent comptant. En fait, il nous arrive tout droit du Passé via une faille spacio-temporelle. Ce qui est touchant enfin, c'est le peu d'intérêt que l'on porte à sa musique que je crois pourtant authentique. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder le nombre de vues sur ses vidéos YouTube. Pire que celles que je publie pour mon blog. C'est tout dire. Pour en savoir plus, on peut aller sur son site web ou bien ici-même. En complément, la vidéo qui va bien avec un Iridaes en chemisette ce qui force le respect ! 
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YouTube versus Bouloup

Après avoir eu des problèmes avec la publication de deux morceaux d'un live d'Etienne Daho... C'est au tour d'un de ses proches de me créer de nouveaux soucis. Il y a plus de deux ans, j'ai publié 2 tîtres live de Jérôme Soligny. J'ai du, au moins, avoir 20 vues en tout pour ces morceaux enregistrés, à l'époque, à la radio. Il y avait donc urgence à les retirer pour préserver l'intégrité artistique de cet ex-chanteur, fan de David Bowie, reconverti au journalisme. Dommage, d'autant que 2 plaintes ont été déposées et qu'à la 3e... Ma chaîne YouTube risque de disparaître. Ce qui serait dommageable et très injuste. Bien sûr, si l'auteur de ces plaintes m'avait contacté directement, j'aurais retiré l'objet du litige sans même discuter, mais bon... Sans doute, trop compliqué ! Comme pour Etienne Daho, j'imagine que Jérôme aime contrôler tout ce qui est publié en son nom... Ou c'est peut-être juste un état d'esprit provenant d'un milieux précis, de gens précis qui oublient qu'ils ont eu des fans. Dans le cas de Daho, il était cependant d'accord pour récupérer le dit concert dans son intégralité "pour sa collection" personnelle.  J'ai vaguement promis mais il peut attendre (50 ans a priori) pour l'écouter comme tout le monde au travers d'une diffusion légale. Vu la gravité de ma situation YouToubesque, j'ai décidé de créer une seconde chaîne que j'utiliserai exclusivement pour les publications "à risque" (et ce, au moins, dans les 3 prochains mois). Le "à risque" étant très discutable puisque j'ai publié - par exemple - un inédit des Beatles sans avoir aucun problème.

Voici mon 600e Post

Voici mon 600e post et il est temps de faire le point. En presque 3 années, j'ai publié pas mal de choses. J'ai, sans doute, fait le tour du répertoire de Cérémonies, Monkey Business, Nouveaux Monstres, Chinaskis, Fricotins... Etc. Il me reste quelque bouts de concerts de Cérémonies à publier et quelques démos de Seaton. Je n'ai pas retrouvé la vidéo des Monkeys, ni leur concert au Plan, ni l'interview à France Inter ! Mais bon, je ne désespère pas ! J'en ai profité pour publier plein d'autre choses : l'Affrontement, le Duo Gagnant, Hasil Hadkins, François Alysse, Les Rois Fainéants, Les Dogs et les Cramps... Etc. J'ai eu quelques problèmes avec Etienne Daho qui n'a pas apprécié que je publie sans autorisation un bout de son premier Olympia ! J'ai discuté avec quelqu'un qui est sensé être son web master. En échange d'une rencontre, d'une autographe et de deux places de concert, je suis - bien sûr - prêt à donner ce concert à Etienne. Mais pour l'instant, je n'ai pas eu de nouvelles et je ne crois pas en avoir. Il se peut qu'à un moment ou à un autre je diffuse sous le manteau ce live, apparemment très rare et recherché, juste pour le plaisir. Si quelqu'un lit ces lignes et a des bandes audios, des vidéos, des photos concernant un des groupes lié au Bouloup Contingent, je suis bien sûr preneur. Il suffit de me contacter en cliquant ici (ou "Contactez-nous" à droite un peu plus bas) pour s'organiser. J'aimerai, par exemple, retrouver des traces des Traffic Diams qui partageaient un local avec Cérémonies. Je tiens à préciser que toute ma démarche est complétement désintéressée. J'essaie juste de centraliser et de redonner vie à cette bouillonnante créativité qui est typique d'une époque. Ce blog est très peu lu et les vidéos peu écoutées, j'en ai bien conscience. Mais je ne recherche ni la "gloire" et encore moins la célébrité. Je sais que sur la longueur, ces groupes et artistes auront l'audience qu'ils méritent. J'en profite pour remercier Hervé Hénocq (Gordon) et David Rosane pour leur soutient et les documents qu'ils m'ont confié et que je crois avoir dignement exploité. Bouloup n'a pas vocation a être alimenté éternellement, il arrivera un moment où... Je n'aurai rien d'autre à ajouter et où j'arrêterai mes publications. On se retrouve pour faire le point au 1000e post !

Bijou

J'ai entendu Bijou pour la première fois sur Europe 1 peut-être en 1978 ou 1979. C'était leur single "Si Tu Dois Partir" et je ne savais pas que ce morceau était, à l'origine, l'adaptation en français de "If You Gotta Go Now" de Bob Dylan par le groupe anglais Fairport Convention (1969). Tout un esprit et un choc musical pour moi. Leur son, leur look, leur dimension power trio, leurs références sixties m'ont tout suite parlé. Grâce à eux, j'ai découvert - par exemple - Ronnie Bird. A l'époque, j'écoutais des groupes twist français comme les Chaussettes Noires et Bijou, à leur façon, reprenait le flambeau (d'ailleurs, en fins connaisseurs, ils adapteront un instru. des Chaussettes). Je regrette de n'avoir pu les voir en live à l'époque mais j'étais jeune et plutôt fauché. Pas de quoi me payer une place de concert, tout juste un vynil d'occasion de temps en temps. Chaque album de Bijou a sa personnalité, son ambiance et ses morceaux de bravoure. Même les moins aimés (par les fans) comme le synthétique "Pas Dormir" (produit par les Sparks). Pour ma part, "Ok Carole" est un must que j'ai usé sur ma platine. Rien n'est à jeter, que des tubes. La pochette est superbe, merci Monsieur Mondino. La carrière du groupe n'a duré que 5 ou 6 ans mais elle a été dense : albums, concerts, collaborations avec Serge Gainbourg (qui leur a écrit le hit single "Betty Jane Rose"), avec Depardieu ou Marie-France... Etc. Leur guitariste Vincent Palmer était sans doute le meilleur guitariste rock and roll de sa génération. Après un essai solo et diverses collaborations (dont une série de concerts avec Link Wray. J'en parlerai un de ces quatre), il a raccroché sa guitare pour le plus grand malheur de ses fans et est devenu le secrétaire de rédaction de Rock & Folk. Leur batteur (Dynamite Yann) semble avoir fait de la prison... Peut-être pour cambriolage (ou pour recel). Un vrai bad boy. Il fallait bien vivre après la séparation du groupe. Quant à Dauga (basse/chant) il essaie de faire vivre "Bijou SVP" qui reprend le répertoire du groupe. Mais il faut bien avouer que le cœur n'y est plus et que cette "reformation" sent l'opportunisme et la rente viagère. Il m'a fallu des années pour pister ce live à Chilly Mazarin. Le son est bon, typique du groupe...
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Marina

Voici une chanson emblématique de l'ami Antoine L. Composée et enregistrée pour "Je Vote Pour Tes Fesses" on retrouve une version remasterisée de "Marina" pour un clip que l'on pourra voir ici-même. L'ami Antoine en fera une 2e version avec son groupe Cuba Libre Grupo pour l'album Navegador. Sympathique chanson qui sent bon le cliché "caliente" avec des paroles parfois un peu malhabiles (par exemple "Jamais ton cul ne me dérange"), mais bon le rendu final fonctionne très bien.  Je préfère cependant "ma" première version un peu plus roots.

Détective

Détective fait partie de ces groupes dont l’existence tient presque entièrement dans les pages des fanzines et sur un unique 45 tours, mais dont la trace suffit à raconter toute une scène. Début des années 1980, à Lyon, alors que l’on continue de réduire la ville à Starshooter ou à Marie et les Garçons, Détective apparaît comme une autre facette, plus intériorisée, plus nocturne, d’une new wave locale pourtant bien vivante. Les fanzines de l’époque prennent d’ailleurs un malin plaisir à rappeler à ceux qui enterrent un peu vite la scène lyonnaise qu’elle vient encore de s’enrichir d’une « perle rare ».

Détective se compose autour de Ruth au chant, voix immédiatement décrite comme centrale, presque magnétique, soutenue par Philippe aux claviers et Jean-Louis à la basse. Le groupe chante en anglais, choix encore loin d’être anodin à l’époque, et construit une musique mélodique, dépouillée, parfois légèrement ésotérique, qui évoque davantage The Passions, The Comateens ou les premiers Cocteau Twins que les figures les plus visibles de la new wave hexagonale. Les chroniques insistent sur ce point : ici, pas de synth-pop clinquante ni de pose à la Visage ou Dépêche Mode, encore moins de « pink-floydries » complaisantes, mais une musique de l’esprit et du cœur, capable de provoquer une certaine langueur et des frissons durables.

En 1982, le groupe autoproduit un 45 tours comprenant When The Curtain Falls et Say You Remember, sorti sur le label Element. Les deux titres sont salués pour leur efficacité et leur qualité de production, d’autant plus remarquables au regard des moyens limités dont disposait le groupe. When The Curtain Falls installe une atmosphère feutrée et mélancolique, portée par les claviers et la voix de Ruth, tandis que Say You Remember prolonge cette impression d’élégance sombre, quelque part entre pop fragile et new wave introspective. Plusieurs chroniqueurs soulignent que, si le disque est convaincant, Détective doit probablement encore plus s’apprécier sur scène, même si le groupe semble peu tourner, au grand regret de ceux qui l’ont découvert sur vinyle.

La diffusion du disque reste confidentielle, essentiellement par correspondance, via des contacts à Écully ou par l’intermédiaire de réseaux comme New Wave. Rien n’indique que Détective ait dépassé ce premier single, ni qu’il ait cherché à s’inscrire durablement dans un circuit professionnel. Comme beaucoup de groupes de cette période, son histoire semble brève, presque évanescente, mais suffisamment marquante pour que les fanzines en conservent la mémoire.

Quarante ans plus tard, Détective apparaît comme un parfait exemple de cette new wave française souterraine, inventive et sincère, qui n’a laissé que peu de traces matérielles mais dont l’écho continue de circuler à travers quelques disques, des chroniques passionnées et des archives précieuses. Un groupe discret, mais loin d’être anecdotique, et qui rappelle que la scène lyonnaise du début des années 80 ne se résumait décidément pas à ses figures les plus médiatisées.

Wunderbach

J'ai eu le plaisir de voir (enfin) les Wunderbach au Réacteur à Issy-les-Moulineaux en même temps que les Wampas, il y a peut-être 2 ou 3 ans. Concert sympathique même si on avait l'impression que le groupe était venu en famille et jouait pour elle. J'ai beaucoup écouté leur mini album auto-produit sorti en 1983 et je cherchais un petit quelque chose de différent pour parler d'eux. J'avoue n'avoir rien trouver si ce n'est ce live sorti uniquement en vynil en 2016 (mais datant de 1984). Bon, en général, j'évite d'avoir des sources trop récentes et je l'affirme ici publiquement : achetez les albums pour soutenir les groupes que vous aimez. Donc dans ce cas précis, achetez ce "Week-end à Nanterre" que l'on pourra se procurer, par exemple, ici-même pour quelques pesos !!! On en profitera pour se procurer également Panik LTDC, LSD et OTH.

Shake with the Fleshtones

J’ai déjà évoqué The Fleshtones en ces augustes colonnes, mais il était temps d’y revenir, tant ce groupe américain résume à lui seul l’esprit rock que j’aime documenter ici : des années d’activité menées sans reniement, une énergie intacte et cette manière unique de marier la tradition rock’n’roll à une urgence presque punk. Formés en 1976 dans le Queens, Peter Zaremba, Keith Streng et leurs camarades n’ont jamais cessé d’expérimenter, de tourner, d’enregistrer, d’aller de l’avant sans jamais vraiment se poser la question de savoir s’ils allaient entrer dans l’histoire. Et c’est précisément pour cela qu’ils y sont entrés. En plus, le groupe a des liens particuliers avec la France (cfr, par exemple, l'album où ils accompagnent Tony Truand ou leur chanson hommage à Dominique des Dogs).

Leur fameux “Super Rock”, qui mélange garage, surf, R&B, rockabilly et un peu de psyché, n’a jamais vraiment trouvé de clone. On pourrait dire que c’est le son des racines rock américaines passées dans un blender biberonné aux nuits du CBGB, mais même ça reste un raccourci. Leur musique n’a rien de nostalgique : elle avance, elle exige de danser, elle ne triche pas. Leur premier single American Beat, en 1979, donnait déjà le ton, suivi du très marqué Roman Gods en 1982, qui plaçait définitivement le groupe dans la catégorie des formations capables d’allier un héritage rock solide à une vraie modernité. Les décennies suivantes n’ont rien changé à leur manière de travailler, ni à leur capacité à surprendre, des productions marquantes comme Beautiful Light ou le plus abrasif Laboratory of Sound enregistré par Steve Albini, jusqu’aux disques plus récents qui témoignent d’une longévité rare dans leur scène.

Les Fleshtones ont aussi cette singularité d’être restés un groupe de scène. Leur réputation vient de là, de concerts débordants d’énergie, où l’on comprend vraiment ce qu’ils veulent dire par “Super Rock” : ce n’est pas un style, c’est un état d’esprit. Ils n’ont jamais franchement cherché la reconnaissance commerciale, mais ils ont acquis quelque chose de plus durable, ce statut de groupe culte qui traverse les époques sans se démoder. Dans une carrière qui frôle aujourd’hui le demi-siècle, ils n’ont jamais cessé de jouer, de tourner, de défendre leur musique avec une générosité qui forcerait presque le respect à n’importe quel cynique.

Si je m’y intéresse sur Bouloup, et si j’en reparle aujourd’hui, c’est parce que The Fleshtones incarnent parfaitement ce que j’aime documenter : des musiciens qui ne se racontent pas d’histoires, qui avancent sans compromis et qui, sans en avoir l’air, ont influencé beaucoup plus de groupes qu’on ne veut bien l’admettre. Leur carrière pourrait presque servir de fil rouge à une autre histoire du rock américain, celle qui ne passe pas par les charts mais par les caves, les clubs, les labels indépendants et les obstinés du son brut. À mes yeux, c’est là que se trouve la vraie mémoire du rock, et The Fleshtones en sont l’une des plus belles preuves encore vivantes. Nous sommes à New-York City le 30 0ctobre 1980, les Fleshtones reprennent un standard des Shadows Of The Night...

Strani Cocktail

Strani Cocktail est un projet musical avant-gardiste belge basé à Bruxelles, actif au début des années 1980. Le groupe est parfois associé à l’alias Nausea et reste aujourd’hui relativement méconnu, avec très peu de documentation disponible. Parmi les membres cités, on retrouve Giorgio Serafini, parfois mentionné sous le nom de Giorgio Benton et Paolo Snaporaz, qui ont contribué à définir l’identité sonore unique du projet. Leur musique s’inscrit dans une veine synth-pop et cold-wave, explorant des sonorités expérimentales qui reflétaient l’esprit avant-gardiste de la scène bruxelloise de l’époque.

La discographie connue de Strani Cocktail est très limitée (2 45tours et 1 maxi en 1982 et 1983).  L’alias Nausea est également parfois mentionné dans les crédits, ce qui suggère que Strani Cocktail n’était pas un projet figé mais plutôt un espace de collaboration autour de sons expérimentaux et de compositions électroniques. Bien que le groupe soit difficile à retracer dans les archives, chaque sortie reflète une volonté d’explorer des territoires musicaux hors des sentiers battus, caractéristique des projets avant-gardistes de cette période.

Strani Cocktail reste ainsi un exemple fascinant de la créativité et de l’expérimentation qui animaient la scène musicale belge au début des années 1980, un projet énigmatique mais passionnant pour quiconque s’intéresse aux traces oubliées de l’avant-garde musicale européenne. Voici la première face de leur premier single... 

Douce Violence

Douce Violence est un groupe belge qui n'a sans doute pas vraiment existé (malgré une photo sur la pochette de leur unique single). On imagine qu'après la déferlante "Ça plane pour moi" des producteurs en quête de succès se sont dit "Facile, je peux faire dans le même genre". Du coup un certain Claude Arnou s'y est collé avec ce "Flash" qui sonne furieusement comme du Plastic Bertrand. A l'époque, la parodie/le pastiche était quasiment un sous-genre apprécié d'un large public qui avait tendance à ne pas prendre au sérieux les dernière modes en provenance d'Angleterre. Le punk succédait au Bimbo Jet. Et ce avant la prochaine mode. L'exemple de Plastic Bertrand est intéressant puisque son producteur sortira en même temps que "Ça plane pour moi" (qui sonne bon la parodie) une version anglaise "Jet Boy, Jet Girl"  (Elton Motello) qui n'aura pas vraiment de succès parce que trop dark et déviante. Au final, l'histoire retiendra la version de Plastic qui sera saluée par des reprises de groupe comme Sonic Youth. Bref, je n'ai trouvé aucune information sur Douce Violence sans doute parce que le groupe n'a jamais existé et que ce "Flash' n'est pas rentré dans le hit parade de l'époque. Claude Arnou évolue sans doute encore dans le monde de la variété  puisqu'on le trouve associé à des artistes comme Maurane (et plein d'autres beaucoup moins connus). Voici "Que La Vie Est Belle" !

Carré Blanc Pour Série Noire

Voici une formation en provenance de Paris/Mantes La Jolie, dont deux membres joueront plus tard pour les Washington Dead Cats (le sax/bassiste Daoeinstein et le batteur Lionel Charbonnier). La formation sortira en 1992 un cd autoproduit... Carré Blanc Pour Série Noire se positionne à l'origine comme un groupe ska en participant notamment à le compilation "Vive le ska !" mais avec la vague alternative qui déferle élargit le débat : rap, fusion ... Etc. façon Fishbone ou Red Hot suivant ainsi l'exemple de leur grand frère la Mano Negra. Le groupe avant tout fort sur scène ne trouvera pas le deal discographique qui aurait pu les faire "exister" auprès d'un public plus large. J'avoue n'avoir jamais entendu parler de cette formation qui mettait le feu partout où elle jouait peut-être que son nom n'a pas aidé. Il semblerait qu'elle ai pas mal tourné en Allemagne et dans d'autres pays européens. Voici la chanson présente sur la compilation "Vive Le Ska".

La Nuit Seulement

Dernier extrait du single de Pour L'Exemple, voici "La Nuit Seulement" ! 

Je Ne Veux / Black Angel

2e extrait du maxi de Pour l'Exemple sorti en 1988, voici "Je Ne Veux / Black Angel". 

Nico, live

Dans le dogme rock and rollien, le Velvet Underground est intouchable. Ce groupe que quasiment personne n'a écouté à l'époque est devenu l'ultime référence pour les vrais et purs. Pour ma part, j'ai toujours trouvé cette formation new-yorkaise un poil chiante avec son univers morbide qui fleure bon les addictions et l'overdose. Bref, j'aime bien mais à petite dose et certainement pas leurs morceaux inspirés par l'héroïne. Tous les groupes de rock ont un jour emprunté au Velvet ou à Lou Reed. Par exemple, avec les Fricotins, nous avons repris "Walk On The Wild Side", bœuffé sur le riff de "Sweet Jane" et finalement adapté "I'm Sticking With You". Il me fallait donc leur rendre hommage. J'ai donc trouvé ce live de Nico, la flamboyante allemande présente sur leur premier album... Une personnalité à part qui avait une connection particulière avec la France. Voici une version du standard Velvetien "All Tomorrow's Parties" live at The Venue en 1983.

Jean-Jacques Perrey

Cela fait un moment que je pensais publier quelque chose de J.J. Perrey, le pionnier français de la musique électronique, le virtuose de l'ondioline. D'abord, parce que j'aime sa musique et puis, ensuite, j'ai eu la chance de le voir en live à Boulogne, lors du BB Mix (avec David Chazam). Après une carrière aux USA, le maître rentre en France au début des 70's et travaille surtout à de la musique d'illustration dont voici un bon exemple. Ce CD a plus de 20 ans et était donné gratuitement à tous ceux qui souhaitaient acheter de la musique "au mètre" pour illustrer, pubs, docus... Etc. Il suffisait ensuite de payer les droits des musiques utilisées. Aujourd'hui, Koka Media n'existe plus, mais il reste cette intéressante trace. Et une question, pour l'instant sans réponse, qui sont O.C. Banks et Gilbert Sigrist ?
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Daniel Johnston

Cela fait longtemps que je veux aborder Daniel Johnston dans ce blog. Il est bien sûr l'archétype (à l'instar des Shaggs) du héros underground, prince de "l'outsider music" chère à mon cœur. Le type qui veut partager (à tous prix) une musique qui ne ressemble à rien de connu jusque-là. Depuis Daniel est devenu une référence unanime encensée par Kurt Cobain, Sonic Youth ou Butthole Surfers. Le personnage ne peut être dissocié de la maladie mentale puisqu'il a été diagnostiqué maniaco-dépressif à la fin des années 80 et à fait plusieurs passages en hôpital psychiatrique. Il est, en tous cas, un exemple pour tous les musiciens qui passent par la case "indie" puisque à force d'acharnement et de foi en soi, il a finalement été reconnu mondialement pour son univers unique, enfantin et carrément barré. Voici un petit live "a cappella" capté à la radio (sur WFMU) en 1989.