Secret Life

Au milieu des années 80, la Belgique regorge encore de groupes qui naviguent dans le sillage de la new wave et du post-punk, loin des circuits commerciaux et des radars médiatiques. Secret Life fait partie de cette zone grise particulièrement fertile où se croisent tension froide, urgence rythmique et goût prononcé pour les atmosphères nocturnes. Basé à Anvers et actif de 1981 à 1988, le groupe traverse presque toute la décennie dans une relative confidentialité, laissant derrière lui une discographie minimale qui contribue aujourd’hui à son statut culte auprès des amateurs de cold wave belge.

Le noyau initial se forme autour de Michel Ceyssens à la guitare, Felix Huybrechts, d’abord guitariste et chanteur avant de passer à la basse, et Solange Coussement, qui assure la basse dans un premier temps avant de rejoindre la batterie à partir de 1983. Cette mobilité instrumentale, assez typique des formations underground de l’époque, accompagne une histoire de groupe marquée par de nombreux changements de line-up. Tony op de Weer passe brièvement à la batterie en 1982, tandis que plusieurs claviéristes se succèdent au fil des années, parmi lesquels Garsett Larosse, Bruno Wijnants et Koen Cardinaels. Côté chant, Liz Vereycken apparaît au milieu des années 80 avant d’être remplacée par Carmen Sels dans la dernière période du groupe. Jan Bomberen rejoint également la formation à la guitare sur les dernières années.

La trace discographique la plus tangible de Secret Life reste un unique 45 tours, un double face A généralement référencé sous le titre Searching / Aggression, sorti vers 1984 ou 1985 selon les sources. Deux morceaux qui condensent assez bien l’esthétique du groupe : d’un côté une new wave tendue et mélodique, bâtie sur une basse métronomique, des claviers froids et des guitares nerveuses ; de l’autre, une face plus rugueuse et urgente, fidèle à son titre. Comme souvent avec ce type de productions autoproduites ou diffusées à très petite échelle, les informations restent fragmentaires et les exemplaires du disque relativement peu visibles.

Si Secret Life n’a jamais dépassé le cercle restreint de la scène alternative belge, le groupe semble avoir maintenu une activité sur plusieurs années, ce qui laisse supposer un répertoire plus large que ne le suggère sa seule sortie officielle. Cette impression est confirmée par la publication tardive de la compilation Nineteen Eighty Four, qui rassemble des enregistrements réalisés en 1984 et permet d’élargir un peu la perspective sur le groupe. On y retrouve cette signature sonore typiquement belge : boîtes à rythmes sèches, basse omniprésente, voix distantes et mélancolie urbaine.

Secret Life appartient à cette génération de groupes européens qui ont davantage existé dans les salles locales, les répétitions et les micro-réseaux indépendants que dans les bacs des disquaires. Une trajectoire discrète, presque effacée, mais suffisamment singulière pour que quelques morceaux et un 45 tours suffisent encore, plusieurs décennies plus tard, à susciter la curiosité des collectionneurs et des archéologues de la new wave.