Russian Roulette dans Rock Hardi n°6 (Octobre 1984)

 


Amendment

Dernier extrait du single de Quel Dommage sorti en 1984, voici le très new-wave "Amendment". 

Le clip de Russian Roulette (FR3 Besançon - 1985)

Russian Roulette

Russian Roulette s’inscrit dans une histoire longue et très imbriquée de la scène rock et punk du bassin mulhousien, où les groupes semblent se répondre, se dissoudre et se reformer en permanence pendant plus d’une décennie. Tout commence en réalité bien avant le nom lui-même, avec une série de formations successives qui structurent un véritable réseau musical local. Dès 1974, Knollhammer réunit Jean-Luc Gomez à la basse, Jean Hasenboehler à la guitare et Bitchené à la batterie. Lorsque ce dernier quitte le groupe, la dynamique continue et évolue vers Black Rat en 1976, formation élargie où se croisent plusieurs figures importantes de la scène locale, dont Jean-Yves Saquet à la batterie et Guenolé Biger, également batteur et passé par Ange, ainsi que Thierry Smadja au chant et Agnain Martin à la guitare. Le groupe répète dans des conditions très autonomes à Spechbach, près de Mulhouse, dans une maison transformée en lieu de vie et de travail, avec un local aménagé par eux-mêmes. Cette période est déjà marquée par une activité scénique réelle, une vingtaine de concerts dans la région et jusqu’en Suisse et en Allemagne, avec une logique d’indépendance totale, affiches collées à la main et matériel géré sans intermédiaires.
 
À la fin de 1977, une nouvelle scission donne naissance à Speed Queen, formé notamment par Agnain Martin et Thierry Smadja, tandis que d’autres musiciens poursuivent sous différentes configurations comme Strass, Virginie ou encore Marilyn, qui croisent des noms comme Freddy Koella, futur guitariste reconnu ayant joué avec Bob Dylan, Willy DeVille ou Francis Cabrel. Dans cet environnement très poreux, où les musiciens passent d’un projet à l’autre sans rupture nette, se construit peu à peu le terrain sur lequel émergera Russian Roulette. Jean-Yves Saquet, figure centrale de cette trajectoire, raconte une enfance et une adolescence marquées par une découverte intuitive du rock, entre les Rolling Stones entendus chez les voisins et les New York Dolls découverts par hasard en supermarché, puis un déplacement vers Mulhouse qui l’ancre dans cette scène en gestation.
 
Au début des années 80, Jean-Yves et Michèle Saquet rencontrent Jean-Louis Arnitz dans un café-concert mulhousien, Le Cerf, lieu pivot de la scène locale. Arnitz incarne alors une figure punk très marquée, déjà passée par plusieurs groupes comme Typhus, Laxatif ou Chaos Club, et se distingue autant par son esthétique que par son activité de parolier et de dessinateur. Le groupe se structure alors dans une cave proche d’un presbytère, à une dizaine de kilomètres de Mulhouse, dans un environnement encore une fois totalement autonome. Didi Kaiser à la batterie et Christian Montemagni à la guitare complètent une première formation qui commence à tourner localement et dans les pays voisins. Leur présence sur scène est rapidement remarquée, notamment lors du festival Les Aventuriers du Rock Perdu en mai 1982, où leur passage marque les esprits par une énergie brute et une esthétique déjà très visuelle, entre crêtes, perfecto et références assumées au punk new-yorkais. Les concerts suivants les mènent à Fribourg, en Suisse et dans plusieurs villes de l’Est de la France, dans une logique de circuits alternatifs et de lieux autogérés.
 
En 1982, des départs successifs fragilisent la formation, mais les liens avec la scène ne se rompent pas. Certains membres rejoignent ou croisent des groupes comme Cosmetix ou Sound Attack, tandis que d’autres projets se développent parallèlement en Allemagne du Sud. C’est aussi à ce moment que la scène punk régionale se révèle comme un réseau transfrontalier continu, où les musiciens circulent entre Mulhouse, Strasbourg et Fribourg, nourrissant une esthétique commune faite de liberté totale et d’approximations assumées. Lorsque Jean-Yves Saquet évoque cette période, il insiste sur la précarité et l’énergie brute plutôt que sur la maîtrise technique, une musique de contact et de survie plus que de virtuosité.
 
C’est dans ce contexte que se met en place, en 1983, ce qui deviendra le single de Russian Roulette. Jean-Yves Saquet évoque une rencontre déterminante avec le producteur Emmanuel Booz, qui cherche alors un groupe de rock plus frontal que les formations new wave parisiennes. Le projet prend forme rapidement autour d’un enregistrement prévu à Paris, tandis que la formation est reconstituée avec des musiciens venus d’Allemagne, notamment Stephan Olefs et Dan Boll, issus du groupe Harnröhrer, déjà actif dans une scène punk allemande très liée aux réseaux français. Le groupe se retrouve donc dans une configuration hybride, franco-allemande, assez représentative de cette zone frontalière où les scènes se mélangent sans distinction nette.
 
L’enregistrement se déroule en 1984 au studio Garage à Paris, en seulement deux jours, dans des conditions rapides et peu sophistiquées. Booz participe aux chœurs et pousse même l’expérience jusqu’à des interventions vocales en allemand, accentuant le côté chaotique et spontané du projet. Le résultat donne un 45 tours tiré à environ mille exemplaires, dont une partie est tamponnée « promotion interdite à la vente », ce qui contribue encore à son statut ambigu entre objet promotionnel et disque officiel. La pochette, réalisée par Jean-Louis Arnitz, prolonge cette esthétique bricolée et très personnelle. Le titre “J’ai Tout Oublié” devient ainsi le seul témoignage discographique concret du groupe dans cette formation.
 
Un clip est tourné pour FR3 Besançon et diffusé dans l’émission Décibels, offrant une visibilité ponctuelle à un groupe qui reste profondément ancré dans l’underground. Le dernier concert a lieu en juillet 1984 au Fort d’Aubervilliers, aux côtés de formations comme Oberkampf ou Ausweis, avant que les membres ne se dispersent définitivement, certains retournant en Allemagne, d’autres poursuivant des parcours musicaux parallèles. Comme souvent dans cette scène, la fin du groupe ne marque pas une rupture mais une transformation continue, avec des reprises d’activités dans d’autres formations, des lieux alternatifs ou des projets plus informels.
 
La suite de l’histoire prolonge cette logique. Jean-Yves et Michèle Saquet reprennent le café-concert Le Cerf, qui devient un point névralgique de la scène locale et accueille des groupes internationaux ou français comme Little Bob ou The Saints. De nouvelles formations émergent ensuite, notamment les Gimmicks, puis le Bluff Band, montrant une continuité musicale et humaine qui dépasse largement le cadre de Russian Roulette. Dans cette perspective, le groupe apparaît moins comme une entité isolée que comme un moment précis d’un réseau plus vaste, fait de circulations, de rencontres et de bifurcations permanentes.
 
Russian Roulette reste ainsi un objet typique de cette scène française des années 80, à la frontière du punk et du hard rock, profondément liée à l’Allemagne et à la Suisse, et caractérisée par une énergie DIY totale. Un groupe bref dans sa durée mais dense dans ses ramifications, dont le single “J’ai Tout Oublié” agit presque comme un point de condensation de toute une époque plus que comme un simple enregistrement.
  

Le 1er single des Tokow Boys

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le 1er single des Tokow Boys sorti en 1980.


 

Autour De Mes Nuits

Voici le morceau-tître du mini album des Goulues "Autour De Mes Nuits". Une chanson pop et plutôt sympatoch' !

Que Dommage d'avoir un tître de chanson si long !

 Voici "Music For Serious And Solemn Occasions", 2e extrait du single de Quel Dommage sorti en 1984 !

Douce revanche

 Voici l'autre face du premier single de Neon Judgement ! Le très enlevé "Sweet Revenge".

Interview de Quel Dommage dans Kindred Spirit n°4

 Je me suis permis de traduire une interview de Quel Dommage publiée sur ce très bon blog !

Quel Dommage fait partie des nombreux groupes de Hull qui semblent presque inévitablement destinés à passer à l’étape supérieure.

Le groupe s’est formé en juillet 1982 et a depuis gagné en popularité localement, particulièrement au cours des six derniers mois, grâce à une activité scénique soutenue dans la région de Hull, notamment une première partie plutôt bien accueillie aux côtés de Chelsea. La sortie de leur premier EP, prévue dans les deux ou trois semaines à venir, devrait, espérons-le, leur permettre de grimper encore quelques échelons.

Leurs goûts musicaux personnels couvrent un large éventail de styles, des Cult Maniax… pardon Andy… CULT MANIAX jusqu’à Ian Dury, mais leurs propres compositions sont imaginatives, sombres et traversées d’une agressivité sous-jacente.

Comme les seules occasions où j’ai pu entendre le groupe ont été en concert (les systèmes de sonorisation ne leur rendant pas toujours justice), je me demandais si leurs textes correspondaient à l’atmosphère lourde et pesante de leur musique.

Mike : Il n’y a pas de message caché derrière les textes. Certains parlent de violence en ville, d’autres de bouleversements émotionnels, certains sont romantiques. Ça parle d’un peu tout.

Pensez-vous que de bonnes paroles peuvent parfois détourner l’attention du contenu musical d’un morceau ?

Mike : Moi, j’écoute les paroles en premier. Je pense que c’est la partie la plus importante d’une chanson.

Andy : Je dirais plutôt que la musique est plus importante, mais chacun voit ça différemment.

Quels auteurs de paroles admirez-vous le plus ?

Andy : Rat Scabies.

Mike : Ian Curtis. Je ne comprenais pas de quoi il parlait la moitié du temps, mais j’aimais ça ! Ses paroles n’ont vraiment pris sens qu’après son suicide.

Comment composez-vous un morceau ?

Ian : En général, ça commence par un riff de guitare, puis on ajoute la ligne de basse.

Andy : On écrit un morceau, on trouve son ambiance, puis on a tout un stock de paroles qu’on garde jusqu’à trouver la bonne mélodie pour aller avec, et on assemble les deux.

Mike : Les paroles et la musique peuvent parfois être écrites à six ou sept mois d’intervalle.

Où enregistrez-vous ?

Ian : On est allés trois fois au studio de Ken Giles à Bridlington, mais il a déménagé à Wakefield. Il a ouvert un grand studio avec des équipements 8, 16 et 24 pistes.

Andy : Pour enregistrer un single, il nous faut du 16 ou 24 pistes. On utilisait du 8 pistes, mais c’est assez limité. Chaque studio a son propre son, mais je pense qu’il faut sortir de Hull pour trouver un bon studio.

Avez-vous déjà pensé à faire une vidéo ?

Andy : On a filmé récemment un de nos concerts, surtout pour voir à quoi on ressemblait sur scène.

Vous aimeriez faire une vidéo plus scénarisée, comme Indians in Moscow ?

Andy : Ce serait un changement de faire quelque chose comme ça, mais ça ne m’attire pas tant que ça.

Mike : Je ne supporte pas de voir des groupes pop essayer de jouer la comédie. Je préfère voir une vidéo d’un groupe en live sur scène.

Andy : Une bonne vidéo, c’est une vidéo qui sert la chanson.

Pensez-vous être influencés par quelqu’un en particulier ?

Andy : Nos influences, c’est nous-mêmes. On a tous des goûts différents, mais ça ne veut pas dire qu’on copie un groupe précis. On nous compare à The Cure et Joy Division, mais on ne cherche pas à leur ressembler.

Quelles sont vos opinions sur le féminisme ?

Andy : Eh bien… chacun fait comme il veut… (réponse très peu engagée, les gars !)

Et les femmes de Greenham Common ?

Andy : Elles ont fait de grands sacrifices pour être là-bas et, personnellement, je sympathise avec elles.

Vous êtes tous pro-CND ?

Mike : Je ne veux pas de guerre nucléaire, c’est bien la dernière chose que je souhaite.

Andy : C’est du bon sens, non ? Qui a envie de sauter ?

Ian : Je ne connais peut-être pas tous les faits, mais de mon point de vue, la Russie a des bombes nucléaires, donc nous devons en avoir aussi comme moyen de dissuasion. Il n’y a pas eu de guerre depuis 1945 et je pense que ça l’empêche. Par contre, ces missiles secondaires sont absurdes. On a déjà de quoi rayer le monde de la carte et ils essaient encore d’en construire de meilleurs ?!!

Andy : Alors que cet argent pourrait être utilisé à bien meilleur escient.

Quelle est la prochaine étape pour Quel Dommage ?

Ian : La prochaine étape, c’est forcément de jouer en dehors de Hull… Leeds, Manchester, ce genre d’endroits.

Andy : C’est un cercle vicieux. Il faut avoir sorti un single et être un minimum reconnu avant de pouvoir décrocher un concert hors de Hull. On a écrit à des salles, appelé des gens, mais sans succès. Beaucoup d’organisateurs veulent faire de l’argent, et si tu n’es personne, ils ne veulent pas te connaître. L’idéal serait d’obtenir une première partie pour un gros groupe.

Un dernier mot ?

Andy : J’aimerais juste dire que la scène de Hull est franchement pourrie en ce moment. Ce n’est pas parce que certains groupes attirent l’attention des médias et de la presse que Hull possède une scène valable. C’est aux groupes de faire évoluer la scène — ils devraient s’entraider au lieu d’être aussi arrogants et ignorants, comme certains le sont ! Il serait temps de faire un grand ménage dans cette putain de ville !!

Bon… euh… autre chose ?

Andy : Merci à tous ceux qui ont fait l’effort de découvrir Quel Dommage, ah et je ne fume pas !


 

Quel Dommage

Formé à Hull au milieu des années 80, Quel Dommage n’a laissé qu’une poignée d’enregistrements, suffisamment rares pour alimenter les fantasmes habituels autour de la cassette culture anglaise, des labels bricolés et des groupes qui ont probablement répété davantage qu’ils n’ont joué.

Paru en 1984 sur le microscopique label Xcentric Noise, Bright Lights ressemble exactement à ce qu’on espère d’un obscur EP britannique de cette période : une production sèche, une tension contenue et cette manière très anglaise de faire de la mélancolie sans jamais verser dans le pathos. Le morceau-titre avance avec une lenteur presque obstinée, porté par une basse rigide, des guitares maigres et un synthé qui apporte juste ce qu’il faut de froideur synthétique pour faire basculer l’ensemble du côté minimal wave. On pense parfois aux premiers Cure débarrassés de toute tentation pop, parfois à ces dizaines de groupes provinciaux qui ont absorbé Joy Division sans forcément disposer des mêmes moyens ni des mêmes ambitions.

La face est complétée par l’improbablement intitulé Music For Serious And Solemn Occasions (A Song Of Thankfulness And Praise), titre aussi pompeux qu’attachant, qui prolonge cette esthétique grise et appliquée, comme si Quel Dommage avait décidé de prendre très au sérieux sa propre tristesse. Rien ici ne cherche l’efficacité immédiate : tout semble légèrement raide, retenu, presque maladroit, ce qui contribue paradoxalement au charme du disque.

Le passage du groupe chez John Peel en août 1984 suffit à prouver que Quel Dommage n’était pas totalement condamné à l’anonymat, même si leur trajectoire semble ensuite s’être dissoute dans le brouillard habituel des groupes DIY anglais. La réédition tardive de leurs archives sous le titre Drogo Beat a permis de confirmer qu’il ne s’agissait pas seulement d’un single isolé mais bien d’un projet un peu plus consistant, actif entre 1983 et 1986.

Bright Lights n’est sans doute pas un chef-d’œuvre caché qui bouleversera l’histoire du post-punk, et c’est peut-être précisément ce qui le rend intéressant. On y entend moins la naissance d’un grand groupe manqué qu’un témoignage très pur de cette Angleterre musicale parallèle où des dizaines de formations enregistraient quelques titres, pressaient un 45 tours à compte d’auteur et disparaissaient presque aussitôt. Un disque mineur, donc, mais de ceux qui racontent parfois mieux une époque que les classiques mille fois documentés.