Je Ne Veux / Black Angel

2e extrait du maxi de Pour l'Exemple sorti en 1988, voici "Je Ne Veux / Black Angel". 

Pour l'Exemple dans Wave n°2 (Janvier 1987)

 





R.E.M. again

Il y a quelques temps, j'ai publié un live de R.E.M. qui ne m'a pas complétement satisfait. Je souhaitais plutôt proposer une reprise étonnante... Le groupe en a souvent fait. Ainsi, grâce à cette fabuleuse formation ai-je découvert à l'époque "King Of The Road" de Roger Miller (par exemple). J'ai donc cherché un peu plus (un peu mieux ?) et je suis enfin tombé sur cette cover d'Eddie Cochran (mon chouchou des fifties)...

Pour l'Exemple

Pour l’Exemple apparaît au milieu des années 1980 comme une formation discrète mais révélatrice de ce que fut une certaine scène post-punk française hors des radars médiatiques. Le groupe se forme à Lille en 1985, mais son histoire est indissociable d’Amiens et surtout de Guerre Froide, projet actif dès 1980, dont il constitue moins une rupture qu’une prolongation naturelle. Guerre Froide appartient à cette génération de groupes marqués par l’urgence punk, souvent rapprochés de Joy Division, mais cherchant déjà ailleurs leurs références : dans une culture européenne revendiquée, nourrie d’expressionnisme allemand, de l’imaginaire berlinois et d’un tropisme persistant pour l’Est, réel ou fantasmé. Maïakovski y est cité comme référence, Marquis de Sade comme point de comparaison contemporain, et l’on parle alors de « new wave continentale » pour désigner cette scène qui refuse le simple mimétisme anglo-saxon.

Lorsque Guerre Froide se dissout au milieu des années 1980, Yves Royer, son chanteur, retrouve Fabrice Fruchart, premier guitariste du groupe, qui avait quitté l’aventure avant l’enregistrement du maxi 45 tours. Autour d’eux se constitue Pour l’Exemple, avec Philippe Buteux à la basse et une boîte à rythmes. Le nom du groupe est choisi pour sa consonance volontairement ambiguë, presque étrangère ; il renvoie à une idée plus qu’à un message, laissant à l’auditeur la responsabilité de l’interprétation. Cette notion d’interprétation subjective traverse l’ensemble de la démarche du groupe et se retrouve aussi bien dans ses textes que dans son rapport aux images.

Car Pour l’Exemple ne se pense pas uniquement comme un groupe de rock. À l’image de Guerre Froide auparavant, les concerts sont conçus comme des expériences visuelles : projections de diapositives, images fragmentées, fanzines distribués lors des prestations. Le fanzine Interprétation subjective, édité et diffusé à l’occasion des concerts, prolonge cette volonté de ne pas séparer musique et iconographie, son et sens. Le groupe se situe dans une approche engagée, sans militantisme revendiqué, où la musique est avant tout un vecteur d’images mentales. Les textes, écrits et chantés en français, abordent l’amour sous un angle douloureux, l’enfance comme territoire ambigu, la violence latente des relations humaines. Certaines influences littéraires sont explicitement revendiquées, notamment J. G. Ballard, dont l’univers résonne avec cette fascination pour les paysages mentaux et les dérives modernes.

Musicalement, Pour l’Exemple développe deux axes complémentaires : des morceaux tendus et rythmiques, souvent portés par la basse, et d’autres plus mélodiques, où la guitare et les synthétiseurs occupent un espace plus atmosphérique. Cette dualité se retrouve sur leurs premiers enregistrements. En mars 1986 paraît une cassette éponyme sur le label Cryogénisation Report, document brut de répétition, qui fixe les bases du projet. En 1988 sort enfin Contre-Courant, maxi 45 tours publié chez Flashbacks Futurs, contenant notamment Contre-courant, Je ne veux / Black Angel et La nuit. Le disque, aujourd’hui rare, connaît une gestation compliquée : soufflet perdu, problèmes de pressage, hésitations autour du label. La distribution reste essentiellement locale, assurée par Danceteria, structure lilloise déjà impliquée dans la diffusion de groupes comme Buzz, The Gun Club, Mac Carthy ou The Grief.

À la fin des années 1980, Pour l’Exemple demeure un groupe confidentiel, davantage ancré dans un réseau de scènes et d’affinités que dans une logique de carrière. Les membres vivent à Lille mais restent très liés aux groupes amiénois, et le retour en concert dans cette ville, après plusieurs années d’absence, marque une forme de bascule dans leur état d’esprit. Les photographies de groupe sont fragmentées, jamais posées, comme pour refuser toute fixation d’une identité définitive. Plusieurs projets de participation à des compilations avortent, avant qu’un dernier album cassette, E Pericoloso…, ne voie le jour en 1992, scellant la fin du groupe.


Une petite reprise de Johnny ?

Voici la face B du single des Ex-teens, soit une reprise d'un standard d'Elvis via Johnny Hallyday suivi d'"Éjaculation Précoce" que je vous laisse apprécier. Je ne l'ai pas mentionné sur la vidéo YouTube pour éviter les embrouilles. En tous cas, la juxtaposition de ces deux extrêmes : romantisme surranné  suivi d'une évocation façon cul trivial est plutôt intéressante.

Le single de Zoquillos

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'e.p. 3 titres de Zoquillos sorti en 1981 ! 


 

It's So Lovely

Voici la face b du single "punk" de Hansje. Ce coup-ci on est sur du rétro sixties années 80, beaucoup plus hardcore que certains singles de Lio ou des Forbans datant de la même époque. Pour être tout à fait franc, le pire des eighties. Mais comme je respecte tous les artistes et leurs œuvres, je publie. Tant pis pour moi.

London live en 2011

London

London fait partie de ces groupes punk anglais qui ont frôlé quelque chose sans jamais vraiment s’y installer, laissant derrière eux quelques disques nerveux et un parfum d’instant capturé trop vite. Formé à Londres en 1976, le groupe s’inscrit pile dans le moment où tout est encore possible : le punk n’est pas encore figé, les labels flairent le filon, les groupes apparaissent et disparaissent à une vitesse folle. London joue vite, fort, avec une vraie conscience pop derrière l’urgence, ce qui leur vaudra d’être signés chez MCA — un choix qui, rétrospectivement, dit beaucoup de l’époque.

Leur maxi quatre titres regroupant No Time, Siouxsie Sue, Summer Of Love et Friday On My Mind est sans doute ce qu’ils ont laissé de plus emblématique. On y retrouve un punk tendu mais lisible, bien produit, presque trop propre pour certains puristes, mais terriblement efficace. No Time ouvre le bal comme un manifeste : tempo pressé, chant hargneux, le genre de morceau fait pour lancer un concert et ne plus relâcher la pression. Siouxsie Sue, malgré son titre, n’a aucun lien avec Siouxsie Sioux ; c’est plutôt un clin d’œil générationnel, un nom dans l’air du temps, accrocheur et provocateur, typique de cette scène où tout le monde se croise dans les mêmes clubs.

Summer Of Love joue sur un contraste ironique entre son titre hérité des années psychédéliques et une exécution résolument punk, comme si London se plaisait à dynamiter les mythes récents. Quant à Friday On My Mind, reprise survitaminée du classique des Easybeats, elle résume assez bien leur positionnement : reprendre la pop anglaise, la passer à la moulinette punk et rappeler que cette musique reste aussi une histoire de mélodies et de refrains immédiats.

Le groupe ne survivra pas longtemps à cette période. Malgré un album et quelques singles, London se sépare rapidement, victime à la fois de l’emballement médiatique autour du punk et des contradictions inhérentes à un groupe underground propulsé sur un label majeur. Comme souvent, les trajectoires individuelles survivront mieux que le collectif : Jon Moss, leur batteur, connaîtra plus tard une célébrité mondiale avec Culture Club, bien loin de l’urgence crasse des débuts.

Aujourd’hui, London reste un nom que l’on croise surtout dans les discographies, les bacs spécialisés ou les conversations de collectionneurs. Leur maxi de 1977-78 fonctionne comme une capsule temporelle : quatre morceaux qui racontent un moment précis de la scène punk londonienne, quand l’énergie brute cohabitait encore avec l’idée de tubes potentiels, avant que tout ne se fragmente en chapelles. Un disque modeste, mais suffisamment tendu et accrocheur pour mériter d’être ressorti de temps en temps, histoire de se rappeler que le punk n’a pas toujours été qu’une posture ou un dogme.

Hansje à la télévision


Voici Hansje

En 1978, quand Silex Pistols Piew Piew débarque sur vinyle, on comprend assez vite qu’on n’est pas face à une révélation punk surgie des marges d’Amsterdam, mais devant un pur produit d’exploitation pop, parfaitement assumé. Hansje, chanteuse hollandaise au parcours déjà bien entamé dans le mannequinat et la télévision, se retrouve propulsée dans le grand bain new wave au moment précis où tout ce qui claque, crache et fait semblant d’être dangereux semble vendable. Le morceau arrive juste après l’onde de choc provoquée par Ça plane pour moi et consorts : même tempo pressé, mêmes onomatopées absurdes, même sensation d’urgence un peu creuse. Peu importe le sens, l’essentiel est ailleurs : ça doit sonner punk, ça doit aller vite, et surtout ça doit coller à l’air du temps.

Le vernis punk est d’autant plus révélateur que Silex Pistols Piew Piew n’est pas une création originale, mais la reprise quasi clé en main d’un titre d’un groupe belge, Too Much, sorti la même année. On est là au cœur du mécanisme d’exploitation : un morceau repéré, jugé suffisamment accrocheur, recyclé avec une nouvelle figure en façade. Hansje ressemble à Debbie Harry ? Très bien, on va en faire une Debbie Harry locale. Le punk marche ? Parfait, on garde la structure, l’énergie factice, le gimmick vocal, et on emballe le tout dans une image new wave compatible avec la télévision et les plateaux allemands.

Ce qui rend Silex Pistols Piew Piew intéressant aujourd’hui, ce n’est donc pas tant sa valeur musicale intrinsèque que ce qu’il raconte de l’industrie de la fin des années 70. Tout est calibré, rien ne sonne vraiment dangereux, mais l’emballage est suffisamment frondeur pour donner l’illusion d’un débordement. Le punk devient ici un costume, un décor, un argument marketing, vidé de sa charge initiale mais encore assez frais pour tromper l’oreille quelques minutes.

Avec le recul, le single fonctionne comme une capsule temporelle parfaite : celle d’un moment où le punk n’est déjà plus un choc culturel, mais une esthétique duplicable, traduisible, exportable. Hansje n’est ni une héroïne underground ni une simple imposture ; elle est le produit d’un système qui observe, copie et recycle à grande vitesse. C’est précisément ce côté “on va faire un truc un peu punk parce que c’est ce qui marche” qui rend ce disque attachant aujourd’hui. Une exploitation pop sans illusion, presque naïve, coincée entre la subversion fantasmée et le divertissement pur, et qui, sans le vouloir, documente parfaitement la fin de l’innocence punk.

C'est Pas Grave

Voici "C'est Pas Grave", un nouvel extrait du long des Goulues. J'aime bien leur son et leur énergie. Il y a un petit quelque chose de garage-sixties finalement assez proche des Calamités !

D'autes photos des Monkey Business

Toujours grâce au camarade Led', voici d'autres photos (ce coup-ci en noir et blanc) des Monkey Business en répétition (à Boulogne et ailleurs), sans doute au début du groupe.




Le single de Veel

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le single des belges de Veel sorti en 1981.

Ex-Teens

Ex-Teens fait partie de ces groupes français des années 80 dont il ne reste aujourd’hui que quelques traces, un nom qui circule entre collectionneurs et un 45-tours qui refait parfois surface au détour d’une caisse ou d’un forum spécialisé. En 1986, le groupe sort un unique single, Dans Ma Ville, sur le label DS Audio. Une production modeste, typique de cette période où de nombreuses formations rock existaient en marge des circuits officiels, enregistrant un disque comme on laisse une balise, sans forcément imaginer qu’il deviendrait, des décennies plus tard, un objet de curiosité pour amateurs de scènes oubliées.

À l’époque, Ex-Teens se compose de Frédéric Duchesne au chant, Pascal Manganaro à la batterie et Vincent Guilluy à la basse. Le trio s’inscrit dans ce rock français de milieu des années 80, direct et sans fioritures, ancré dans le quotidien, comme le suggère déjà le titre Dans Ma Ville. Le morceau évoque une réalité urbaine banale et familière, loin des postures ou des effets de style, dans une veine qui rappelle toute une génération de groupes locaux pour qui le rock était avant tout une affaire de vécu et de proximité. Le choix de placer en face B une reprise de Heartbreak Hotel d’Elvis Presley (via Johnny en français) est révélateur de cet ancrage rock sans complexe, assumant une filiation évidente avec les racines du genre tout en les réinterprétant à l’échelle d’un trio français des années 80.

Le disque sort discrètement, sans relais médiatique notable, et ne sera suivi d’aucune autre publication connue. Comme beaucoup de groupes de cette époque, Ex-Teens n’a laissé ni interviews, ni articles de presse, ni récit officiel de son parcours. Seuls subsistent ce 45-tours, quelques mentions éparses et la mémoire fragmentaire de ceux qui l’ont croisé ou écouté. Cette absence d’archives fait aussi partie de son histoire. Elle rappelle combien la scène rock française des années 80 fut foisonnante, faite de groupes éphémères, d’initiatives isolées et de disques autoproduits ou confidentiels, dont l’existence même tient parfois à un exemplaire conservé, un rip partagé ou un nom inscrit sur une pochette. Ex-Teens appartient pleinement à cette cartographie discrète et précieuse que Bouloup s’attache à documenter, là où la mémoire officielle s’est arrêtée.

Hit Kat Choufi

 Nouvel extrait du long de Dazibao "Les Musiques De La Honte" sorti en 1987, voici "Hit Kat Choufi".

Say You Remember

Voici l'autre face du single de Détective sorti en 1982 !

Détective dans Bruit D'odeur n°4 (Novembre 1982)


Merci l'IA (et les Monkey Business)

Bon, les IA génératives n'ont pas forcément la côte. Mais, utilisées comme ils se doit, elles peuvent apporter une véritable aide. Ainsi, j'ai des planches contact d'un concert des Monkey Business au Pré St-Gervais et franchement malgré mon savoir-faire sous Photoshop, je n'ai jamais réussi à en tirer quelque chose de potable. Elles sont trop abimées. Too bad pour l'archiviste que je suis. Récemment, j'ai ressorti le dossier et j'ai réussi à ressusciter cette image qui me représente (un hasard, je ne pense pas) avec un look pure grunge comme on aimait dans les 90's. Le tout grâce à Firefly d'Adobe... 


 

Le premier single des Stilettos

Ici, on pourra télécharger le 1er single des Stilettos bordelais sorti en 1981 ! 

Détective dans On Est Pas Des Sauvages n°17 (Janvier 1983)



Plus d'infos sur Stalag (et sur leur fameux single)

 


J'ai déjà parlé de Stalag, ici-même. Or, il se trouve qu'une de mes relations Facebook était un membre du groupe. Dans deux de ses récents posts, Thierry Tuborg témoignait de cette belle aventure. Je me suis donc permis de reproduire ces deux publications. 

"L’histoire du single de Stalag « Date limite de vente », que nous avons enregistré en novembre 1980 à Bordeaux. Il se trouve que le mixage assez curieux sur ma voix dans ce disque a un rapport direct avec Trevor Horn et The Buggles. Comme on le verra un peu plus loin.
 

Mais commençons par le début.  Adoncques au cours de l’année 1980, Les Ablettes, nos petits camarades de Fumel, annoncent l’imminente sortie de leur tout premier 45-tours autoproduit (« Spontanéité zéro » et « Un amour propre »). Immédiatement, nous insistons auprès de Richard Berthou, notre manager, pour que nous enregistrions nous aussi notre disque. Il n’est pas très chaud mais nous parvenons à le convaincre. De fait, Richard va se lancer dans une organisation méthodique de l’affaire de A à Z.
Il nous déniche un petit studio abordable, 16 pistes en analogique (bien sûr), le studio Isis (rien à voir avec l’État islamique : Islamic State of Iraq and Sham), dans le quartier Nansouty. Nous nous mettons d’accord sur les cinq meilleurs titres de notre répertoire à travailler en studio, soit : « Carolus d’Or », « Interdit aux moins de 18 ans », « Dernier cri », « Date limite de vente » et « Secrets ». Le choix des deux faces du disque se fera une fois le master réalisé.


Le moment venu, on me demande de ne me montrer au studio qu’au troisième jour, une fois que Jean, Beber et Vincent auront bouclé leurs parties, lorsqu’il ne restera que les voix, les miennes et celles de Vincent, ainsi que ses solos. Auparavant, j’avais demandé à Richard s’il serait possible de faire chanter les chœurs du break de « Secrets » par une chorale d’enfants, derrière ma propre voix (« Ne laisse pas les garçons t’acheter, ne laisse pas les autres te briser, surtout ne te cache pas, ces gens n’attendent que ça »). Il avait médité une petite minute là-dessus en me fixant, puis m’avait répondu : « Je vais voir ce que je peux faire. » La veille de mon entrée en studio, je reçois une lettre de ma petite amie fumeloise, Tracy (une jeune Anglaise de quatorze ans dont la famille s’est installée dans le Lot-et-Garonne et dont j’ai fait la connaissance lors d’un concert commun des Ablettes et de Stalag). Elle m’annonce qu’elle casse avec moi. Ça me rend fou.


Le lendemain, en studio, je commence par écouter le travail des trois autres Stalag et je suis épaté. La section rythmique est impeccable, et Vincent, guitariste par trop solitaire sur scène, s’est composé des parties guitares additionnelles, a ajouté ici et là des riffs bien sentis, et leur a cherché méticuleusement un son adéquat sur son Twin Reverb. Je devine les merveilles d’arrangements que ce guitariste pourra fournir au groupe en enregistrements (loin de me figurer que nous ne rentrerons plus jamais en studio ensemble).
J’apprends que Richard n’est pas parvenu à trouver une chorale d’enfants pour « Secrets », nous devons nous contenter de chanter tous les quatre le break. Lors de mes prises pour ce titre, je ne peux m’empêcher de penser à Tracy qui me largue, je chante en chouinant un peu comme un enfant, alors je tourne le dos à la cabine d’où m’observent six paires d’yeux. « Je veux seulement, moi, me cacher parmi tes jouets… » J’enchaîne les quatre autres chansons, puis Vincent fait ses voix et ses solos.


Le lendemain, au mixage, sur le titre « Date limite de vente », je demande à l’ingé son s’il peut appliquer à mes couplets un effet gramophone.
L’ingé son me dévisage, perplexe.
— Qu’est-ce que tu entends par « effet gramophone », au juste ?
— Comme les Buggles.
— Comme les quoi ?
— Les Buggles, « Video Killed the Radio Star », tu connais pas ? T’as jamais entendu leur tube à la radio ? Sur les couplets, le chanteur a un effet gramophone, un vieux son des années 20, tu vois ce que je veux dire ? Je voudrais le même effet, ça rendrait bien sur ce titre.
Il manipule un bon moment sa console, finalement il s’en approche un peu mais ça ne rendra jamais comme les Buggles. C’est un peu raté, quoi.


À l’écoute des cinq titres, le choix majoritaire se porte sur « Date limite de vente » en face A et « Secrets » en face B. Je suis déçu parce que je voyais « Dernier cri » en face A. De plus, à la fabrication il y aura un gros plantage : alors que la pochette annonce « Date limite de vente » en titre du single, on trouve « Secrets » carrément en face A. Sans parler du nom des auteurs des chansons : Richard a dispatché nos quatre noms, deux au pif à chaque titre (alors que c’est Thierry La Barthe/Vincent Simonacci pour les deux titres). Et puis Beber est furax : Raymond Belliard est devenu Raymond Belliaed ! Zarma ! Voilà l'histoire...

« Stalag, c’est aussi bien que The Damned sur disque et aussi fou que les Stooges sur scène ».


Quatre années d’existence seulement, de 1978 à 1982, mais une intensité rare. Le groupe signe son acte de naissance en studio sous le nom de Royal Flush, clin d’œil à un vieux flipper Gottlieb martyrisé lors de leurs errances quotidiennes. Une maquette financée par une association d’aide aux jeunes, l’Adama, grugée dès le départ grâce à une fausse adresse de facturation. Le ton est donné. Stalag cultive une réputation sulfureuse, faite de concerts brouillons, d’ivresse assumée et de dégâts collatéraux. Le nom intrigue, dérange, choque parfois. Un stalag, dans l’Allemagne nazie, désignait un camp de prisonniers de guerre pour soldats et sous-officiers. Provocation pure ? Sans doute. Quand Caméra Silens brandissait l’Irlande et l’Ira, Stalag préférait l’impact frontal, sans slogan explicatif. Les sous-officiers du Punk Rock bordelais, en quelque sorte. Pas d’idéologie en bandoulière, mais une rage brute et incontrôlée.
 

L’histoire s’écrit aussi par croisements. En 1978, Kick, chanteur de Strychnine, présente ses amis de Saint-Jean-de-Luz à Thierry Tuborg. La rencontre fait des étincelles. Un guitariste manque encore. Ce sera d’abord « Chinois », trop aguerri pour ces adolescents furieux. Il laisse rapidement sa place à Vincent Simonacci, étudiant à Bergerac, recruté via une petite annonce déposée chez Bulle, disquaire culte de Bordeaux. Les répétitions s’enchaînent au presbytère, les bœufs aussi, souvent avec Strychnine, grand frère omniprésent. Kick enregistre la première maquette, puis récupère le bassiste Richard Brousse. Trahison vécue comme un coup de couteau. Mais l’histoire continue. Raymond Belliard, ancien roadie des Standards, apprend la basse et le répertoire en dix jours chrono. Punk Rock, on a dit. Ce line-up écume la région, enchaîne près d’une centaine de concerts en trois ans, dont une trentaine dans le cadre de la tournée Bordeaux Rock, aux côtés des Stilettos, Standards, STO et bien sûr Strychnine. Une aventure intense, jamais concrétisée par un véritable album, malgré des passages en studio. Aucun label n’ose franchir le pas. Trop bruyant, trop instable, trop libre. Janvier 1982 marque le split. Rideau. 

Il faudra attendre plus de trente ans pour exhumer les bandes d’époque. En 2007, le label parisien Mémoire Neuve publie Dernier Cri, compilation mêlant enregistrements studio, 45 tours de 1981 et prises Live. Un dernier cri ? Pas vraiment. Stalag remonte sur scène en 2005, prouvant que certaines colères vieillissent mieux que le vin. Quand les concerts sont annulés, Stalag transforme le local de répétition en salle de spectacle. Le public suit. Attitude Punk jusqu’au bout, mais répétitions quotidiennes, rigueur et acharnement. Le chaos, oui. L’amateurisme, non. Mais un groupe, même Punk Rock, ce n’est jamais qu’un concept. Ce sont des corps, des noms et des choix parfois irréversibles.
 

Membres et ex-membres de Stalag

Stalag, ce n’est pas seulement un mur de guitares et une réputation à la sulfateuse. C’est aussi une addition de trajectoires individuelles, de passages éclairs et de fidélités bruyantes. Des personnalités parfois fugaces, souvent radicales, qui ont façonné l’identité du groupe au fil des répétitions, des concerts et des ruptures.
Thierry La Barthe aka Thierry Tuborg, aka à l’époque Thierry Heineken (Chant)
Figure centrale et moteur du groupe, il incarne la rage fondatrice de Stalag. Adolescente et frontale, sa présence scénique impose le ton. Dans les années 80, il enregistre plusieurs titres avec Jean-Michel Cros et Pascal Cros au sein du groupe Les Alliés. Il se reconvertit ensuite dans l’écriture et publie deux romans, troquant la violence électrique pour une colère plus littéraire, mais tout aussi acérée.

• Richard Brousse aka « Spleen » (Basse)
Bassiste des premiers mois et cofondateur de Stalag, il participe à la naissance du groupe avant de rejoindre Strychnine. Un départ vécu comme une trahison par certains, mais qui illustre surtout la porosité de la scène Punk Rock bordelaise de la fin des années 70, où les groupes se croisent, se déchirent et se recomposent sans cesse.

• Jean de Rivière (Batterie)
Pilier rythmique du groupe à ses débuts, il apporte l’urgence et la rudesse nécessaires à la mécanique Stalag. Une batterie sans fioritures, directe, pensée pour accompagner la déflagration plutôt que la démonstration.

 • Chinois (Guitare)
Premier guitariste du groupe, rapidement jugé trop expérimenté pour l’énergie brute et encore maladroite de ces jeunes punks. Son passage, bref mais fondateur, permet à Stalag de trouver ses premiers repères avant d’opter pour une approche plus radicale et instinctive.

• Vincent Simonacci aka Tungstène (Guitare)
Recruté via une petite annonce déposée chez Bulle, disquaire incontournable de Bordeaux, il apporte une guitare tranchante et un jeu parfaitement aligné avec l’esthétique du groupe. Son surnom résume bien son apport sonore : dense, abrasif et sans concession.

• Raymond Belliard (Basse)
Ancien roadie des Standards, il rejoint Stalag en 1979 après le départ de Richard Brousse. En dix jours, il apprend la basse et le répertoire, preuve d’un engagement total et d’une efficacité toute Punk Rock. Il fait partie du line-up le plus actif, celui qui écumera les salles et portera Stalag sur scène jusqu’à la séparation.
 

Stalag n’a jamais cherché à durer. Juste à frapper fort. Quatre ans, cent concerts, zéro compromis. Pas d’album à l’époque, mais une empreinte indélébile. La preuve qu’à Bordeaux aussi, le Punk Rock ne se dégustait ni tiède ni poli. Plutôt cul sec, verre ébréché, ampli à fond. Alors ce samedi, mousse glacée ou vin chambré ? Peu importe. Tant que ça brûle un peu en descendant.

Il y eut, bien sûr, l’éclair fulgurant de Stäläg 13, Punk Hardcore américain, né en 1983 et déjà disparu en 1984. Et il y a, bien sûr, des stalagmites et des stalactites. Mais dans l’histoire du Rock, un seul nom résiste et s’impose : Stalag."
 

Les Goulues dans Psyko Punc N°6 (Mars 1988)



Détective

Détective fait partie de ces groupes dont l’existence tient presque entièrement dans les pages des fanzines et sur un unique 45 tours, mais dont la trace suffit à raconter toute une scène. Début des années 1980, à Lyon, alors que l’on continue de réduire la ville à Starshooter ou à Marie et les Garçons, Détective apparaît comme une autre facette, plus intériorisée, plus nocturne, d’une new wave locale pourtant bien vivante. Les fanzines de l’époque prennent d’ailleurs un malin plaisir à rappeler à ceux qui enterrent un peu vite la scène lyonnaise qu’elle vient encore de s’enrichir d’une « perle rare ».

Détective se compose autour de Ruth au chant, voix immédiatement décrite comme centrale, presque magnétique, soutenue par Philippe aux claviers et Jean-Louis à la basse. Le groupe chante en anglais, choix encore loin d’être anodin à l’époque, et construit une musique mélodique, dépouillée, parfois légèrement ésotérique, qui évoque davantage The Passions, The Comateens ou les premiers Cocteau Twins que les figures les plus visibles de la new wave hexagonale. Les chroniques insistent sur ce point : ici, pas de synth-pop clinquante ni de pose à la Visage ou Dépêche Mode, encore moins de « pink-floydries » complaisantes, mais une musique de l’esprit et du cœur, capable de provoquer une certaine langueur et des frissons durables.

En 1982, le groupe autoproduit un 45 tours comprenant When The Curtain Falls et Say You Remember, sorti sur le label Element. Les deux titres sont salués pour leur efficacité et leur qualité de production, d’autant plus remarquables au regard des moyens limités dont disposait le groupe. When The Curtain Falls installe une atmosphère feutrée et mélancolique, portée par les claviers et la voix de Ruth, tandis que Say You Remember prolonge cette impression d’élégance sombre, quelque part entre pop fragile et new wave introspective. Plusieurs chroniqueurs soulignent que, si le disque est convaincant, Détective doit probablement encore plus s’apprécier sur scène, même si le groupe semble peu tourner, au grand regret de ceux qui l’ont découvert sur vinyle.

La diffusion du disque reste confidentielle, essentiellement par correspondance, via des contacts à Écully ou par l’intermédiaire de réseaux comme New Wave. Rien n’indique que Détective ait dépassé ce premier single, ni qu’il ait cherché à s’inscrire durablement dans un circuit professionnel. Comme beaucoup de groupes de cette période, son histoire semble brève, presque évanescente, mais suffisamment marquante pour que les fanzines en conservent la mémoire.

Quarante ans plus tard, Détective apparaît comme un parfait exemple de cette new wave française souterraine, inventive et sincère, qui n’a laissé que peu de traces matérielles mais dont l’écho continue de circuler à travers quelques disques, des chroniques passionnées et des archives précieuses. Un groupe discret, mais loin d’être anecdotique, et qui rappelle que la scène lyonnaise du début des années 80 ne se résumait décidément pas à ses figures les plus médiatisées.

Le retour des Cherokees

En trainant sur les réseaux, je suis tombé sur cette magnifique photo (faite par Ph. Boissel) des Cherokees, dont j'ai déjà beaucoup parlé ici-même !

Chapel Of Love

Jolie surprise que cette face b, puisqu'il s'agit d'une cover du tube des Dixie Cups sorti en 1964 et qui n'est pas sur l'unique album du groupe (que j'ai beaucoup écouté - ceci expliquant cet apparent soudain intérêt pour Holly And The Italians).

Le single de Théâtre

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single de Théâtre sorti en 1983.


 

Les Goulues dans Bruits Et Graffitis n°4 (Mars 1984)

 


On Va Ailleurs

Voici l'autre face du single de NBC sorti en 1983 !

La vidéo d'Holly And The Italians

Holly And The Italians

À la fin des années 1970, Holly Beth Vincent, originaire de Chicago, s’impose comme une figure singulière dans un paysage musical encore largement dominé par des regards masculins. Chanteuse, guitariste et compositrice, elle refuse les rôles assignés et monte son propre groupe, The Italians, après avoir traîné ses guitares du côté de Los Angeles. Très vite, le projet prend une autre dimension lorsqu’elle décide de s’installer à Londres, alors en pleine effervescence post-punk, où les labels et la presse sont à l’affût de nouvelles personnalités capables de conjuguer énergie punk et écriture pop.

C’est dans ce contexte que naît “Tell That Girl To Shut Up”, premier single du groupe, enregistré et publié à la charnière de 1979 et 1980. Le morceau frappe d’abord par son titre, frontal, presque provocateur, qui résume assez bien l’attitude générale de Holly Beth Vincent. Musicalement, on est sur une power pop tendue, rapide, avec des guitares sèches, une rythmique sans fioritures et une mélodie immédiate qui reste en tête dès la première écoute. Rien de révolutionnaire en apparence, mais une efficacité redoutable, portée par une interprétation à la fois rageuse et parfaitement maîtrisée. La chanson condense tout ce que la new wave pouvait offrir de plus direct à ce moment-là : l’urgence punk débarrassée de ses excès et une écriture pop qui ne s’excuse pas d’être accrocheuse.

Le single attire rapidement l’attention de la presse musicale britannique et permet à Holly and the Italians de signer chez Virgin Records. Le groupe se retrouve propulsé sur les routes, partageant l’affiche avec des noms déjà bien installés comme The Clash, Blondie ou les Ramones. Pourtant, malgré cette exposition et le soutien d’un label important, Holly and the Italians ne parviendront jamais à transformer l’essai sur le plan commercial. Leur unique album, The Right to Be Italian, publié en 1981, prolonge l’esthétique du single sans véritablement trouver son public à l’époque. Avec le recul, le disque apparaît pourtant comme un témoignage solide de cette période où la new wave flirtait encore avec la power pop et le punk, avant de se normaliser ou de se synthétiser à outrance.

“Tell That Girl To Shut Up” restera le morceau emblématique du groupe, celui par lequel on y revient presque toujours. Ironie de l’histoire, c’est une autre formation britannique, Transvision Vamp, qui offrira à la chanson sa plus grande visibilité en la reprenant à la fin des années 1980. Leur version, plus lisse et parfaitement calibrée pour les charts, fera connaître le titre à un public bien plus large, au point d’éclipser presque totalement l’original aux yeux de beaucoup. Pourtant, c’est bien la version de Holly and the Italians qui conserve aujourd’hui toute sa force : moins produite, plus sèche, plus honnête aussi, dans ce qu’elle raconte d’une époque et d’une posture.

Après la séparation du groupe au début des années 1980, Holly Beth Vincent poursuivra une carrière solo et multipliera les collaborations, sans jamais retrouver une exposition comparable à celle de ses débuts londoniens. Holly and the Italians restera donc comme un projet bref mais marquant, typique de ces groupes passés entre les mailles de l’histoire officielle, mais dont un single suffit à justifier la redécouverte. “Tell That Girl To Shut Up” n’est pas seulement une bonne chanson new wave : c’est un instantané, un morceau de colère pop parfaitement daté, mais toujours vivant, qui rappelle que certaines trajectoires fulgurantes laissent des traces bien plus durables que des carrières interminables.

La vidéo des Goulues

 

Les Goulues

Parmi les disques qui passent sous les radars de l’histoire officielle du rock français des années 1980, Autour de mes nuits des Goulues occupe une place à part. Un unique album, une trajectoire courte, et pourtant un témoignage précieux de cette scène parisienne indépendante (parfois féminine, coucou Nana & Co)  qui a longtemps existé en marge des circuits médiatiques.

Les Goulues voient le jour à Paris en 1983. À l’origine, le groupe se compose d’Eugénie Bastille au chant, de Katy à la batterie, de Frédérique à la guitare et aux chœurs, d’Annie à la basse et de Sylvie au saxophone. Dès ses débuts, le groupe s’inscrit dans une dynamique rock indépendante nourrie par l’énergie post-punk et new wave de l’époque, avec une identité marquée et une présence féminine affirmée, encore peu visible dans le paysage rock français du moment.

Comme beaucoup de formations underground des années 80, Les Goulues traversent plusieurs changements de personnel et périodes d’instabilité. Après diverses péripéties, le groupe finit par se stabiliser à la veille de l’enregistrement de son disque. En 1987, la formation qui entre en studio est composée de Katharina au chant, de Frédérique à la guitare, de Véro à la basse et de Katy à la batterie, accompagnées de Christian Ramirez, dit Chriss, à la guitare. Celui-ci est alors le seul membre masculin du groupe, les Goulues conservant un noyau essentiellement féminin.

C’est cette formation qui enregistre Autour de mes nuits en 1987, au studio Scoop. L’album est auto-produit puis distribué par Musidisc, sans véritable soutien promotionnel. À sa sortie, le disque passe largement inaperçu. Il ne bénéficie ni d’une exposition médiatique significative ni d’un relais durable dans les circuits de diffusion traditionnels, circulant surtout de manière confidentielle, comme beaucoup de productions indépendantes de l’époque.

Avec le recul, Autour de mes nuits apparaît pourtant comme un document sincère et représentatif de la scène rock alternative française de la fin des années 80. Une musique souvent tendue et nocturne, portée par des textes en français et une instrumentation qui privilégie l’atmosphère à la démonstration.

L’aventure des Goulues s’achève rapidement. Le groupe se sépare en 1988, un an seulement après la sortie de l’album, et aucun autre enregistrement officiel ne verra le jour. Aujourd’hui, Autour de mes nuits est devenu une rareté discographique, recherchée par les amateurs de rock français obscur et par les collectionneurs attentifs aux scènes parallèles des années 1980.

À sa manière, Les Goulues incarnent cette génération de groupes DIY restés dans l’ombre, faute de moyens, de relais ou simplement de timing, mais dont les disques continuent de raconter une autre histoire du rock français. Une histoire fragmentaire, souterraine, que Bouloup s’attache précisément à documenter et à faire ressurgir.

Le single de The Raves

Ici, on pourra télécharger le single des The Raves belges sorti en 1981 !

NBC

NBC fait partie de ces groupes français du début des années 1980 dont il ne reste presque rien, sinon quelques disques rares, des souvenirs fragmentaires et une esthétique immédiatement reconnaissable. Actif autour de 1983, le groupe a laissé au moins deux singles aujourd’hui difficiles à trouver, dont l’un avec les titres « Panique » et « On va ailleurs », l’autre articulé autour de « Je sais que tu viendras me voir », décliné en version originale et en remix. À défaut d’articles de presse ou de discographie officielle, ce sont les disques eux-mêmes qui parlent.

Le verso du single « Je sais que tu viendras me voir » permet de reconstituer une partie du puzzle. NBC y apparaît comme un groupe structuré, loin du simple projet amateur. Les crédits mentionnent Alain Lagrange au chant et à la guitare, Philippe Daniel à la basse, Frédéric Lumbroso aux claviers et synthés, Jean-Louis Bessonies à la batterie et Jean-Pierre Lagrange à la guitare. Les éditions sont assurées par Milk-Shake, avec un management identifié, celui d’Alain Coute, accompagné de numéros de téléphone typiques de l’époque. L’ensemble situe clairement le groupe dans un cadre professionnel modeste mais réel, caractéristique de nombreuses formations régionales de ces années-là.

Musicalement, tout indique une inscription dans le rock français post-punk ou new wave du début des années 80. La présence affirmée des synthés, l’existence d’un remix en face B et le graphisme épuré de la pochette renvoient à cette période où beaucoup de groupes cherchaient un équilibre entre guitares tendues et modernité électronique, sans forcément accéder à une diffusion nationale. NBC semble appartenir à cette scène intermédiaire, trop organisé pour rester anecdotique, trop local pour laisser des traces durables dans la presse spécialisée.

L’hypothèse d’une origine dans le Vexin apparaît particulièrement crédible. La région, à cheval entre l’Île-de-France et la Normandie, a vu émerger au début des années 80 une multitude de groupes naviguant entre rock, new wave et post-punk, souvent soutenus par des réseaux locaux de salles, de radios et de fanzines. La rareté des disques de NBC, l’absence quasi totale de documentation en ligne et le profil des structures mentionnées sur les pochettes correspondent parfaitement à ce type de scène régionale, active mais peu archivée.

S.T.A.F.F.

Voici l'autre face du single de Staff sorti en 1990. Peut-être morceau live d'intro pour le groupe...

Staff dans Magic Rock N°01 (Janvier 1988)

 




Le single des Cousins américains

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le 2e single des Cousins (de Philadelphie) sorti en 1984.


 

Staff en concert (le 12 mai 1990)

Staff

Staff naît en 1985 à Beauvais autour de Rachid Cherfaoui au chant et à la guitare, Dominique Paul à la guitare, Thierry Rouillard à la basse et Stéphane Amédée à la batterie, avec dès l’origine un cinquième membre à part entière, Thierry Fraigneux, manager du groupe. Les premières répétitions se déroulent dans les sous-sols d’une école maternelle désaffectée à Goincourt, cadre parfait pour poser les bases d’un répertoire mêlant compositions personnelles et reprises choisies, de Bijou aux Who, de Lou Reed à Gainsbourg, dont une version de « Je suis venu te dire que je m’en vais » circule encore aujourd’hui.

Les concerts commencent dès la fin de l’année 1985 et, à partir de mars 1986, s’intensifient grâce à la création de l’association beauvaisienne Magic Rock, qui structure une scène locale alors en pleine effervescence. Staff participe à la scène ouverte du Printemps de Bourges et partage l’affiche avec les Toulousains des Surrenders à Beauvais, affirmant peu à peu une identité scénique où l’énergie rock se combine à un sens de l’humour bien assumé. L’année 1987 marque un premier tournant décisif avec la victoire du groupe lors de la finale nationale du Circuit Rock Universitaire. Cette reconnaissance leur ouvre les portes du studio et débouche sur l’enregistrement de leur premier 45 tours, « Juste partir ailleurs », contenant les titres « Sans rien dire » et « Suzy Lou ». La pochette, à l’image du groupe, reflète un esprit décalé et sans prétention. Un clip de « Sans rien dire » est même tourné pour l’émission Décibel en octobre 1987, non sans une erreur mémorable puisque Staff y est présenté comme un groupe de Cambrai.

Les années suivantes voient le groupe multiplier les concerts en France, avec notamment un passage au Golf Drouot et une tournée en Bretagne. Mais c’est à la toute fin des années 1980 que l’histoire de Staff prend une dimension inattendue. Des rencontres amicales les mettent en relation avec Andy Rabe, qui devient leur manager pour l’étranger et leur ouvre les portes de l’Allemagne. S’ensuivent des tournées régulières outre-Rhin, dans des festivals et des salles de villes comme Dortmund, Essen ou Bochum, ainsi que dans l’ancienne Allemagne de l’Est, jusqu’à Berlin, à peine un an après la chute du Mur. Cette aventure allemande, encore trop rarement évoquée lorsqu’on parle de groupes français de cette période, joue un rôle déterminant dans la suite de leur parcours.

À Bochum, Staff attire l’attention du label allemand Sound Factory, qui leur propose un contrat en 1990. Un premier titre, « Milk Shake », paraît sur la compilation Total Fatal Vol. 1, puis un 45 tours est publié pour faire patienter le public en attendant un album. Dans le même temps, le groupe participe en septembre 1990 à la finale du tremplin Yamaha au Casino de Paris. Arrivés seconds derrière les Dirty Rats Rappers, les Niçois, ils manquent de peu le voyage au Japon, mais ce classement leur permet d’investir dans du matériel et de renforcer leur dispositif scénique.

C’est finalement en décembre 1990 que sort le single qui reste aujourd’hui le plus souvent associé au nom de Staff, avec les titres « Civilisés » et « S.T.A.F.F. ». Ce 45 tours, annonciateur d’un premier album qui ne verra jamais vraiment le jour, vient clore une trajectoire dense, faite de concerts, de rencontres et d’allers-retours constants entre la scène locale et des horizons plus lointains. À travers Staff, c’est tout un pan du rock français des années 1980 et 1990 qui se dessine, celui de groupes investis, mobiles, parfois reconnus loin de chez eux avant de l’être à domicile, et dont il reste aujourd’hui quelques disques, des affiches, des photos et surtout une histoire qui mérite d’être racontée.