Voici l'autre face du single des Spurts sorti en 1982 sur le Kiosque d'Orphée... Un bon moment de rigolade punk à la française comme on aimait à l'époque !
R.E.M.
Avant d’être les stars planétaires que l’on connaît — les arènes pleines, les clips en boucle sur MTV, les hymnes comme Losing My Religion —, R.E.M. a été un petit groupe du Sud profond. Un groupe de copains d’Athens, en Géorgie, qui bricolait une pop étrange et lumineuse dans un monde encore post-punk.
Tout commence en 1980, quand Michael Stipe, Peter Buck, Mike Mills et Bill Berry se rencontrent à l’université. Athens n’est pas encore la scène indie qu’on imaginera plus tard, mais il s’y passe déjà quelque chose : The B-52’s ont ouvert la voie, et dans les bars du coin, des kids font du bruit avec des guitares, loin du clinquant de Los Angeles ou du nihilisme new-yorkais.
Le premier single, Radio Free Europe, sort en 1981 sur Hib-Tone. Petite maison locale, tirage confidentiel, mais cette chanson a tout. La guitare cristalline de Buck, entre jangle et urgence, la basse mélodique de Mills, et la voix de Stipe, mystérieuse, presque incompréhensible. On ne comprend pas les paroles, mais on sent qu’il se passe quelque chose. C’est ça, la magie de R.E.M. à ses débuts : de l’énergie, de la mélodie, et un voile de brouillard par-dessus. Le morceau attire assez d’attention pour que le groupe signe chez I.R.S. Records, label connu pour ses choix audacieux (The Go-Go’s, Wall of Voodoo, The Cramps).
En 1982, sort Chronic Town, cinq titres d’une beauté un peu tordue. Ce n’est pas un disque “important” à l’époque, mais avec le recul, c’est une petite révolution. Les guitares sonnent comme si elles venaient d’un autre pays, la batterie rebondit, et Stipe chante comme s’il parlait un dialecte secret. Des morceaux comme Gardening at Night ou 1,000,000 montrent déjà ce que R.E.M. fera de mieux : mélanger le folk-rock des Byrds, l’ombre du punk et une mélancolie très personnelle. C’est un disque qui respire la campagne américaine, la verdure, les routes vides et les couchers de soleil, mais avec une tension sous-jacente.
L’année suivante, Murmur installe R.E.M. comme le fer de lance d’une nouvelle scène américaine. Là encore, rien n’est frontal : pas de gros son, pas d’effets de manche. Juste cette écriture tordue, ces mélodies qu’on reconnaît sans les comprendre, et cette atmosphère quasi-mystique. Les critiques adorent, la presse parle d’un souffle nouveau, mais le grand public passe à côté. Tant mieux : Murmur reste un disque à part, une œuvre d’initiés. On y retrouve l’Amérique profonde, les trains de nuit, les terrains vagues, les mots qu’on devine plus qu’on ne les entend.
Ce R.E.M.-là n’a pas encore les moyens des grandes productions ni les refrains faits pour les stades. C’est un groupe qui avance par instinct, porté par des chansons qui semblent venir d’un autre temps. Ce qu’ils ont créé entre 1981 et 1984 reste un miracle d’équilibre entre naïveté et maîtrise. Plus tard, tout changera — Document, Green, Out of Time, Automatic for the People —, mais ceux qui ont usé leur exemplaire de Chronic Town savent : le vrai frisson R.E.M., celui du brouillard, du jangle et du mystère, c’était là, au tout début quand on assurait (entre initiés) qu'en fait ce groupe s'appelait "Rapid Eyes Movement"...
Le retour des héros
3e extrait de "Tower Of Love" des Girls From Tahiti, voici "Return Of The Heroes" et son magnifique son de basse/batterie...
Les Spurts
Les Spurts font partie de ces groupes punks français qu’on découvre toujours avec un petit frisson, celui de tomber sur une bande de mômes pleins de morgue, qui ont su tout dire en quelques morceaux. Venus de Caen, ils ont sévi entre 1980 et 1984, dans une Normandie alors fertile en décibels et en groupes énervés. Leur nom, piqué à Richard Hell & the Voidoids (“Love Comes in Spurts”), annonce la couleur : un punk direct, sale, drôle, sans calcul.
Leur formation a un peu bougé au fil du temps : Stiff au chant, Jean-Christophe puis Vodka à la guitare, Mongolito à la basse, Boboss puis Kebra à la batterie. Le service militaire aura raison du groupe au milieu des années 80, comme souvent à l’époque. Mais avant ça, les Spurts auront enregistré, en novembre 1982, cinq morceaux au studio Melody Music de Caen : « Petit papa fasciste », « Je suis fier de mon grand-père », « Bébé Nazi », « Je suis amoureux d’une pute » et « Quatre conseils pour un suicide réussi ». Tout un programme. Le 45 t « Petit papa fasciste / Je suis fier de mon grand-père » sort la même année, dans un total anonymat, avant d’être réédité en 2010. Ces cinq titres referont surface en 2022, sur un EP qui remet enfin le groupe dans son contexte : celui d’une jeunesse punk de province, sans plan de carrière, mais avec une vraie urgence à gueuler quelque chose.
Leur son est brut, un peu maladroit, mais terriblement vivant. Pas de second degré, pas de pose arty : juste un groupe qui balance ses tripes avec trois accords et beaucoup de mauvaise foi. Les paroles, volontairement provocantes, jouent avec les symboles interdits, comme pour tester les limites d’un pays encore frileux avec la subversion. Il paraît qu’Alain Maneval avait passé un de leurs titres sur Europe 1 — petit miracle de contamination radiophonique à une époque où le punk hexagonal se jouait surtout dans les MJC.
En 1984, les Spurts se séparent, et Jean-Christophe part fonder Fuckland, autre aventure du coin. Les Spurts n’auront donc laissé qu’une poignée de titres, quelques photos et beaucoup d’énergie mal canalisée. C’est peu, mais suffisant pour mériter leur place dans la grande histoire bancale du punk français. Un groupe sans ambition, sans compromis, et sans postérité immédiate — mais dont chaque écoute rappelle pourquoi on s’attache à ces disques bricolés : parce qu’ils sentent le vinyle mal pressé et l’envie furieuse d’exister, ne serait-ce que deux minutes trente.
Cet épisode pourrait sembler clos, mais c’est là qu’intervient l’ami Claude Picard. Avec son label Caméléon Records, il s’est donné pour mission de réévaluer ces groupes oubliés, ceux qui ne bénéficiaient pas des projecteurs parisiens, et dont les traces empoussiérées attendaient d’être exhumées. Claude ne fait pas ça pour le buzz : il fait ça parce qu’il croit que toute la France musicale mérite son histoire. Il creuse les vieux tiroirs, impose des tirages vinyles soignés, retravaille les pochettes, remet en lumière des titres qui dormaient depuis trop longtemps. Le travail de mémoire qu’il accomplit donne aux Spurts, et à d’autres groupe du même acabit, une seconde chance d’être entendus par ceux qui cherchent encore ces ruines vivantes de la scène alternative.
Les rues de la Méchanceté
Voici un 2e extrait du 4 titres de Girls From Tahiti voici le très bon "Streets Of Spite" !
Central
Nouvel extrait du magnifique album de Dazibao "Les Musiques De La Honte" voici le très incantatoire "Central" !
Girls From Tahiti
En 1984, un étrange et fascinant 12 pouces intitulé Tower Of Love voit le jour sur le petit label suisse R.F. Records. Derrière cette pochette soignée signée Alex Colle et Lisa Etter se cache un groupe tout aussi singulier que mystérieux : Girls From Tahiti. Malgré leur nom exotique, les musiciens ne viennent pas des îles, mais de Zürich, où ils se sont formés au printemps 1983.
Le groupe est alors composé de Dani Eggspühler à la batterie et au chant, de Peter Hefti à la basse et au chant, de Dinu Keller à la basse — vite remplacé par Peter van der Zouw — et de Hary Lehnherr à la guitare et aux chœurs. Ensemble, ils enregistrent un mini-album de quatre titres, Tower Of Love, publié en mars 1984. La sortie, datée précisément du 23 mars, s’inscrit dans cette période effervescente où la Suisse produit une scène post-punk et new wave confidentielle mais inventive, dans le sillage d’autres formations comme Grauzone, Liliput ou Dieter Meier avant Yello.
Les morceaux, au titre déjà révélateur — No Reply, Streets of Spite, Return of the Heroes, Sold Out — oscillent entre un post-punk tendu et un son plus pop, porté par une production dépouillée mais claire. On y retrouve cette esthétique propre aux petites productions helvétiques de l’époque : un mélange de rigueur froide, de mélancolie synthétique et de sincérité DIY.
Sorti sur R.F. Records (référence 1006), le disque ne connaît qu’une diffusion très limitée. Aujourd’hui, il fait partie de ces rares objets que les collectionneurs de new wave européenne traquent avec ferveur, souvent listé sur Discogs comme une pièce obscure mais précieuse. Peu d’informations ont circulé sur la suite du groupe, qui semble s’être dissous peu après la sortie du disque, laissant derrière lui un unique témoignage — quatre morceaux, une pochette, et un nom aussi incongru qu’évocateur.
Quarante ans plus tard, Tower Of Love reste un petit mystère, un fragment de l’histoire souterraine de la musique suisse, et une belle découverte pour ceux qui aiment fouiller les marges du post-punk continental.
Voodoo's Revenge
Voici un 2e extrait de l'album "Welcome To The Isle Of Dogs" des Bonaparte's sorti en 1986 qui m'a attiré les foudres de YouTube (à cause d'un sein qui dépassait).
On va faire la Java
Dans quelques jours, les Disques Abrasifs organisent une grande "Release Partii" (avec 2 i). Au programme, Jean_Marc mon groupe adoré, puis l'électro dingo des Hauts de Plafond et pour finir... Demolition Party et leur dream pop magnifique... Ne ratez pas cette belle occasion ! Ce concert à la Java, le 1er novembre, est gratuit mail il faut s'inscrire : https://urls.fr/E9s0ed !
I Feel LIke A Tram
Voici l'autre face de l'unique single des Suisses de Jack & The Rippers sorti en 1979.
Joe Strummer versus The Stooges
Petite pensée pour Joe Strummer, notre grand frère disparu il y a 23 ans. Il me manque. J'ai trouvé cette reprise sur l'internet et je ne savais pas que Joe s'était attaqué à ce standard des Stooges. Il s'agit d'une captation live au Japon lors de sa dernière tournée avec les Mescaleros !
Jack & The Rippers
Jack & The Rippers fait partie de ces groupes suisses dont l’histoire est aussi fulgurante que marquante. Formés à Genève en 1977 par les frères John et Francis Seilern, revenus de Vienne avec la fièvre punk en bandoulière, ils s’entourent de Babine à la basse et d’André Tieche à la batterie. Ce dernier quittera rapidement l’aventure pour une mission humanitaire en Afrique, où il sera tragiquement tué par des rebelles angolais. Remplacé par Philip Turrian, le groupe enchaîne alors les concerts dans les caves et clubs de Genève, avec une énergie brute qui les inscrit d’emblée dans la petite histoire du punk helvétique.
Leur unique trace discographique, le 45 tours No Desire / I Feel Like A Tram, a été enregistré en avril 1978 au studio THC, mais ne sortira que le 26 novembre 1979 sur Another Swiss Label, alors que le groupe s’était déjà séparé. Avec son punk mélodique aux accents power-pop, fortement marqué par l’influence britannique, ce disque reste un véritable classique de la scène suisse de la fin des années 70. Tiré à peu d’exemplaires, l’original est aujourd’hui une rareté recherchée, rééditée par Dirty Faces en 2004, puis par Static Age et Incognito Records en 2016 et 2017.
À l’époque, un deuxième single était prévu, avec les morceaux “Safe and Secure” et “Don’t Pretend”, mais il n’a jamais vu le jour officiellement. Après la séparation, les frères Seilern et Babine poursuivent leur route en formant Zero Heroes, aux côtés de musiciens issus d’autres formations genevoises comme The Bastards. En dépit d’une carrière courte et d’une discographie minimaliste, Jack & The Rippers demeure une référence culte, témoin d’une scène punk suisse aussi vive qu’éphémère.
Voici la première face de leur unique single !
Oï Oï
2e extrait de l'e.p. des Stillers sorti en 1982 voici "Oï, Oï" mais qui sur la pochette du single s'appelle "Bats-toi" !
Danse
2e extrait du 1er single de Raff, voici le très speed "Danse"... Une invitation à la... qui fait plutôt peur et qui ferait fuir les pogoteurs les plus endurcis !
The Long Ryders, les cow-boys électriques du Paisley Underground
Parler des Long Ryders, c’est remonter au Los Angeles du début des années 80, quand la scène alternative locale explorait de nouvelles voies entre psychédélisme, folk-rock et énergie punk. Dans le sillage des Dream Syndicate, des Rain Parade ou des Bangles, émergeait un mouvement qu’on a vite baptisé Paisley Underground. Les Long Ryders en faisaient partie… mais avec leurs santiags aux pieds et un amour immodéré pour Gram Parsons et le country-rock des sixties, ils s’en démarquaient immédiatement.
Formés en 1982 autour du chanteur-guitariste Sid Griffin, du guitariste multi-instrumentiste Stephen McCarthy et du batteur Greg Sowders, les Long Ryders sortent dès 1983 un premier EP, 10-5-60. Une carte de visite explosive, où les riffs garage côtoient des harmonies country, le tout joué avec la fougue de punks en rodéo. L’année suivante, leur premier album Native Sons confirme leur originalité : on est loin de l’esthétique new-wave de l’époque, mais aussi du revival rockabilly alors en vogue. Ici, on célèbre les racines américaines sans nostalgie, en y injectant une bonne dose d’électricité.
En 1985 sort State of Our Union, sans doute leur disque le plus marquant, porté par le single “Looking for Lewis & Clark”. L’album fait un carton en Angleterre, où la presse musicale – toujours friande d’américanisme – s’emballe. L’Europe deviendra un refuge et un soutien pour le groupe, souvent mieux compris de ce côté de l’Atlantique que chez eux, aux États-Unis. Leur dernier album de la première période, Two-Fisted Tales (1987), poursuit sur la même veine, mais le succès commercial n’est pas au rendez-vous. Le groupe se sépare peu après.
Si les Long Ryders n’ont jamais vraiment eu de “hit” planétaire, leur héritage est immense. Ils sont aujourd’hui considérés comme l’un des chaînons essentiels entre le country-rock des années 70 (Byrds, Flying Burrito Brothers, Buffalo Springfield) et ce qu’on appellera plus tard alt-country ou Americana. Des formations comme Uncle Tupelo, Wilco ou Jayhawks leur doivent beaucoup.
Contre toute attente, les Long Ryders se reforment régulièrement à partir des années 2000, multipliant concerts et compilations. En 2019, ils publient un nouvel album, Psychedelic Country Soul, leur premier en plus de trois décennies, salué par la critique. Et en 2023, September November confirme que leur mélange de country, folk et rock reste toujours pertinent.
Les Long Ryders ont toujours été à contre-courant : trop country pour les fans de rock indé, trop bruyants pour les puristes du folk, trop roots pour les adeptes du post-punk. Mais c’est précisément ce qui fait leur charme et leur importance. Cow-boys électriques, héritiers de Gram Parsons autant que du punk, ils ont ouvert la voie à toute une scène qui allait s’imposer dans les années 90 sous le nom d’Americana.
Nous sommes le 9 Septembre 1986 à Madrid et les Long Ryders attaquent un des passages obligés du répertoire d'Elvis Costello, une composition du fameux Nick Lowe.





