Putsch

Au début des années 80, Zurich voit éclore une poignée de groupes qui s’emparent du langage punk pour l’emmener ailleurs, vers une new wave tendue, parfois dansante, souvent sombre. Parmi eux, Putsch reste aujourd’hui un nom presque effacé, à peine conservé dans quelques discographies spécialisées et dans les bacs de collectionneurs suisses. Leur trace la plus tangible est un maxi publié en 1982 sur le petit label zurichois R.F. Records : Kein Traum

À l’époque de l’enregistrement, Putsch réunit Stefan Müller Laurens au chant, Roger Müller Dupont à la basse, Christian Vieli à la guitare et Stephan Keller à la batterie. Le disque est capté au Sunrise Studio de Kilchberg, un lieu clé de la production rock suisse du moment, sous la houlette de Röbel Vogel et Rudolph Dietrich. La musique de Putsch y apparaît déjà éloignée du punk brut des débuts : la basse avance avec une souplesse presque funk, la guitare découpe des motifs secs et anguleux, et la voix déclame plus qu’elle ne crie, dans un allemand nerveux et scandé. « Knall » frappe d’emblée par son tempo raide et ses ruptures, tandis que « Gut so » installe une tension plus froide, quasi mécanique, qui évoque cette new wave européenne encore imprégnée d’urgence politique.

Car Putsch appartient à cette première génération post-punk zurichoise née dans le sillage de l’explosion punk locale, aux côtés de formations comme Nasal Boys ou Blue China, dont certains membres croisent leur route. Leur premier 45 tours, paru en 1981, portait déjà des titres sans ambiguïté — « Betrogen », « Der Putsch », « Werbewirksam » — et affirmait un ton engagé. Mais en deux ans à peine, le groupe se transforme, change partiellement de personnel et affine un son plus construit, presque dansant par moments, qui culmine sur Kein Traum. Le disque donne l’impression d’un groupe en transition : encore arrimé à l’énergie punk, mais attiré par une écriture plus stylisée et par les textures de la new wave continentale.

Après un autre maxi en 1983, Geniess Es Nicht, Putsch disparaît sans laisser beaucoup d’archives. Cette brièveté explique sans doute leur statut actuel : celui d’un nom périphérique, rarement cité hors de Suisse, mais révélateur d’une scène zurichoise étonnamment riche au tournant des années 80. Écoutés aujourd’hui, « Knall » et « Gut so » gardent quelque chose de cette époque précise où le punk cessait d’être un genre pour devenir un vocabulaire, que chacun réinventait à sa façon — même dans les studios discrets d’une banlieue de Zurich, sur un label presque fantôme.