Au tournant de 1977, alors que l’explosion punk redistribue les cartes de la scène rock britannique, un groupe de Brighton tente sa chance sous un nom parfaitement dans l’air du temps : The Depressions. Comme beaucoup d’autres formations de l’époque, ils ne sortent pas de nulle part. Avant de rejoindre la vague punk, le groupe joue un répertoire assez classique de pub rock et de reprises des The Who ou des Small Faces. L’arrivée du punk change rapidement la donne : look radicalisé, tempo accéléré et compositions originales viennent remplacer les anciens réflexes de groupe de pub. La formation se stabilise autour de Dave Barnard au chant et à la basse, Tony Mayberry et Eric Wright aux guitares, et Ozzy Garvey à la batterie.
Le groupe enregistre plusieurs singles entre 1977 et 1978, mais celui qui retient le plus l’attention reste le 45 tours paru en 1978 sur le petit label indépendant Barn Records. Sur la face A figure Get Out Of This Town, tandis que la face B propose Basement Daze. Le disque s’inscrit parfaitement dans cette zone un peu floue qui caractérise une partie du punk britannique de première génération : une énergie évidente, une attitude agressive, mais un fond musical qui doit encore beaucoup au pub rock et au glam rock des années précédentes. Get Out Of This Town avance à un rythme nerveux, porté par des guitares franches et un refrain immédiat, tandis que Basement Daze développe un côté un peu plus rugueux, presque garage, qui correspond bien à l’imagerie souterraine du punk de l’époque.
Ce single sera repris la même année sur l’unique album du groupe, The Depressions, un disque qui reste aujourd’hui un témoignage intéressant de ces formations situées à la périphérie de la scène punk la plus médiatisée. Comme beaucoup de groupes de la seconde ligne du mouvement, The Depressions ne bénéficient ni de la puissance de feu des grandes maisons de disques ni de l’exposition offerte par les groupes phares de la période. Leurs disques sortent sur de petites structures, dans des tirages modestes, et circulent surtout dans les circuits indépendants, les concerts et les magasins spécialisés.
La carrière du groupe est en outre brutalement ralentie par un épisode tragique survenu lors d’un concert donné au Preston Polytechnic pendant une tournée avec The Vibrators. Une bagarre éclate dans le public et l’incident dégénère au point de provoquer la mort d’un spectateur. L’affaire fait rapidement les gros titres et contribue à alimenter la mauvaise réputation déjà tenace de la scène punk britannique. Même si le groupe n’est pas directement responsable, le contrecoup médiatique est sévère. Peu de temps après, la formation se désagrège partiellement et réapparaît brièvement sous un autre nom, The DP’s, avant de disparaître vers 1979.
Avec le recul, le 45 tours Get Out Of This Town / Basement Daze est devenu un petit objet de collection pour les amateurs de punk britannique obscur. Sa sortie sur un label confidentiel, le tirage limité de l’époque et la courte durée de vie du groupe expliquent en grande partie cette rareté relative. Mais au-delà de la simple logique de collection, le disque possède aussi le charme particulier de ces enregistrements réalisés dans l’urgence, à un moment où le punk est encore un terrain d’expérimentation plus qu’un style déjà codifié. Dans cette zone intermédiaire entre pub rock musclé et punk naissant, The Depressions livrent un témoignage assez représentatif de ces centaines de groupes qui ont gravité autour de l’explosion de 1977 sans jamais accéder à la postérité des têtes d’affiche. Aujourd’hui, leur nom subsiste surtout à travers ces quelques sillons gravés sur vinyle, traces modestes mais bien réelles d’une scène aussi foisonnante qu’éphémère.