Nana Bonnard

Nana Bonnard fait partie de ces groupes fantômes dont la scène punk française du début des années 80 a le secret. Formé à Angers en juin 1982, le groupe réunit Édouard (chant), Steeve (guitare, chant), Denis (basse, chant, également passé par Trotskids, Pungy Sticks et Dandy Wild) et JFN (batterie). Une formation classique sur le papier, mais avec cette énergie brute et un peu déglinguée propre à l’époque.

Leur discographie tient en une poignée de minutes : un unique 45 tours, Enculé tête de mort, sorti en 1983 sur Studio 1. Un label qui, mine de rien, croisera aussi la route de groupes comme Têtes Raides ou Kremlin Kontingent - preuve qu’on est au bon endroit, même si tout ça reste encore très souterrain. Trois titres, pas un de plus : Enculé tête de mort, Zoophilie et Vive la veuve. Le ton est donné. En 1984, Nana Bonnard refait surface sur la compilation Chaos en France vol. 2 avec Morpionibus de profundis, ultime trace discographique d’un groupe qui disparaît presque aussitôt.

Il faudra attendre 2013 pour qu’Euthanasie Records ressorte le 45 tours, enrichi du titre de la compilation et affublé d’une nouvelle pochette - nettement plus regardable, ce qui n’était pas un luxe. Comme souvent avec ces groupes-là, difficile de ne pas penser qu’il manque quelque chose. Un album, au moins. Quelques titres de plus. De quoi savoir jusqu’où ils auraient pu aller.

Mais non : Nana Bonnard, c’est un 45 tours, une compile, et puis s’en vont. Et c’est peut-être aussi pour ça que ça reste.

Le 1er single de Kheops

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le 1er single de Kheops sorit en 1987 ! 


Il n'est pas trop tard

Voici un nouvel extrait du 2e long de Raff sorti en 1986 "Six Balles... Pour Un Colt !"...

Fuck Off

Voici l'autre face de l'unique single de Mopo Mogo, le très punk "Fuck Off" ! 

Foreign Press, le vidéo clip

Foreign Press

Il y a des groupes qui passent à côté de l’histoire sans jamais vraiment disparaître, coincés dans un angle mort où tout semblait pourtant aligné. Foreign Press fait partie de ceux-là. Formé à Manchester à la fin des années 70 par les frères Bowe, le groupe émerge d’un premier projet punk nommé Emergency avant de glisser assez naturellement vers un post-punk plus nuancé, plus mélodique, dans l’air du temps mais sans jamais tomber dans la caricature. On est alors en plein moment charnière, celui où la scène locale se redessine autour de Factory Records, et Foreign Press se retrouve, presque mécaniquement, à évoluer dans son orbite.

Ils jouent dans les mêmes salles, croisent les mêmes groupes, fréquentent les mêmes coulisses. Le Factory Club, Rafters, toute cette géographie nocturne où se fabrique le son mancunien du début des années 80 devient leur terrain de jeu. Sur scène ou en affiche, ils côtoient des groupes comme Joy Division ou A Certain Ratio, sans pour autant franchir la dernière marche, celle qui mène à une signature chez Factory. Ils restent à la périphérie, suffisamment proches pour être associés, trop extérieurs pour être intégrés. C’est une position étrange, presque inconfortable, mais qui dit beaucoup de cette scène où tout ne se résumait pas à un seul label, aussi mythique soit-il.

En 1982, ils sortent Climbing, un 12" trois titres enregistré l’année précédente. C’est sans doute leur moment le plus juste, celui où leur identité apparaît le plus clairement. Les guitares y sont tendues mais aérées, souvent en arpèges, portées par une rythmique qui refuse l’emphase. Il y a quelque chose de retenu dans ces morceaux, une manière de ne jamais forcer le trait, qui les rapproche naturellement de certaines productions Factory, sans que cela ressemble à une imitation. On pense parfois à l’économie de moyens de Joy Division, à une forme de froideur élégante que l’on retrouvera aussi chez d’autres groupes du Nord, mais Foreign Press conserve une approche plus directe, presque pop par moments, comme s’ils hésitaient encore entre plusieurs directions possibles.

Ce flottement, qui fait une partie du charme du disque aujourd’hui, a sans doute joué contre eux à l’époque. Climbing sort tard, sans véritable promotion, et passe largement sous les radars. Le groupe lui-même semble conscient d’avoir entre les mains quelque chose de solide, mais rien ne prend. Pas de relais radio significatif, peu de presse, et un label trop discret pour compenser. Le disque s’installe alors dans cette zone grise, celle des sorties que seuls quelques curieux repèrent au moment de leur parution, avant de disparaître presque complètement.

Le lien le plus tangible avec Factory arrive un peu plus tard, lorsque Bernard Sumner, figure centrale de Joy Division puis de New Order, produit leur single suivant. C’est à la fois une reconnaissance et une forme de confirmation : Foreign Press n’est pas un groupe isolé, mais bien un élément identifié de cette scène élargie. Pourtant, même ce coup de projecteur ne suffit pas à inverser la trajectoire. Le groupe amorce un virage vers un son plus accessible, plus marqué par les textures électroniques qui commencent à s’imposer, sans jamais trouver le point d’équilibre qui lui aurait permis de franchir un cap.

Avec le recul, Climbing apparaît comme un instant suspendu, celui où tout était encore possible. Ni totalement brut ni complètement poli, le disque capte une transition, un moment où la scène mancunienne se cherche encore autant qu’elle s’affirme. Foreign Press n’a pas laissé une discographie abondante ni une empreinte évidente, mais ce 12" suffit à les inscrire dans une cartographie plus souterraine, faite de groupes satellites, proches du cœur sans jamais y être absorbés. C’est souvent là que se nichent les disques les plus attachants, ceux qui n’ont pas été écrasés par leur propre légende et qui continuent, des décennies plus tard, à circuler discrètement entre amateurs éclairés.

Les Fricotins (restaurés)

Voici des photos de Bibi & les Fricotins live à Cachan pour une fête de la musique dans les années 80. Ces photos, déjà publiées, on été restaurées avec une IA ! 





 

Le 2e single de Hansje

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le 2e single de Hansje sorti en 1979 !  


 

Mopo Mogo dans Noire Inquiétude (N°2 - Juin 1982)

Mémoire

Voici l'autre face du single de Dolce Vita sorti en 1981 et qui n'est pas sans rappeler Jacno (et ses productions).

Mopo Mogo

Mopo Mogo apparaît en 1982, quelque part entre Colmar et Fribourg, dans cette zone floue où les scènes françaises et allemandes se croisent sans vraiment se mélanger. Derrière ce nom un peu absurde se cache en réalité Didier Ruy, qui mène seul ce projet entièrement bricolé : une guitare achetée 30 marks, une boîte à rythmes et une envie manifeste de faire du bruit sans attendre personne. À une époque où même les groupes les plus précaires restent des groupes, cette formule minimale a quelque chose de radical. Pas besoin d’être plusieurs pour jouer, pas besoin de répéter longtemps, pas besoin de convaincre qui que ce soit.

Le premier concert a lieu dans un squat à Fribourg, le Crash, un endroit qui en dit long sur le contexte : transfrontalier, autonome, déjà connecté à une scène allemande plus structurée et plus active que son équivalent français. Très vite, Mopo Mogo se retrouve à jouer avec des groupes locaux et à participer à des événements où circulent punks, keupons et marginaux de tous bords. Le projet prend forme dans cette dynamique-là, bien plus que dans un ancrage hexagonal. Les concerts en France, eux, restent anecdotiques, souvent déficitaires, joués devant quelques amis. Une situation presque banale pour l’époque, avec peu de public et des conditions précaires.

Musicalement, Mopo Mogo s’inscrit dans une veine punk dure et minimaliste, influencée par le hardcore anglais du début des années 80. Les références sont claires : quelque chose de direct, de tendu, sans sophistication inutile. Mais l’usage de la boîte à rythmes introduit un décalage, une sécheresse mécanique qui rapproche parfois le projet d’une forme primitive d’electro-punk. Ce n’est pas encore vraiment une esthétique, plutôt une solution pratique qui devient une signature sonore. Dans cet entre-deux, on retrouve aussi l’ombre du punk français le plus expérimental, celui qui n’a jamais eu peur des machines ni du dépouillement.

Les textes ne laissent pas beaucoup de place à l’ambiguïté. Guerre, société, travail, capitalisme : les thèmes sont classiques mais traités frontalement, sans détour ni ironie. Le morceau “Pouvoir”, qui apparaîtra sur une compilation emblématique de l’époque, condense bien cette approche. L’autre face du single, “Fuck Off”, annonce la couleur dès le titre. Deux morceaux, pas plus, enregistrés rapidement, pressés dans la foulée, et diffusés dans un circuit restreint. Le disque ne cherche pas à durer, il existe parce qu’il doit exister, point.

Mopo Mogo intègre également à son répertoire une reprise de Metal Urbain, signe d’une filiation assumée avec une certaine idée du punk français : urbain, tendu, un peu à côté. Mais là où d’autres groupes structurent une carrière, le projet reste mouvant, presque instable. Même son nom est le fruit d’un accident, une déformation née des cris du public allemand, comme si tout relevait d’un enchaînement de circonstances plutôt que d’un plan établi.

Après ce premier jet, Didier Ruy fait évoluer son projet. Il change de direction, s’éloigne du punk le plus brut pour s’intéresser à des formes plus sombres, plus esthétiques, proches de la batcave et du post-punk. Le nom change lui aussi, devenant Le Curé de la Lune, comme pour marquer une rupture. Ce glissement n’a rien d’exceptionnel à l’époque : beaucoup passent du punk à quelque chose de plus froid, de plus introspectif. Mais dans ce cas précis, il donne à Mopo Mogo une existence encore plus brève, presque fantomatique.

Ce qui reste aujourd’hui, c’est un 45 tours difficile à trouver, quelques traces dans des compilations, et l’empreinte d’un projet solitaire, né dans un coin de frontière, nourri par des influences anglaises et allemandes, et porté par une urgence qui ne cherchait ni reconnaissance ni postérité. Une forme de punk à l’état brut, sans stratégie, sans scène nationale, mais avec une cohérence totale dans son refus des règles.

Dolce Vita

Dolce Vita n’est pas tout à fait le groupe fantôme que l’on imagine au premier abord, même s’il en conserve toutes les apparences. Entre 1980 et 1983, ils publient au moins trois singles, une poignée de titres qui dessinent en creux une trajectoire brève mais réelle, inscrite dans ce moment très particulier où la scène française hésite encore entre héritage rock, poussée new wave et tentations synthétiques. Parmi ces morceaux, “Radiophonic”, sorti en 1981, reste le plus emblématique, comme une tentative de capter l’air du temps avec des moyens encore en transition. 

À l’écoute, le groupe se situe dans cette zone intermédiaire propre au tout début des années 80, quand les machines commencent à s’imposer sans avoir encore totalement redéfini les formes. Il y a dans “Radiophonic” une tension un peu raide, une modernité presque théorique, qui évoque autant les productions new wave que certaines déclinaisons plus mainstream du son de l’époque. On n'est pas très loin des débuts de Jacno sans Elli. Rien de totalement radical, mais une manière d’absorber des influences en train de circuler, de les reformuler dans un cadre encore flou.

Les crédits du disque mentionnent Olivier Huret et Simon Cloquet, deux noms qui, pris isolément, restent difficiles à raccrocher à une carrière précise. Longtemps, tout laisse penser à un projet de studio, une entité montée pour porter quelques titres sans véritable existence scénique. Pourtant, plusieurs sources évoquent des passages du groupe sur scène, notamment dans des lieux comme le Le Rose Bonbon ou le Le Palace, deux spots emblématiques de la nuit parisienne du début des années 80. Des endroits où se croisent alors musiciens, figures émergentes et projets hybrides, entre performance et tentative pop.

Cette présence scénique, même sporadique, recontextualise Dolce Vita. On n’est plus seulement face à un projet fabriqué en studio, mais à une formation qui a au moins essayé d’exister dans le circuit live, dans ces lieux où se testaient justement les nouvelles esthétiques. Cela reste une trajectoire fragile, peu documentée, mais suffisamment tangible pour sortir le groupe du simple statut d’objet discographique isolé.

D’autres indices viennent compléter ce tableau. L’un des membres aurait ensuite joué dans Extraballe, formation elle aussi relativement discrète, tandis qu’un autre se serait orienté vers la composition de musiques de films, notamment pour Luc Besson. Des trajectoires typiques de cette génération de musiciens naviguant entre groupes, commandes et projets alimentaires, sans forcément laisser de traces visibles dans les récits officiels.

Dolce Vita apparaît alors comme un point de passage, un moment dans des parcours plus larges mais difficilement reconstituables. Le groupe lui-même ne semble jamais avoir dépassé le stade de l’esquisse prolongée : trois singles en quelques années, une présence discrète sur scène, puis plus rien. Pas d’album, pas de continuité évidente, pas de récit consolidé. Juste des fragments.

C’est précisément dans ces fragments que réside l’intérêt. Ils racontent une autre histoire de la musique française, faite de tentatives, d’ajustements, de projets qui apparaissent et disparaissent au rythme des opportunités. Une histoire où les frontières entre groupe, projet de studio et réseau de musiciens sont poreuses, et où un nom comme Dolce Vita peut à la fois recouvrir une réalité concrète et rester insaisissable.

“Radiophonic”, dans ce contexte, n’est plus seulement un morceau isolé mais l’un des vestiges d’un parcours plus dense qu’il n’y paraît. Un témoignage discret de cette scène parallèle, active mais peu archivée, qui a occupé les interstices entre underground et industrie. Une scène où beaucoup se sont essayés, parfois brièvement, laissant derrière eux juste assez de traces pour qu’on puisse, des décennies plus tard, tenter d’en recomposer les contours.

Les Malades dans Rock Art n°5 (Mai-Juin 1984)

 


Le single de Doc Lebrun

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single de Doc Lebrun sorti en 1985.


 

Embarquement Immédiat

Voici l'autre face du premier single des Malades

David Rosane (en enregistrement chez Basement)

Il y a un peu plus de 15 ans, j'ai demandé à l'ami David Rosane de se remettre à la musique et d'enregistrer un album de ses compositions. Mes copains de Basement étaient aussi dans le coup. On a essayé d'enregistrer ce qu'il lui passait par la tête... Mais David n'était pas très content du résultat, le projet n'a jamais abouti... Et c'est finalement Neon Campfire qui verra le jour et leurs 2 cd que nous avons co-produit. Voici 2 magnifiques clichés pris lors des sessions chez Basement. 



 

 

Les Bonaparte's (encore)

Du fait d'un bout de sein qui dépassait sur la pochette des Bonaparte's, YouTube a bloqué ma vidéo. Depuis, les choses se sont apaisées et grâce à mon ia préférée, j'ai un peu modifié ce visuel. Histoire de ne pas subir, une fois de plus, la foudre moralisatrice de l'hébergeur de contenus vidéos. 

Les Malades dans Anonyme N°3 (Juin 1985)


Le retour des Goulues

Après avoir stoppé la publication de certains albums du fait d'un ordinateur tombé en rideau, je reprend - deux mois après- la publication du mini-album des Goulues. Voici le très bon "Autour De Mes Nuits". 

Les Malades

J'ai déjà publié deux chansons des Malades extraits de la compilation "Repérages 1984". 
 

Les groupes comme Les Malades laissent rarement beaucoup de traces, mais parfois quelques disques et une poignée de pages photocopiées suffisent à reconstituer tout un pan de scène. Actif à Lille entre 1981 et 1986, le groupe s’inscrit dans cette zone encore floue qui relie l’après-punk à l’émergence de la scène alternative française. Longtemps réduit à son premier 45 tours Le Pacha / Embarquement immédiat paru en 1983, le groupe apparaît aujourd’hui sous un jour un peu différent dès lors qu’on recolle les morceaux de sa discographie et qu’on croise ces éléments avec les archives fanzines.

Derrière ce nom, clin d’œil assumé à Madness, se cache un groupe à la fois ancré dans son époque et déjà en décalage. La formation de la première période réunit notamment Abel Chakleb à la batterie, Jean-François Declercq à la basse, Thierry Barrois au saxophone et Thierry Cailliez à la guitare, avec un chant assuré par Bruno Cheynier. La présence du saxophone, loin d’être anecdotique, donne immédiatement une couleur particulière à leur musique, qui déborde du simple cadre punk pour aller chercher du côté du ska, du rhythm’n’blues et de formes plus hybrides.

Le premier single de 1983 capte une énergie encore brute, tendue, mais déjà traversée par ces influences multiples. Pourtant, il ne constitue qu’un point de départ. Deux ans plus tard, Les Malades publient un second 45 tours, Écrivez-moi des lettres, sur leur propre structure, Les Éditions de la Péniche, signe d’un ancrage plus affirmé dans les réseaux DIY locaux. Dans la foulée, ils participent à la compilation Repérages 84, véritable instantané de la scène nordiste, avant de franchir une étape supplémentaire avec la sortie en 1986 de l’album Chaud devant.

Cette progression discographique éclaire autrement le contenu d’un entretien publié en 1985 dans un fanzine (Anonyme n°3 - Juin 1985), où le groupe développe un univers à la fois cohérent et décalé. Les Malades s’y décrivent à travers un vocabulaire médical détourné, parlant de virus, de symptômes et de remèdes, comme si la musique relevait d’une forme de contamination joyeuse. Derrière ce jeu de langage, on découvre surtout une cartographie musicale étonnamment large. Le groupe cite aussi bien The Saints que The Fleshtones, tout en revendiquant un attachement profond à la soul américaine, de Stax Records à Motown.

Plus inattendue encore est l’évocation explicite de musiques africaines, le groupe mentionnant le makossa comme influence directe. Dans le contexte français du milieu des années 80, cette ouverture reste rare et rapproche Les Malades de ces trajectoires marginales où le post-punk devient un terrain d’expérimentation bien plus large qu’un simple prolongement du rock anglo-saxon. Cette hybridation se retrouve aussi dans leur manière d’exister : concerts fréquents, organisation d’événements, implication dans des réseaux parallèles où se croisent musique, graphisme, poésie et performances.

L’album Chaud devant, publié en 1986, apparaît ainsi comme l’aboutissement logique de cette dynamique. Il prolonge un parcours amorcé dans les squats lillois du début de la décennie et structuré autour d’un collectif autant que d’un groupe au sens strict. Mais comme beaucoup de formations de cette époque, Les Malades disparaissent presque aussitôt après avoir atteint cette forme de maturité discographique, laissant derrière eux une œuvre brève, dispersée, et longtemps sous-documentée.

“La scène toujours et toujours car de ça on ne guérira jamais”, affirmaient-ils en 1985. La formule prend aujourd’hui un autre sens. Elle ne dit pas seulement l’urgence de jouer, mais aussi celle de laisser des traces, même fragmentaires. Trois disques — deux singles et un album —, quelques compilations et des pages de fanzines suffisent finalement à faire réapparaître Les Malades pour ce qu’ils étaient : non pas une curiosité isolée, mais un groupe pleinement inscrit dans les circulations souterraines de son époque, à la croisée du rock, de la soul et d’influences bien plus larges.

Le single de The Secret

Ici, on pourra télécharger en Mp3, le premier single de The Secret sorti en 1977 !

Assis devant la télé

 Voici l'autre face du single de Bétrave Rock, le très rock français des années 80 "Assis devant la télé".

Bétrave Rock

 En 1981 paraît un 45 tours dont il ne semble rien subsister en dehors de quelques exemplaires et de mentions éparses chez des collectionneurs : À la masse / Assis d’vant la télé, signé Betrave Rock. Deux titres, un nom à l’orthographe hésitante, et déjà une impression familière pour qui s’intéresse aux zones les moins documentées du rock français : celle d’un groupe dont la trace se limite presque entièrement à cet enregistrement.

Les deux titres suffisent pourtant à esquisser une esthétique. On y devine une écriture ancrée dans le quotidien le plus immédiat, entre fatigue sociale et ironie désabusée, quelque part entre le constat brut et la distance un peu absurde qui caractérise une partie de la production française du début des années 80. Rien de spectaculaire, rien de théorique non plus, mais une manière de capter l’époque à hauteur d’ennui, assis devant un écran ou écrasé par une réalité sans relief. Le nom même de Betrave Rock, avec son orthographe volontairement bancale, semble participer de cette logique : bricolage, décalage, refus implicite du sérieux.

L’un des rares éléments tangibles liés à ce disque est la mention d’un enregistrement au studio ADS à Ivry-sur-Seine. Ce simple détail suffit à replacer le groupe dans un contexte plus précis. Ivry, à cette période, fait partie de ces zones périphériques de Paris où se concentrent des structures d’enregistrement accessibles, fréquentées par des groupes sans moyens mais suffisamment organisés pour franchir l’étape du studio. ADS appartient très probablement à cette catégorie de lieux semi-professionnels aujourd’hui disparus, qui ont vu défiler une quantité de formations locales dont l’histoire reste à écrire. Enregistrer là ne relevait pas du hasard : cela suppose un minimum de réseau, des contacts, peut-être une proximité géographique, en tout cas une inscription dans une scène, même diffuse.

Tout laisse penser que Betrave Rock s’inscrit dans ce tissu francilien de groupes éphémères, actifs le temps de quelques répétitions, de quelques concerts et, pour les plus déterminés, d’un unique passage sur bande. Le disque devient alors à la fois trace et aboutissement, preuve d’existence plus que point de départ d’une trajectoire. On peut imaginer sans trop de risque une diffusion limitée, quelques ventes en concert, peut-être une circulation par correspondance, puis plus rien. Pas de presse, pas d’archives, pas de continuité.

Il reste aujourd’hui cet objet, et avec lui une série de questions sans réponse. Qui étaient-ils, combien de temps ont-ils joué, dans quels lieux, avec quels autres groupes ont-ils partagé l’affiche ? Le nom du studio ouvre une piste sans la résoudre, comme souvent dans ces histoires où chaque indice révèle davantage l’ampleur de ce qui a disparu qu’il n’éclaire réellement ce qui subsiste. Betrave Rock rejoint ainsi la longue liste des formations fantômes qui peuplent les marges du rock français, celles dont l’existence ne tient plus qu’à la persistance matérielle d’un vinyle et à la curiosité de ceux qui le font tourner, des décennies plus tard.

Les Orchidées

 Dernier extrait de l'unique single de Vietnam Rafale sorti en 1982, voici "Les Orchidées" ! 

Le pire des Ramones

Je savais que les Ramones ne se supportaient pas. Joey, un peu autiste, avait beaucoup de mal avec les autres et ce jusqu'à la fin. Le fait de bien gagner sa vie était sans doute plus important que l'harmonie d'un groupe qui a usé ses baskets lors d'épiques prestations live entrées dans la légende. Il y a quelques années, je suis tombé sur une série d'obscures compilations intitulées "Celebrity At Their Worst". Tout un programme que l'on se refile sous le manteau. On y entend - entre autres - Billy Holliday ou Judy Garland complétement bourrées, Elvis faisant des vannes pourries... Etc. Les Ramones (du moins Joey et Marky) ne sont pas en reste puisqu'on les entend, par l'intermédiaire d'un show radio, se cracher dessus. Joey accuse Marky de porter une perruque...

Le 1er single de Marie & Les Garçons

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le 1er single de Marie & Les Garçons qui est sorti en 1977.


Lili Calcium

Voici un 2e extrait du simple de Vietnam Rafale qui n'est pas sans me rappeler les meilleures heures de Lucrate Milk !  

Les Etc's en répétition

Grâce au camarade Yannick, voici quelques photos des Etc's en répétition (groupe pré Monkey Business) au tout début des années 90. On y aperçoit Yann, Pascal, Marc-André et, de dos, Yves à la basse et Véronique. Ces photos ont été prises à Boulogne dans un local loué par la ville. 






 

Vietnam Rafale dans New Wave n°19 (Janvier 1983)



Bienvenue au Japon

Voici l'autre face du single de Tokow Boys "Elle Hôtesse" sorti en 1980 ! 

Vietnam Rafale

Vietnam Rafale fait partie de ces groupes dont il ne reste presque rien, sinon quelques traces éparses, un disque et une poignée de lignes dans un fanzine. Actif entre novembre 1981 et décembre 1982, le groupe est originaire de Versailles et s’inscrit dans cette frange discrète de la scène française du début des années 80 où tout se joue en marge, loin des circuits officiels. Leur existence est brève, à peine un an, rythmée par des changements de formation et marquée par le départ d’Étienne, guitariste et chanteur, décrit comme l’âme du groupe. Ce départ précipite la fin définitive de Vietnam Rafale, malgré l’idée évoquée à l’époque d’une nouvelle mouture qui ne verra visiblement jamais le jour.

Leur unique trace tangible reste un 45 tours trois titres, Asile Tropical, sorti en avril 1982. Comme beaucoup de productions de cette époque, il s’agit d’une autoproduction, avec ce que cela implique de fragilité technique. Le disque souffre apparemment d’un mixage et d’une gravure en deçà de ce que le groupe laissait entrevoir sur ses enregistrements de répétition, jugés plus convaincants. Ce décalage entre le potentiel perçu et le résultat final est un classique des sorties DIY du début des années 80, où les contraintes matérielles pèsent souvent plus lourd que les intentions artistiques. Malgré cela, le disque circule, et même plutôt bien à l’échelle de ce microcosme, au point que plusieurs mois après sa sortie, il suscite encore un certain intérêt.

Cette circulation doit beaucoup au réseau AL DI LA. Plus qu’un label, il s’agit très probablement d’un circuit de distribution parallèle, essentiel pour ces groupes sans accès aux structures traditionnelles. À une époque où l’autoproduction est fréquente mais la diffusion reste un verrou, ce type de réseau permet aux disques d’exister réellement, de passer de main en main, d’apparaître chez quelques disquaires indépendants et de trouver leur chemin jusqu’aux lecteurs de fanzines. Le fait que Vietnam Rafale y soit associé les inscrit d’emblée dans une cartographie souterraine faite de cassettes, de correspondances et de relais informels.

Musicalement, Vietnam Rafale semble s’éloigner des formes les plus abrasives du punk pour explorer quelque chose de plus retenu. Les descriptions évoquent une musique claire et légère, construite par touches subtiles, avec une atmosphère qui n’est pas sans rappeler les premiers travaux de The Cure, période Seventeen Seconds ou Faith, loin de leurs évolutions ultérieures. On imagine des guitares propres, peut-être légèrement chorusées, une rythmique sobre, et un chant détaché, dans cette esthétique cold wave encore en train de se chercher en France. Rien de spectaculaire, mais une tentative d’équilibre entre mélodie et distance, typique de nombreux groupes restés dans l’ombre.

Le cas de Vietnam Rafale illustre assez bien ce que fut une partie de la scène versaillaise du début des années 80, bien avant que la ville ne soit associée à d’autres vagues plus médiatisées. Proche de Paris mais sans en être tout à fait, elle abrite alors une série de groupes éphémères, souvent influencés par la musique britannique, qui enregistrent peu, jouent parfois, et disparaissent vite. Leur histoire se reconstitue aujourd’hui à partir de fragments, d’archives incomplètes, de souvenirs diffus. Vietnam Rafale n’est ni une exception ni une anomalie, mais un exemple parmi d’autres de cette activité intense et pourtant presque invisible.

Il reste de tout cela un disque imparfait, quelques lignes tapées à la machine et une sensation familière : celle d’un groupe qui aurait pu aller plus loin, si le temps, les moyens ou les circonstances avaient été différents. Comme souvent dans ces trajectoires brèves, l’intérêt ne tient pas seulement à la musique elle-même, mais à ce qu’elle raconte d’un moment précis, d’un réseau informel et d’une manière de faire exister des chansons en dehors de toute structure.

Le single de Sofa Chérie

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le single de Sofa Chérie sorti en 1985. 


 

Je chante dans les Glaviots (3)


Voici ma seconde participation à la Revue Thésaurus (n°2) du camarade Claude Picard. Après avoir évoqué par le détail la saga de Cérémonies, il m'est apparu comme une évidence que je devais parler de ma propre carrière musicale. Dont acte. Voici ce que je lègue à mon prochain, soit tout mon héritage artistique. 

Bruno, sans doute tombé dans l’alcool (et peut-être amoureux de David), avait des accès de n’importe quoi et pliait (parfois) ses voitures en sortie de répétition… Puis, il disparaissait dans la nuit. Sa fiancé, médecin du travail, m’appelait, désespérée, vers 3 heures du matin en espérant le retrouver. Bruno me pensait bien trop gentillet pour le poste de lead guitariste et parfois me le faisait savoir plus ou moins violemment. Aujourd’hui encore, au détour d’un cauchemar, Bruno m’apparaît. Il est le gardien de mon enfer personnel. David, le chanteur américain, mélangeait whisky et Lexomil et se prenait parfois pour une rock star. Il tapait (un peu) sur les nerfs des techniciens, lors de nos concerts. Un jour, après un concert tellurique, au Plan à Ris-Orangis, le patron de lieux nous a maudit jusqu’à la 5e génération et bannit à jamais du lieu. Trop de bruit et trop de David. Il en a été également ainsi pour le groupe de hard rock en Spandex avec qui nous partagions, ce soir-là, l’affiche. David leur avait emprunté un ampli. tout neuf, acheté la veille et s’était mis en tête de tester les limites de sa puissance. En une demi-heure, il avait rodé la bête et à la fin du set, l’amplificateur n’émettait plus qu’un vague bruit blanc. Ma mère que j’avais invité à ce concert (et qui avait eu le courage de venir), a décrit notre musique comme « tragique ». C’était assez juste. Sandy (la femme de David et manageuse/choriste) pleurait beaucoup et serait bientôt diagnostiquée schizophrène avec de fréquents passages en HP. Yannick balançait sa basse et quittait parfois les répétitions pris d’une rage incontrôlable. Le gars Yannick était, à l‘époque, un peu tendu et je me souviens avoir été à ses côtés, lorsqu’il bloqua les 4 voies du périphérique (en garant son camion de travers), un samedi vers 14h, pour faire sa fête à un type qui lui avait fait une queue de poisson. Yannick, lui non plus, fallait pas lui casser les pieds. Depuis, il s’est considérablement assagi et continu d’hanter les studios, guitare électrique à la main.

Nous nous aimions, nous nous détestions. Difficile de discerner la limite entre les deux. Nous étions, en tous cas, un vrai gang. Et puis un jour, au bout de 5 intenses années d’espoir et d’efforts, ce fût le bar pourri de trop (aux Halles, à Paris). L’organisation catastrophique nous a demandé de jouer après un handicapé (au demeurant guitariste) qui n’était pas prévu au programme. Cela voulait dire finir à point d’heure et surtout n’avoir que 3 personnes devant nous. Je travaillais le lendemain. J’ai craqué. J’ai refusé de jouer et c’était terminé… C’était le prétexte que nous attendions tous et surtout David. Lui avait commencé à répéter en secret avec d’autres musiciens et planifiait son départ du groupe. Ce fut comme une rupture, une séparation amoureuse… Presque un adultère. Beaucoup de douleur et de rancœurs. Une longue gueule de bois. Ce qui était un domaine réservé au plaisir était devenu un travail et une peine : 2 répétitions par semaine, la promo, la com, transporter le matos, supporter les égos, fréquenter des amis qui au fond ne l’étaient pas… etc. J’en ai presque oublié de travailler et de mener ma carrière de graphiste. Là, le travail fût ma planche de salut.

Après quelques années de vide musical, j’ai finalement décidé de ne plus m’embêter et surtout de ne plus jouer avec des psychopathes et ce quelque soit le projet. J’ai rejoint le nouveau groupe de Yannick : Blade. C’est sans doute ce que j’ai fait de mieux à la guitare. Nous avons fait quelques concerts (dont un très bon, à la Flèche d’Or) et une démo où David, ancien Monkey Business, est venu chanter sa seule compo. en français, ever. La batterie et le chant étaient assurés par une sorte de consultant /espion qui travaillait pour les Services de Renseignement Français. Parallèlement, j’ai commencé à répéter avec Jean-Yves, mon ami de toujours, seul vrai musicien que je connais qui sait lire et écrire la musique. Nous avons fait de la musique électronique grâce à Cubase et sans se donner de limites, le tout à grands coups de sampler. Du mambo, de l’impro, de l’électro, du n’importe quoi, nous nous sommes tout permis et j’ai un peu laissé tomber la guitare. Bien nous en a pris puisque Canal Plus nous a inclus dans une compilation thématique liée à leur Nuit des Extra-terrestres. Radio Nova nous a programmé lors de leur hommage à Gainsbourg et nous étions en « heavy rotation » sur les radios universitaires québécoises. Pour l’occasion l’inoxydable Franck chantait sur nos compos et reprises. Pour finir le chapitre « Nouveaux Monstres », après 2 CD diffusés (dont 1 interactif), nous avons travaillé sur un enregistrement qui nous a demandé beaucoup trop d’efforts : 2 années de préparation et de composition, 15 jours de studio, un guitariste, une section de cuivre, un percussionniste, de l’accordéon, des cuivres, des chœurs… etc., etc. Mon « Smile » personnel quoi (les fans des Beach Boys comprendront). J’ai même écrit toutes les paroles des chansons. Une fois le mix terminé, j’avais un sentiment d’écœurement solidement chevillé au corps qui me reprend à chaque écoute du CD. J’étais lessivé et je n’ai même pas pu faire de promo. Les CD sont restés en caisse. Mais, Peut-être qu’un jour, sait-on jamais !

Aujourd’hui, je joue toujours, mais mon futur musical est derrière moi. Un de ces quatre, je referai de la scène, du moins je l’espère. Parce que c’est là où ça se passe. Je garde plein de bons souvenirs de ces années qui alimentent, encore aujourd'hui, mon imaginaire et ma créativité : notre entrevue avec le label New Rose, le live à Radio France dans le studio 113, les bœufs avec les Bonaparte’s ou les Stunners. La première partie du guitariste de Rory Gallagher, le retour de notre mini-tournée bretonne où j’ai croisé Link Wray a une station-service (avec Vincent Palmer), le CD des Nouveaux Monstres présenté à Nulle Part Ailleurs, « So Alone » des Monkey Business qui me donnait une joie sans égal à chaque fois que nous la jouions, ma propre version de Louie Louie (avec mes lyrics) par les Nouveaux Monstres, Jean-Yves mangeant son cassoulet avant un concert au Cadran, ce spécialiste du contrepoint qui fût clavier chez les Monkey (et qui avait joué avec les Toys Dolls), l’écho à bande emprunté au groupe Dolly qui enregistrait en même temps que nous, la musique d'un CD-Rom éducatif pour enfants (commandé par Michelin), l’expander également emprunté à Manche de Raquette, Daniel - notre ami trompettiste - qui joue sur le premier Nouveaux Monstres (mais qui, malheureusement, n’est plus là aujourd’hui), ma première « belle » guitare électrique ramenée des USA, un concert apocalyptique sur une plage espagnole (avec un groupe éphémère : une moitié de Cérémonies + une moitié de Fricotins)… Etc. 


 

Le nouveau Demolition Party

Il y a chez Demolition Party une forme de persistance tranquille qui finit toujours par payer, comme si chaque nouvelle sortie venait patiemment ajouter une couche à un édifice commencé il y a longtemps, abandonné, puis repris sans nostalgie. Ce nouvel EP, Portraits Crachés, s’inscrit exactement dans cette logique : pas un retour tonitruant, pas une tentative de rattraper quoi que ce soit, mais plutôt une manière d’avancer encore, en affinant ce qui fait depuis quelque temps la singularité du groupe.

On retrouve d’abord ce son immédiatement identifiable, fait de guitares en suspension, d’arpèges qui semblent plus dessinés que joués, et d’une économie de moyens qui évite soigneusement toute tentation du riff appuyé. Chez eux, la tension ne vient jamais de la saturation ou de la vitesse, mais de ce léger flottement permanent, comme si les morceaux hésitaient à s’effondrer tout en tenant debout par miracle. Cette impression, déjà perceptible sur les précédents titres et notamment sur American Cliché, trouve ici une forme d’équilibre assez frappante, presque apaisée sans devenir confortable. 

Il y a aussi cette voix qui semble parfois arriver en décalage avec la musique, ou plutôt glisser dessus sans chercher à s’y accrocher. Ce choix, qui pourrait passer pour de la retenue, donne en réalité beaucoup d’espace aux morceaux. Les textes, eux, restent dans cette zone un peu floue entre fragments, images et impressions, comme des notes prises à la volée, sans volonté de conclure. Le titre de l’EP n’est d’ailleurs pas anodin : ces “portraits” ne cherchent pas la ressemblance, ils capturent plutôt des états, des silhouettes, des choses à moitié dites.

Ce qui frappe surtout, c’est la cohérence d’ensemble. Là où certains projets récents pouvaient donner l’impression de juxtaposer des idées, Portraits Crachés tient comme un bloc, avec ses respirations, ses creux, ses moments presque immobiles. On sent que le groupe a pris le temps de construire un climat plutôt que d’empiler des chansons. Il y a quelque chose de plus maîtrisé, sans que ça devienne démonstratif.

Et puis il y a cette manière très particulière d’être contemporain sans jamais sonner comme tel. Demolition Party ne court pas après les tendances, mais ne se réfugie pas non plus dans une esthétique rétro. On pense parfois à une new wave fantôme, débarrassée de ses clichés, ou à une pop française qui aurait oublié de chercher le refrain. C’est sans doute là que le groupe est le plus intéressant : dans cet entre-deux un peu instable, où rien n’est vraiment souligné.

Au fond, ce nouvel EP confirme surtout une chose : Demolition Party avance à son rythme, sans stratégie apparente, en laissant la musique se déposer là où elle peut. Et c’est précisément ce qui le rend attachant. Pas spectaculaire, jamais pressé, mais toujours juste. Pour écouter ce nouvel ep produit par Steve, le claviériste de Shaka Ponk, c'est ici !

Une photo des Fricotins (un peu bidouillée)

Grâce à une IA, j'ai un peu retravaillé cette photo emblématique des Fricotins (réalisée par Philippe G.). Au final, je ne suis pas sûr du résultat... Flippante mais plus vivante.


 

 

Tokow Boys dans New Wave n°4 - Octobre 1980



Une vidéo des Tokow Boys


Le retour des Tokow Boys

On avait déjà évoqué Tokow Boys (et Rachel Rachel, leur chanteuse) dans Bouloup, un peu en filigrane, comme une silhouette qui passe derrière le décor des “jeunes gens modernes”. Et puis il y a des morceaux qui méritent qu’on s’y attarde pour de bon, ne serait-ce que pour comprendre comment une poignée de titres ont réussi à capter quelque chose de très précis de leur époque sans jamais vraiment exister dans le paysage officiel. “Elle Hôtesse” fait clairement partie de ceux-là.

Sorti en 1980, le morceau déboule avec cette espèce d’assurance fragile propre aux débuts de la new wave française, encore en train de chercher sa langue. Ce qui frappe immédiatement, c’est cette voix perchée, presque désincarnée, de Rachel Ortas, qui flotte au-dessus d’un groove minimaliste, un peu bancal, mais jamais maladroit. Derrière, ça tricote sec entre les claviers et une rythmique sèche, pendant que le sax vient poser une couleur à la fois élégante et légèrement incongrue, comme souvent dans cette période où tout le monde semblait redécouvrir l’instrument sous l’influence croisée du punk et du jazz mutant.

Le groupe s’est formé à Paris à la toute fin des années 70, dans ce moment charnière où l’énergie punk commence déjà à se dissoudre dans quelque chose de plus froid, de plus conceptuel, mais pas encore totalement synthétique. Chez Tokow Boys, il y a ce goût pour une esthétique un peu déplacée, presque exotique, qui passe autant par le nom que par certaines textures sonores. Le morceau a été enregistré à Londres avec David Cunningham, ce qui n’est pas anodin : on retrouve dans “Elle Hôtesse” ce sens du vide, du rythme étiré et du détail absurde qu’on pouvait entendre chez les The Flying Lizards. C’est une musique qui avance en décalage, qui ne cherche jamais vraiment à séduire, mais qui finit par accrocher sans prévenir.

À l’époque, le titre circule, notamment sur les radios pirates, sans jamais franchir le cap du succès visible. Trop étrange, trop raide, ou simplement mal distribué, comme beaucoup de choses sorties chez Virgin Records à ce moment-là en France. C’est le genre de disque qu’on imagine très bien passer tard le soir, entre deux imports anglais, pour une poignée d’auditeurs qui avaient déjà un pied ailleurs.

Avec le recul, “Elle Hôtesse” apparaît presque comme un point d’équilibre entre plusieurs mondes qui cohabitent brièvement avant de se séparer. Il y a encore un peu du chaos du punk, déjà une forme de sophistication pop, et surtout cette manière très française de rendre le détachement presque théâtral. Rien n’est appuyé, tout semble tenu à distance, et c’est précisément ce qui donne au morceau sa tenue.

La suite est connue, ou en tout cas plus visible : après la fin du groupe au début des années 80, Rachel Ortas et Éric Tabuchi bifurquent vers Luna Parker, avec à la clé un tube massif quelques années plus tard, “Tes états d’âme… Éric”. Difficile de faire un grand écart plus spectaculaire. Et pourtant, en revenant à “Elle Hôtesse”, on entend déjà quelque chose de cette écriture précise, de ce goût pour les lignes claires, simplement plongés ici dans un environnement beaucoup plus anguleux.

C’est sans doute pour ça que le morceau tient aussi bien aujourd’hui. Il ne cherche pas à être emblématique, il ne coche aucune case évidente, et il reste coincé dans une zone intermédiaire assez rare. Un disque qui n’a pas vraiment trouvé sa place au moment de sa sortie, mais qui, justement pour cette raison, continue de réapparaître régulièrement, comme un rappel discret que la scène française du début des années 80 ne se résume pas à ses figures les plus visibles.

Basement Daze

Voici l'autre face du single de The Depressions, proto-punk pub rock et leur très enlevé "Basement Daze".