Parmi les disques qui passent sous les radars de l’histoire officielle du rock français des années 1980, Autour de mes nuits des Goulues occupe une place à part. Un unique album, une trajectoire courte, et pourtant un témoignage précieux de cette scène parisienne indépendante (parfois féminine, coucou Nana & Co) qui a longtemps existé en marge des circuits médiatiques.
Les Goulues voient le jour à Paris en 1983. À l’origine, le groupe se compose d’Eugénie Bastille au chant, de Katy à la batterie, de Frédérique à la guitare et aux chœurs, d’Annie à la basse et de Sylvie au saxophone. Dès ses débuts, le groupe s’inscrit dans une dynamique rock indépendante nourrie par l’énergie post-punk et new wave de l’époque, avec une identité marquée et une présence féminine affirmée, encore peu visible dans le paysage rock français du moment.
Comme beaucoup de formations underground des années 80, Les Goulues traversent plusieurs changements de personnel et périodes d’instabilité. Après diverses péripéties, le groupe finit par se stabiliser à la veille de l’enregistrement de son disque. En 1987, la formation qui entre en studio est composée de Katharina au chant, de Frédérique à la guitare, de Véro à la basse et de Katy à la batterie, accompagnées de Christian Ramirez, dit Chriss, à la guitare. Celui-ci est alors le seul membre masculin du groupe, les Goulues conservant un noyau essentiellement féminin.
C’est cette formation qui enregistre Autour de mes nuits en 1987, au studio Scoop. L’album est auto-produit puis distribué par Musidisc, sans véritable soutien promotionnel. À sa sortie, le disque passe largement inaperçu. Il ne bénéficie ni d’une exposition médiatique significative ni d’un relais durable dans les circuits de diffusion traditionnels, circulant surtout de manière confidentielle, comme beaucoup de productions indépendantes de l’époque.
Avec le recul, Autour de mes nuits apparaît pourtant comme un document sincère et représentatif de la scène rock alternative française de la fin des années 80. Une musique souvent tendue et nocturne, portée par des textes en français et une instrumentation qui privilégie l’atmosphère à la démonstration.
L’aventure des Goulues s’achève rapidement. Le groupe se sépare en 1988, un an seulement après la sortie de l’album, et aucun autre enregistrement officiel ne verra le jour. Aujourd’hui, Autour de mes nuits est devenu une rareté discographique, recherchée par les amateurs de rock français obscur et par les collectionneurs attentifs aux scènes parallèles des années 1980.
À sa manière, Les Goulues incarnent cette génération de groupes DIY restés dans l’ombre, faute de moyens, de relais ou simplement de timing, mais dont les disques continuent de raconter une autre histoire du rock français. Une histoire fragmentaire, souterraine, que Bouloup s’attache précisément à documenter et à faire ressurgir.