Aujourd’hui, un petit détour par la Belgique avec un single aussi rare qu’intrigant. En 1979, un groupe nommé Heavy Manners sort un 45 tours intitulé World War Six.
Sur la face A, on trouve le morceau éponyme, long de plus de cinq minutes, tandis que la face B propose Attention, un titre plus court (à peine deux minutes). Le disque est crédité simplement à Heavy Manners, sans plus d’informations sur les musiciens impliqués.
D’après les rares données disponibles (merci à Discogs), le disque est sorti en Belgique, classé dans la catégorie “Rock”. Pas de label connu, pas de suite discographique, pas de traces évidentes dans la presse musicale de l’époque. Autant dire que ce 45 tours est un véritable mystère.
Le choix du nom Heavy Manners peut troubler : il existe un groupe de reggae du même nom aux États-Unis, actif dans les années 80, ainsi qu’une compilation Trojan Records qui reprend l’expression. Mais ici, on parle bien d’un projet belge, sans lien apparent.
Comme souvent avec ce type de curiosité, on reste dans le flou : qui étaient Heavy Manners ? Quelle scène les a vus naître ? Était-ce un one-shot punk/new wave perdu dans les sillons de l’histoire ?
Ça faisait un moment que je n'avais pas été rattrapé par la patrouille. Ce coup-ci, un bout de sein sur la pochette des Bonaparte's m'a valu un avertissement... Même s'il s'agit d'une œuvre originale. Bon, il faut que je file doux pendant 3 mois... Donc, on ne verra plus ce visuel subversif ! Et là, je n'ai pas le droit de publier pendant une semaine sur YouTube. J'ai toujours l'impression que ce sont les petits comme moi qui prennent à chaque fois...
En 1992, le groupe français The Jekylls sort un premier single devenu culte pour les amateurs de garage rock : The Good Time Is Over. Originaire de Beauvais, dans l’Oise et formé en 1991, The Jekylls s’inscrit dans une scène française alors assez discrète, mais particulièrement vivace, qui remet au goût du jour l’énergie brute et les sonorités des années 60. Leur musique se distingue par une utilisation marquée de l’orgue Hammond, des riffs de guitare incisifs et une rythmique qui ne laisse pas de répit. On retrouve dans leurs compositions l’influence assumée des groupes britanniques de la fin des sixties, avec une approche moderne et personnelle.
Après ce premier single, le groupe enchaîne avec l’album A Hidden Meaning en 1994, réédité en vinyle l’année suivante par Dig! Records, puis avec The Last Pterodactyl Wild Quest en 1995. En 1997, ils enregistrent à Londres, au studio Toe Rag, avec Liam Watson — futur producteur de l’album Elephant des White Stripes — pour le single Jigsaw, sorti sur le label anglais Detour Records, spécialiste des productions mod. Malgré cette reconnaissance croissante dans les cercles spécialisés, l’aventure s’arrête en 1998.
Après la séparation, les membres poursuivent différents projets : Pierre Chevalier, chanteur et guitariste, rejoint le groupe King Size avant de fonder Peter Night Soul Deliverance en 2002, tandis que Jocelyn Godard, claviériste, prend la basse au sein de Lazy Frogg. Même si The Jekylls n’a jamais vraiment percé auprès du grand public, leur discographie reste un témoignage précieux de la vitalité de la scène garage rock française des années 90. Pour les curieux, The Good Time Is Over demeure un excellent point d’entrée pour découvrir leur univers : un titre tendu, nerveux et parfaitement représentatif de l’énergie qui animait le groupe.
Dans la galaxie des groupes français des années 80, il y a ceux dont on se souvient et ceux qu’on redécouvre des décennies plus tard. The Bonaparte’s fait partie de la deuxième catégorie. Fondé à Paris en 1984, le groupe développe une musique tendue et sombre, à mi-chemin entre new wave, post-punk et cold wave. On pense forcément à The Cure, Siouxsie & The Banshees ou Killing Joke, mais les Bonaparte’s avaient leur propre identité : guitares nerveuses, basse en avant, claviers glacés et un saxophone qui ajoutait une touche cinématographique assez unique dans le paysage français de l’époque. On notera que deux des Bonaparte's sont d'ancien Baroque Bordello, un groupe dont nous avons largement parlé dans ces colonnes...
Leur premier disque, Shiny Battles, sort en 1985 sur le label Garage Records. Cinq titres seulement, mais déjà une belle démonstration de force : The Battle of Iena, Waterloo’s Front, Shiny Light, Women in Light et une reprise inattendue de They’re Coming to Take Me Away, Ha Ha! de Napoleon XIV. L’année suivante, ils passent à la vitesse supérieure avec Welcome to the Isle of Dogs, produit par Lol Tolhurst, batteur de The Cure. Le son est plus ample, plus ambitieux, plus varié. On y trouve des morceaux marquants comme For Winter, Voodoo Revenge, Hymn ou She, qui témoignent d’un groupe alors au sommet de sa créativité.
J’ai eu la chance de les croiser à cette époque grâce à une association qui s’appelait Vertical Hiver. On partageait un studio de répétition avec eux et, forcément, les choses ont dérapé : une après-midii, on a fini par taper le bœuf ensemble. Un moment suspendu, un peu irréel, où leur énergie scénique s’est retrouvée en version brute, à quelques mètres à peine.
Sur scène, The Bonaparte’s enchaînent les concerts importants : Printemps de Bourges, Trans Musicales de Rennes, Rex Club… avant de partir en tournée européenne, passant par la Suisse, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Danemark et la Norvège. Mais l’aventure ne dure pas. Après la sortie de leur deuxième album, le groupe se sépare en 1987, laissant derrière lui une discographie courte mais marquante.
Bonne nouvelle pour les amateurs : les deux disques ont été réédités par le label Rotorelief. Shiny Battles est ressorti en 2017 et Welcome to the Isle of Dogs en 2019, avec un son remasterisé et quelques bonus selon les versions. Ces rééditions permettent de redécouvrir un groupe qui avait tout pour jouer dans la cour des grands, mais qui est passé sous les radars.
Aujourd’hui, les disques originaux sont difficiles à dénicher, mais les rééditions restent accessibles. Pour qui s’intéresse à la cold wave française et à la scène alternative des années 80, The Bonaparte’s est une étape incontournable, un rappel que certains éclairs musicaux ne durent qu’un instant mais marquent profondément ceux qui les croisent. Voici un premier extrait de leur second album.
Dans un article posté le 20 Août, Haar Brut, un bon blog que l'on suit, parle des Top blogs à suivre... Et une fois de plus, le camarade Malto cite Bouloup (en 2e position). Qu'il en soit, ici, chaleureusement remercié. À mon tour de lui renvoyer l'ascenseur et de dire - ici - tout le bien que je pense de son blog. Haar Brut m'a fait découvrir un paquet de pépites oï, pop, etc... En bonus, on ira découvrir les 6 autres blogs qui sont cités et qui sont tout aussi intéressants (certains sont, bien sûr, dans mes favoris depuis longtemps)...
Aujourd’hui, on part à Édimbourg, en Écosse, pour parler d’un groupe punk qui mériterait d’être plus connu : Sad Society. Actifs depuis le tout début des années 80, ces Écossais ont sorti en 1987 un 7" culte, “Contaminate”, qui reste encore aujourd’hui leur disque le plus recherché. Deux titres seulement, mais un concentré d’énergie et de colère.
Le groupe s’est formé à partir de membres de plusieurs formations locales, notamment Area 12, Pressure Point et Radar. Leur son mélange la hargne du punk 77 avec la tension du UK82, tout en y ajoutant une touche mélodique assez rare dans le genre, portée par des voix masculines et féminines qui se répondaient sur certains morceaux. Avant leur premier disque, Sad Society enregistre quelques démos en 1985 (Sad Society et Another Bulletin), mais c’est en 1987 qu’ils franchissent un cap avec “Contaminate”, un 7" autoproduit resté confidentiel mais devenu culte. Le morceau-titre est un hymne punk sans concessions, tandis que la face B enfonce le clou avec la même urgence et la même rage contenue.
Après ce single, le groupe continue de tourner en Écosse et en Angleterre, mais il faut attendre 1994 pour un nouveau 7", Nothing Ever Changes, publié par le label français Helen Of Oi!. L’année suivante, Sad Society sort un premier album au titre mémorable : The Best Thing Since Hand Relief. Si leurs disques sont rares, c’est surtout sur scène que le groupe a marqué les esprits. À Nottingham, en 1995, un concert prometteur tourne court à cause de problèmes techniques, mais le groupe en profite pour distribuer une vidéo live enregistrée à Édimbourg avec des morceaux inédits. La même année, lors du Edinburgh Punk Picnic, Sad Society joue dans un pub bondé pour clôturer dix jours de festival. L’ambiance est électrique, le public déchaîné et le groupe enchaîne les rappels. Tout n’a pas toujours été aussi glorieux : lors d’une tournée anglaise, le set de Leicester se déroule devant très peu de monde, la voix du chanteur Deek se brise après quelques morceaux… et pour couronner le tout, un ampli explose au milieu du concert.
Au début des années 2000, Sad Society revient discrètement avec plusieurs démos très engagées. Des titres comme “Spacegun”, “Hello Mr Bush!!” ou “No More US Laws” montrent un groupe toujours prêt à mordre, avec des textes politiques, un son plus solide et des refrains accrocheurs. Ils distribuent même une démo six titres à Birmingham en 2002, lors d’un concert où le groupe retrouve une énergie presque intacte.
Sad Society n’a jamais percé au-delà de la scène punk indépendante, mais c’est aussi ce qui fait son charme. Leur musique reste brute, directe, DIY jusqu’au bout, avec une intensité qui n’a pas pris une ride.
On connaît Elvis Costello pour ses chansons acérées, ses changements de style incessants et sa discographie monumentale. On sait moins que son père, Ross MacManus (1927-2011), était un chanteur et trompettiste reconnu dans l’Angleterre des années 50 et 60. Ross a longtemps été la voix et la trompette du Joe Loss Orchestra, l’un des orchestres de danse les plus populaires de la BBC.
En 1985, la BBC organise une émission spéciale pour Saturday Review et réunit Ross MacManus et son fils Elvis Costello pour un moment unique : une interprétation de “Georgia On My Mind”, accompagnés par le Joe Loss Orchestra. Le morceau est enregistré le 12 octobre 1985 dans les studios de la BBC et diffusé le 12 décembre 1985. C’est une performance rare, car Ross MacManus avait déjà pris du recul par rapport à la scène musicale, et voir Elvis Costello chanter aux côtés de son père, dans un registre très éloigné de ses propres productions, reste un vrai plaisir. La captation elle-même n’a longtemps circulé que sous le manteau, ce qui la rend encore plus précieuse aujourd’hui.
Ross MacManus n’a jamais vraiment connu la notoriété de son fils, mais il a marqué l’histoire de la musique britannique à sa manière. On lui doit notamment la publicité culte “The Secret Lemonade Drinker” pour R. White’s Lemonade, diffusée en 1970, où un jeune Declan MacManus — le futur Elvis Costello — chante déjà les chœurs. Cette version de “Georgia On My Mind” est donc un petit trésor, un moment suspendu où deux générations se rejoignent, quelque part entre jazz, swing et émotion familiale.