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Gonokox


En 1989, Gonokox sort un premier 45 tours trois titres au titre aussi prometteur qu'explicite : Abject Rock'n'Roll. Pressé en autoproduction, ce disque condense tout ce qui fait le charme du quatuor rouennais : un punk rock nerveux, volontiers teinté de rock'n'roll, des textes qui oscillent entre humour absurde et anecdotes du quotidien, et un état d'esprit où l'envie de jouer passe largement avant toute ambition de carrière.

Formé à Rouen en 1988, Gonokox réunit Tournus au chant, Piéro à la guitare, Zbin à la basse et Tijeno à la batterie. Tous participent également aux chœurs, donnant à leurs morceaux cette dimension collective et spontanée qui fait mouche sur scène. Le groupe se construit rapidement une solide réputation dans le circuit alternatif normand en multipliant les concerts. Une quinzaine de dates par an les conduisent principalement en Normandie, mais aussi à Paris et dans plusieurs villes de province, aux côtés de nombreuses formations de la scène indépendante.

Comme beaucoup de groupes de cette génération, Gonokox fonctionne en totale autonomie. Les musiciens financent eux-mêmes leurs enregistrements, pressent leurs disques et les diffusent par l'intermédiaire des concerts, des distros et des réseaux de passionnés. Avant même la sortie du 45 tours, ils publient une première cassette six titres qui leur permet de se faire connaître dans le milieu punk français.

Les trois morceaux d'Abject Rock'n'Roll illustrent parfaitement leur univers. Derrière des titres aussi improbables que « Le Retour de la Dézaï », « L'Antépénultième » ou « P'tites Vacances » se cachent des histoires bien réelles. Cette dernière est inspirée d'un fait divers impliquant un gardien de camping enfermé par plaisanterie dans son bureau de poste, tandis que « L'Antépénultième » raconte une véritable histoire d'amour vécue par le chanteur. Chez Gonokox, le quotidien devient matière à chanson, toujours avec une bonne dose de second degré.

Musicalement, le groupe revendique autant l'héritage du punk français que celui de la scène britannique. Les Sheriffs, Les Rats, Parabellum ou Les Collabos figurent parmi leurs références, mais les quatre musiciens ne s'arrêtent pas là. Ils écoutent également du rock'n'roll, du rhythm'n'blues, du western, du jazz et des groupes comme The Cramps. Cette ouverture donne à Gonokox une identité légèrement différente de celle de nombreux groupes alternatifs de l'époque, avec un goût marqué pour les rythmes hérités du rock'n'roll.

Cette passion transparaît également sur scène, où le groupe reprend aussi bien « Rip It Up », « Blues Suede Shoes » ou « Twist and Shout » que « New Rose » et « Help » des Damned, « Just Because » des Anti-Nowhere League ou encore « Back in the U.S.S.R. » des Beatles. Une sélection qui résume assez bien leur culture musicale, située quelque part entre le garage rock, le pub rock et le punk.

Mais ce qui distingue peut-être le plus Gonokox, c'est son humour permanent. Les musiciens refusent de se prendre au sérieux, enchaînent les plaisanteries en interview et prennent leurs distances avec les discours parfois très politisés de la scène alternative. Ils préfèrent raconter des histoires drôles, parler de leurs copains, de leurs galères ou de leurs amours, avec une autodérision qui rend le groupe particulièrement attachant.

L'aventure se poursuit avec plusieurs participations à des compilations sur cassette avant la sortie, en 1991, de leur unique album, Pays D'Caux Fever, puis d'un second 45 tours, L'Aïe Veu !. L'histoire de Gonokox s'achève en 1992, après seulement quatre années d'existence, mais le groupe laisse derrière lui une poignée de disques qui résument parfaitement l'esprit DIY de cette époque. Sans chercher à révolutionner le punk français, Gonokox en a incarné l'une des facettes les plus sincères : celle de copains qui montent un groupe pour jouer fort, enregistrer quelques disques et passer de bons moments, avec une énergie et une authenticité qui, plus de trente-cinq ans plus tard, n'ont rien perdu de leur fraîcheur.