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Le retour des Tokow Boys

On avait déjà évoqué Tokow Boys (et Rachel Rachel, leur chanteuse) dans Bouloup, un peu en filigrane, comme une silhouette qui passe derrière le décor des “jeunes gens modernes”. Et puis il y a des morceaux qui méritent qu’on s’y attarde pour de bon, ne serait-ce que pour comprendre comment une poignée de titres ont réussi à capter quelque chose de très précis de leur époque sans jamais vraiment exister dans le paysage officiel. “Elle Hôtesse” fait clairement partie de ceux-là.

Sorti en 1980, le morceau déboule avec cette espèce d’assurance fragile propre aux débuts de la new wave française, encore en train de chercher sa langue. Ce qui frappe immédiatement, c’est cette voix perchée, presque désincarnée, de Rachel Ortas, qui flotte au-dessus d’un groove minimaliste, un peu bancal, mais jamais maladroit. Derrière, ça tricote sec entre les claviers et une rythmique sèche, pendant que le sax vient poser une couleur à la fois élégante et légèrement incongrue, comme souvent dans cette période où tout le monde semblait redécouvrir l’instrument sous l’influence croisée du punk et du jazz mutant.

Le groupe s’est formé à Paris à la toute fin des années 70, dans ce moment charnière où l’énergie punk commence déjà à se dissoudre dans quelque chose de plus froid, de plus conceptuel, mais pas encore totalement synthétique. Chez Tokow Boys, il y a ce goût pour une esthétique un peu déplacée, presque exotique, qui passe autant par le nom que par certaines textures sonores. Le morceau a été enregistré à Londres avec David Cunningham, ce qui n’est pas anodin : on retrouve dans “Elle Hôtesse” ce sens du vide, du rythme étiré et du détail absurde qu’on pouvait entendre chez les The Flying Lizards. C’est une musique qui avance en décalage, qui ne cherche jamais vraiment à séduire, mais qui finit par accrocher sans prévenir.

À l’époque, le titre circule, notamment sur les radios pirates, sans jamais franchir le cap du succès visible. Trop étrange, trop raide, ou simplement mal distribué, comme beaucoup de choses sorties chez Virgin Records à ce moment-là en France. C’est le genre de disque qu’on imagine très bien passer tard le soir, entre deux imports anglais, pour une poignée d’auditeurs qui avaient déjà un pied ailleurs.

Avec le recul, “Elle Hôtesse” apparaît presque comme un point d’équilibre entre plusieurs mondes qui cohabitent brièvement avant de se séparer. Il y a encore un peu du chaos du punk, déjà une forme de sophistication pop, et surtout cette manière très française de rendre le détachement presque théâtral. Rien n’est appuyé, tout semble tenu à distance, et c’est précisément ce qui donne au morceau sa tenue.

La suite est connue, ou en tout cas plus visible : après la fin du groupe au début des années 80, Rachel Ortas et Éric Tabuchi bifurquent vers Luna Parker, avec à la clé un tube massif quelques années plus tard, “Tes états d’âme… Éric”. Difficile de faire un grand écart plus spectaculaire. Et pourtant, en revenant à “Elle Hôtesse”, on entend déjà quelque chose de cette écriture précise, de ce goût pour les lignes claires, simplement plongés ici dans un environnement beaucoup plus anguleux.

C’est sans doute pour ça que le morceau tient aussi bien aujourd’hui. Il ne cherche pas à être emblématique, il ne coche aucune case évidente, et il reste coincé dans une zone intermédiaire assez rare. Un disque qui n’a pas vraiment trouvé sa place au moment de sa sortie, mais qui, justement pour cette raison, continue de réapparaître régulièrement, comme un rappel discret que la scène française du début des années 80 ne se résume pas à ses figures les plus visibles.

Les textes de Stalag

Le camarade Thierry Tuborg a publié quelques textes de Stalag sur son profil FB. Je me permet donc de les reproduire ici-même... 

Cas social                                                        

Je suis un cas social
Je ne suis pas normal
Et le gouvernement
se pose des questions
Ils m’ont mis à l’usine
J’y ai foutu le feu
Ils m’ont mis à l’asile
Car j’étais pas comme eux
Je mens, je mens, je mens, je mens
Je t’emmerde
Je vends, je vends, je vends, je vends
Mon déshonneur
Je m’aime, je m’aime, je m’aime, je m’aime
Je m’emmerde
Je m’exhibe, je m’exhibe, je m’exhibe, je m’exhibe en disant
Une passion, je cherche une passion
Une fonction, je cherche une fonction
Une intuition
Je veux plus étudier
J’aime pas les leçons
Je veux plus travailler
Ca donne des boutons
Psychothérapie
Et primes alimentaires
Payées par les impôts
De mon putain de père
J’apprends à être adulte
J’apprends je me disculpe
Je rends les draps humides
J’apprends, je suis utile
je m’exhibe


Les fusils

On sait on n’est pas très malins, on nous l’a assez dit
Vous vous foutez de ce qu’on dit, ça on le sait aussi
On n’est pas très sélect, on vit dans des taudis
Vous vous foutez de ce qu’on vit
On sait on n’est pas très instruits, on n’est pas très polis
On n’a jamais su se servir de l’hypocrisie
On n’a pas l’intellect, on vit pas, on s’ennuie
Vous vous foutez de nos envies
Mais nous on sait de quoi on parle
Même si on s’exprime mal
Vous vous foutez de ce qu’on dit
Vous attendez qu’on prenne les fusils
Alors tant pis, vous allez payer de votre vie
On n’est pas venu pour se plaindre ou pour vous implorer
On est venu pour se venger et pour vous insulter
On va vous expliquer, touchez-nous si vous l’osez
Vous verrez, on est maudits
Mais nous on sait de quoi on parle
Même si on s’exprime mal
Vous vous foutez de ce qu’on dit
Vous attendez qu’on prenne les fusils
Alors tant pis, vous allez payer de votre vie
Mais nous on sait de quoi on parle
Même si on s’exprime mal
Vous vous foutez de ce qu’on dit
Vous attendez qu’on prenne les fusils
Alors tant pis, vous allez payer de votre vie


Dernier cri
 

Tous ces petits génies qui habitent Paris
Usent de la méthode pour vous vendre leur mode
Ca fait de la nouvelle vague, ça m’a tout l’air d’une blague
Sans le moindre complexe, ça retourne sa veste
Et ils vous font marcher, et ça vous fait bander
Si ça vous arrive de Paris, c’est sûrement du dernier cri
C’est le rock romantique, c’est le rock Prisunic
Les grands coups d’étiquettes sans trop se compromettre
Interviewes dans la presse et la province achète
Ils vous ont convaincus ouais ils vous ont bien eus
Personne n’a rien compris, dans ce foutu pays
Si ça vous arrive de Paris, c’est sûrement du dernier cri
Allez tricote !
Hein…. Hein-hein aaah…
Pesonne n’a rien compris dans ce foutu pays
Si ça vous arrive de Paris, c’est sûrement du dernier cri
Si ça vous arrive de Paris, c’est sûrement du dernier cri
Na na na na, na na na na…
Beuah !…


Coupables

Toute une existence armés de patience
Vivre dans l’attente d’une fin décente
Faut s’occuper, savoir se changer les idées
Quel bel avenir nous est-il réservé ?
A quand le feu vert, qu’avez-vous décidé ?
Nous sommes trois millions, on a des doutes et nous vous jugeons
C’est de votre faute, vous êtes coupables responsables
C’est pas de la nôtre, irréprochables, irresponsables
Faut pas s’étonner du manque de progrès
Vous vous chargerez de nous décourager
On peut plus construire, alors on va tout, tout détruire
C’est de votre faute, vous êtes coupables responsables
C’est pas de la nôtre, irréprochables, irresponsables
La loi de la jungle, de l’indifférence
On était patients, mais on n’a plus confiance
Nous sommes cinq millions, on a des doutes et nous vous jugeons
C’est de votre faute, vous êtes coupables responsables
C’est pas de la nôtre, irréprochables, irresponsables


Les quatre vérité

Jamais rien n’a réussi à me faire de la peine
Sûrement pas maintenant que ça va commencer
J’en ai rien à foutre de tes états d’âmes
C’est pas de ma faute si t’aimes les drames
Désolé sweet sixteen j’suis pas sentimental
Tu es trop romantique, attention c’est fatal
Tu veux que je sois franc, entre nous c’est risqué
C’est pas toujours marrant, ses quatre vérités
Arrête ton cinéma, tu deviens ridicule
Tu n’as aucun droit, mais tu me manipules
Désolé sweet sixteen j’suis pas sentimental
Tu es trop romantique, attention c’est fatal
Garde tes problèmes, j’ai bien assez des miens
Pose pas de questions, j’ai rien à répondre
Ton air effarouché commence à m’agacer
Allez n’insiste pas, ça vaut mieux pour toi
Désolé sweet sixteen j’suis pas sentimental
Tu es trop romantique, attention c’est fatal
‘tention c’est fatal
‘tention c’est fatal
Tu n’es vraiment pas originale


Marche ou Crève

Aucune raison de rester sur terre
Juste l’intuition qu’il n’y a rien à faire
Gaspiller sa confiance, subir chaque présence
Refuser toute concession
Plus aucun motif pour parler de soi
Tout juste fautif de sa propre foi
Se traîner dans la boue et finir chez les fous
Esclave de tous ses fantasmes
Faut-il marcher ou bien crever
Tout abandonner, ou bien tout casser, ou se faire bouffer
Plus qu’un seul espoir, celui de la vengeance
Sans savoir pourquoi, vivre dans la méfiance
Quand je sors j’aperçois mon cadavre déjà froid
Gisant sur le bitume
Comprends si tu peux, dis ce que tu veux
J’ai rien à te vendre, rien à attendre
Me traîner dans la boue et finir chez les fous
Esclave de tous mes fantasmes
Faut-il marcher ou bien crever
Crevez aaaah, aaaah crevez aaah, aaah crevez aaah…


Je suis chez moi


Qu’est-ce que tu viens foutre à cet endroit j’y suis chez moi
Il n’y aura pas de place pour toi j’y suis déjà
Je suis chez moi
Dix-huit ans que je t’attends, tu arrives trop tard
Trop souvent chacun pour soi, maintenant c’est trop tard
Je suis chez moi, tu vois
Tu vois je suis chez moi, tu n’as aucun droit
Allez vas-y dis que tu ne comprends pas
Tu vois je suis chez moi tu n’as aucun droit
Regarde bien ce que l’on a fait de moi
Je ne vois pas pourquoi je me mettrais à ta place
Ta place est trop loin pour moi, je ne vis que pour moi
Que pour moi
Je n’ai rien à demander, tu n’as rien à donner
Je vais pas faire visiter, c’est trop compliqué
Je suis chez moi, tu vois
Tu vois je suis chez moi, tu n’as aucun droit
Allez vas-y dis que tu ne comprends pas
Tu vois je suis chez moi tu n’as aucun droit
Allez vas-y dis que tu ne comprends pas
Regarde bien ce que tu as fait de moi
Regarde bien ce que tu as fait de moi


Fred

Fred avance d’un pas malhabile
Dans les impasses de cette ville
Aucune ne mène quelque part
Pas une ne sortira du noir
Toutes les nuits la même envie
Alors que les gens sont endormis
Mais chercher qui, chercher quoi ?
À présent Fred attend sa proie
On peut pas dire qu’il soit en vie
Ça doit suffire car il survit
On peut pas dire qu’il soit normal
Il peut plus dormir, c’est sûrement pas grave
Fred sombre dans l’indifférence
Fred fait sa vie dans l’inconscience
Il n’a plus rien à vous dire
À quoi bon se rendre utile
On dit qu’il changera
Qu’il est jeune il comprendra
Difficile de se rendre compte
Quand on marche à côté de ses pompes
On peut pas dire qu’il soit en vie
Ça doit suffire car il survit
On peut pas dire qu’il soit normal
Il peut plus dormir, c’est sûrement pas grave
Pas grave... Pas grave... Pas grave...
Sûrement pas grave...


Secrets

On t’a fait croire à des conneries
On a voulu te faire envie
On s’est débarrassé de toi
Mais les mensonges tu les as là
Mais les mensonges, toi, tu peux pas savoir ce que c’est
Toi tu arrives, toi, tu sais pas qu’ça peut exister
On t’a fait dire des conneries
On t’a fait dire que t’avais compris
Ils n’ont même pas remarqué
Que t’ étais en train de pleurer
Oui mais pleurer, toi, tu peux pas savoir ce que c’est
Toi tu arrives, toi, tu sais pas qu’ ça peut exister
Alors écoute, mon métier c’est de te venger
Alors appelle, mon métier c’est de t’écouter
Ne laisse pas les garçons t’acheter
Ne laisse pas les autres te briser
Surtout ne te cache pas, ces gens n’attendent que ça
Tu ne veux pas me faire confiance
Tu préfères garder tes distances
Tu peux pas savoir ce que c’est pour moi
De vouloir dire la vérité
Je veux seulement, moi, me cacher parmi tes jouets
T’écouter parler, découvrir tes plus grands secrets
Je veux seulement, moi, me cacher parmi tes poupées
Te déshabiller, découvrir tes plus grands secrets
Je veux seulement, moi…
Je veux seulement, moi, découvrir tes plus grands… Secrets…


Date limite de vente1

Je suis une date limite de vente
J’suis là pour informer la cliente
Dans chaque centre distributeur
Je joue les super indicateurs
Vous feriez mieux de m’apercevoir
A moins qu’il ne soit déjà trop tard
J’ai des conditions d’utilisation
J’ai même une contre-indication
Méditez bien mon mode d’emploi
Avant de dire ça n’marche pas
Vous faites semblant de ne pas me voir
Vous laissez trop de choses au hasard
Respectez ma fabrication
Dépassez pas les proportions
Consommez-moi mais faites attention
Vous passez à côté de mes qualités
A côté de mon utilité
Vous oubliez la notoriété
Qui me conduira jusqu’au sommet
Vous faites semblant de ne pas me voir
Mais moi j’ai droit à quelques égards
Respectez ma fabrication
Dépassez pas les proportions
Consommez-moi mais faites attention


Interdit aux moins de 18 ans

C’est pas toujours drôle d’être un adolescent impuissant
T’as jamais raison t’as des boutons
Tu n’as pas le choix, t’as que la liberté surveillée
T’es qu’un mongolien, t’es qu’un chien
C’est pas toujours drôle le silence d’un lycée, d’un ciné
Tu comptes les jours aucun recours
Tu vas te cacher, pour toi qu’est-ce que c’est jouir, c’est rougir
T’es qu’un mongolien, t’es qu’un chien
Tu sais ça fait que commencer, et faudra pas t’étonner
Quand ils t’auront tout refusé, tu n’auras qu’à resquiller
C’est pas toujours drôle d’être jamais capable mais coupable
De broyer du noir au fond d’un bar
Jamais de réponses à toutes tes questions, obsessions
T’es qu’un mongolien, t’es qu’un chien
Tu sais ça fait que commencer, et faudra pas t’étonner
Quand ils t’auront tout refusé, tu n’auras qu’à resquiller
Toi tu n’as pas demandé de vivre sur cette terre
Toi tu n’as pas refusé, hey ! tu peux encore le faire
Tu peux encore le faire…
Tu peux encore le faire…


L’Étudiant

Tu es un étudiant, tu vis chez tes parents
Tu es dans ta science, tu vis plein de bon sens
Tu n’as pas de problèmes et t’as l’esprit ouvert
Quand tu parles t’as raison, puisque tu as l’instruction
T’es pas un bon à rien, ancêtre de Pétain
Tu ressembles à ton père, la connerie c’est héréditaire… Haou…
Tu n’es qu’un étudiant, mais t’es intelligent
Tu penses à l’avenir, à surtout pas te salir
Tu construis ton image parmi des bavardages, bla bla bla
Quand tu parles t’as raison, puisque t’as l’éducation
T’es pas un bon à rien, ancêtre de Pétain
Hou…
Tu ressembles à ton père, la connerie c’est héréditaire… héréditaire…
T’aimerais bien changer mais c’est vraiment risqué
C’est pas que t’aies la frousse mais que faire sans les bourses
Tu te sens supérieur et tu te crois vainqueur
Mais ça te fais pas de mal d’être remis à ta place
Tu es un moins que rien, ancêtre de Pétain
Tu te trouves agréable, la connerie c’est incurable… incurable…
Wouh… Wouh…


Carolus d’Or
 

Tu peux les voir chaque soir
Pendus dans les bars
Tous les trois s’observant du coin de l’œil
Alex vit avec son ventre
Tommy vit avec son sexe
Et Charlie vit avec sa cocaïne
Et moi tout ça me regarde pas
Je supporte pas, je change de bar
Prêts à sauter sur tes torts
Prêts à te sucer ta force
Comme un clochard qui ramasse un mégot
Ils voudraient bien t’imiter
Ils voudraient bien s’agripper
Mais ils font jamais rien de leurs dix doigts
Et moi tout ça me regarde pas
Je supporte pas, je change de tare
Alex parle de son ventre
Tommy parle de son sexe
Et Charlie parle de sa cocaïne
Et moi je parle de rien
Et moi j’en ai pas besoin
Je n’ai aucune preuve à exhiber
(Et dans trente ans, idem, toujours assis tous ! au fond d’un hospice, poursuivant vos lamentations dérisoires, sans vraiment savoir ce que vous foutiez là…)
Sauf nécessité


Défense d’afficher 

Défense de fumer
De parler au conducteur
Sauf nécessité
Défense de tricher
Et même d’essayer
Défense d’exister
Si c’est pas dans la légalité
Ah !
Où que t’ailles et quoi que tu fasses
Jamais rien qui se passe
Chaque fois au coin de la rue tu ramasses
Répression, dépression, le grand frisson
Défense de troubler
L’ordre instauré
Tapage nocturne
A titre posthume
Ya ya !
Où que t’ailles et quoi que tu fasses
Jamais rien qui se passe
Chaque fois au coin de la rue tu ramasses
Obsession, frustration, masturbation
Où que t’ailles et quoi que tu fasses
Jamais rien qui se passe
Chaque fois au coin de la rue tu entends
Défense ! Défense ! Défense ! Sauf nécessité !
 

Désirs télévisés 

Désirs télévisés, noir et blanc
Amours télécommandés
Bonbons acidulés, colorants
Destins téléguidés, yeah !
Un monde si moderne
Pour des peuples imparfaits
Pourquoi ne sommes-nous jamais
A la hauteur, jamais à l’heure
Et nous rêvons
De passions perdues dans le passé
Nous ignorons
Toute loyauté, toute dignité
Confidence pour confidence
Je rentre dans la danse
Malgré les contredanses
Je pense à contresens
Savants et dirigeants concurrents
Fierté du gouvernement
Nous ne sommes que des enfants
Nous sommes désespérants
Un monde si moderne
Pour des peuples imparfaits
Pourquoi ne sommes-nous jamais
A la hauteur, jamais à l’heure
Et nous rêvons
De passions perdues dans le passé
Nous ignorons
Toute loyauté, toute dignité
Confidence pour confidence
Je rentre dans la danse
Malgré les contredanses
Je pense à contresens 

  

Je me souviens de nous (2)


J'ai eu le plaisir de participer aux deux Revues Thésaurus publiées par le camarade Claude Picard. Dans le premier numéro, j'ai écrit un long article sur Cérémonies, dans le second, c'est de ma carrière musicale dont il était question. Bien sûr, vous pouvez vous les procurer ici-même. Le temps a un peu passé depuis ces publications et il est temps de partager ces monuments journalistiques avec mes lecteurs adorés ! 

Nous sommes en 1983, je rencontre Franck War dans une école qui prépare à un BTS de Publicité. Très vite nous sympathisons. La « Pub » qui n’est pas devenue la « Com », à l’époque, est un phénomène de société sympa et branché. Le consumérisme et l’écologie ne sont pas à l’ordre du jour. Jacques Séguéla n’est pas encore un vieux con qui sucre les fraises en mélangeant Rolex et Réussite. 

Notre amitié commence peut-être dès le premier jour quand un de nos profs nous demande de partager nos motivations à intégrer la grande famille des « pubeurs ». J’avoue pour ma part, moitié français, moitié provocateur, « vouloir me faire plein de fric et un maximum de nanas ». Je crois que ça a plu à Franck.  Sandrine également dans la classe deviendra la manageuse du groupe avec un certain succès avant de tomber amoureuse et de se marier avec le chanteur de Seaton (une formation new-wave amie basée à Aix-en-Provence). Béatrice intégrera la bande et épousera Bruno, le batteur de Cérémonies. Également avec Mathy, Anne-Marie et pleins d’autres nous formons une petite bande d’apprentis pubards. 

Très vite Franck fait le lien avec les autres Cérémonies qui répètent au fameux Parking 2000. Le groupe partage un box avec une groupe exclusivement féminin les Traffic Diams. A côté, on croise les punks de Panik LTDC. Christian Panik, leur chanteur, est le frère de Bruno, le batteur de Cérémonies. Plus loin, les Martyrs ou les Toreros Muertos. Les Toreros sont espagnols et ont déjà eu des hits, dans les années 70, dans leur pays d’origine. Le Parking 2000 est un vrai parking qui loue à des groupes comme Tanit ou les Washington Dead Cats. Il n’y a pas de toilettes et on imagine facilement l’odeur ambiante. Le proprio coupe l’électricité à minuit. Dur pour ceux qui squattent et dorment dans les locaux de répétition sans chauffage. Le Parking 2000 est devenu, bien plus tard, un sujet de recherche pour une sociologue spécialisée dans la culture pop. C’est là que j’assiste à mon premier concert du groupe. Le premier d’une longue série.

En plus d’intégrer le BSS Kontingent, je change de look. Une grosse dominante de noir sur fond de treillis et de rangers tchécoslovaques achetés à La Redoute. Dieu merci, j’ai déjà les oreilles percées. Mes parents bloquent un peu sur mes chemises noires qui font écho aux heures sombres de l’histoire du fascisme italien. Me voici bientôt promu manager du groupe malgré une timidité maladive. Je ne tiendrai mon rôle juste quelques semaines, le temps d’envoyer quelques dossiers de presse et de faire une interview avec le groupe sur Radio Anarchie.

 Pour exister, Cérémonies joue un peu partout, dès qu’on lui en donne la possibilité. Un concert particulier est resté gravé dans la mémoire collective de tous les fans… Celui des 120 nuits. Les 120 nuits est une boite éphémère puisqu’elle ne durera que 120 Nuits (comme son nom l’indique). Une référence directe aux 120 journées de Sodome du Marquis de Sade. Un lieu que l’on aperçoit dans le cultissime « Les Nuits de la Pleine Lune » d’Eric Rohmer. Le 17 mai 1983, le groupe s’y produit soit quelques semaines avant sa fermeture. Pour l’occasion et pour affirmer l’univers artistique du groupe, nous mettons à contribution notre professeur de maquette et de dessin. Didier Puy-Ségur est un plasticien qui ne s’appelle pas encore « Putch » et qui n’a pas encore épousé la fille du « compresseur » César. Didier a vissé des capots de voiture sur le devant de la scène. Il est assis sur une chaise roulante avec des lunettes noires et un plaid sur les genoux. Avec une badine, il dirige deux « esclaves » femmes en combinaison de chantier qui vont exécuter ses ordres et peindre à sa place sur les dits capots. Cette performance est typique du personnage, elle mêle humour, décalage et performance artistique. Cérémonies joue d’enfer. Franck qui est inscrit à un atelier vidéo de la ville de Rosny, demande à ses camarades de filmer le concert. L’apprenti vidéaste oubliera d’appuyer sur le bouton et ne lancera pas l’enregistrement. Une galère de plus et un concert qui ne sera pas documenté…

Nous sommes en 1984 et le groupe décide de s’autoproduire. Une démarche peu commune à l’époque d’autant que l’opération est coûteuse (de mémoire autour des 15 000 Francs) et qu’il faut aller enregistrer en studio. Dans une interview donnée pour le fanzine Tropique du Cancer, le groupe déclare : « Nous sommes catégoriques, Nous n’avons jamais été jeté par une maison de disque pour la simple raison qu’on n’est jamais allé en voir. On voulait faire notre 45 tours pour se faire plaisir et pour voir si notre musique passe bien et pour faire la promo de Cérémonies. Ce qui est plus simple et plus efficace de faire avec un 45 Tours qu’avec une K7 ».  Tous les membres du groupe commencent à travailler et ont un peu d’argent à investir, il est donc temps pour eux de passer à la vitesse supérieure… Bien sûr, ils ont déjà enregistré des maquettes, mais là c’est du sérieux. Direction Studio DB où le groupe « pause » 3 morceaux : Le Goût du Saké, Kiss Of Death et Dantzig. Le ton est donné et seuls les 2 premiers titres seront retenus pour le single tandis que le 3e atterrira sur une K7 produite par un fanzine « Zick Addikt ». Dantzig est un morceau plutôt long qui comprend 2 segments, il n’y a pas la place sur le 45 tours et un maxi coûte trop cher. Je revoie clairement Franck, sa planche de Letraset à la main, composer la pochette du disque après avoir extrait d’un livre sur Paris, la fameuse photo de la gargouille gothique. Là, pour la première fois, j’ai pris conscience du process graphique et ma future carrière professionnelle prend corps.  A l’intérieur, grâce à une photocopieuse amie, un petit flyer, avec textes et remerciements, est inclus. Au verso une photo en contre-plongée présente le groupe avec un Franck un peu fatigué, un Gordon dégarni, un Piepp’ aux allures gothiques et un Bruno qui se prend déjà la tête. Pendant les mois qui suivèrent la publication du 45 tours, toute notre énergie sera dirigée vers la diffusion et la promotion de ce single qui, avec le recul, tient plutôt bien le coup. Sandrine, entre temps, devient la manageuse du groupe…

Pendant les mois qui vont suivre cette sortie, l’activité est intense pour le groupe et son entourage. Ainsi, lors de mon premier stage dans une agence de publicité, je découvre (non sans un certain bonheur créatif) le premier Macintosh d’Apple. Grâce à ce fantastique outil, nous coréalisons avec Franck le fanzine « 5 francs » qui est un collage de textes (saisis sur Mac Paint) et d’images. Je squatte la photocopieuse de l’agence pour le reproduire. On y trouve les textes de Cérémonies et certains de mes poèmes mélangés autour de photos. Car, oui j’écris des poèmes… Mais je ne m’en vante pas. L’image du poète torturé ne me plait pas.  Si nous n’avons jamais co-écrit de textes de chansons… Certains bouts de poème ont parfois inspiré l’écriture de Franck War. Ainsi et par exemple dans « Les Bouchers de Verdun », Franck emprunte « Un hiver mal placé dans mon été » à mon « Un hiver mal placé entre deux étés ». Il n’est pas question de plagiat puisqu’il m’a demandé la permission. Je vois ce processus créatif plus comme une forme d’émulation littéraire, un quasi- cadavre exquis façon Dada. C’est aussi une façon d’exister dans les chansons de Cérémonies et pour moi, en tant que fan N°1, un vrai bonheur. 

L’été venu, nous partons en vacances, direction l’Espagne et la petite ville côtière d’Oliva (près de Gandia et de Valence). Nous y retournerons plusieurs fois. Pendant trois semaines, au mois d’août, nous louons un appartement où le confort est réduit à sa plus simple expression. Il fait, de toute façon, trop chaud pour s’en rendre compte. Tous les soirs, c’est discotecă et alcool (souvent le fameux mélange Fanta Orange / vodka). Très vite, nous sympathisons avec quelques locaux « branchés ». C’est encore la movida et l’Espagne vit le grand n’importe quoi de l’après Franco. C’est la « fiesta » sans fin, toutes les nuits, à l’Hexagono ou au Labotorio Industriale. Angel et sa bande nous font découvrir le rock espagnol du moment. On partage la paëlla dans un repère d’anarchiste et malgré le fossé linguistique, le courant passe. La drogue facilite aussi la communication. Isabella, notre fournisseuse officielle, a le look « españa negra » derrière son éventail et s’avère être une amie des Chihuahua parisiens. Que nous croiserons à Paris grâce à elle. Nos copains espagnols nous invitent à participer à une émission (en traduction simultanée) sur la radio du coin, Radio Olivia. Nous parlons rock français et bien sûr de… Cérémonies. Naturellement, ils nous demandent de jouer en concert dans un bar de plage pour fêter ce rapprochement franco-espagnol. Une moitié de Cérémonies et une moitié… de ceux qui sont là sont donc invités à se produire live. Pour cette occasion uniquement, je deviens guitariste du groupe. Sans répéter, sans pouvoir vraiment m’accorder, nous assurons un set hallucinant ne comprenant qu’un long morceau d’une vingtaine de minutes. Finalement, je jette l’éponge et ma guitare. Un Espagnol complétement bourré prend le relai et martyrise cette guitare japonaise franchement injouable. Une vraie performance sonique à la Sonic Youth et mon pire souvenir de musicien ...

 

 

Je me souviens de nous (1)

J'ai eu le plaisir de participer aux deux Revues Thésaurus publiées par le camarade Claude Picard. Dans le premier numéro, j'ai écrit un long article sur Cérémonies, dans le second, c'est de ma carrière musicale dont il était question. Bien sûr, vous pouvez vous les procurer ici-même. Le temps a un peu passé depuis ces publications et il est temps de partager ces monuments journalistiques avec mes lecteurs adorés !

 

Avec le recul, parler de Cérémonies, c’est entreprendre un voyage introspectif et faire un retour sur mes années de formation puisque, d’une certaine façon, j’ai participé à cette aventure musicale. Bien sûr, vous vous demandez, « What’s the fuck… C’est quoi Cérémonies ? » S’ils avaient une « entrée » dans Wikipedia ça pourrait donner quelque chose comme « Cérémonies est un groupe rock français et new-wave qui a été en activité de 1983 à disons… 1989. » Je ne suis plus très sûr et Franck War (le chanteur du groupe) que j’ai interviewé pour écrire cet article non plus. D’ailleurs, je le remercie d’avoir partagé ses souvenirs et ravivé les miens.

Ces années ont mis la touche finale à mon éducation musicale à une époque où Joy Division n’était pas encore une marque distribuée par H&M. Juste un précieux secret partagé par quelques aficionados. Si vous connaissez le groupe de Ian Curtis, vous avez sans doute fait le rapprochement avec une de leurs plus belles chansons (selon Franck War). C’est également le chemin des studios de répétition que m’a ouvert Cérémonies. Avec eux ou plutôt grâce à eux, j’ai pu exprimer cette irrésistible envie de « gratter sur une guitare électrique » sans vraiment savoir jouer.  Mon avenir et « ma carrière professionnelle » ont également été liés à certains membres du groupe puisqu’ensemble nous avons « entrepris » et créé deux studios de design graphique. De Joy Division à Peter Saville, il n’y avait qu’un pas que nous avons franchi sans sourciller. Avec l’arrivée de la micro-informatique (et de la PAO), nous avons appliqué le « Do It Yourself » chers aux punks à un métier qui n’avait quasiment pas évolué depuis la fin des années 60. Ensemble, nous avons créé Bleu Petrol (en hommage aux Bleus de Matisse et à That Petrol Emotion) puis Public’Image Factory avec PIL et…. Factory Records comme ultimes références. En mode autogestion, bien sûr. J’ai donc eu la chance de rencontrer ce groupe et son entourage proche qui se moquaient de ma provenance sociale. Pourtant issu de la petite bourgeoisie intellectuelle, ces purs produits de la Banlieue Est m’ont ouvert les bras (sans trop poser de questions). Et même si mon prénom composé pouvait paraître suspect, J’étais là, avec eux, point. 

L’histoire du groupe se divise en 2 époques distinctes musicalement. D’abord une période « batcave » (comme on disait à l’époque, le mouvement gothique en étant à ses balbutiements) portée par l’influence des ténors du genre : Joy Division (toujours et encore), Killing Joke, Bauhaus… Et plein d’autres. Puis après un changement de guitariste, le groupe s’est émancipé et a lorgné vers une pop de qualité, quelque part entre Marc Seberg et Gamine. Le choix d’une référence comme Marc Seberg n’est pas fortuit puisqu’une rencontre Anzia - Cérémonies a bien eu lieu, initiée par le camarade Édouard proche de Marc Seberg et bientôt ami intime de Philippe Pascal. Cette rencontre aurait pu déboucher sur une production et un album digne de ce nom. Mais de l’aveux même de Franck, le groupe avait surtout envie de s’amuser et l’ascétisme du guitariste collait mal avec l’énergie déconnante des quatre copains de Rosny. Anzia exigeait un travail sérieux et constant ainsi qu’un aller-retour Rennes/Paris payé par le groupe pour assister à cette rencontre. Une exigence qui manquait franchement de classe (et d’une certaine générosité). Comme le faisait aussi remarquer Franck, la fine équipe n’était pas prête à franchir le pas et faire de la musique une profession. C’est peut-être ce qui a manqué au groupe pour atteindre un début de notoriété. Ça et un batteur qui joue « carré » et au click.

Très vite, je me suis revendiqué président de leur fan club.  Ce n’était pas une « posture » naïve façon faire-valoir mais bien un vrai coup de foudre pour leur musique et l’univers poétique de leur chanteur. Un univers, au départ, un peu emprunté : le baiser de la mort (cher à la mafia), Hiroshima, Verdun et la Guerre de 14, la folie, les trains de banlieue… Presque des passages obligés pour tout amateur de new-wave française de ces années-là. Mais, très vite, Franck s’est mis en tête d’explorer ce qu’il était : un juste mélange entre dépression et légèreté. Avec en toile de fond des histoires d’amour beaucoup trop grandes pour lui…. Et pour nous. Car Franck, à travers ses « lyrics », parlait aussi de nous, de cette incapacité d’être à deux, ni tout seul. Ou plus simplement de ce Syndrome de Peter Pan sur lequel nous construisions, alors, nos vies. Nous étions jeunes pour l’éternité. Ses chansons étaient comme un blues blanc et sophistiqué spécial beau gosse. D’ailleurs, Franck War avec sa tête de « BG » apportait un charisme un poil hautain à Cérémonies. Un charisme qui fascinait et qui permettait de « choper » plus facilement. Du genre : « Oui, le chanteur, c'est mon pote. Je t’offre un verre ? ».  Mais cette attitude qui masquait une forme de timidité, souvent, aussi… Repoussait. A cela, il fallait ajouter un sens de la vanne plutôt aiguisé qui a pu parfois jouer en leur défaveur. Cet art de la vanne est mon héritage de ces années-là. Je l’ai appris à leur contact et transmis à mon fils qui, à son tour, se défend plutôt bien !

Comme pour le Bromley Contingent des Sex Pistols, tous ceux qui comme moi, gravitaient autour du groupe se sont auto-proclamés membre du BSS Kontingent… BSS pour « Bois Sans Soif ». A n’en pas douter, la bringue et l’alcool furent des points d’ancrage pour cette petite « troupe », puis, comme pour tant d’autres, la drogue s’est invitée à la fête. Des drogues très année 80 pas « festives » pour un sou, d’abord sniffées puis injectées par le plus impliqués. Ceux qui ne sont pas morts d’overdose ont plongé dans un alcoolisme compensateur. Finalement, l’âge venant, certains BSS ont dû affronter maladies psychiatriques et autres affections chroniques. Presque 40 ans après, les cimetières se sont remplis et se remplissent grâce à nous. Et ça ne va pas s’arranger. Dis comme ça, on a l’impression de plonger dans l’univers morbide des junkies de Burroughs (ou des alcoolos de Bukowski). A l’époque, nous pensions que nous avions une véritable grandeur d’âme à nous mettre systématiquement « minables ». Nous étions des « princes » à l’image d’Henry Chinaski au comptoir du Golden Horn (que nous avions remplacé par celui du Piano Vache). Nous partions à l’assaut des catacombes ou des toits de Paris, systématiquement bières à la main juste après l’apéro dinatoire. En réalité, cette méthodique opération d’autodestruction s’est faite dans la joie et la bonne humeur.  Sans douleur, du moins sur le moment, toujours en rigolant. Et puis, il nous fallait donner corps à certaines chansons du groupe comme « Les Chiens de l’Enfer » qui emprunte son titre à un poème de l’écrivain et poète destroy californien cité précédemment. Finalement, à force de vannes, de glande et de légèreté nous avons raté l’ascenseur social et personne dans mes relations proches peut se vanter, aujourd’hui, de « siéger au Comex » ou d’avoir reçu la légion d’honneur. Au moins, nous n’avons fait que ce que nous voulions… A commencer par rigoler et faire la fête.

La saga de Cérémonies permet de corriger une idée reçue sur le rock français de ces années-là. Lorsque l’on relit la presse musicale de l’époque, le rock français semble à se réduire à deux possibilités : le rock à la Rolling Stones (de Téléphone et de ses multiples dérivés) ou le rock façon punk new-yorkais (et « arty ») lorgnant parfois vers un funk blanc (Casino musique, Go Go Pigalles) avec option textes à messages en français (Higelin ou Bashung). A l’époque, nous étions déjà persuadés que l’énergie bouillonnante d’un Téléphone ne pouvait compenser la vacuité de leurs paroles pré-adolescentes … Allez, tous en cœur : « Un jeeeu neeuhhh  sais quooiii qui me laisseuuuu connnnn ». Rien ou très peu pourtant quant à ces groupes influencés par ce qui se passait en Angleterre. Rien sur une underground riche et multiple, dark et violente. D’après Franck, c’est peut-être la faute aux journalistes alors en poste. Des journalistes déjà vieux, ayant connu (et adoré) les années 70 et ne s’appuyant que sur leurs propres références musicales pour critiquer. Une génération qui croyait dur comme fer à l’unique influence d’un Bowie ou d’un Lou Reed quand on faisait du rock. A la limite, les New-York Dolls ou le MC5. Il faudra attendre la déferlante rock alternative pour que l’incroyable richesse de la scène française soit enfin visible et exposée par les médias. Cérémonies a traversé cette vague alternative sans changer de cap, sans sourciller. Cérémonies était déjà un vieux groupe. Il n’a jamais été question d’accordéon ou de néo-réalisme français à la Léo Ferré dans la new-wave épique du groupe.

Cérémonies, c’est l’histoire de 4 copains de lycée, quelque part du côté des cités de Rosny 2 et Montreuil qui vont mettre leur goût et leur énergie en commun pour créer un répertoire original ne comprenant qu’une ou deux reprises bien senties (Joy Division ou Bauhaus). Ainsi, Lors de voyages linguistiques en Angleterre, Franck ramènera des disques alors inconnus dans l’hexagone puis, plus tard, avec ses camarades de jeu, prendra une carte de fidélité chez New Rose pour trouver la perle rare, la nouveauté qui tue. Bref, le terreau musical sur lequel le groupe construira et évoluera. Dans le désordre (et de souvenir) PIL, Stiff Little Fingers, Outcasts, Bollock Brothers ou Jean-Jacques Burnel et les Stranglers mais aussi du reggae à la Mickey Dread ou Dr Alimentado (l’influence des Clash) voir de la « variété » un peu plus « light » comme Jo Boxer, Woodentops et New Order.

Cérémonies n’est pas apparu d’un seul coup, comme une évidence, il est le résultat d’une évolution, d’une maturation qui commence en 1979 par une première formation punk, l’Affrontement. On notera l’influence des Clash qui accompagnera toute l’histoire de Cérémonies plus d’une façon idéologique que musicale. Gordon à la guitare, Franck à la basse, Commandant à la guitare et Bosniak à la batterie. Un seul ampli pour reprendre le quator. Personne n’a vraiment envie de chanter et c’est finalement Franck – qui a le meilleur look punk - qui s’y colle. Le groupe dégote un local de répétition complétement gratuit (la salle des fêtes commune dans la cité). Ah oui, j’oubliais, dans la bande des Cérémonies, on pouvait (devait ?) se retrouver affublé du surnom qui va bien : Gordon (car Hervé aimait le gin), Piepp’ (Car Jean-Jacques était pompier d’entreprise), Commandant (après son passage dans l’armée), Bosniak, Adolphe, Iggy, Zaza, Camisole, Pachi, Dicav’, Coco et puis plus tard Quick et moi-même Marcotin… Et plein d’autres. Donc de l’Affrontement naitra un déjà plus sérieux Stygmat avec Gordon à la basse et les frères Boubich’ (Commandant et Bosniak). Puis le deux partiront fonder Ordonnance Karmélites. L’arrivée de Bruno à la batterie et de Piepp’ à la guitare permettra de distribuer définitivement les rôles avec, bien sûr, Franck au chant et Gordon à la basse. Gordon qui, il y a peu, a dû quitter le vaisseau amiral (et à qui je dédie ces quelques lignes). 

J’en profite pour partager un grand moment « gordonnien », bière à la main lors d’une fête de jour de l’an dont nous avions le secret. Après une longue discussion, nous étions finalement tombés d’accord sur le fait que « quand on pisse debout et qu’on ne voit plus sa bite, il est temps de maigrir ». Dont acte, je pense à toi Gordon et j’essaie de perdre du poids. Gordon avait un réel don pour la guitare électrique à quatre cordes. Il développera un vrai style personnel et son propre son très influencé par la maestria d’un Peter Hook. Ce talent achètera à vie notre admiration ébahie. Un AVC plus loin, seul à Grenoble, il devait arrêter la pratique de son instrument fétiche, cloué sur un fauteuil roulant, parlant difficilement et n’ayant plus la force de soulever une basse ...

Le flexi des Closh

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le flexi des Closh paru en 1981 avec l'album "Paris Skouille-t-il ?" de Dodo et Ben Hardi.

Les Closh, le premier flexi

À la demande générale et plus particulièrement du fait d'un gentil lecteur qui m'a contacté, voici le premier single/flexi des Closh, initialement inclus dans l'album "Paris Skouille-t-il ?" sorti chez les Humanoïdes en 1981. Le son et les compos sont un peu "bruts" de décoff' mais gardent une petite touche varietoch' du meilleur effet. Pour ceux qui n'ont pas suivi, j'ai déjà parlé ici-même des Closh ! 

Stillers

 En 1982, dans la petite ville de Créon, au cœur de l’Entre-deux-Mers, quatre gamins sortent un disque qui deviendra culte pour les amateurs de punk français : "Rock Rural". Le groupe s’appelle Stillers et, derrière ce nom, on trouve Pierre Lascourrèges au chant, Régis Canadas à la guitare, Christian Pin à la basse et Patrick Phénix à la batterie. Formés en 1979, ils font partie de cette scène bordelaise hyperactive qui, au tournant des années 80, a vu émerger une poignée de groupes aujourd’hui mythiques : Stalag, Strychnine, Stilettos, Gamine… Bordeaux n’était peut-être pas Londres, mais dans les caves et les bars de la ville, ça bouillonnait fort.

À l’époque, la scène punk bordelaise a une particularité : elle est organisée autour d’une poignée de labels, de squats et de fanzines qui se connaissent tous. La boutique New Rose à Paris sert de plaque tournante pour diffuser les disques en dehors de la région, et des labels comme Poison Noir font le lien entre les groupes et le reste du pays. C’est sur ce label que sort "Rock Rural" en 1982, dans un pressage limité à 1 000 exemplaires. L’enregistrement a été réalisé en deux jours seulement, au studio Sequana, à Choisy-le-Roi, en plein mois d’août. Pas le temps de fignoler : six morceaux, dix minutes de musique, tout est expédié avec une énergie brute et un son franchement crade, mais totalement assumé.

L’originalité des Stillers, c’est qu’ils ne cherchent pas à copier les Londoniens ou les Parisiens : ils parlent de leur réalité à eux. Le morceau titre, "Rock Rural", donne le ton : pas question de singer la ville ou le Marais, ici on raconte les bals de campagne, les bars du coin, les bastons du samedi soir, les virées en mob et l’ennui provincial. Les textes sont pleins d’humour vachard, et on sent derrière tout ça une vraie tendresse pour ce monde rural que le groupe connaît par cœur. Même la pochette est un clin d’œil : la photo vient de Hara-Kiri, et, pour pouvoir l’utiliser, le groupe aurait troqué une caisse de vin local avec la rédaction.

Autre détail savoureux : le chaos règne jusque dans les titres. Entre la pochette et les étiquettes du vinyle, rien ne correspond vraiment. "Oï Oï" devient "Bats toi", "Spasmes" se transforme en "Spasme", "Disco le soir" change en "Disco ce soir"… Ce joyeux bordel, c’est presque une marque de fabrique. Et malgré cette approche bricolée, le disque circule bien : Poison Noir le distribue jusqu’en Angleterre via le réseau New Rose, ce qui permet aux Stillers de dépasser un peu leur Gironde natale.

Aujourd’hui, "Rock Rural" est devenu un petit graal pour les collectionneurs. Son côté rare, son humour, son énergie primitive et son ancrage local en font un témoignage unique de ce que pouvait être le punk en France au tout début des années 80 : spontané, libre, bricolé, et surtout très personnel. Dans un paysage où la plupart des groupes rêvaient de Londres ou New York, les Stillers ont choisi de revendiquer leur identité : celle d’un punk des champs, joué entre les vignes et les routes départementales. Et c’est précisément pour ça qu’on s’en souvient encore aujourd’hui.

À propos de Strahler

Suite à mes différents posts sur les magnifiques Strahler, Lol Quantum m'a contacté et envoyé un message sympa et ultra intéressant. Je vous le livre tel quel... 

" Salut 'Bouloup'

Je suis tombé par hasard (?) sur ton blog, très intéressant ;-) ainsi que sur la page concernant le groupe Strahler. Et concernant ce groupe, je peux t'apporter qqs renseignements supplémentaires. Pour les avoir bien connu, nous avons tous fais nos armes "rock'n'roll" dans la même ville ; Conflans Ste Honorine (à la scène rock très riche)... Moko ; le batteur d'oberkampf (et plus tard de Strahler) était de cette ville ; et il ramenait souvent Joël avec lui... et nous nous retrouvions souvent donc, dans notre pub local légendaire (Chez Kiki)... Moko et son frère Eric, commencèrent à jouer ensemble sérieusement et furent très vite rejoint par Philippe au chant (et ses synthés bricolés)... et commencèrent donc le projet Strahler... Le maxi 45t 3 titres sorti en 1984. Sous la forme de 2 pressages; un Français (en anglais) et un Allemand (chanté en allemand).
 
Alors, je te résume : un jour de cette même année (si ma mémoire est bonne), Joël qui était dans le coin, se retrouva dans le local de répète de Strahler. Il prirent un acide, et commencèrent à délirer et improviser comme des fous... Dans le même temps, un concert se préparait à la salle des fêtes... Quelqu'un proposa à Strahler de participer à ce concert... Mais au final, le groupe décida que ce serait 'Paris Noise' à l'affiche.
Personne ne savait à quoi s'attendre.
 
Ils arrivèrent sur scène tous sous acide, et firent leur show... qui, comme tu peux l'imaginer fut hallucinant.. dans tous les sens du terme... Ce fut leur unique concert... Et une légende était née.
Peu de temps après, et quelques concerts + tard (souvent avec Ausweis, devenus aussi des potes); Philippe, le chanteur, quitta Strahler... Il fut remplacer par Skal, avec qui les 2 frères enregistrèrent la reprise des Stooges pour la compil des studios Garage (vers 1986).
 
Peu après, ils cherchèrent qq1 pour assurer le synthé... Je décidais de leur présenter ma copine de l'époque, Pascale Mace, avec qui je jouait un peu et à qui j'apprenais les rudiments du Synthétiseur et des samplers...
Elle fini donc par rejoindre le groupe. Strahler (V2) feront donc 3 ou 4 concerts sous cette formation, et enregistreront les 1ers titres d'un album qui, malheureusement, ne sortira jamais... et qui s'annonçait pourtant magistral...
 
Le groupe splitta dans la foulée... Peu de temps après, par un jeu de connaissances communes, et après notre séparation, Pascale se retrouva dans Asylum Party... et tu connais la suite, je pense...  À noter qu'à la même époque, je chantais avec le groupe C-KEL (1 groupe à 2 basses). ici concert :

Et en 1991, Moko & Skal (les 2 anciens Strahler), Pat (le 2e bassiste de c-kel, à la guitare) et moi même LoL (chanteur de c-kel, ici à la basse) avons décidé d'allier nos inspirations communes pour faire un groupe : STLM. Dont je viens mettre les seules démos existantes en ligne, récemment :
 

Moko, Eric & Skal sont aujourd'hui décédés

Et voilà pour la petite histoire ;-)
Cordialement, et bonne continuation

LoL Quantum
 

PS : ici le lien de la chaine YT de mon projet qui vient de fêter ses 25 ans"

Un grand merci à Lol pour toutes ces informations et ces découvertes !!!

 

Warm Gun

En direct de Paris, voici les Warm Guns, groupe punk pionnier comprenant Jean-Paul Ruad, Philippe K., Thierry Dioniso, Fred Lemarchand et Olivier. Notons que l'on retrouvera trois d'entre eux chez DKP, un peu plus tard,  dont j'ai déjà parlé ici-même ! Monté sur les cendres d'un groupe appelé les Bitches, l'aventure durera d'Avril 1977 à 1979. Produit par un ancien Dogs, les Warm Gun lorgnent vert un son à la Stooges et toute la vague venue de Detroit. On est donc sur une approche plus américaine qu'anglaise même si nous sommes - à l'époque -  en pleine déferlante punk. Ils laissent à la postérité... Outre quelques concerts mémorables, un ep 4 titres dont voici un premier extrait !

La release party du nouveau single de Demolition Party

Le 25 Octobre dernier, mon label adoré (Disques Abrasifs) et moi-même organisions un super concert de Demolition Party et Jean_Marc (mon super groupe électro yéyé) sur la Péniche Antipode à Paris. Une soirée spéciale sortie du nouveau single de Demolition. Ce single est une vraie réussite que je vous invite à découvrir ici-même ! Franck, le chanteur, est au top forme et ça fait plaisir de l'entendre re-chanter en français plus de 40 ans après Cérémonies. Idem de Dgé qui tricote magnifiquement avec sa guitare et de tous les autres qui sont au sommet de leur art. Bref, voici quelques souvenirs de cette magnifique soirée...





Les Héros

 En direct de Rambouillet, voici les Héros. Sur les cendres d'un formation appelée Alerte, Laurent Boegler (chant), Jean-Paul Chergui (guitare), Jean-Pierre Barrault (basse) et Laurent Billard (batterie) fondent en 1981 les Héros. Le groupe tournera pas mal (1ere partie des Inmates, Gibus avec les Daisy Ducks niçoises... Etc.). Fin 1981, ils enregistrent leur unique single en 1 journée dans un studio à Paris. Ce single sera pas trop mal distribué (par rapport à certains collègues à la même époque). En 1985, le groupe se sépare et se reforme en partie sous un autre nom (Les Tontons Flingueurs) avec un line-up un peu différent. Comme pour beaucoup de groupes chroniqué en ces augustes colonnes, les Héros se retrouvent sur un des Thésaurus du camarade Claude Picard (N°5 spécial punk). Un hasard ? Je ne le pense pas puisque je se semble partager quelques goûts musicaux avec Claude. Bref, pour plus d'infos, le mieux est de se rendre ici-même sur le site compagnon de son label, toujours très bien documenté. Voici la face A de leur unique single, plutôt tubesque et power-pop...

Escalators

Le split de Gare du Stade permettra la création d'Ici Paris d'un côté (une formation dont je ne dirai jamais assez de bien et dont j'ai beaucoup parlé) et... Escalators de l'autre. Avec Escalators, on est sur du punk Clashien construit sur une base vaguement reggae. D'où ce single (un peu moins brut de décoff' que l'habituelle approche punk français) sorti sur une major... Ce qui est relativement rare à l'époque. Bref, il n'y aura qu'un single et finalement deux Escalators formeront les Fanatics. Une autre très bonne formation qui sortira un album et deux singles.

Kompil' Ska Paris '88'

J'ai déjà publié les 2 chansons de la Poupée Vynile extraites de cette compilation ska/reggae sortie en 1988 et regroupant des groupes parisiens.. On pourra télécharger en Mp3, ici-même, cette compilation comprenant aussi des sélections de Saxawhaman, les Frelons, PCP, Beurk's Band et la Marabunta. Pour plus d'infos, c'est ici.



Ventre

En direct de Nice, voici Ventre soit Michel Min à la Guitare et au chant, Olivier Mez à la basse et au chant, Laurent Sal à la batterie et Cindy Caton aux claviers. Pas beaucoup d'infos sur cette formation plutôt "arty" avec un nom étrange qui sonne comme un lointain descendant des Lucrate Milk. Ils ne sortiront qu'un single en autoproduction via Milkshake Records (comme Alice Merveille, No Problem ou Ici Paris).

Alpha Et Ses Roméos

Voici la face A de l'unique single d'Alpha Et Ses Roméos sorti en 1985. Pas beaucoup d'infos sur ce groupe, si ce n'est qu'il a enregistré ce 45 Tours à Versailles ce qui laisse supposer que le groupe est Parisien ou Versaillais. Si la pochette donne le nom des musiciens aucune mention n'est faite de la chanteuse. Qui est-elle ? Mystère... On est dans un registre variété rock à la Tina & les Fairlaines  ou Ici Paris (mais en bien moins flamboyant). On sent que ces gars ont un vrai background rock mais qu'ils visent le tube... Bref, c'est sympatoch' mais un peu trop variété. Dommage !

Les downloads bouloupiens (update)

Pour ceux qui n'étaient pas là depuis de début, voici un 2e récapitulatif des albums et singles que vous propose votre blog préféré :

Cérémonies, la 1er démo

Enregistrée sans doute en 1983, voici la 1er démo de Cérémonies comprenant 3 titres (Désert, Paris, Insanities et en bonus une reprise de Joy Division). On pourra télécharger ces "Premières Démos" ici-même et en Mp3.



The Gist

Quand les Young Marble Giants se séparent, les frères Moxham créent The Gist. Un combo pop comme on l'aime qui donnera à notre Etienne Daho national un de ses premiers gros tubes : "Paris, le Flore". On retrouvera ce "Love At The First Sight" sur "Embrace The Herd" sorti en 1982. Ici, il s'agit de la face B de leur single "Fool For A Valentine" sorti en 1983... Soit une version "dub" de la face a  : "Fool For A Version".

Ohlala (2) !

Avant de s'appeler Nouveaux Monstres, nous avions sérieusement pensé nous appeler Ohlala ! Le groupe post Ici-Paris de Marie A. (Houlala) nous en a dissuadé. Au début de ce blog, j'avais déjà publié ce visuel "préparatoire". Par contre, je n'avais pas ajouté le verso qui vaut son pesant de cacahuètes. On appréciera, notamment,  les faux visuels de single "déjà parus".