Fatidic Seconde

Au milieu des années 80, Paris est un terrain de jeu incroyable pour les groupes qui cherchent à mélanger rock, électronique et nouvelles sonorités. Entre les héritiers de la cold wave, les formations new wave et tous ceux qui rêvent d'une reconnaissance radiophonique, une multitude de groupes apparaissent, enregistrent quelques titres et disparaissent parfois avant même d'avoir eu le temps de laisser une véritable trace. Fatidic Seconde fait partie de ces formations mystérieuses dont un ou deux vinyles suffisent pourtant à raconter toute une époque.

Le groupe se forme à Paris en 1985 autour de Dominique Rabillier au chant et à la batterie, Pascal à la basse et Simon aux claviers. Leur musique s'inscrit pleinement dans l'air du temps : des rythmiques tendues, des synthétiseurs omniprésents, une esthétique entre rock futuriste et new wave française. Comme beaucoup de groupes de cette génération, Fatidic Seconde cherche à trouver un équilibre entre l'énergie du rock et les possibilités offertes par les machines qui envahissent alors les studios.

Le premier témoignage discographique du groupe est le 45 tours Metropolis, publié en 1985 sur le label Réflexes. Le titre porte bien son nom : une vision urbaine, froide et légèrement dystopique, qui évoque les grandes influences électroniques de l'époque tout en conservant une identité française. Ce premier disque attire rapidement l'attention puisque Fatidic Seconde signe ensuite chez A&M Records, une maison beaucoup plus importante qui semble alors croire au potentiel du groupe.

C'est sur ce label que paraît la même année Le Drakkar (Sidonie), leur morceau le plus connu. Sorti en 45 tours mais également en maxi 45 tours, le disque propose une version longue, une version instrumentale et le titre Le Chemin d'un rêve en face B. Avec son histoire de drakkar viking voguant vers l'Angleterre, son personnage de Sidonie et son ambiance à la fois épique et décalée, le morceau occupe une place très particulière dans la production new wave française de 1985. Loin des textes introspectifs ou des paysages urbains habituels du genre, Fatidic Seconde choisit une imagerie presque cinématographique, soutenue par des claviers puissants et une rythmique martiale.

Les enregistrements de cette période voient également apparaître le nom de Pierre Jaconnelli à la guitare. À l'époque, il n'est encore qu'un jeune musicien participant à l'aventure, mais il deviendra par la suite l'un des guitaristes de studio les plus sollicités de la scène française, collaborant notamment avec Étienne Daho, Alain Bashung, Mylène Farmer ou encore Johnny Hallyday. Fatidic Seconde constitue ainsi l'un des premiers épisodes d'une carrière qui prendra quelques années plus tard une tout autre ampleur.

Contrairement à ce que pourrait laisser penser une discographie limitée à deux singles, l'histoire du groupe ne s'arrête pas en 1985. Fatidic Seconde poursuit son aventure pendant plusieurs années. En 1988, Jérôme Lemonnier rejoint la formation aux claviers. Dominique Rabillier quitte alors la batterie pour se consacrer davantage au chant et Pascal Vaillant rejoint le groupe comme batteur et percussionniste. Cette nouvelle configuration montre que le groupe continue à chercher son équilibre et à évoluer, même si aucun nouveau disque ne viendra documenter cette période.

Finalement, après cette dernière étape, Fatidic Seconde se sépare en 1989. Aucun album (mais 5 singles), aucun succès commercial majeur, aucune grande tournée ne viendront prolonger l'aventure. Pourtant, les quelques morceaux laissés derrière eux témoignent d'une période où de nombreux groupes français tentaient de nouvelles choses, parfois avec le soutien ponctuel de maisons de disques importantes.

Aujourd'hui, Metropolis et surtout Le Drakkar (Sidonie) sont devenus des curiosités recherchées par les amateurs de new wave française et de raretés des années 80. Fatidic Seconde appartient à cette grande famille des groupes qui n'ont pas connu la gloire mais qui ont capturé, pendant quelques années, l'esprit d'une époque. Celle d'un Paris où les synthétiseurs côtoyaient les guitares, où tout semblait encore possible, et où un simple 45 tours pouvait ouvrir la porte à un autre monde.