Ici, on pourra télécharger en Mp3, le premier single de The Secret sorti en 1977 !
Assis devant la télé
Voici l'autre face du single de Bétrave Rock, le très rock français des années 80 "Assis devant la télé".
Bétrave Rock
En 1981 paraît un 45 tours dont il ne semble rien subsister en dehors de quelques exemplaires et de mentions éparses chez des collectionneurs : À la masse / Assis d’vant la télé, signé Betrave Rock. Deux titres, un nom à l’orthographe hésitante, et déjà une impression familière pour qui s’intéresse aux zones les moins documentées du rock français : celle d’un groupe dont la trace se limite presque entièrement à cet enregistrement.
Les deux titres suffisent pourtant à esquisser une esthétique. On y devine une écriture ancrée dans le quotidien le plus immédiat, entre fatigue sociale et ironie désabusée, quelque part entre le constat brut et la distance un peu absurde qui caractérise une partie de la production française du début des années 80. Rien de spectaculaire, rien de théorique non plus, mais une manière de capter l’époque à hauteur d’ennui, assis devant un écran ou écrasé par une réalité sans relief. Le nom même de Betrave Rock, avec son orthographe volontairement bancale, semble participer de cette logique : bricolage, décalage, refus implicite du sérieux.
L’un des rares éléments tangibles liés à ce disque est la mention d’un enregistrement au studio ADS à Ivry-sur-Seine. Ce simple détail suffit à replacer le groupe dans un contexte plus précis. Ivry, à cette période, fait partie de ces zones périphériques de Paris où se concentrent des structures d’enregistrement accessibles, fréquentées par des groupes sans moyens mais suffisamment organisés pour franchir l’étape du studio. ADS appartient très probablement à cette catégorie de lieux semi-professionnels aujourd’hui disparus, qui ont vu défiler une quantité de formations locales dont l’histoire reste à écrire. Enregistrer là ne relevait pas du hasard : cela suppose un minimum de réseau, des contacts, peut-être une proximité géographique, en tout cas une inscription dans une scène, même diffuse.
Tout laisse penser que Betrave Rock s’inscrit dans ce tissu francilien de groupes éphémères, actifs le temps de quelques répétitions, de quelques concerts et, pour les plus déterminés, d’un unique passage sur bande. Le disque devient alors à la fois trace et aboutissement, preuve d’existence plus que point de départ d’une trajectoire. On peut imaginer sans trop de risque une diffusion limitée, quelques ventes en concert, peut-être une circulation par correspondance, puis plus rien. Pas de presse, pas d’archives, pas de continuité.
Il reste aujourd’hui cet objet, et avec lui une série de questions sans réponse. Qui étaient-ils, combien de temps ont-ils joué, dans quels lieux, avec quels autres groupes ont-ils partagé l’affiche ? Le nom du studio ouvre une piste sans la résoudre, comme souvent dans ces histoires où chaque indice révèle davantage l’ampleur de ce qui a disparu qu’il n’éclaire réellement ce qui subsiste. Betrave Rock rejoint ainsi la longue liste des formations fantômes qui peuplent les marges du rock français, celles dont l’existence ne tient plus qu’à la persistance matérielle d’un vinyle et à la curiosité de ceux qui le font tourner, des décennies plus tard.
Les Orchidées
Dernier extrait de l'unique single de Vietnam Rafale sorti en 1982, voici "Les Orchidées" !
Le pire des Ramones
Je savais que les Ramones ne se supportaient pas. Joey, un peu autiste, avait beaucoup de mal avec les autres et ce jusqu'à la fin. Le fait de bien gagner sa vie était sans doute plus important que l'harmonie d'un groupe qui a usé ses baskets lors d'épiques prestations live entrées dans la légende. Il y a quelques années, je suis tombé sur une série d'obscures compilations intitulées "Celebrity At Their Worst". Tout un programme que l'on se refile sous le manteau. On y entend - entre autres - Billy Holliday ou Judy Garland complétement bourrées, Elvis faisant des vannes pourries... Etc. Les Ramones (du moins Joey et Marky) ne sont pas en reste puisqu'on les entend, par l'intermédiaire d'un show radio, se cracher dessus. Joey accuse Marky de porter une perruque...
Lili Calcium
Voici un 2e extrait du simple de Vietnam Rafale qui n'est pas sans me rappeler les meilleures heures de Lucrate Milk !
Les Etc's en répétition
Grâce au camarade Yannick, voici quelques photos des Etc's en répétition (groupe pré Monkey Business) au tout début des années 90. On y aperçoit Yann, Pascal, Marc-André et, de dos, Yves à la basse et Véronique. Ces photos ont été prises à Boulogne dans un local loué par la ville.
Vietnam Rafale
Vietnam Rafale fait partie de ces groupes dont il ne reste presque rien, sinon quelques traces éparses, un disque et une poignée de lignes dans un fanzine. Actif entre novembre 1981 et décembre 1982, le groupe est originaire de Versailles et s’inscrit dans cette frange discrète de la scène française du début des années 80 où tout se joue en marge, loin des circuits officiels. Leur existence est brève, à peine un an, rythmée par des changements de formation et marquée par le départ d’Étienne, guitariste et chanteur, décrit comme l’âme du groupe. Ce départ précipite la fin définitive de Vietnam Rafale, malgré l’idée évoquée à l’époque d’une nouvelle mouture qui ne verra visiblement jamais le jour.
Leur unique trace tangible reste un 45 tours trois titres, Asile Tropical, sorti en avril 1982. Comme beaucoup de productions de cette époque, il s’agit d’une autoproduction, avec ce que cela implique de fragilité technique. Le disque souffre apparemment d’un mixage et d’une gravure en deçà de ce que le groupe laissait entrevoir sur ses enregistrements de répétition, jugés plus convaincants. Ce décalage entre le potentiel perçu et le résultat final est un classique des sorties DIY du début des années 80, où les contraintes matérielles pèsent souvent plus lourd que les intentions artistiques. Malgré cela, le disque circule, et même plutôt bien à l’échelle de ce microcosme, au point que plusieurs mois après sa sortie, il suscite encore un certain intérêt.
Cette circulation doit beaucoup au réseau AL DI LA. Plus qu’un label, il s’agit très probablement d’un circuit de distribution parallèle, essentiel pour ces groupes sans accès aux structures traditionnelles. À une époque où l’autoproduction est fréquente mais la diffusion reste un verrou, ce type de réseau permet aux disques d’exister réellement, de passer de main en main, d’apparaître chez quelques disquaires indépendants et de trouver leur chemin jusqu’aux lecteurs de fanzines. Le fait que Vietnam Rafale y soit associé les inscrit d’emblée dans une cartographie souterraine faite de cassettes, de correspondances et de relais informels.
Musicalement, Vietnam Rafale semble s’éloigner des formes les plus abrasives du punk pour explorer quelque chose de plus retenu. Les descriptions évoquent une musique claire et légère, construite par touches subtiles, avec une atmosphère qui n’est pas sans rappeler les premiers travaux de The Cure, période Seventeen Seconds ou Faith, loin de leurs évolutions ultérieures. On imagine des guitares propres, peut-être légèrement chorusées, une rythmique sobre, et un chant détaché, dans cette esthétique cold wave encore en train de se chercher en France. Rien de spectaculaire, mais une tentative d’équilibre entre mélodie et distance, typique de nombreux groupes restés dans l’ombre.
Le cas de Vietnam Rafale illustre assez bien ce que fut une partie de la scène versaillaise du début des années 80, bien avant que la ville ne soit associée à d’autres vagues plus médiatisées. Proche de Paris mais sans en être tout à fait, elle abrite alors une série de groupes éphémères, souvent influencés par la musique britannique, qui enregistrent peu, jouent parfois, et disparaissent vite. Leur histoire se reconstitue aujourd’hui à partir de fragments, d’archives incomplètes, de souvenirs diffus. Vietnam Rafale n’est ni une exception ni une anomalie, mais un exemple parmi d’autres de cette activité intense et pourtant presque invisible.
Il reste de tout cela un disque imparfait, quelques lignes tapées à la machine et une sensation familière : celle d’un groupe qui aurait pu aller plus loin, si le temps, les moyens ou les circonstances avaient été différents. Comme souvent dans ces trajectoires brèves, l’intérêt ne tient pas seulement à la musique elle-même, mais à ce qu’elle raconte d’un moment précis, d’un réseau informel et d’une manière de faire exister des chansons en dehors de toute structure.
Je chante dans les Glaviots (3)
Voici ma seconde participation à la Revue Thésaurus (n°2) du camarade Claude Picard. Après avoir évoqué par le détail la saga de Cérémonies, il m'est apparu comme une évidence que je devais parler de ma propre carrière musicale. Dont acte. Voici ce que je lègue à mon prochain, soit tout mon héritage artistique.
Bruno, sans doute tombé dans l’alcool (et peut-être amoureux de David), avait des accès de n’importe quoi et pliait (parfois) ses voitures en sortie de répétition… Puis, il disparaissait dans la nuit. Sa fiancé, médecin du travail, m’appelait, désespérée, vers 3 heures du matin en espérant le retrouver. Bruno me pensait bien trop gentillet pour le poste de lead guitariste et parfois me le faisait savoir plus ou moins violemment. Aujourd’hui encore, au détour d’un cauchemar, Bruno m’apparaît. Il est le gardien de mon enfer personnel. David, le chanteur américain, mélangeait whisky et Lexomil et se prenait parfois pour une rock star. Il tapait (un peu) sur les nerfs des techniciens, lors de nos concerts. Un jour, après un concert tellurique, au Plan à Ris-Orangis, le patron de lieux nous a maudit jusqu’à la 5e génération et bannit à jamais du lieu. Trop de bruit et trop de David. Il en a été également ainsi pour le groupe de hard rock en Spandex avec qui nous partagions, ce soir-là, l’affiche. David leur avait emprunté un ampli. tout neuf, acheté la veille et s’était mis en tête de tester les limites de sa puissance. En une demi-heure, il avait rodé la bête et à la fin du set, l’amplificateur n’émettait plus qu’un vague bruit blanc. Ma mère que j’avais invité à ce concert (et qui avait eu le courage de venir), a décrit notre musique comme « tragique ». C’était assez juste. Sandy (la femme de David et manageuse/choriste) pleurait beaucoup et serait bientôt diagnostiquée schizophrène avec de fréquents passages en HP. Yannick balançait sa basse et quittait parfois les répétitions pris d’une rage incontrôlable. Le gars Yannick était, à l‘époque, un peu tendu et je me souviens avoir été à ses côtés, lorsqu’il bloqua les 4 voies du périphérique (en garant son camion de travers), un samedi vers 14h, pour faire sa fête à un type qui lui avait fait une queue de poisson. Yannick, lui non plus, fallait pas lui casser les pieds. Depuis, il s’est considérablement assagi et continu d’hanter les studios, guitare électrique à la main.
Nous nous aimions, nous nous détestions. Difficile de discerner la limite entre les deux. Nous étions, en tous cas, un vrai gang. Et puis un jour, au bout de 5 intenses années d’espoir et d’efforts, ce fût le bar pourri de trop (aux Halles, à Paris). L’organisation catastrophique nous a demandé de jouer après un handicapé (au demeurant guitariste) qui n’était pas prévu au programme. Cela voulait dire finir à point d’heure et surtout n’avoir que 3 personnes devant nous. Je travaillais le lendemain. J’ai craqué. J’ai refusé de jouer et c’était terminé… C’était le prétexte que nous attendions tous et surtout David. Lui avait commencé à répéter en secret avec d’autres musiciens et planifiait son départ du groupe. Ce fut comme une rupture, une séparation amoureuse… Presque un adultère. Beaucoup de douleur et de rancœurs. Une longue gueule de bois. Ce qui était un domaine réservé au plaisir était devenu un travail et une peine : 2 répétitions par semaine, la promo, la com, transporter le matos, supporter les égos, fréquenter des amis qui au fond ne l’étaient pas… etc. J’en ai presque oublié de travailler et de mener ma carrière de graphiste. Là, le travail fût ma planche de salut.
Après quelques années de vide musical, j’ai finalement décidé de ne plus m’embêter et surtout de ne plus jouer avec des psychopathes et ce quelque soit le projet. J’ai rejoint le nouveau groupe de Yannick : Blade. C’est sans doute ce que j’ai fait de mieux à la guitare. Nous avons fait quelques concerts (dont un très bon, à la Flèche d’Or) et une démo où David, ancien Monkey Business, est venu chanter sa seule compo. en français, ever. La batterie et le chant étaient assurés par une sorte de consultant /espion qui travaillait pour les Services de Renseignement Français. Parallèlement, j’ai commencé à répéter avec Jean-Yves, mon ami de toujours, seul vrai musicien que je connais qui sait lire et écrire la musique. Nous avons fait de la musique électronique grâce à Cubase et sans se donner de limites, le tout à grands coups de sampler. Du mambo, de l’impro, de l’électro, du n’importe quoi, nous nous sommes tout permis et j’ai un peu laissé tomber la guitare. Bien nous en a pris puisque Canal Plus nous a inclus dans une compilation thématique liée à leur Nuit des Extra-terrestres. Radio Nova nous a programmé lors de leur hommage à Gainsbourg et nous étions en « heavy rotation » sur les radios universitaires québécoises. Pour l’occasion l’inoxydable Franck chantait sur nos compos et reprises. Pour finir le chapitre « Nouveaux Monstres », après 2 CD diffusés (dont 1 interactif), nous avons travaillé sur un enregistrement qui nous a demandé beaucoup trop d’efforts : 2 années de préparation et de composition, 15 jours de studio, un guitariste, une section de cuivre, un percussionniste, de l’accordéon, des cuivres, des chœurs… etc., etc. Mon « Smile » personnel quoi (les fans des Beach Boys comprendront). J’ai même écrit toutes les paroles des chansons. Une fois le mix terminé, j’avais un sentiment d’écœurement solidement chevillé au corps qui me reprend à chaque écoute du CD. J’étais lessivé et je n’ai même pas pu faire de promo. Les CD sont restés en caisse. Mais, Peut-être qu’un jour, sait-on jamais !
Aujourd’hui, je joue toujours, mais mon futur musical est derrière moi. Un de ces quatre, je referai de la scène, du moins je l’espère. Parce que c’est là où ça se passe. Je garde plein de bons souvenirs de ces années qui alimentent, encore aujourd'hui, mon imaginaire et ma créativité : notre entrevue avec le label New Rose, le live à Radio France dans le studio 113, les bœufs avec les Bonaparte’s ou les Stunners. La première partie du guitariste de Rory Gallagher, le retour de notre mini-tournée bretonne où j’ai croisé Link Wray a une station-service (avec Vincent Palmer), le CD des Nouveaux Monstres présenté à Nulle Part Ailleurs, « So Alone » des Monkey Business qui me donnait une joie sans égal à chaque fois que nous la jouions, ma propre version de Louie Louie (avec mes lyrics) par les Nouveaux Monstres, Jean-Yves mangeant son cassoulet avant un concert au Cadran, ce spécialiste du contrepoint qui fût clavier chez les Monkey (et qui avait joué avec les Toys Dolls), l’écho à bande emprunté au groupe Dolly qui enregistrait en même temps que nous, la musique d'un CD-Rom éducatif pour enfants (commandé par Michelin), l’expander également emprunté à Manche de Raquette, Daniel - notre ami trompettiste - qui joue sur le premier Nouveaux Monstres (mais qui, malheureusement, n’est plus là aujourd’hui), ma première « belle » guitare électrique ramenée des USA, un concert apocalyptique sur une plage espagnole (avec un groupe éphémère : une moitié de Cérémonies + une moitié de Fricotins)… Etc.
Le nouveau Demolition Party
Il y a chez Demolition Party une forme de persistance tranquille qui finit toujours par payer, comme si chaque nouvelle sortie venait patiemment ajouter une couche à un édifice commencé il y a longtemps, abandonné, puis repris sans nostalgie. Ce nouvel EP, Portraits Crachés, s’inscrit exactement dans cette logique : pas un retour tonitruant, pas une tentative de rattraper quoi que ce soit, mais plutôt une manière d’avancer encore, en affinant ce qui fait depuis quelque temps la singularité du groupe.
On retrouve d’abord ce son immédiatement identifiable, fait de guitares en suspension, d’arpèges qui semblent plus dessinés que joués, et d’une économie de moyens qui évite soigneusement toute tentation du riff appuyé. Chez eux, la tension ne vient jamais de la saturation ou de la vitesse, mais de ce léger flottement permanent, comme si les morceaux hésitaient à s’effondrer tout en tenant debout par miracle. Cette impression, déjà perceptible sur les précédents titres et notamment sur American Cliché, trouve ici une forme d’équilibre assez frappante, presque apaisée sans devenir confortable.
Il y a aussi cette voix qui semble parfois arriver en décalage avec la musique, ou plutôt glisser dessus sans chercher à s’y accrocher. Ce choix, qui pourrait passer pour de la retenue, donne en réalité beaucoup d’espace aux morceaux. Les textes, eux, restent dans cette zone un peu floue entre fragments, images et impressions, comme des notes prises à la volée, sans volonté de conclure. Le titre de l’EP n’est d’ailleurs pas anodin : ces “portraits” ne cherchent pas la ressemblance, ils capturent plutôt des états, des silhouettes, des choses à moitié dites.
Ce qui frappe surtout, c’est la cohérence d’ensemble. Là où certains projets récents pouvaient donner l’impression de juxtaposer des idées, Portraits Crachés tient comme un bloc, avec ses respirations, ses creux, ses moments presque immobiles. On sent que le groupe a pris le temps de construire un climat plutôt que d’empiler des chansons. Il y a quelque chose de plus maîtrisé, sans que ça devienne démonstratif.
Et puis il y a cette manière très particulière d’être contemporain sans jamais sonner comme tel. Demolition Party ne court pas après les tendances, mais ne se réfugie pas non plus dans une esthétique rétro. On pense parfois à une new wave fantôme, débarrassée de ses clichés, ou à une pop française qui aurait oublié de chercher le refrain. C’est sans doute là que le groupe est le plus intéressant : dans cet entre-deux un peu instable, où rien n’est vraiment souligné.
Au fond, ce nouvel EP confirme surtout une chose : Demolition Party avance à son rythme, sans stratégie apparente, en laissant la musique se déposer là où elle peut. Et c’est précisément ce qui le rend attachant. Pas spectaculaire, jamais pressé, mais toujours juste. Pour écouter ce nouvel ep produit par Steve, le claviériste de Shaka Ponk, c'est ici !
Une photo des Fricotins (un peu bidouillée)
Grâce à une IA, j'ai un peu retravaillé cette photo emblématique des Fricotins (réalisée par Philippe G.). Au final, je ne suis pas sûr du résultat... Flippante mais plus vivante.
Le retour des Tokow Boys
On avait déjà évoqué Tokow Boys (et Rachel Rachel, leur chanteuse) dans Bouloup, un peu en filigrane, comme une silhouette qui passe derrière le décor des “jeunes gens modernes”. Et puis il y a des morceaux qui méritent qu’on s’y attarde pour de bon, ne serait-ce que pour comprendre comment une poignée de titres ont réussi à capter quelque chose de très précis de leur époque sans jamais vraiment exister dans le paysage officiel. “Elle Hôtesse” fait clairement partie de ceux-là.
Sorti en 1980, le morceau déboule avec cette espèce d’assurance fragile propre aux débuts de la new wave française, encore en train de chercher sa langue. Ce qui frappe immédiatement, c’est cette voix perchée, presque désincarnée, de Rachel Ortas, qui flotte au-dessus d’un groove minimaliste, un peu bancal, mais jamais maladroit. Derrière, ça tricote sec entre les claviers et une rythmique sèche, pendant que le sax vient poser une couleur à la fois élégante et légèrement incongrue, comme souvent dans cette période où tout le monde semblait redécouvrir l’instrument sous l’influence croisée du punk et du jazz mutant.
Le groupe s’est formé à Paris à la toute fin des années 70, dans ce moment charnière où l’énergie punk commence déjà à se dissoudre dans quelque chose de plus froid, de plus conceptuel, mais pas encore totalement synthétique. Chez Tokow Boys, il y a ce goût pour une esthétique un peu déplacée, presque exotique, qui passe autant par le nom que par certaines textures sonores. Le morceau a été enregistré à Londres avec David Cunningham, ce qui n’est pas anodin : on retrouve dans “Elle Hôtesse” ce sens du vide, du rythme étiré et du détail absurde qu’on pouvait entendre chez les The Flying Lizards. C’est une musique qui avance en décalage, qui ne cherche jamais vraiment à séduire, mais qui finit par accrocher sans prévenir.
À l’époque, le titre circule, notamment sur les radios pirates, sans jamais franchir le cap du succès visible. Trop étrange, trop raide, ou simplement mal distribué, comme beaucoup de choses sorties chez Virgin Records à ce moment-là en France. C’est le genre de disque qu’on imagine très bien passer tard le soir, entre deux imports anglais, pour une poignée d’auditeurs qui avaient déjà un pied ailleurs.
Avec le recul, “Elle Hôtesse” apparaît presque comme un point d’équilibre entre plusieurs mondes qui cohabitent brièvement avant de se séparer. Il y a encore un peu du chaos du punk, déjà une forme de sophistication pop, et surtout cette manière très française de rendre le détachement presque théâtral. Rien n’est appuyé, tout semble tenu à distance, et c’est précisément ce qui donne au morceau sa tenue.
La suite est connue, ou en tout cas plus visible : après la fin du groupe au début des années 80, Rachel Ortas et Éric Tabuchi bifurquent vers Luna Parker, avec à la clé un tube massif quelques années plus tard, “Tes états d’âme… Éric”. Difficile de faire un grand écart plus spectaculaire. Et pourtant, en revenant à “Elle Hôtesse”, on entend déjà quelque chose de cette écriture précise, de ce goût pour les lignes claires, simplement plongés ici dans un environnement beaucoup plus anguleux.
C’est sans doute pour ça que le morceau tient aussi bien aujourd’hui. Il ne cherche pas à être emblématique, il ne coche aucune case évidente, et il reste coincé dans une zone intermédiaire assez rare. Un disque qui n’a pas vraiment trouvé sa place au moment de sa sortie, mais qui, justement pour cette raison, continue de réapparaître régulièrement, comme un rappel discret que la scène française du début des années 80 ne se résume pas à ses figures les plus visibles.
Basement Daze
Voici l'autre face du single de The Depressions, proto-punk pub rock et leur très enlevé "Basement Daze".
Arrête ou continue
Nuit Privée n'est pas sans me rappeler Écoute Maman dans sa façon de jouer et dans la structure de ses chansons. Voici la face B de l'unique single du groupe...










