Petite pensée pour Franck qui, à l'époque, fréquentait la bande de l'Equerre !
Dans la Belgique du début des années 80, quelque part entre les dernières secousses du post-punk et l’émergence d’une électronique encore bricolée, The Neon Judgement apparaît presque en marge, mais avec une intuition sonore qui va marquer durablement les sous-sols européens. Formé à Louvain en 1981 par Dirk Da Davo et TB Frank, le duo commence comme beaucoup à l’époque : avec peu de moyens, des idées très claires et un goût prononcé pour les textures froides. Leurs premières cassettes autoproduites circulent discrètement, mais posent déjà les bases d’un son tendu, minimaliste, où la boîte à rythmes claque sec et la guitare tranche sans bavure. En 1982, la sortie de “Factory Walk” agit comme un révélateur. Le morceau, à la fois rigide et nerveux, presque mécanique sans jamais être totalement déshumanisé, devient rapidement un classique underground. Il ne s’agit pas seulement d’un premier single réussi, mais d’une forme de manifeste involontaire, quelque part entre la répétition industrielle et une urgence héritée du punk.
À la même époque, la Belgique voit émerger toute une scène électronique radicale, et le parallèle avec Front 242 est inévitable, même si The Neon Judgement s’en distingue très vite. Là où d’autres poussent vers une Electronic Body Music plus martiale et structurée, eux conservent une ambiguïté permanente, une manière de laisser entrer la guitare, le flottement, voire une certaine forme de mélancolie. Cette tension entre rigidité et lâcher-prise devient leur signature. Les enregistrements du milieu des années 80, notamment autour de “Mafu Cage”, montrent un groupe en pleine mutation, qui affine son langage sans jamais le lisser complètement. Il y a chez eux une volonté d’aller vers des formats plus construits, mais sans abandonner cette rugosité initiale qui fait tout leur sel.
À la fin de la décennie, alors que les scènes électroniques se spécialisent et que les esthétiques se figent parfois, The Neon Judgement prend une direction légèrement à contre-courant. La guitare prend plus de place, les structures se rapprochent du rock, et certains morceaux semblent hésiter entre club et scène live. Ce n’est pas un reniement, plutôt une extension du territoire, mais cela les place dans une position un peu inconfortable, trop rock pour les puristes de l’EBM, trop électroniques pour les circuits rock classiques. Cette zone grise, qu’ils occupent presque seuls, contribue sans doute à expliquer pourquoi leur reconnaissance reste longtemps confinée à un cercle d’initiés, malgré une activité scénique soutenue et une discographie cohérente.
Les années 90 accentuent encore ce déplacement. Le son se fait plus organique, parfois presque bluesy, loin des pulsations mécaniques des débuts. À mesure que la techno et les formes plus dures d’EBM gagnent du terrain, The Neon Judgement semble suivre son propre chemin, indifférent aux effets de mode. Cette trajectoire, moins lisible, les éloigne progressivement du devant de la scène, sans pour autant entamer la fidélité de ceux qui les suivent depuis les premières heures. Il y a dans cette période quelque chose d’assez typique des groupes nés dans l’urgence des années 80, qui refusent de se figer dans une formule qui a pourtant fait leurs preuves.
Le ralentissement de la fin des années 90 et des années 2000 n’a rien d’une disparition. Les activités deviennent plus sporadiques, les projets parallèles prennent le relais, mais le nom circule toujours, notamment grâce aux rééditions et à l’intérêt croissant pour les scènes cold wave et industrielles. Avec le recul, “Factory Walk” apparaît de plus en plus comme un point de départ emblématique, non seulement pour le groupe, mais pour toute une manière d’aborder la musique électronique sans renoncer à l’énergie du rock. Le retour sur scène dans les années 2010, dans un contexte où ces esthétiques retrouvent une nouvelle jeunesse, confirme leur statut de groupe culte, presque discret mais essentiel.
Ce qui frappe aujourd’hui, en replongeant dans leurs premiers enregistrements, c’est à quel point The Neon Judgement n’a jamais vraiment cherché à appartenir à une case précise. Ni totalement EBM, ni vraiment rock, ni strictement industriel, le duo a constamment navigué entre plusieurs mondes, au risque de rester en périphérie. C’est précisément là que réside leur intérêt. Dans cette capacité à maintenir une forme d’instabilité, à refuser la pureté des genres, et à produire, dès 1982, avec un morceau comme “Factory Walk”, une musique qui semble encore aujourd’hui fonctionner comme une ligne de fuite plutôt qu’un point d’arrivée.
Du fait d'un problème technique, j'avais arrêté la publication du mini album des Stillers, le magnifique "Rock Rural". Voici donc le dernier extrait !
Ici, on pourra télécharger en Mp3 le 3e single de The Depressions, pur groupe punk anglais, sorti en 1978.
Nous sommes le week-end du 1er Juin 1993 et les Monkey Business enregistrent leur première maquette en 16 pistes avec le fameux Jean Taxis qui depuis a fermé le studio et récupéré le Studio d'Hérouville. Jean est connu pour son travail avec la crème de la scène new-wave de l'époque. Les photos que je publie aujourd'hui ont été prises par Yann à l'époque (Thanks bro) et on comprend sa fascination pour le matériel utilisé.
Dernier extrait de l'unique single des Nana Bonnard sorti en 1983, voici le très punk "Vive La Veuve" !
Les David Vincent n’ont jamais vraiment cherché à faire du rock comme les autres, et c’est sans doute pour ça qu’on en parle si peu aujourd’hui. Formé à Troyes à la fin des années 80, le groupe apparaît à un moment où la scène alternative française déborde d’énergie mais commence déjà à se structurer, à se professionnaliser par endroits. Eux prennent le chemin inverse. Leur unique album, Ourouni, sorti en 1990 sur New Rose, ressemble moins à une tentative de carrière qu’à la captation d’un état second. Quant à leur nom, on se souvient - bien sûr - de la série culte "Les Envahisseurs".
Dans une interview donnée à l’époque à un fanzine, ils posent d’emblée les bases de leur affaire : ils jouent du “trash jungle rock”. La formule pourrait passer pour une blague si elle n’était pas aussi précise. Dans leur bouche, ça devient un mélange de rockab’ tribal, de blues déjanté et de rythmes marécageux. À l’écoute, ça se traduit par une musique instable, mouvante, qui semble parfois sur le point de se désagréger mais retombe toujours sur ses pattes, portée par une énergie de groupe très physique. L’harmonica y dialogue avec les guitares, les percussions épaississent le décor, et le chant, souvent à la limite de la transe, sert davantage d’incantation que de narration.
Leur imaginaire est à l’avenant. Les David Vincent parlent de leurs concerts comme de fêtes enfumées où le public se transforme en sauvages et les salles en jungles verdoyantes. Il n’est pas question de pose ou de mystique de façade : tout est dit avec une forme de candeur enthousiaste, presque naïve, mais parfaitement cohérente avec leur musique. Ils veulent provoquer quelque chose de physique, d’immédiat, une perte de repères plus proche du rituel que du concert rock classique. Ils le disent eux-mêmes : ils ensorcellent, ils envoûtent. Dit comme ça, ça pourrait prêter à sourire, mais Ourouni donne plutôt envie de les croire.
Le titre de l’album est à lui seul un programme. “Ourouni”, expliquent-ils, serait une sorte de mantra récupéré chez Slim Gaillard (en solo ou via "Slim & Slam"), personnage fantasque du jazz américain connu pour ses inventions linguistiques. L’histoire qu’ils racontent – un type tambourinant pendant des heures dans une boîte enfumée en répétant des variations autour du mot – tient autant du mythe que de l’anecdote, mais peu importe. Ce qui compte, c’est l’idée que le langage peut devenir rythme, que les mots peuvent perdre leur sens pour ne garder que leur pouvoir d’évocation. Chez eux, “Ourouni” devient une sorte de mot-monde, un territoire mental dans lequel tout peut entrer.
Ce territoire, ils lui donnent une forme : le bayou. Un bayou imaginaire, évidemment, mais omniprésent, avec ses alligators, ses moiteurs et ses dangers. Ils le décrivent comme un monde à la fois terrible et beau, fait de rythmes lourds et de danses tribales, capable de faire tourner la tête comme une balle de ping-pong sur un jet d’eau. Là encore, l’image pourrait sembler excessive, mais elle correspond parfaitement à leur musique, qui avance par nappes, par boucles, par secousses, sans jamais chercher la ligne droite.
Parmi les rares repères qu’ils revendiquent, on trouve Jack Kerouac, auquel ils consacrent un morceau. Mais là où beaucoup auraient insisté sur la dimension littéraire ou mélancolique de la beat generation, Les David Vincent en retiennent surtout l’élan vital : vivre au jour le jour, partir à l’aventure, refuser l’autorité et multiplier les expériences. Leur “Kerouac Way” n’a rien de contemplatif, c’est un cri de départ, une injonction à bouger, à ne pas rester en place. “Vas-y, roule ma poule”, résument-ils, ce qui a le mérite de clarifier les choses.
Musicalement, ils revendiquent un “rock de bric et de broc”, mélangeant psycho, fanfare, bebop, percussions africaines et influences ethniques sans hiérarchie ni souci de cohérence académique. Cette liberté se retrouve dans leur manière de composer. Ils se méfient des structures classiques, refusent le schéma couplet-refrain et préfèrent laisser les morceaux évoluer de manière imprévisible. Il y a dans cette approche quelque chose de très jazz, ou en tout cas de très éloigné du rock formaté, avec une place importante laissée à l’instant, à l’accident, à ce qui peut surgir sans prévenir.
Ce qui frappe, au-delà des déclarations et des concepts, c’est la joie qui traverse tout ça. Une joie un peu brute, parfois bordélique, mais jamais cynique. Ils le disent simplement : derrière leur musique, il y a leur joie de vivre. Et quand on leur demande d’où elle vient, ils répondent : de leur musique sauvage. La boucle est bouclée. Les David Vincent ne théorisent pas vraiment ce qu’ils font, ils le vivent, et c’est sans doute ce qui rend leur unique album aussi attachant aujourd’hui.
Ils se séparent au début des années 90, après une trajectoire courte, sans avoir eu le temps – ni peut-être l’envie – de s’inscrire durablement dans le paysage. Il reste Ourouni, disque un peu perdu dans le catalogue New Rose, et quelques traces comme cette interview, qui donnent l’impression d’avoir affaire à un groupe à part, difficile à classer, mais parfaitement aligné avec lui-même. Un groupe pour qui le rock n’était ni un style ni une carrière, mais un terrain de jeu, une fête et, à leur manière, une forme de transe.
Voici un 2e extrait du seule single des Nana Bonnards sorti en 1983. Avec un tître pareil, vais-je devoir subir les foudres de la censure !
Pour tourner le clip des Monkey Business ("Paradise") nous avions loué une salle de répet' dans les frigos parisisens. Si ce fameux clip a disparu des radars, il reste quelques photos dont ces clichés (plutôt rares) en couleurs restaurés par une IA !
Nana Bonnard fait partie de ces groupes fantômes dont la scène punk française du début des années 80 a le secret. Formé à Angers en juin 1982, le groupe réunit Édouard (chant), Steeve (guitare, chant), Denis (basse, chant, également passé par Trotskids, Pungy Sticks et Dandy Wild) et JFN (batterie). Une formation classique sur le papier, mais avec cette énergie brute et un peu déglinguée propre à l’époque.
Leur discographie tient en une poignée de minutes : un unique 45 tours, Enculé tête de mort, sorti en 1983 sur Studio 1. Un label qui, mine de rien, croisera aussi la route de groupes comme Têtes Raides ou Kremlin Kontingent - preuve qu’on est au bon endroit, même si tout ça reste encore très souterrain. Trois titres, pas un de plus : Enculé tête de mort, Zoophilie et Vive la veuve. Le ton est donné. En 1984, Nana Bonnard refait surface sur la compilation Chaos en France vol. 2 avec Morpionibus de profundis, ultime trace discographique d’un groupe qui disparaît presque aussitôt.
Il faudra attendre 2013 pour qu’Euthanasie Records ressorte le 45 tours, enrichi du titre de la compilation et affublé d’une nouvelle pochette - nettement plus regardable, ce qui n’était pas un luxe. Comme souvent avec ces groupes-là, difficile de ne pas penser qu’il manque quelque chose. Un album, au moins. Quelques titres de plus. De quoi savoir jusqu’où ils auraient pu aller.
Mais non : Nana Bonnard, c’est un 45 tours, une compile, et puis s’en vont. Et c’est peut-être aussi pour ça que ça reste.
Voici un nouvel extrait du 2e long de Raff sorti en 1986 "Six Balles... Pour Un Colt !"...
Il y a des groupes qui passent à côté de l’histoire sans jamais vraiment disparaître, coincés dans un angle mort où tout semblait pourtant aligné. Foreign Press fait partie de ceux-là. Formé à Manchester à la fin des années 70 par les frères Bowe, le groupe émerge d’un premier projet punk nommé Emergency avant de glisser assez naturellement vers un post-punk plus nuancé, plus mélodique, dans l’air du temps mais sans jamais tomber dans la caricature. On est alors en plein moment charnière, celui où la scène locale se redessine autour de Factory Records, et Foreign Press se retrouve, presque mécaniquement, à évoluer dans son orbite.
Ils jouent dans les mêmes salles, croisent les mêmes groupes, fréquentent les mêmes coulisses. Le Factory Club, Rafters, toute cette géographie nocturne où se fabrique le son mancunien du début des années 80 devient leur terrain de jeu. Sur scène ou en affiche, ils côtoient des groupes comme Joy Division ou A Certain Ratio, sans pour autant franchir la dernière marche, celle qui mène à une signature chez Factory. Ils restent à la périphérie, suffisamment proches pour être associés, trop extérieurs pour être intégrés. C’est une position étrange, presque inconfortable, mais qui dit beaucoup de cette scène où tout ne se résumait pas à un seul label, aussi mythique soit-il.
En 1982, ils sortent Climbing, un 12" trois titres enregistré l’année précédente. C’est sans doute leur moment le plus juste, celui où leur identité apparaît le plus clairement. Les guitares y sont tendues mais aérées, souvent en arpèges, portées par une rythmique qui refuse l’emphase. Il y a quelque chose de retenu dans ces morceaux, une manière de ne jamais forcer le trait, qui les rapproche naturellement de certaines productions Factory, sans que cela ressemble à une imitation. On pense parfois à l’économie de moyens de Joy Division, à une forme de froideur élégante que l’on retrouvera aussi chez d’autres groupes du Nord, mais Foreign Press conserve une approche plus directe, presque pop par moments, comme s’ils hésitaient encore entre plusieurs directions possibles.
Ce flottement, qui fait une partie du charme du disque aujourd’hui, a sans doute joué contre eux à l’époque. Climbing sort tard, sans véritable promotion, et passe largement sous les radars. Le groupe lui-même semble conscient d’avoir entre les mains quelque chose de solide, mais rien ne prend. Pas de relais radio significatif, peu de presse, et un label trop discret pour compenser. Le disque s’installe alors dans cette zone grise, celle des sorties que seuls quelques curieux repèrent au moment de leur parution, avant de disparaître presque complètement.
Le lien le plus tangible avec Factory arrive un peu plus tard, lorsque Bernard Sumner, figure centrale de Joy Division puis de New Order, produit leur single suivant. C’est à la fois une reconnaissance et une forme de confirmation : Foreign Press n’est pas un groupe isolé, mais bien un élément identifié de cette scène élargie. Pourtant, même ce coup de projecteur ne suffit pas à inverser la trajectoire. Le groupe amorce un virage vers un son plus accessible, plus marqué par les textures électroniques qui commencent à s’imposer, sans jamais trouver le point d’équilibre qui lui aurait permis de franchir un cap.
Avec le recul, Climbing apparaît comme un instant suspendu, celui où tout était encore possible. Ni totalement brut ni complètement poli, le disque capte une transition, un moment où la scène mancunienne se cherche encore autant qu’elle s’affirme. Foreign Press n’a pas laissé une discographie abondante ni une empreinte évidente, mais ce 12" suffit à les inscrire dans une cartographie plus souterraine, faite de groupes satellites, proches du cœur sans jamais y être absorbés. C’est souvent là que se nichent les disques les plus attachants, ceux qui n’ont pas été écrasés par leur propre légende et qui continuent, des décennies plus tard, à circuler discrètement entre amateurs éclairés.
Voici des photos de Bibi & les Fricotins live à Cachan pour une fête de la musique dans les années 80. Ces photos, déjà publiées, on été restaurées avec une IA !
Voici l'autre face du single de Dolce Vita sorti en 1981 et qui n'est pas sans rappeler Jacno (et ses productions).
Mopo Mogo apparaît en 1982, quelque part entre Colmar et Fribourg, dans cette zone floue où les scènes françaises et allemandes se croisent sans vraiment se mélanger. Derrière ce nom un peu absurde se cache en réalité Didier Ruy, qui mène seul ce projet entièrement bricolé : une guitare achetée 30 marks, une boîte à rythmes et une envie manifeste de faire du bruit sans attendre personne. À une époque où même les groupes les plus précaires restent des groupes, cette formule minimale a quelque chose de radical. Pas besoin d’être plusieurs pour jouer, pas besoin de répéter longtemps, pas besoin de convaincre qui que ce soit.
Le premier concert a lieu dans un squat à Fribourg, le Crash, un endroit qui en dit long sur le contexte : transfrontalier, autonome, déjà connecté à une scène allemande plus structurée et plus active que son équivalent français. Très vite, Mopo Mogo se retrouve à jouer avec des groupes locaux et à participer à des événements où circulent punks, keupons et marginaux de tous bords. Le projet prend forme dans cette dynamique-là, bien plus que dans un ancrage hexagonal. Les concerts en France, eux, restent anecdotiques, souvent déficitaires, joués devant quelques amis. Une situation presque banale pour l’époque, avec peu de public et des conditions précaires.
Musicalement, Mopo Mogo s’inscrit dans une veine punk dure et minimaliste, influencée par le hardcore anglais du début des années 80. Les références sont claires : quelque chose de direct, de tendu, sans sophistication inutile. Mais l’usage de la boîte à rythmes introduit un décalage, une sécheresse mécanique qui rapproche parfois le projet d’une forme primitive d’electro-punk. Ce n’est pas encore vraiment une esthétique, plutôt une solution pratique qui devient une signature sonore. Dans cet entre-deux, on retrouve aussi l’ombre du punk français le plus expérimental, celui qui n’a jamais eu peur des machines ni du dépouillement.
Les textes ne laissent pas beaucoup de place à l’ambiguïté. Guerre, société, travail, capitalisme : les thèmes sont classiques mais traités frontalement, sans détour ni ironie. Le morceau “Pouvoir”, qui apparaîtra sur une compilation emblématique de l’époque, condense bien cette approche. L’autre face du single, “Fuck Off”, annonce la couleur dès le titre. Deux morceaux, pas plus, enregistrés rapidement, pressés dans la foulée, et diffusés dans un circuit restreint. Le disque ne cherche pas à durer, il existe parce qu’il doit exister, point.
Mopo Mogo intègre également à son répertoire une reprise de Metal Urbain, signe d’une filiation assumée avec une certaine idée du punk français : urbain, tendu, un peu à côté. Mais là où d’autres groupes structurent une carrière, le projet reste mouvant, presque instable. Même son nom est le fruit d’un accident, une déformation née des cris du public allemand, comme si tout relevait d’un enchaînement de circonstances plutôt que d’un plan établi.
Après ce premier jet, Didier Ruy fait évoluer son projet. Il change de direction, s’éloigne du punk le plus brut pour s’intéresser à des formes plus sombres, plus esthétiques, proches de la batcave et du post-punk. Le nom change lui aussi, devenant Le Curé de la Lune, comme pour marquer une rupture. Ce glissement n’a rien d’exceptionnel à l’époque : beaucoup passent du punk à quelque chose de plus froid, de plus introspectif. Mais dans ce cas précis, il donne à Mopo Mogo une existence encore plus brève, presque fantomatique.
Ce qui reste aujourd’hui, c’est un 45 tours difficile à trouver, quelques traces dans des compilations, et l’empreinte d’un projet solitaire, né dans un coin de frontière, nourri par des influences anglaises et allemandes, et porté par une urgence qui ne cherchait ni reconnaissance ni postérité. Une forme de punk à l’état brut, sans stratégie, sans scène nationale, mais avec une cohérence totale dans son refus des règles.
Dolce Vita n’est pas tout à fait le groupe fantôme que l’on imagine au premier abord, même s’il en conserve toutes les apparences. Entre 1980 et 1983, ils publient au moins trois singles, une poignée de titres qui dessinent en creux une trajectoire brève mais réelle, inscrite dans ce moment très particulier où la scène française hésite encore entre héritage rock, poussée new wave et tentations synthétiques. Parmi ces morceaux, “Radiophonic”, sorti en 1981, reste le plus emblématique, comme une tentative de capter l’air du temps avec des moyens encore en transition.
À l’écoute, le groupe se situe dans cette zone intermédiaire propre au tout début des années 80, quand les machines commencent à s’imposer sans avoir encore totalement redéfini les formes. Il y a dans “Radiophonic” une tension un peu raide, une modernité presque théorique, qui évoque autant les productions new wave que certaines déclinaisons plus mainstream du son de l’époque. On n'est pas très loin des débuts de Jacno sans Elli. Rien de totalement radical, mais une manière d’absorber des influences en train de circuler, de les reformuler dans un cadre encore flou.
Les crédits du disque mentionnent Olivier Huret et Simon Cloquet, deux noms qui, pris isolément, restent difficiles à raccrocher à une carrière précise. Longtemps, tout laisse penser à un projet de studio, une entité montée pour porter quelques titres sans véritable existence scénique. Pourtant, plusieurs sources évoquent des passages du groupe sur scène, notamment dans des lieux comme le Le Rose Bonbon ou le Le Palace, deux spots emblématiques de la nuit parisienne du début des années 80. Des endroits où se croisent alors musiciens, figures émergentes et projets hybrides, entre performance et tentative pop.
Cette présence scénique, même sporadique, recontextualise Dolce Vita. On n’est plus seulement face à un projet fabriqué en studio, mais à une formation qui a au moins essayé d’exister dans le circuit live, dans ces lieux où se testaient justement les nouvelles esthétiques. Cela reste une trajectoire fragile, peu documentée, mais suffisamment tangible pour sortir le groupe du simple statut d’objet discographique isolé.
D’autres indices viennent compléter ce tableau. L’un des membres aurait ensuite joué dans Extraballe, formation elle aussi relativement discrète, tandis qu’un autre se serait orienté vers la composition de musiques de films, notamment pour Luc Besson. Des trajectoires typiques de cette génération de musiciens naviguant entre groupes, commandes et projets alimentaires, sans forcément laisser de traces visibles dans les récits officiels.
Dolce Vita apparaît alors comme un point de passage, un moment dans des parcours plus larges mais difficilement reconstituables. Le groupe lui-même ne semble jamais avoir dépassé le stade de l’esquisse prolongée : trois singles en quelques années, une présence discrète sur scène, puis plus rien. Pas d’album, pas de continuité évidente, pas de récit consolidé. Juste des fragments.
C’est précisément dans ces fragments que réside l’intérêt. Ils racontent une autre histoire de la musique française, faite de tentatives, d’ajustements, de projets qui apparaissent et disparaissent au rythme des opportunités. Une histoire où les frontières entre groupe, projet de studio et réseau de musiciens sont poreuses, et où un nom comme Dolce Vita peut à la fois recouvrir une réalité concrète et rester insaisissable.
“Radiophonic”, dans ce contexte, n’est plus seulement un morceau isolé mais l’un des vestiges d’un parcours plus dense qu’il n’y paraît. Un témoignage discret de cette scène parallèle, active mais peu archivée, qui a occupé les interstices entre underground et industrie. Une scène où beaucoup se sont essayés, parfois brièvement, laissant derrière eux juste assez de traces pour qu’on puisse, des décennies plus tard, tenter d’en recomposer les contours.
Il y a un peu plus de 15 ans, j'ai demandé à l'ami David Rosane de se remettre à la musique et d'enregistrer un album de ses compositions. Mes copains de Basement étaient aussi dans le coup. On a essayé d'enregistrer ce qu'il lui passait par la tête... Mais David n'était pas très content du résultat, le projet n'a jamais abouti... Et c'est finalement Neon Campfire qui verra le jour et leurs 2 cd que nous avons co-produit. Voici 2 magnifiques clichés pris lors des sessions chez Basement.
Du fait d'un bout de sein qui dépassait sur la pochette des Bonaparte's, YouTube a bloqué ma vidéo. Depuis, les choses se sont apaisées et grâce à mon ia préférée, j'ai un peu modifié ce visuel. Histoire de ne pas subir, une fois de plus, la foudre moralisatrice de l'hébergeur de contenus vidéos.
Après avoir stoppé la publication de certains albums du fait d'un ordinateur tombé en rideau, je reprend - deux mois après- la publication du mini-album des Goulues. Voici le très bon "Autour De Mes Nuits".
Les groupes comme Les Malades laissent rarement beaucoup de traces, mais parfois quelques disques et une poignée de pages photocopiées suffisent à reconstituer tout un pan de scène. Actif à Lille entre 1981 et 1986, le groupe s’inscrit dans cette zone encore floue qui relie l’après-punk à l’émergence de la scène alternative française. Longtemps réduit à son premier 45 tours Le Pacha / Embarquement immédiat paru en 1983, le groupe apparaît aujourd’hui sous un jour un peu différent dès lors qu’on recolle les morceaux de sa discographie et qu’on croise ces éléments avec les archives fanzines.
Derrière ce nom, clin d’œil assumé à Madness, se cache un groupe à la fois ancré dans son époque et déjà en décalage. La formation de la première période réunit notamment Abel Chakleb à la batterie, Jean-François Declercq à la basse, Thierry Barrois au saxophone et Thierry Cailliez à la guitare, avec un chant assuré par Bruno Cheynier. La présence du saxophone, loin d’être anecdotique, donne immédiatement une couleur particulière à leur musique, qui déborde du simple cadre punk pour aller chercher du côté du ska, du rhythm’n’blues et de formes plus hybrides.
Le premier single de 1983 capte une énergie encore brute, tendue, mais déjà traversée par ces influences multiples. Pourtant, il ne constitue qu’un point de départ. Deux ans plus tard, Les Malades publient un second 45 tours, Écrivez-moi des lettres, sur leur propre structure, Les Éditions de la Péniche, signe d’un ancrage plus affirmé dans les réseaux DIY locaux. Dans la foulée, ils participent à la compilation Repérages 84, véritable instantané de la scène nordiste, avant de franchir une étape supplémentaire avec la sortie en 1986 de l’album Chaud devant.
Cette progression discographique éclaire autrement le contenu d’un entretien publié en 1985 dans un fanzine (Anonyme n°3 - Juin 1985), où le groupe développe un univers à la fois cohérent et décalé. Les Malades s’y décrivent à travers un vocabulaire médical détourné, parlant de virus, de symptômes et de remèdes, comme si la musique relevait d’une forme de contamination joyeuse. Derrière ce jeu de langage, on découvre surtout une cartographie musicale étonnamment large. Le groupe cite aussi bien The Saints que The Fleshtones, tout en revendiquant un attachement profond à la soul américaine, de Stax Records à Motown.
Plus inattendue encore est l’évocation explicite de musiques africaines, le groupe mentionnant le makossa comme influence directe. Dans le contexte français du milieu des années 80, cette ouverture reste rare et rapproche Les Malades de ces trajectoires marginales où le post-punk devient un terrain d’expérimentation bien plus large qu’un simple prolongement du rock anglo-saxon. Cette hybridation se retrouve aussi dans leur manière d’exister : concerts fréquents, organisation d’événements, implication dans des réseaux parallèles où se croisent musique, graphisme, poésie et performances.
L’album Chaud devant, publié en 1986, apparaît ainsi comme l’aboutissement logique de cette dynamique. Il prolonge un parcours amorcé dans les squats lillois du début de la décennie et structuré autour d’un collectif autant que d’un groupe au sens strict. Mais comme beaucoup de formations de cette époque, Les Malades disparaissent presque aussitôt après avoir atteint cette forme de maturité discographique, laissant derrière eux une œuvre brève, dispersée, et longtemps sous-documentée.
“La scène toujours et toujours car de ça on ne guérira jamais”, affirmaient-ils en 1985. La formule prend aujourd’hui un autre sens. Elle ne dit pas seulement l’urgence de jouer, mais aussi celle de laisser des traces, même fragmentaires. Trois disques — deux singles et un album —, quelques compilations et des pages de fanzines suffisent finalement à faire réapparaître Les Malades pour ce qu’ils étaient : non pas une curiosité isolée, mais un groupe pleinement inscrit dans les circulations souterraines de son époque, à la croisée du rock, de la soul et d’influences bien plus larges.
Ici, on pourra télécharger en Mp3, le premier single de The Secret sorti en 1977 !
Voici l'autre face du single de Bétrave Rock, le très rock français des années 80 "Assis devant la télé".
En 1981 paraît un 45 tours dont il ne semble rien subsister en dehors de quelques exemplaires et de mentions éparses chez des collectionneurs : À la masse / Assis d’vant la télé, signé Betrave Rock. Deux titres, un nom à l’orthographe hésitante, et déjà une impression familière pour qui s’intéresse aux zones les moins documentées du rock français : celle d’un groupe dont la trace se limite presque entièrement à cet enregistrement.
Les deux titres suffisent pourtant à esquisser une esthétique. On y devine une écriture ancrée dans le quotidien le plus immédiat, entre fatigue sociale et ironie désabusée, quelque part entre le constat brut et la distance un peu absurde qui caractérise une partie de la production française du début des années 80. Rien de spectaculaire, rien de théorique non plus, mais une manière de capter l’époque à hauteur d’ennui, assis devant un écran ou écrasé par une réalité sans relief. Le nom même de Betrave Rock, avec son orthographe volontairement bancale, semble participer de cette logique : bricolage, décalage, refus implicite du sérieux.
L’un des rares éléments tangibles liés à ce disque est la mention d’un enregistrement au studio ADS à Ivry-sur-Seine. Ce simple détail suffit à replacer le groupe dans un contexte plus précis. Ivry, à cette période, fait partie de ces zones périphériques de Paris où se concentrent des structures d’enregistrement accessibles, fréquentées par des groupes sans moyens mais suffisamment organisés pour franchir l’étape du studio. ADS appartient très probablement à cette catégorie de lieux semi-professionnels aujourd’hui disparus, qui ont vu défiler une quantité de formations locales dont l’histoire reste à écrire. Enregistrer là ne relevait pas du hasard : cela suppose un minimum de réseau, des contacts, peut-être une proximité géographique, en tout cas une inscription dans une scène, même diffuse.
Tout laisse penser que Betrave Rock s’inscrit dans ce tissu francilien de groupes éphémères, actifs le temps de quelques répétitions, de quelques concerts et, pour les plus déterminés, d’un unique passage sur bande. Le disque devient alors à la fois trace et aboutissement, preuve d’existence plus que point de départ d’une trajectoire. On peut imaginer sans trop de risque une diffusion limitée, quelques ventes en concert, peut-être une circulation par correspondance, puis plus rien. Pas de presse, pas d’archives, pas de continuité.
Il reste aujourd’hui cet objet, et avec lui une série de questions sans réponse. Qui étaient-ils, combien de temps ont-ils joué, dans quels lieux, avec quels autres groupes ont-ils partagé l’affiche ? Le nom du studio ouvre une piste sans la résoudre, comme souvent dans ces histoires où chaque indice révèle davantage l’ampleur de ce qui a disparu qu’il n’éclaire réellement ce qui subsiste. Betrave Rock rejoint ainsi la longue liste des formations fantômes qui peuplent les marges du rock français, celles dont l’existence ne tient plus qu’à la persistance matérielle d’un vinyle et à la curiosité de ceux qui le font tourner, des décennies plus tard.
Dernier extrait de l'unique single de Vietnam Rafale sorti en 1982, voici "Les Orchidées" !