Après Demain

Après Demain se forme en 1981 à Oulu, dans le nord de la Finlande. Le groupe ne publiera qu’un disque avant de disparaître, mais ce disque suffit à rendre son passage dans la scène underground finlandaise particulièrement intéressant.
 
Après Demain est né dans le petit milieu punk et alternatif d’Oulu. Jukka Kangas et le premier batteur Jari « Löllö » Lehtonen avaient auparavant joué dans Raaka Voima, l’un des premiers groupes punk de la ville, tandis que plusieurs futurs membres avaient également participé à Xböö, formation plus expérimentale. Le groupe réunit alors Päivi Marlene au chant, Jukka Kangas à la guitare, Jarno Mällinen à l’orgue, Jyrki Raatikainen à la batterie et Jukka Turunen à la basse.
 
Le nom du groupe est français. Jukka Turunen l’aurait trouvé dans un dictionnaire, à une époque où ses goûts l’amenaient notamment vers l’existentialisme français, la poésie belge et Bryan Ferry. Les influences musicales d’Après Demain sont cependant nettement plus larges : Iggy Pop, Joy Division, Roxy Music et le Velvet Underground côtoient le funk, la soul et les musiques issues de la no wave.
 
Cette combinaison donne au groupe une personnalité assez singulière. « Arpakuutio », leur morceau le plus connu, avance sur une rythmique sèche et nerveuse, accompagnée par un orgue répétitif et un chant qui tient parfois davantage de la déclamation que de la chanson traditionnelle. Le morceau possède quelque chose de froid et de mécanique, alors même que le groupe n’est pas constitué autour d’une instrumentation électronique. Le producteur Jimi Sumén souhaitait au départ orienter Après Demain vers un son influencé par le funk de Nile Rodgers. La production finit pourtant par prendre une direction beaucoup plus anguleuse, en phase avec les sonorités new wave et post-punk du début des années 80.
 
Le seul 45 tours du groupe paraît finalement en 1983 chez Johanna, sous la référence JHNS 542. « Arpakuutio » occupe la face A, tandis que « Dans la nuit » figure au verso. Le contraste entre les deux titres est déjà assez amusant : le premier porte un titre finnois, le second un titre français. « Dans la nuit » confirme d’ailleurs l'attachement assez particulier du groupe à la langue française et propose une ambiance plus nocturne et détachée, portée par la voix très particulière de Päivi Marlene.
 
Avant d'en arriver à ce 45 tours, Après Demain avait enregistré plusieurs morceaux destinés à un EP de quatre titres baptisé Passages. Le projet ne verra finalement pas le jour chez Mirror, mais une démo diffusée à la radio attire l’attention du label Johanna, qui décide de publier le single. La carrière du groupe sera pourtant extrêmement courte. Après la sortie du disque, Après Demain ne donnera que deux concerts, l’un à Oulu et l’autre à Helsinki. Päivi Marlene finit par se lasser de l’aventure et le groupe se sépare.
 
L’histoire aurait pu s’arrêter là, comme celle de nombreux groupes obscurs ayant publié un unique 45 tours au début des années 80. Mais plusieurs membres d’Après Demain poursuivront ensuite leur route dans la scène alternative finlandaise. Jarno Mällinen, Jyrki Raatikainen et Jukka Kangas joueront notamment dans Kansanturvamusiikkikomissio puis dans Radiopuhelimet, tandis que Jukka Turunen deviendra l’un des membres fondateurs d’Electric Blue Peggy Sue and the Revolutionions from Mars.
 
Reste ce petit 45 tours de 1983, témoignage d’une scène d’Oulu qui ne demandait manifestement qu’à sortir de son isolement. « Arpakuutio » et « Dans la nuit » n’ont pas grand-chose d’un disque parfaitement formaté pour les radios de l’époque. On y trouve au contraire cette curieuse collision entre punk, post-punk, funk, new wave et chanson française qui rend les productions underground du début des années 80 aussi imprévisibles. Après Demain aura existé à peine deux ans, n’aura joué que deux fois après la sortie de son disque et aura laissé derrière lui un seul 45 tours. Finalement, c’était peut-être largement suffisant.
 

Schaffe

 Dernier extrait de l'e.p. de Nilp sorti en  1982 voici "Schaffe".
 

Loquillo dans Nineteen n°12 (Octobre 1984)

On connait mon amour inconditionnel pour l'espingouin Loquillo. Cet article explique parfaitement bien ce qui rend Loquillo unique depuis ses débuts. Car malgré une très grand ouverture d'esprit (qui lui permettra de faire - entre autre - du rockab' roots ou du punk mettaleux) Loquillo est un vrai rocker. Et dans son cas, ce n'est pas une posture ! 

Listen To Him

Voici le flip side de l'unique single des Pop Models sorti en 1984, voici le très bon : "Listen To Him (Baby She Loves You)".
 

Patriote

 3e sélection extraite de l'e.p. des suisses de Nilp, voici "Patriote" en français dans le texte ! 
 

Le 1er single de Frakture

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le 1er single de Frakture sorti en 1980.


 

Pop Models dans EL F.A.A. Zine (Septembre 1984)

 


The Pop Models

En 1984, à Nantes, un groupe décide de changer de nom pour un 45 tours. Pas vraiment de quoi bouleverser l’histoire du rock français, sauf que derrière The Pop Models se cachent les musiciens de Ticket, une formation qui, depuis la fin des années 70, fait partie de cette nébuleuse nantaise où se croisent power pop, rock, mod et new wave. Le disque s’appelle « King Of Love » et, sous ses airs de petite production oubliée, il raconte finalement pas mal de choses sur cette scène.
 
Ticket s’était formé à Nantes en 1979 et avait déjà quelques 45 tours à son actif lorsque apparaît le nom de The Pop Models. L’expérience ne durera pas bien longtemps puisque « King Of Love » semble être l’unique disque publié sous cette appellation. Une parenthèse dans l’histoire de Ticket, donc, mais une parenthèse suffisamment particulière pour mériter qu’on s’y arrête.
 
Musicalement, on reste dans le territoire de la power pop, avec cette façon bien particulière de transformer l’énergie du rock en chansons courtes, mélodiques et immédiatement efficaces. Mais The Pop Models accentue le côté pop et mod de Ticket, notamment avec la présence de chœurs féminins. Les « Gaufrettes », deux choristes, viennent ainsi compléter la formation, donnant au morceau une couleur qui le distingue des productions précédentes du groupe.
 
Le disque paraît sur Surfin' Bird Records, petit label nantais qui s’intéresse alors à cette scène locale et publie en 1985 l’album de Ticket. « King Of Love » porte le numéro BIRD 0003 et constitue aujourd’hui l’un de ces 45 tours dont l’existence est relativement facile à retrouver dans les discographies, mais beaucoup moins facile à vérifier en posant réellement le disque sur une platine.
 
Derrière la production, on retrouve Jean-William Thoury, figure bien connue du rock français, notamment pour son travail avec Bijou. Thoury accompagne alors plusieurs groupes de cette génération et son nom apparaît également sur l’album de Ticket publié l’année suivante. L’association avec The Pop Models n’est donc pas vraiment un hasard : la petite scène power pop française du début des années 80 fonctionne encore beaucoup par réseaux, rencontres et labels minuscules.
 
Et puis il y a les musiciens. Parmi eux, Luc Boisseau, qui poursuivra ensuite son parcours avec les Bookmakers avant de rejoindre Elmer Food Beat. Le futur d’une partie de la scène nantaise se trouve donc déjà en filigrane sur ce petit 45 tours de 1984. Quelques années plus tard, certains de ces musiciens connaîtront une tout autre exposition avec Elmer Food Beat, mais « King Of Love » appartient à une époque où les groupes peuvent encore sortir un disque confidentiel sur un petit label, jouer dans le circuit local et disparaître presque aussitôt des radars.
 
C’est probablement ce qui rend The Pop Models intéressant aujourd’hui. Le groupe n’a pas laissé une discographie abondante, ni une longue carrière sous ce nom. Un seul 45 tours et puis retour à Ticket. Pas de quoi remplir une étagère, mais largement assez pour intéresser ceux qui aiment fouiller dans les marges de l’histoire du rock français.
 
« King Of Love » est surtout un petit témoignage de la scène nantaise du début des années 80, à une époque où le punk avait déjà fait exploser les codes et où la power pop, le mod revival et la new wave alimentaient quantité de groupes français. Nantes n’était évidemment pas en reste. Ticket, The Pop Models, les Bookmakers et, un peu plus tard, Elmer Food Beat appartiennent à cette même histoire locale, avec des passerelles entre les groupes et les musiciens.
 
The Pop Models aura donc eu une existence aussi brève que son nom était ambitieux. Un « King Of Love », deux faces de vinyle, quelques musiciens nantais et un label confidentiel. Puis le nom disparaît. Reste ce drôle de 45 tours, suffisamment rare pour intriguer les collectionneurs et suffisamment bon pour rappeler qu’entre deux groupes connus, il existe toujours quelques disques qui n’ont jamais vraiment demandé leur avis à l’histoire.
 
Et parfois, c’est précisément pour ça qu’on a envie de les écouter.
 

Wuet

Je me suis demandé ce que voulait dire "Wuet" mais je n'ai pas vraiment trouvé de traduction. Etrange. Voici une 3e sélection extraite de l'e.p. de Nilp sorti en 1982.
 

Love Me Tendre

Toujours sympa une bonne reprise du king en mode rock français. Raff ne s'est pas démonté avec son adaptation très personnelle du tube inoxydable : "Love Me Tender". Un grand moment de cet album sorti en 1986.
 

Kleptoman

Voici, sans doute, la chanson la plus connue de Nilp qui figure sur "Definitiv Zürich 1976–1986".
 

Nilp

Nilp est un groupe de rock suisse originaire de Zurich, formé à la fin des années 1970 autour de Boni Koller. Resté relativement discret en dehors de la Suisse, le groupe laisse pourtant deux excellents 7 pouces publiés en 1982, aujourd'hui recherchés par les amateurs de punk et de rock indépendant helvétique. Ces deux disques témoignent d'une scène zurichoise particulièrement inventive où l'autoproduction tenait davantage de la nécessité que de la stratégie.
 
Le groupe est fondé en 1978 par Boni Koller, alors âgé de seulement 17 ans. Quelques années plus tard, il deviendra une figure importante de la musique suisse avec Baby Jail, mais Nilp constitue sa toute première véritable aventure musicale. À ses débuts, le groupe répète avec un matériel de récupération et notamment un amplificateur provenant d'un ancien duo de musique de divertissement. Avec ses quatre entrées, il doit accueillir à la fois les micros, la guitare et l'orgue Farfisa. Une installation rudimentaire qui résume assez bien l'esprit des débuts de Nilp.
 
Le groupe commence par jouer dans des fêtes scolaires avant de se produire dans différents lieux alternatifs de Zurich et de sa région, notamment à la célèbre Rote Fabrik. Nous sommes alors en pleine effervescence de la scène punk suisse. Des groupes comme Kleenex, Nasal Boys, Sperma ou Hertz inventent une identité propre, souvent éloignée des modèles britanniques, avec une forte culture locale et une grande liberté dans la manière d'aborder le rock.
 
Nilp s'inscrit pleinement dans ce mouvement tout en développant une personnalité assez singulière. Leur musique est généralement décrite comme un mélange de punk, de rock minimal et de cabaret, avec une bonne dose d'humour et des textes interprétés en suisse allemand, plus précisément dans le dialecte zurichois. Cette utilisation de la langue locale donne au groupe une couleur très particulière, loin des clichés du punk anglo-saxon.
 
Le premier disque, Gift, est enregistré le 1er décembre 1981 avant de paraître en 1982 sous la forme d'un 7 pouces autoproduit. Il contient quatre morceaux : « Gift », « Wuet », « Patriote » et « Schaffe ». Le pressage est limité à 500 exemplaires. Faute d'argent pour faire imprimer de véritables pochettes, les membres du groupe achètent simplement des pochettes blanches qu'ils peignent eux-mêmes. Chaque exemplaire possède donc sa propre décoration et devient pratiquement unique. Cette fabrication artisanale fait aujourd'hui partie du charme de ce disque devenu emblématique de l'esprit DIY de la scène suisse.
 
Quelques mois plus tard paraît Mode, second 7 pouces du groupe. Celui-ci contient cinq titres : « Tuntschi », « Schponti », « Klöti », « Mode » et « Nilpferd ». Le disque sort sur Nilpferd Records, le propre label du groupe. Si Gift respirait encore l'urgence des débuts, Mode montre déjà une formation plus affirmée, toujours fidèle à cette alliance entre énergie punk, claviers Farfisa et sens du décalage qui caractérise Nilp.
 
L'histoire de ce deuxième disque possède elle aussi son anecdote. Les vinyles sont fabriqués en Italie puis ramenés en Suisse par les membres du groupe eux-mêmes. Les pochettes transparentes accueillent des feuilles photocopiées contenant les paroles. Malheureusement, avec le temps, l'encre de certaines photocopies finit par adhérer directement au vinyle, provoquant parfois des dégâts irréversibles sur les disques. Une erreur de fabrication que Boni Koller évoquera plus tard avec beaucoup d'autodérision.
 
Nilp poursuit son activité jusqu'en 1983 avant de se séparer. Peu avant la fin du groupe, une session est enregistrée dans les studios de la radio suisse DRS2, d'où est issu le morceau « Kleptoman ». Cette chanson sera finalement publiée en 1986 sur la compilation Definitiv Zürich 1976–1986, un disque essentiel consacré à la scène underground zurichoise et sur lequel Nilp côtoie des artistes comme Kleenex, Liliput, Yello, Sperma, Putsch, Platza ou encore Stephan Eicher.
 
Après Nilp, Boni Koller poursuivra sa route avec Baby Jail, groupe qui connaîtra un succès bien plus important durant les années 1980 et 1990. On retrouve pourtant déjà dans Nilp plusieurs éléments qui feront la personnalité de ses projets suivants : le goût pour les mélodies simples, l'humour, l'observation du quotidien et cette manière très suisse de faire cohabiter rock, chanson populaire et irrévérence.
 
Avec seulement deux disques publiés en 1982, Nilp n'aura laissé qu'une petite discographie. Mais ces deux 7 pouces racontent parfaitement une époque où quelques musiciens, beaucoup d'envie et une poignée de moyens suffisaient pour fabriquer des disques devenus, quarante ans plus tard, de véritables témoins de la richesse de la scène punk suisse.

 

Pourquoi maintenant ?

Nouvel extrait du long des Privés sorti en 1987 sur Closer ! 
 

Le rock français des années 80 et l'approche "Do It Yourself"

Il m'arrive parfois d'utiliser une IA pour m'aider à rédiger des contenus. L'IA est également un précieux outil pour faire des recherches. Bref, j'utilise les outils d'aujourd'hui, histoire, également, d'aller plus vite. Croyez-moi une trentaine de posts par mois depuis 10 ans, c'est beaucoup. Anyway, j'ai testé une nouvelle ia développée par Stanford (mes chouchoux inventeurs du Design Thinking). Un truc qui s'appelle Storm. Et voici le résultat, plutôt cool. J'ai traduis et retravaillé. J'ai laissé certaines ref' (Magma, wtf ?). Au final, on dirait l'ébauche d'une thèse. 

Dans les années 1980, alors que le paysage musical français reste largement dominé par les grandes maisons de disques, les radios nationales et quelques figures incontournables de la variété ou du rock grand public, une autre scène se développe dans l'ombre. Dispersée sur l'ensemble du territoire, portée par des passionnés davantage que par des professionnels de l'industrie, elle s'organise autour d'un principe simple : faire soi-même. Inspirée par l'explosion punk britannique de la fin des années 1970, par le hardcore américain naissant et par l'ensemble des cultures underground européennes, cette scène adopte ce que l'on appelle alors le « Do It Yourself » ou DIY. Plus qu'une méthode de travail, il s'agit d'une véritable philosophie fondée sur l'autonomie, l'expérimentation et le refus des modèles dominants.
Le DIY français ne se résume pas à quelques groupes isolés enregistrant des démos dans leur garage. Il constitue un écosystème complet où les musiciens, les graphistes, les rédacteurs de fanzines, les organisateurs de concerts, les disquaires indépendants et le public participent à la construction d'un réseau alternatif. Dans une époque où les moyens de communication sont limités, chacun devient un maillon essentiel de la chaîne. Les groupes produisent leurs enregistrements, organisent leurs tournées, réalisent parfois leurs propres pochettes et développent des circuits de diffusion parallèles à ceux de l'industrie musicale classique.
 
Cette culture indépendante s'appuie sur un outil fondamental : le fanzine. À l'heure où Internet n'existe pas encore, ces publications artisanales deviennent le principal moyen de communication de la scène. Réalisés avec des machines à écrire, des photocopieuses, des ciseaux et de la colle, les fanzines diffusent des chroniques de disques, des interviews, des comptes rendus de concerts, des manifestes, des dessins et des adresses de groupes ou de labels. Ils permettent à des passionnés de Brest, de Toulouse ou de Strasbourg d'échanger avec des scènes situées à des centaines de kilomètres. Plus qu'un simple média, le fanzine agit comme un véritable réseau social avant l'heure. Il crée des liens, fait circuler les informations et contribue à la naissance d'une identité commune au sein d'une communauté pourtant dispersée géographiquement.
 
L'importance de cette culture est telle qu'elle dépasse rapidement le cadre de la musique. Les fanzines deviennent également des espaces de création graphique, de réflexion politique et de diffusion artistique. Nombre de graphistes, illustrateurs et photographes issus de la scène underground y développent leurs premiers travaux. L'esthétique du collage, du détournement d'images, de la photocopie noir et blanc et de la sérigraphie artisanale devient l'un des signes distinctifs de cette génération.
 
Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, la scène DIY française ne se concentre pas exclusivement à Paris. Si la capitale joue un rôle majeur grâce à la présence de salles de concert, de médias spécialisés et de certains labels, la province constitue un terrain particulièrement fertile. Bordeaux, Rennes, Toulouse, Marseille, Lille, Lyon ou encore Rouen développent leurs propres réseaux de groupes, de lieux et de collectifs. Les tournées passent souvent par ces villes où l'accueil est assuré par d'autres membres de la scène. Les musiciens sont hébergés chez l'habitant, jouent dans des salles associatives ou des lieux improvisés et repartent avec de nouvelles adresses pour poursuivre leur route. Cette organisation horizontale favorise les échanges et renforce le sentiment d'appartenance à une même communauté malgré les distances.
 
Les modes de production reflètent cette volonté d'autonomie. Les groupes privilégient les petits studios indépendants ou les enregistrements à faible coût. Les tirages sont souvent modestes, parfois limités à quelques centaines d'exemplaires. Les cassettes audio deviennent un support privilégié, car elles permettent une reproduction rapide et peu coûteuse. De nombreux albums, EP ou compilations circulent ainsi sous le manteau, vendus lors des concerts, envoyés par correspondance ou distribués dans quelques disquaires spécialisés. L'objectif n'est pas de conquérir les hit-parades mais de toucher un public réceptif à cette culture indépendante.
 
Les labels jouent un rôle déterminant dans ce système. Souvent créés par des passionnés plutôt que par des entrepreneurs, ils servent à documenter une scène en pleine effervescence et à faire circuler des musiques que l'industrie ignore. Certains entretiennent même des liens avec d'autres réseaux européens ou américains, permettant l'importation et l'exportation de disques au sein d'un vaste circuit souterrain. À travers ces connexions se construit progressivement une culture internationale de l'indépendance où un groupe français peut partager les mêmes références et les mêmes pratiques qu'un groupe allemand, britannique ou américain.
 
Musicalement, la diversité est l'une des caractéristiques majeures de cette scène. Le punk demeure son point de départ naturel, mais ses ramifications sont nombreuses. Le hardcore se développe avec son énergie brutale et sa vitesse d'exécution. Le post-punk explore des atmosphères plus sombres et expérimentales. La new wave et la cold wave introduisent les premières influences électroniques et les synthétiseurs. La noise, le rock expérimental et certaines formes avant-gardistes trouvent également leur place dans cet environnement où la prise de risque est valorisée. Loin des catégories rigides, les groupes mélangent souvent les influences et développent des approches très personnelles.
 
Parmi les figures emblématiques de cette période apparaissent des groupes comme Metal Urbain, dont l'utilisation précoce des boîtes à rythmes et des sonorités électroniques ouvre de nouvelles perspectives au punk français. Stinky Toys et Marie et les Garçons participent eux aussi aux prémices de cette culture indépendante. Dans un registre plus radical, Camera Silens devient l'une des formations marquantes de la scène Oi! française. D'autres groupes comme Etron Fou Leloublan repoussent les limites du rock en intégrant des éléments issus de l'improvisation et de l'avant-garde. Quant à Magma, même si son parcours dépasse largement le cadre du DIY punk, son influence sur les musiciens attirés par l'expérimentation reste considérable. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, des groupes comme Diabologum hériteront de cette tradition de liberté artistique en développant des formes hybrides mêlant rock, spoken word et collages sonores.
 
Les concerts constituent le cœur battant de cette culture. Installés dans des squats, des MJC, des centres culturels alternatifs ou de petites salles indépendantes, ils offrent bien plus qu'une simple expérience musicale. Ils deviennent des lieux de rencontre, d'échange et parfois de militantisme. Dans ces espaces, la frontière entre le groupe et le public est souvent mince. Les artistes discutent avec les spectateurs, vendent eux-mêmes leurs disques et participent à l'organisation des événements. Cette proximité contribue à créer un sentiment d'appartenance rarement retrouvé dans les circuits commerciaux.
 
L'univers visuel participe lui aussi à l'identité de la scène. Les affiches, les pochettes de disques, les logos et les illustrations ne sont pas conçus comme de simples outils promotionnels mais comme une extension de la démarche artistique. Les collaborations entre musiciens et artistes graphiques sont fréquentes, renforçant les liens entre différentes disciplines créatives. Cette approche globale contribue à donner au DIY français une identité forte et immédiatement reconnaissable.
 
Au-delà de la musique, cette scène entretient une relation complexe avec les institutions culturelles françaises. Les années 1980 correspondent à une période d'importants investissements publics dans le domaine culturel. Pourtant, de nombreux acteurs du DIY préfèrent rester à distance des structures officielles, considérant que l'indépendance constitue une condition essentielle de leur liberté créative. Cette tension entre culture institutionnelle et culture underground traverse toute la décennie et nourrit des débats sur l'authenticité, la récupération commerciale et le rôle de l'État dans la création artistique.
 
Avec le recul, le rock DIY français des années 1980 apparaît comme bien plus qu'un simple courant musical. Il représente l'émergence d'un modèle alternatif de production culturelle fondé sur l'entraide, l'autonomie et la circulation des savoirs. Dans un contexte où les moyens étaient limités, des centaines de groupes, de labels, de fanzines et de lieux indépendants ont réussi à bâtir un réseau durable qui a profondément marqué l'histoire de la musique française. L'influence de cette période se fait encore sentir aujourd'hui dans les labels indépendants, les collectifs artistiques, les salles autogérées, les festivals alternatifs et l'ensemble des scènes qui continuent à défendre l'idée selon laquelle la création peut exister en dehors des structures dominantes. Plus qu'une mode ou qu'une esthétique, le DIY des années 1980 a légué une manière de penser la musique : libre, collective et profondément indépendante.

 

Mean To Me

Voici le flip side du single de Celia And The Mutations, une compo. originale des Stranglers rien que pour Celia et ses beaux yeux ! 
 

Le single de Splassh

Ici, on pourra télécharger l'unique single des rennais de Splassh sorti en 1984 !


 

Lola

Magnifique face B des Crock, une "Lola" façon The The low-fi et chantée en français. Une idée de reprise pour mes Jean_Marc préférés ! 
 

Spanish Bombs

On revient aujourd’hui sur un morceau rare des Clash : « Spanish Bomb », dans une version non éditée datant de 1979. Une autre façon d’entendre ce groupe qui, à la fin des années 70, ne se contentait pas de faire du punk : les Clash mélangeaient rock, reggae, dub, ska et politique avec une liberté qui allait durablement marquer la musique.
 
« Spanish Bomb » évoque la guerre civile espagnole et les Brigades internationales, avec ce mélange très particulier de mélodie pop et de tension électrique qui caractérise le groupe. Dans cette version non éditée, on retrouve les Clash dans un état plus brut, moins formaté, et c’est précisément ce qui rend l’écoute aussi intéressante : on a l’impression de surprendre le groupe en plein travail, avant que le morceau ne devienne la version que l’on connaît.
 
Et pour nous, cette rareté est aussi une bonne occasion de rappeler que Les Clash font partie de ces groupes que nous avons déjà eu le plaisir de partager plusieurs fois ici. Parce que chez Bouloup, il y a les obscurités improbables, les groupes oubliés et les 45 tours introuvables… mais il y a aussi quelques monstres sacrés. Et franchement, quand il s’agit des Clash, on ne va pas bouder notre plaisir.
 
Un morceau rare, une période essentielle et un groupe qui, plus de quarante ans après, n’a toujours pas fini de faire du bruit.
 

Celia & The Mutations dans le journal

J'ai trouvé cette coupure de presse sur le net. Je l'ai un peu amélioré pour la rendre à peu près lisible ! 


 

Château Hanté

 4e et dernier titre extrait de l'ep des Électrodes sorti en 1983, voici  "Haunted Castle" !
 

Spermicide

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single des belges de Spermicide, sorti en 1980 !


 

Les Crock

En 1986, un drôle de 45 tours apparaît au catalogue du Kiosque d’Orphée : « Patricia » / « Lola », signé Les Crock. À première vue, rien de particulièrement remarquable. Deux chansons, une pochette bricolée, un groupe dont personne ou presque ne semble avoir gardé la trace. Pourtant, le disque mérite qu’on s’y attarde, ne serait-ce que parce qu’il appartient à cette vaste zone grise de la musique française des années 80 où des disques ont été enregistrés sans véritable ambition commerciale, parfois loin des circuits habituels du rock et de la variété.
 
Le mystère commence avec le nom même des Crock. On trouve peu d’informations sur le groupe et encore moins sur ses éventuels musiciens. Une piste particulièrement intéressante apparaît cependant sur un exemplaire du 45 tours : une inscription manuscrite précise qu’il s’agit d’un « disque fait par les jeunes de Henry Yanowitz ». Cette mention, rapportée par un collectionneur, change complètement la perspective. Les Crock ne seraient donc peut-être pas un groupe constitué au sens traditionnel du terme, mais le nom donné à une réalisation collective menée avec des jeunes encadrés par Henry Yanowitz, travailleur social et intervenant dans le domaine éducatif et médico-social.
 
Le parcours de Yanowitz confirme en tout cas qu’il évoluait dans le champ du travail social et de l’éducation spécialisée. Il a notamment participé à des travaux consacrés aux jeunes et aux questions d’éducation, d’insertion et de vie dans les quartiers populaires. Il reste cependant difficile, faute de documents d’époque suffisamment précis, d’identifier exactement la structure dans laquelle le disque aurait été réalisé et de savoir qui étaient les jeunes ayant participé à l’enregistrement. C’est précisément cette part d’incertitude qui contribue aujourd’hui au charme du disque.
 
Musicalement, « Patricia » et « Lola » ne cherchent manifestement pas à rivaliser avec les productions sophistiquées de la pop française de 1986. « Patricia », créditée à Elie Ghnassia, raconte l’attente du retour d’une jeune fille avec une simplicité désarmante. La chanson avance avec ses moyens, sans chercher à masquer ses maladresses. « Lola », composée par Richard Roblin, adopte un ton plus potache et raconte une rencontre avec une « super nana », entre restaurant, déconvenues et apparition finale de Zorro. Deux chansons qui semblent davantage relever de l’expérience collective que d’un véritable projet de carrière.
 
C’est justement là que le rapprochement avec l’outsider music devient intéressant. Le terme désigne généralement des musiques réalisées en marge des circuits professionnels par des artistes qui ne maîtrisent pas nécessairement les codes techniques ou esthétiques de la musique populaire, mais qui développent une expression très personnelle, parfois maladroite, naïve, étrange ou complètement décalée. On pense évidemment à des figures comme Daniel Johnston, The Shaggs ou Wesley Willis, mais l’outsider music ne se résume pas à une liste d’artistes « mauvais » ou inexpérimentés. Ce qui compte, c’est surtout le décalage entre la création et les normes musicales dominantes.
 
Les Crock pourraient ainsi être envisagés comme une forme très française et très particulière d’outsider music. Pas forcément parce que « Patricia » serait une chanson radicalement expérimentale, mais parce que le disque semble avoir été produit en dehors des mécanismes habituels de l'industrie musicale. Il ne s'agit visiblement pas de musiciens cherchant à intégrer une scène rock, à décrocher un contrat ou à construire une discographie. Le disque semble être le résultat d'une activité collective, avec des jeunes, des adultes qui les accompagnent, des chansons, un studio et, au bout du processus, un véritable 45 tours pressé et distribué.
 
C’est ce passage de l’atelier au vinyle qui rend l’objet particulièrement touchant. Dans les années 80, enregistrer un disque n’était pas une opération anodine. Il fallait enregistrer les morceaux, réaliser une pochette, presser le vinyle et lui donner une référence. « Patricia » / « Lola » témoigne donc d’une volonté de donner une existence physique à cette expérience musicale. Le disque n’est peut-être pas un grand disque de rock français oublié. Il est peut-être quelque chose de plus intéressant : la trace d’un moment où des jeunes ont eu la possibilité de fabriquer collectivement un objet culturel et de le voir exister réellement dans les bacs.
 
Le choix du nom Les Crock, les paroles, l’interprétation, le côté bricolé de l’ensemble et cette mystérieuse inscription sur la pochette ou sur le disque donnent aujourd’hui au 45 tours une dimension presque documentaire. Il appartient à ces productions que les histoires officielles de la musique ignorent généralement parce qu’elles ne correspondent ni aux critères de réussite commerciale ni aux catégories musicales habituelles.
 
C’est aussi pour cela que l’outsider music constitue une bonne manière de l’aborder, à condition de ne pas lui coller l’étiquette trop vite. Les Crock ne sont pas nécessairement des « outsiders » au sens où l’entendent les amateurs américains du genre. Ils sont plutôt les témoins d’une pratique musicale périphérique, réalisée avec d’autres objectifs que ceux d’un groupe professionnel. Leur musique est peut-être moins importante que le fait même qu’elle ait été enregistrée et pressée.
 
Aujourd’hui, « Patricia » / « Lola » est donc l’un de ces petits objets qui rendent la recherche sur la musique française des années 80 aussi passionnante. Deux chansons, un nom presque introuvable, quelques crédits, un mystérieux Henry Yanowitz et un 45 tours Kiosque d’Orphée qui semble avoir échappé à tout le monde. On aimerait évidemment en savoir davantage : qui étaient ces jeunes, où le disque a-t-il été enregistré, dans quel cadre, comment les chansons ont-elles été choisies et combien d’exemplaires ont-ils été pressés ? Tant que les archives n’auront pas parlé, Les Crock resteront un mystère. Mais un mystère qui tient dans un petit 45 tours et qui, près de quarante ans plus tard, continue de jouer.
 

Reflexion In A Cold Eye

 Voici un 3e extrait de l'ep des Électrodes : "Black Flag (No Flag)" sorti en 1983 !
 

Les Électrodes dans Spliff n°7 (Octobre 1983)


Celia And The Mutations

Ça fait longtemps que je voulais rendre hommage aux Stranglers sur Bouloup. Parce que le groupe est une référence pour beaucoup de bouloupiens, et qu’il serait assez difficile de parler de rock français des années 80 sans reconnaître l’ombre immense portée par les quatre de Guildford. Alors, plutôt que de revenir une énième fois sur leur discographie officielle, autant passer par une petite porte dérobée : Celia & The Mutations et leur improbable reprise de « Mony Mony », sortie en 1977.
 
À première vue, rien ne semble relier cette Celia, chanteuse de cabaret à l’allure plutôt sage, aux Stranglers. Et pourtant. Celia Gollin avait notamment chanté dans des restaurants de Chelsea, avec un répertoire qui pouvait aller de Marlene Dietrich aux Kinks en passant par le Velvet Underground. Elle avait également travaillé avec Brian Eno sur « 1, 2, 1-2-3-4 », une pièce de Gavin Bryars publiée en 1975 sur le label Obscure d’Eno. Un parcours plutôt éloigné des punks qui commençaient alors à retourner Londres.
 
C’est Dai Davies, le manager des Stranglers, qui aurait repéré Celia et imaginé cette association pour le moins improbable. Le principe était simple : confronter sa voix très anglaise, presque distinguée, à un groupe capable de transformer n’importe quelle chanson en quelque chose de nettement plus malsain. Pour l’occasion, les Stranglers deviennent donc les Mutations.
 
Et derrière Celia & The Mutations se cachent bien Hugh Cornwell à la guitare, Jean-Jacques Burnel à la basse, Dave Greenfield aux claviers et Jet Black à la batterie. Autrement dit, les Stranglers au complet. Le disque sort chez United Artists en juin 1977, avec « Mony Mony » en face A et « Mean To Me » en face B, ce dernier étant une composition des Stranglers.
 
Le choix de « Mony Mony » est déjà une drôle d’idée. Le morceau de Tommy James & the Shondells avait été un énorme tube en 1968, pur produit de la pop américaine. Dix ans plus tard, Celia et les Mutations le passent à la moulinette du Londres punk. La chanson conserve son squelette pop, mais les guitares, la basse et surtout l’attitude du groupe lui donnent une toute autre gueule. Le contraste entre Celia et les quatre Stranglers constitue finalement tout l’intérêt du projet.
 
Le disque ne connaît évidemment pas le succès commercial espéré et ne rentre pas dans les charts. Mais l’opération amuse suffisamment pour que le projet connaisse une suite. En octobre 1977 paraît un second 45 tours, « You Better Believe Me / Round & Around », cette fois sous le nom de Celia & The Fabulous Mutations. La distribution des rôles est alors différente, avec notamment Jean-Jacques Burnel, Wilko Johnson et Terry Williams.
 
« Mony Mony » reste néanmoins le témoignage le plus intéressant de cette aventure. Parce qu’il capture les Stranglers au tout début de leur histoire, à un moment où ils aiment encore brouiller les pistes, multiplier les pseudonymes et jouer avec les conventions du rock. On retrouvera d’ailleurs cette propension à l’ironie et au détournement tout au long de leur parcours.
 
Le plus amusant est que le secret n’en était finalement pas vraiment un. La presse de l’époque avait rapidement compris que les Mutations étaient les Stranglers et, bien plus tard, Jean-Jacques Burnel confirma lui-même l’existence de ce faux nez. La pochette contribuait d’ailleurs à semer quelques indices, notamment avec la silhouette des quatre Stranglers au verso.
 
Ce petit 45 tours est donc moins une curiosité anecdotique qu’un instantané de ce que représentaient les Stranglers en 1977 : un groupe qui pouvait être punk sans vraiment l’être, pop sans jamais être sage, expérimental sans abandonner le goût des chansons, et surtout suffisamment joueur pour enregistrer un tube de 1968 sous le nom de Celia & The Mutations.
 
Pour les bouloupiens, « Mony Mony » est aussi une jolie façon de revenir aux sources. Car si Bouloup s’intéresse depuis des années aux groupes français obscurs, aux 45 tours improbables et aux disques qui ont parfois échappé à tout classement, les Stranglers font partie de ces références qui sont toujours là, en arrière-plan. Leur influence sur une certaine scène française des années 80 est difficile à mesurer mais impossible à ignorer.
 
Alors oui, ça faisait longtemps que je voulais rendre hommage aux Stranglers. Et quoi de mieux qu’un disque presque clandestin, sorti en 1977 sous un nom qui ne dit rien à personne, pour commencer ? Celia & The Mutations : les Stranglers, mais avec une chanteuse de cabaret et un tube de Tommy James. Une anomalie discographique comme Bouloup les aime.

 

Fait ceci, fait cela

2e extrait de l'ep des Électrodes sorti en 1983, voici "Do This, Do That".
 

Dazibao (encore)

J'ai tellement aimé le second album de Dazibao (que je ne connaissais pas pour être tout à fait franc). Que je me suis dit... Allez, pourquoi ne pas continuer l'expérience en s'attaquant à leur tout premier long sorti en 1986. Egalement, une franche réussite.
 

Les Électrodes dans Crisantem N°2 (1984)

Mère Albion

 Voici l'autre face du single d'Echo Prism sorti en 1985, soit "Mère Albion".
 

Le single de Quadrascope

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single de Quadrascope sorti en 1983.

Les Électrodes dans Fever n°2 (Décembre 1983)

Les Électrodes

En 1983, alors que le punk français commence déjà à regarder ailleurs, Les Électrodes continuent de jouer une musique qui doit beaucoup à 1977. Pas par nostalgie, mais parce que c’est là que le groupe s’est construit. Formé à Paris au début des années 1980 après un premier passage sous le nom des Pisseux, Les Electrodes réunissent notamment Romain Decoret au chant et Jean-Paul Corea à la guitare, deux musiciens qui se connaissent depuis 1977 et qui avaient déjà bricolé ensemble une formation très influencée par le Velvet Underground. Romain a également vécu à Londres et y a vu Iggy Pop sur scène, expérience qui contribuera à ancrer le groupe dans une culture rock très largement anglo-saxonne.
 
Les Électrodes ne tardent pas à se faire remarquer. En décembre 1980, le groupe remporte le tremplin du Golf Drouot, puis traverse la Manche en mars 1981 pour jouer à Richmond. Le Gibus, le Rex, Montmartre et différents lieux de la scène parisienne font ensuite partie de leur terrain de jeu. Cette implantation dans le réseau punk français ne les empêche pas de garder un œil tourné vers l’Angleterre, qu’ils considèrent comme une référence bien plus stimulante que le rock hexagonal.
 
Une interview publiée dans le numéro 7 de Spliff, en octobre 1983, permet justement de saisir Les Électrodes à un moment où le groupe est encore pleinement en activité. Romain et Jean-Paul y parlent de leur parcours, de leurs influences, de l’underground français et de leur envie de jouer en province. Ils se montrent particulièrement sévères avec une partie du rock français, qu’ils accusent de manquer d’ambition et de chercher davantage la reconnaissance des médias que le renouvellement musical. Leur discours est assez éloigné du folklore punk : ils parlent musique, public, concerts, labels et même de la possibilité d’un futur 33 tours. L’interview montre surtout un groupe qui ne se considère pas comme arrivé au bout de son histoire.
 
Le choix de l’anglais est également assumé. Romain explique dans Spliff qu’il aime cette langue et qu’il l’utilise naturellement, notamment parce que le groupe souhaite continuer à jouer en Angleterre. Les Électrodes ne cherchent donc pas à singer artificiellement les groupes britanniques : leur rapport à l’Angleterre est ancien, concret et lié à leur propre parcours. Leur musique puise autant dans le punk que dans le Velvet Underground et dans le rock des années précédentes.
 
Cette année 1983 est surtout celle de leur premier véritable disque, un 45 tours quatre titres publié par Panic Productions sous le titre No Flag. On y trouve « Black Flag (No Flag) », « Do This Do That », « Reflexion In A Cold Eye » et « Haunted Castle », quatre compositions signées Romain Decoret et Jean-Paul Corea.
Le disque mérite d’ailleurs mieux que son statut de curiosité du punk français. Lorsqu’il est chroniqué dans Maximum Rocknroll au début de 1984, Jeff Bale considère Les Electrodes comme l’un des groupes français incarnant véritablement l’esprit du punk de 1977. Il relève leurs guitares mélodiques et leurs chœurs particulièrement travaillés, loin du hardcore qui domine alors une partie de la scène. « Black Flag (No Flag) » est retenu comme le morceau le plus efficace du disque, tandis que « Reflexion In A Cold Eye », plus lent et enrichi d’une guitare acoustique, se distingue par une autre facette du groupe.
 
Le titre du EP pourrait laisser croire à une provocation de plus autour du drapeau noir. Pourtant, la musique des Électrodes est moins radicale dans la forme que beaucoup de productions punk de la même période. Elle conserve une énergie directe, mais laisse de la place aux mélodies, aux harmonies vocales et à des arrangements qui rappellent que le groupe ne vient pas seulement du punk mais de tout ce qui l’a précédé. C’est probablement ce qui rend aujourd’hui No Flag aussi intéressant : il ne cherche pas à reproduire mécaniquement le son de 1977, il en conserve certains principes tout en les faisant passer dans le début des années 1980.
 
Les Électrodes apparaissent également sur plusieurs compilations de la scène alternative française. « Action Destruction » figure notamment sur Collection Privée, compilation publiée par Poison Noir aux côtés des Stillers, des Coronados et de Diskolokaust, tandis que « I Wanna Be A Jerk » est retenu sur la cassette 30 tubes pour l’été 81-83 éditée par Marsu. Le groupe continue parallèlement à multiplier les concerts, avec notamment un passage aux Transes Musicales de Strasbourg en novembre 1983.
L’histoire des Électrodes ne s’arrête d’ailleurs pas immédiatement à la sortie du EP. Les archives montrent encore des concerts en 1984, même si les problèmes internes finissent par avoir raison du groupe. La chronologie est parfois confuse dans les sources rétrospectives, certaines présentant No Flag comme un disque paru alors que le groupe avait déjà disparu. L’interview de Spliff permet au contraire de constater qu’en octobre 1983, Romain et Jean-Paul parlent encore de l’avenir des Electrodes, de concerts à venir et même d’un éventuel album.
 
La suite est presque aussi intéressante que le groupe lui-même. Les musiciens vont se retrouver dans différentes formations de la scène alternative française. Roland « Chamallow » Chamarat, qui a tenu la basse chez Les Électrodes, passera notamment par les Porte-Mentaux puis Parabellum. Jean-Paul Corea, Martial MacAuley et Gangster se retrouveront également dans l’entourage de Gogol Premier.
 
Les Électrodes n’ont finalement laissé qu’un petit nombre de traces discographiques, mais leur EP No Flag suffit à les replacer dans l’histoire du punk français. Le groupe appartient à cette génération de formations parisiennes qui ont fait le lien entre la première explosion punk et la scène alternative qui allait se développer tout au long des années 1980. Une génération qui n’avait pas forcément besoin d’un drapeau pour se reconnaître, mais certainement d’une guitare, d’un ampli et de quelques bonnes raisons de ne pas faire comme tout le monde.
 

Factory Sweet

 Encore une petite douceur extraite de "l'usine" des David Vincent sorti en 1990.
 

Echo Prism, un remix inédit

Sans doute publié par un membre du groupe, voici une chanson inédite datant de 1987 et qui semble avoir été remixée en 2015. Le son est vraiment bien ! 
 

Echo Prism

À Metz, au début des années 80, Echo Prism se forme autour de Christophe Noiré, alias Boobie, à la basse, de son frère Jean-Étienne à la batterie et d’un guitariste surnommé Fredo. Christophe n’a alors que 16 ans. Les premières répétitions ont lieu chez ses parents, dans une chambre, avant que le groupe ne rencontre Christophe Michels, guitariste, et Augustin Sorigue, qui va prendre les claviers. Tous deux sont apprentis à la SNCF, aux ateliers de Montigny-lès-Metz.
 
La formation se stabilise progressivement autour de Christophe Michels, Christophe Noiré, Augustin Sorigue et Christophe Mathieu à la batterie. Avant l’arrivée de ce dernier, Echo Prism utilise une boîte à rythmes Roland TR-606. Les répétitions se déplacent dans l’appartement d’Augustin, à Montigny-lès-Metz, où les musiciens bricolent une insonorisation à base de cartons d’œufs, puis dans une cave aménagée au centre de Metz. L’époque est au système D, mais aussi à la découverte de nouveaux instruments et de nouvelles sonorités. Les claviers et les machines occupent une place importante dans le dispositif, au même titre que les guitares. The Cure et The Sound comptent parmi les références du groupe, auquel on associera également les noms de Joy Division ou Fischer-Z.
 
Echo Prism évolue dans une scène messine et lorraine qui compte alors plusieurs formations intéressantes. Le groupe côtoie notamment Factory Gate, Salomé ou Nihil Void, tandis que Nancy constitue un autre point de repère important pour les musiciens de la région. Echo Prism joue dans différents lieux de Metz et de ses environs, notamment aux Trinitaires, à la salle Braun, au centre Marc Sangnier ou au Club 33. Le groupe participe également à des tremplins rock à Tours, Nancy et Avignon et effectue une tournée dans le sud de la France durant l’été 1984.
 
Le 23 mars 1985, Echo Prism se retrouve même à l’affiche avec les Anglais de The Lotus Eaters, à la Foire Expo de Grigy, à Metz. Le souvenir de cette soirée semble être resté particulièrement vif chez les musiciens. Ils se rappellent notamment avoir pu utiliser certains instruments du groupe anglais et, avec un peu plus d’amusement, avoir battu les Lotus Eaters au football en salle. Echo Prism aurait également dû assurer la première partie des Rita Mitsouko à la Pépinière de Nancy, mais un engagement de sonorisation à Metz l’oblige finalement à renoncer.
 
C’est également en 1985 que sort le seul véritable disque du groupe, un 45 tours deux titres enregistré au studio Lafayette à Nancy. « Jade Flower » et « Mère Albion » sont conçus comme deux morceaux assez différents, l’un plus rapide, l’autre plus posé. Le disque est autoproduit et porte la référence EP 7285. Un saxophoniste, Cyrille, participe à l’enregistrement. Les deux titres condensent assez bien les préoccupations du groupe à ce moment-là : guitares post-punk, claviers, rythmiques électroniques et une certaine froideur qui permet aujourd’hui de rattacher naturellement Echo Prism à la new wave et à la cold wave française.
 
Le disque ne reste évidemment pas sans lendemain, même si Echo Prism ne connaît jamais la carrière discographique qu’auraient pu laisser espérer ces premières années. Le groupe bénéficie d’un passage sur FR3 Lorraine en 1985 et apparaît également dans le classement « Autos et Indés » de Best. Christophe Noiré se souvient avec amusement de son passage à la télévision : cette apparition lui aurait même permis de gagner quelques points lors de l’épreuve orale du bac français, l’examinateur l’ayant reconnu et lui ayant laissé choisir son sujet.
 
Après le 45 tours, Echo Prism continue pourtant à jouer. En 1986, l’arrivée de Didier Gessert, surnommé Zouzou, apporte une nouvelle couleur au groupe. Ses influences sont davantage tournées vers le versant gothique de la scène britannique, avec les Sisters of Mercy, Bauhaus ou Fields of the Nephilim. Le son d’Echo Prism évolue progressivement dans cette direction. Le groupe poursuit son activité jusqu’en 1988 avant de disparaître.
 
Quelques autres titres sont parfois associés au nom d’Echo Prism, notamment « Red Rain », « Le Chien Andalou », « Étoile d’un soir » et « Complicité Silencieuse ». Ils ne doivent toutefois pas être confondus avec des morceaux enregistrés pour le 45 tours de 1985. Il s’agit d’enregistrements réalisés plus tard, dans un contexte différent, notamment lorsque Christophe Michels installe un petit studio chez lui et commence à enregistrer lui-même.
 
Avec le recul, Echo Prism appartient à cette longue liste de groupes français qui ont vécu quelques années au milieu des bouleversements musicaux du début des années 80, enregistré un disque et disparu avant d’avoir véritablement eu le temps de développer leur discographie. Leur 45 tours est devenu au fil des années une pièce recherchée par les amateurs de new wave, de post-punk et de cold wave françaises, moins pour une quelconque légende que pour sa rareté et pour les deux morceaux qu’il contient.
 
L’histoire d’Echo Prism est surtout celle d’un groupe de jeunes musiciens messins qui ont fait avec les moyens disponibles, entre boîtes à rythmes, synthétiseurs, caves aménagées et concerts dans les salles de la région. Leur passage aux côtés des Lotus Eaters, leur apparition dans Best ou sur FR3 sont autant de petits signes qui montrent qu’ils avaient réussi à dépasser le cadre strictement local. Mais comme beaucoup de formations de cette époque, Echo Prism est resté en marge des circuits discographiques traditionnels. Un seul 45 tours, deux titres, quelques années d’existence et beaucoup de souvenirs : il n’en fallait finalement pas davantage pour que « Jade Flower » et « Mère Albion » retrouvent, des décennies plus tard, une place dans les collections consacrées aux obscurs trésors de la scène française des années 80.

Une Fille Étrange

Voici l'autre face du single des Amants De Lune sorti en 1986 !
 

Week-end's Zaz

Voici, l'autre face du single des Magistrats De Syracuse, soit "Week-end's Zaz". A l'écoute, difficile de dire qu'elle est la thématique de cette chanson à la rythmique ska !
 

Mr Webster

Nouvel extrait de l'album des Bonaparte's sorti en 1986, voici le très new-wave "Mr Webster". 
 

Le 2e album de Dazibao

Ici, on pourra télécharger en Mp2 le 2e album de Dazibao "Les Musiques De La Honte" sorti en 1987.

Go Home

 Nouvelle sélection extraite du long des Privés sorti chez Closer en 1987 !