Tokow Boys dans New Wave n°4 - Octobre 1980



Une vidéo des Tokow Boys


Le retour des Tokow Boys

On avait déjà évoqué Tokow Boys (et Rachel Rachel, leur chanteuse) dans Bouloup, un peu en filigrane, comme une silhouette qui passe derrière le décor des “jeunes gens modernes”. Et puis il y a des morceaux qui méritent qu’on s’y attarde pour de bon, ne serait-ce que pour comprendre comment une poignée de titres ont réussi à capter quelque chose de très précis de leur époque sans jamais vraiment exister dans le paysage officiel. “Elle Hôtesse” fait clairement partie de ceux-là.

Sorti en 1980, le morceau déboule avec cette espèce d’assurance fragile propre aux débuts de la new wave française, encore en train de chercher sa langue. Ce qui frappe immédiatement, c’est cette voix perchée, presque désincarnée, de Rachel Ortas, qui flotte au-dessus d’un groove minimaliste, un peu bancal, mais jamais maladroit. Derrière, ça tricote sec entre les claviers et une rythmique sèche, pendant que le sax vient poser une couleur à la fois élégante et légèrement incongrue, comme souvent dans cette période où tout le monde semblait redécouvrir l’instrument sous l’influence croisée du punk et du jazz mutant.

Le groupe s’est formé à Paris à la toute fin des années 70, dans ce moment charnière où l’énergie punk commence déjà à se dissoudre dans quelque chose de plus froid, de plus conceptuel, mais pas encore totalement synthétique. Chez Tokow Boys, il y a ce goût pour une esthétique un peu déplacée, presque exotique, qui passe autant par le nom que par certaines textures sonores. Le morceau a été enregistré à Londres avec David Cunningham, ce qui n’est pas anodin : on retrouve dans “Elle Hôtesse” ce sens du vide, du rythme étiré et du détail absurde qu’on pouvait entendre chez les The Flying Lizards. C’est une musique qui avance en décalage, qui ne cherche jamais vraiment à séduire, mais qui finit par accrocher sans prévenir.

À l’époque, le titre circule, notamment sur les radios pirates, sans jamais franchir le cap du succès visible. Trop étrange, trop raide, ou simplement mal distribué, comme beaucoup de choses sorties chez Virgin Records à ce moment-là en France. C’est le genre de disque qu’on imagine très bien passer tard le soir, entre deux imports anglais, pour une poignée d’auditeurs qui avaient déjà un pied ailleurs.

Avec le recul, “Elle Hôtesse” apparaît presque comme un point d’équilibre entre plusieurs mondes qui cohabitent brièvement avant de se séparer. Il y a encore un peu du chaos du punk, déjà une forme de sophistication pop, et surtout cette manière très française de rendre le détachement presque théâtral. Rien n’est appuyé, tout semble tenu à distance, et c’est précisément ce qui donne au morceau sa tenue.

La suite est connue, ou en tout cas plus visible : après la fin du groupe au début des années 80, Rachel Ortas et Éric Tabuchi bifurquent vers Luna Parker, avec à la clé un tube massif quelques années plus tard, “Tes états d’âme… Éric”. Difficile de faire un grand écart plus spectaculaire. Et pourtant, en revenant à “Elle Hôtesse”, on entend déjà quelque chose de cette écriture précise, de ce goût pour les lignes claires, simplement plongés ici dans un environnement beaucoup plus anguleux.

C’est sans doute pour ça que le morceau tient aussi bien aujourd’hui. Il ne cherche pas à être emblématique, il ne coche aucune case évidente, et il reste coincé dans une zone intermédiaire assez rare. Un disque qui n’a pas vraiment trouvé sa place au moment de sa sortie, mais qui, justement pour cette raison, continue de réapparaître régulièrement, comme un rappel discret que la scène française du début des années 80 ne se résume pas à ses figures les plus visibles.

Basement Daze

Voici l'autre face du single de The Depressions, proto-punk pub rock et leur très enlevé "Basement Daze".

Arrête ou continue

Nuit Privée n'est pas sans me rappeler Écoute Maman dans sa façon de jouer et dans la structure de ses chansons. Voici la face B de l'unique single du groupe... 

Le maxi de Putsch

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le mini-album 5 titres de Putsch sorti en 1982.


 

Des photos restaurées des Monkey Business

Grâce à une petite IA de derrière les fagots, voici quelques photos "améliorées" des Monkey Business. De haut en bas :  2 photos pendant la Pif Party, 2 photos du concert au Plan, 1 photo du tournage du clip dans les Frigos.







Les textes de Stalag

Le camarade Thierry Tuborg a publié quelques textes de Stalag sur son profil FB. Je me permet donc de les reproduire ici-même... 

Cas social                                                        

Je suis un cas social
Je ne suis pas normal
Et le gouvernement
se pose des questions
Ils m’ont mis à l’usine
J’y ai foutu le feu
Ils m’ont mis à l’asile
Car j’étais pas comme eux
Je mens, je mens, je mens, je mens
Je t’emmerde
Je vends, je vends, je vends, je vends
Mon déshonneur
Je m’aime, je m’aime, je m’aime, je m’aime
Je m’emmerde
Je m’exhibe, je m’exhibe, je m’exhibe, je m’exhibe en disant
Une passion, je cherche une passion
Une fonction, je cherche une fonction
Une intuition
Je veux plus étudier
J’aime pas les leçons
Je veux plus travailler
Ca donne des boutons
Psychothérapie
Et primes alimentaires
Payées par les impôts
De mon putain de père
J’apprends à être adulte
J’apprends je me disculpe
Je rends les draps humides
J’apprends, je suis utile
je m’exhibe


Les fusils

On sait on n’est pas très malins, on nous l’a assez dit
Vous vous foutez de ce qu’on dit, ça on le sait aussi
On n’est pas très sélect, on vit dans des taudis
Vous vous foutez de ce qu’on vit
On sait on n’est pas très instruits, on n’est pas très polis
On n’a jamais su se servir de l’hypocrisie
On n’a pas l’intellect, on vit pas, on s’ennuie
Vous vous foutez de nos envies
Mais nous on sait de quoi on parle
Même si on s’exprime mal
Vous vous foutez de ce qu’on dit
Vous attendez qu’on prenne les fusils
Alors tant pis, vous allez payer de votre vie
On n’est pas venu pour se plaindre ou pour vous implorer
On est venu pour se venger et pour vous insulter
On va vous expliquer, touchez-nous si vous l’osez
Vous verrez, on est maudits
Mais nous on sait de quoi on parle
Même si on s’exprime mal
Vous vous foutez de ce qu’on dit
Vous attendez qu’on prenne les fusils
Alors tant pis, vous allez payer de votre vie
Mais nous on sait de quoi on parle
Même si on s’exprime mal
Vous vous foutez de ce qu’on dit
Vous attendez qu’on prenne les fusils
Alors tant pis, vous allez payer de votre vie


Dernier cri
 

Tous ces petits génies qui habitent Paris
Usent de la méthode pour vous vendre leur mode
Ca fait de la nouvelle vague, ça m’a tout l’air d’une blague
Sans le moindre complexe, ça retourne sa veste
Et ils vous font marcher, et ça vous fait bander
Si ça vous arrive de Paris, c’est sûrement du dernier cri
C’est le rock romantique, c’est le rock Prisunic
Les grands coups d’étiquettes sans trop se compromettre
Interviewes dans la presse et la province achète
Ils vous ont convaincus ouais ils vous ont bien eus
Personne n’a rien compris, dans ce foutu pays
Si ça vous arrive de Paris, c’est sûrement du dernier cri
Allez tricote !
Hein…. Hein-hein aaah…
Pesonne n’a rien compris dans ce foutu pays
Si ça vous arrive de Paris, c’est sûrement du dernier cri
Si ça vous arrive de Paris, c’est sûrement du dernier cri
Na na na na, na na na na…
Beuah !…


Coupables

Toute une existence armés de patience
Vivre dans l’attente d’une fin décente
Faut s’occuper, savoir se changer les idées
Quel bel avenir nous est-il réservé ?
A quand le feu vert, qu’avez-vous décidé ?
Nous sommes trois millions, on a des doutes et nous vous jugeons
C’est de votre faute, vous êtes coupables responsables
C’est pas de la nôtre, irréprochables, irresponsables
Faut pas s’étonner du manque de progrès
Vous vous chargerez de nous décourager
On peut plus construire, alors on va tout, tout détruire
C’est de votre faute, vous êtes coupables responsables
C’est pas de la nôtre, irréprochables, irresponsables
La loi de la jungle, de l’indifférence
On était patients, mais on n’a plus confiance
Nous sommes cinq millions, on a des doutes et nous vous jugeons
C’est de votre faute, vous êtes coupables responsables
C’est pas de la nôtre, irréprochables, irresponsables


Les quatre vérité

Jamais rien n’a réussi à me faire de la peine
Sûrement pas maintenant que ça va commencer
J’en ai rien à foutre de tes états d’âmes
C’est pas de ma faute si t’aimes les drames
Désolé sweet sixteen j’suis pas sentimental
Tu es trop romantique, attention c’est fatal
Tu veux que je sois franc, entre nous c’est risqué
C’est pas toujours marrant, ses quatre vérités
Arrête ton cinéma, tu deviens ridicule
Tu n’as aucun droit, mais tu me manipules
Désolé sweet sixteen j’suis pas sentimental
Tu es trop romantique, attention c’est fatal
Garde tes problèmes, j’ai bien assez des miens
Pose pas de questions, j’ai rien à répondre
Ton air effarouché commence à m’agacer
Allez n’insiste pas, ça vaut mieux pour toi
Désolé sweet sixteen j’suis pas sentimental
Tu es trop romantique, attention c’est fatal
‘tention c’est fatal
‘tention c’est fatal
Tu n’es vraiment pas originale


Marche ou Crève

Aucune raison de rester sur terre
Juste l’intuition qu’il n’y a rien à faire
Gaspiller sa confiance, subir chaque présence
Refuser toute concession
Plus aucun motif pour parler de soi
Tout juste fautif de sa propre foi
Se traîner dans la boue et finir chez les fous
Esclave de tous ses fantasmes
Faut-il marcher ou bien crever
Tout abandonner, ou bien tout casser, ou se faire bouffer
Plus qu’un seul espoir, celui de la vengeance
Sans savoir pourquoi, vivre dans la méfiance
Quand je sors j’aperçois mon cadavre déjà froid
Gisant sur le bitume
Comprends si tu peux, dis ce que tu veux
J’ai rien à te vendre, rien à attendre
Me traîner dans la boue et finir chez les fous
Esclave de tous mes fantasmes
Faut-il marcher ou bien crever
Crevez aaaah, aaaah crevez aaah, aaah crevez aaah…


Je suis chez moi


Qu’est-ce que tu viens foutre à cet endroit j’y suis chez moi
Il n’y aura pas de place pour toi j’y suis déjà
Je suis chez moi
Dix-huit ans que je t’attends, tu arrives trop tard
Trop souvent chacun pour soi, maintenant c’est trop tard
Je suis chez moi, tu vois
Tu vois je suis chez moi, tu n’as aucun droit
Allez vas-y dis que tu ne comprends pas
Tu vois je suis chez moi tu n’as aucun droit
Regarde bien ce que l’on a fait de moi
Je ne vois pas pourquoi je me mettrais à ta place
Ta place est trop loin pour moi, je ne vis que pour moi
Que pour moi
Je n’ai rien à demander, tu n’as rien à donner
Je vais pas faire visiter, c’est trop compliqué
Je suis chez moi, tu vois
Tu vois je suis chez moi, tu n’as aucun droit
Allez vas-y dis que tu ne comprends pas
Tu vois je suis chez moi tu n’as aucun droit
Allez vas-y dis que tu ne comprends pas
Regarde bien ce que tu as fait de moi
Regarde bien ce que tu as fait de moi


Fred

Fred avance d’un pas malhabile
Dans les impasses de cette ville
Aucune ne mène quelque part
Pas une ne sortira du noir
Toutes les nuits la même envie
Alors que les gens sont endormis
Mais chercher qui, chercher quoi ?
À présent Fred attend sa proie
On peut pas dire qu’il soit en vie
Ça doit suffire car il survit
On peut pas dire qu’il soit normal
Il peut plus dormir, c’est sûrement pas grave
Fred sombre dans l’indifférence
Fred fait sa vie dans l’inconscience
Il n’a plus rien à vous dire
À quoi bon se rendre utile
On dit qu’il changera
Qu’il est jeune il comprendra
Difficile de se rendre compte
Quand on marche à côté de ses pompes
On peut pas dire qu’il soit en vie
Ça doit suffire car il survit
On peut pas dire qu’il soit normal
Il peut plus dormir, c’est sûrement pas grave
Pas grave... Pas grave... Pas grave...
Sûrement pas grave...


Secrets

On t’a fait croire à des conneries
On a voulu te faire envie
On s’est débarrassé de toi
Mais les mensonges tu les as là
Mais les mensonges, toi, tu peux pas savoir ce que c’est
Toi tu arrives, toi, tu sais pas qu’ça peut exister
On t’a fait dire des conneries
On t’a fait dire que t’avais compris
Ils n’ont même pas remarqué
Que t’ étais en train de pleurer
Oui mais pleurer, toi, tu peux pas savoir ce que c’est
Toi tu arrives, toi, tu sais pas qu’ ça peut exister
Alors écoute, mon métier c’est de te venger
Alors appelle, mon métier c’est de t’écouter
Ne laisse pas les garçons t’acheter
Ne laisse pas les autres te briser
Surtout ne te cache pas, ces gens n’attendent que ça
Tu ne veux pas me faire confiance
Tu préfères garder tes distances
Tu peux pas savoir ce que c’est pour moi
De vouloir dire la vérité
Je veux seulement, moi, me cacher parmi tes jouets
T’écouter parler, découvrir tes plus grands secrets
Je veux seulement, moi, me cacher parmi tes poupées
Te déshabiller, découvrir tes plus grands secrets
Je veux seulement, moi…
Je veux seulement, moi, découvrir tes plus grands… Secrets…


Date limite de vente1

Je suis une date limite de vente
J’suis là pour informer la cliente
Dans chaque centre distributeur
Je joue les super indicateurs
Vous feriez mieux de m’apercevoir
A moins qu’il ne soit déjà trop tard
J’ai des conditions d’utilisation
J’ai même une contre-indication
Méditez bien mon mode d’emploi
Avant de dire ça n’marche pas
Vous faites semblant de ne pas me voir
Vous laissez trop de choses au hasard
Respectez ma fabrication
Dépassez pas les proportions
Consommez-moi mais faites attention
Vous passez à côté de mes qualités
A côté de mon utilité
Vous oubliez la notoriété
Qui me conduira jusqu’au sommet
Vous faites semblant de ne pas me voir
Mais moi j’ai droit à quelques égards
Respectez ma fabrication
Dépassez pas les proportions
Consommez-moi mais faites attention


Interdit aux moins de 18 ans

C’est pas toujours drôle d’être un adolescent impuissant
T’as jamais raison t’as des boutons
Tu n’as pas le choix, t’as que la liberté surveillée
T’es qu’un mongolien, t’es qu’un chien
C’est pas toujours drôle le silence d’un lycée, d’un ciné
Tu comptes les jours aucun recours
Tu vas te cacher, pour toi qu’est-ce que c’est jouir, c’est rougir
T’es qu’un mongolien, t’es qu’un chien
Tu sais ça fait que commencer, et faudra pas t’étonner
Quand ils t’auront tout refusé, tu n’auras qu’à resquiller
C’est pas toujours drôle d’être jamais capable mais coupable
De broyer du noir au fond d’un bar
Jamais de réponses à toutes tes questions, obsessions
T’es qu’un mongolien, t’es qu’un chien
Tu sais ça fait que commencer, et faudra pas t’étonner
Quand ils t’auront tout refusé, tu n’auras qu’à resquiller
Toi tu n’as pas demandé de vivre sur cette terre
Toi tu n’as pas refusé, hey ! tu peux encore le faire
Tu peux encore le faire…
Tu peux encore le faire…


L’Étudiant

Tu es un étudiant, tu vis chez tes parents
Tu es dans ta science, tu vis plein de bon sens
Tu n’as pas de problèmes et t’as l’esprit ouvert
Quand tu parles t’as raison, puisque tu as l’instruction
T’es pas un bon à rien, ancêtre de Pétain
Tu ressembles à ton père, la connerie c’est héréditaire… Haou…
Tu n’es qu’un étudiant, mais t’es intelligent
Tu penses à l’avenir, à surtout pas te salir
Tu construis ton image parmi des bavardages, bla bla bla
Quand tu parles t’as raison, puisque t’as l’éducation
T’es pas un bon à rien, ancêtre de Pétain
Hou…
Tu ressembles à ton père, la connerie c’est héréditaire… héréditaire…
T’aimerais bien changer mais c’est vraiment risqué
C’est pas que t’aies la frousse mais que faire sans les bourses
Tu te sens supérieur et tu te crois vainqueur
Mais ça te fais pas de mal d’être remis à ta place
Tu es un moins que rien, ancêtre de Pétain
Tu te trouves agréable, la connerie c’est incurable… incurable…
Wouh… Wouh…


Carolus d’Or
 

Tu peux les voir chaque soir
Pendus dans les bars
Tous les trois s’observant du coin de l’œil
Alex vit avec son ventre
Tommy vit avec son sexe
Et Charlie vit avec sa cocaïne
Et moi tout ça me regarde pas
Je supporte pas, je change de bar
Prêts à sauter sur tes torts
Prêts à te sucer ta force
Comme un clochard qui ramasse un mégot
Ils voudraient bien t’imiter
Ils voudraient bien s’agripper
Mais ils font jamais rien de leurs dix doigts
Et moi tout ça me regarde pas
Je supporte pas, je change de tare
Alex parle de son ventre
Tommy parle de son sexe
Et Charlie parle de sa cocaïne
Et moi je parle de rien
Et moi j’en ai pas besoin
Je n’ai aucune preuve à exhiber
(Et dans trente ans, idem, toujours assis tous ! au fond d’un hospice, poursuivant vos lamentations dérisoires, sans vraiment savoir ce que vous foutiez là…)
Sauf nécessité


Défense d’afficher 

Défense de fumer
De parler au conducteur
Sauf nécessité
Défense de tricher
Et même d’essayer
Défense d’exister
Si c’est pas dans la légalité
Ah !
Où que t’ailles et quoi que tu fasses
Jamais rien qui se passe
Chaque fois au coin de la rue tu ramasses
Répression, dépression, le grand frisson
Défense de troubler
L’ordre instauré
Tapage nocturne
A titre posthume
Ya ya !
Où que t’ailles et quoi que tu fasses
Jamais rien qui se passe
Chaque fois au coin de la rue tu ramasses
Obsession, frustration, masturbation
Où que t’ailles et quoi que tu fasses
Jamais rien qui se passe
Chaque fois au coin de la rue tu entends
Défense ! Défense ! Défense ! Sauf nécessité !
 

Désirs télévisés 

Désirs télévisés, noir et blanc
Amours télécommandés
Bonbons acidulés, colorants
Destins téléguidés, yeah !
Un monde si moderne
Pour des peuples imparfaits
Pourquoi ne sommes-nous jamais
A la hauteur, jamais à l’heure
Et nous rêvons
De passions perdues dans le passé
Nous ignorons
Toute loyauté, toute dignité
Confidence pour confidence
Je rentre dans la danse
Malgré les contredanses
Je pense à contresens
Savants et dirigeants concurrents
Fierté du gouvernement
Nous ne sommes que des enfants
Nous sommes désespérants
Un monde si moderne
Pour des peuples imparfaits
Pourquoi ne sommes-nous jamais
A la hauteur, jamais à l’heure
Et nous rêvons
De passions perdues dans le passé
Nous ignorons
Toute loyauté, toute dignité
Confidence pour confidence
Je rentre dans la danse
Malgré les contredanses
Je pense à contresens 

  

The Depressions

Au tournant de 1977, alors que l’explosion punk redistribue les cartes de la scène rock britannique, un groupe de Brighton tente sa chance sous un nom parfaitement dans l’air du temps : The Depressions. Comme beaucoup d’autres formations de l’époque, ils ne sortent pas de nulle part. Avant de rejoindre la vague punk, le groupe joue un répertoire assez classique de pub rock et de reprises des The Who ou des Small Faces. L’arrivée du punk change rapidement la donne : look radicalisé, tempo accéléré et compositions originales viennent remplacer les anciens réflexes de groupe de pub. La formation se stabilise autour de Dave Barnard au chant et à la basse, Tony Mayberry et Eric Wright aux guitares, et Ozzy Garvey à la batterie.

Le groupe enregistre plusieurs singles entre 1977 et 1978, mais celui qui retient le plus l’attention reste le 45 tours paru en 1978 sur le petit label indépendant Barn Records. Sur la face A figure Get Out Of This Town, tandis que la face B propose Basement Daze. Le disque s’inscrit parfaitement dans cette zone un peu floue qui caractérise une partie du punk britannique de première génération : une énergie évidente, une attitude agressive, mais un fond musical qui doit encore beaucoup au pub rock et au glam rock des années précédentes. Get Out Of This Town avance à un rythme nerveux, porté par des guitares franches et un refrain immédiat, tandis que Basement Daze développe un côté un peu plus rugueux, presque garage, qui correspond bien à l’imagerie souterraine du punk de l’époque.

Ce single sera repris la même année sur l’unique album du groupe, The Depressions, un disque qui reste aujourd’hui un témoignage intéressant de ces formations situées à la périphérie de la scène punk la plus médiatisée. Comme beaucoup de groupes de la seconde ligne du mouvement, The Depressions ne bénéficient ni de la puissance de feu des grandes maisons de disques ni de l’exposition offerte par les groupes phares de la période. Leurs disques sortent sur de petites structures, dans des tirages modestes, et circulent surtout dans les circuits indépendants, les concerts et les magasins spécialisés.

La carrière du groupe est en outre brutalement ralentie par un épisode tragique survenu lors d’un concert donné au Preston Polytechnic pendant une tournée avec The Vibrators. Une bagarre éclate dans le public et l’incident dégénère au point de provoquer la mort d’un spectateur. L’affaire fait rapidement les gros titres et contribue à alimenter la mauvaise réputation déjà tenace de la scène punk britannique. Même si le groupe n’est pas directement responsable, le contrecoup médiatique est sévère. Peu de temps après, la formation se désagrège partiellement et réapparaît brièvement sous un autre nom, The DP’s, avant de disparaître vers 1979.

Avec le recul, le 45 tours Get Out Of This Town / Basement Daze est devenu un petit objet de collection pour les amateurs de punk britannique obscur. Sa sortie sur un label confidentiel, le tirage limité de l’époque et la courte durée de vie du groupe expliquent en grande partie cette rareté relative. Mais au-delà de la simple logique de collection, le disque possède aussi le charme particulier de ces enregistrements réalisés dans l’urgence, à un moment où le punk est encore un terrain d’expérimentation plus qu’un style déjà codifié. Dans cette zone intermédiaire entre pub rock musclé et punk naissant, The Depressions livrent un témoignage assez représentatif de ces centaines de groupes qui ont gravité autour de l’explosion de 1977 sans jamais accéder à la postérité des têtes d’affiche. Aujourd’hui, leur nom subsiste surtout à travers ces quelques sillons gravés sur vinyle, traces modestes mais bien réelles d’une scène aussi foisonnante qu’éphémère.

Je chante dans les Glaviots (2)

Voici ma seconde participation à la Revue Thésaurus (n°2) du camarade Claude Picard. Après avoir évoqué par le détail la saga de Cérémonies, il m'est apparu comme une évidence que je devais parler de ma propre carrière musicale. Dont acte. Voici ce que je lègue à mon prochain, soit tout mon héritage artistique. 

Et puis, les choses sont devenues un peu plus sérieuses lorsque nous avons créé notre premier studio de design (Bleu Petrol). Un ami photographe nous avait accueilli dans un vaste local qu’il partageait avec un atelier de pièces détachés au fin fond de la zone industrielle de Cachan.  Le soir venu, il nous sous-louait son gigantesque studio photo. A force de répétitions et d’efforts désespérés nos avons donné vie à Bibi & Les Fricotins. Un nom qui se voulait un hommage au groupe anglais Echo & The Bunnymen. Echo était le nom de leur boite à rythme. Nous avions baptisé la nôtre Bibi. Elle était de marque Alesis et sonnait furieusement 80’s (une HR-16 B). Souvent faux mais forcément dans le temps (la beatbox n’attend pas), aidé par une énorme réverbération nous avons joué notre répertoire instrumental partout où l’on voulait de nous. Entre chaque morceau des extraits de films ou des trailers trash d’époque. Parfois, le camarade Jonyv’s stagiaire et saxophoniste nous rejoignait en live. Dans les caves et les garages des copains, à la Fête de la Musique, à l’inauguration d’un hôtel (habillés en noir et blanc pour assurer la musique d’ambiance), à la fête d’entreprise amie, nous avons joué notre “Surfin’ Petrol Blues”, un nouveau concept inventé par Yann (à la basse). Nous avons même organisé un Festival Bleu Petrol à la MJC des Lilas (avec Cérémonies et plein d’autres groupes de notre entourage). Pour l’occasion, tout Bibi & les Fricotins portait la même chemisette rayée de rouge, hommage aux Beach Boys et profession de foi surf. En rappel, Franck s'est joint à nous et nous nous sommes lancés dans une version très personnelle de « Walk On The Wild Side » de Lou Reed. Pascal, à la guitare rythmique et à la programmation de Bibi, fan de pop (façon Sarah Records) insufflait une couleur toute particulière à nos compositions. Très créatifs (trop créatifs ?), nous n’hésitions pas à injecter d’étranges inspirations à nos chansons qui – souvent- ne suivaient aucune structure musicale classique. Parfois, aussi, nous remixions nos propres morceaux ainsi « D 33 » a vite été suivi d’un « D 34 » et d’un « D 35 ». Les medleys du style « Star On 45 » étant à la mode nous jouions parfois notre propre interprétation du genre, un mélange du thème de « Ne Nous Fâchons Pas » avec celui de « Batman », agrémenté d’un passage de « I’m Sticking With You » du Velvet et d’un de « Bo Diddley » de…  Bo Diddley. Pour élever le débat, nous avons essayé d’adapter « Blue Monk » de Thelonious Monk en version twist et « A Forest » des Cure en version rockabilly. En réponse à la fameuse photo des jeunes gens modernes et de leurs mamans dans Actuel, ce sont nos papas qui posent à notre place sur la photo « officielle » du groupe et que nous avons utilisée sur nos démos et sur notre dossier de presse.

Et puis un jour, on a voulu ajouter du chant. Ma copine Véronique a rejoint le club et nous avons formé Les Etc’s. Je ne me souviens pas de grand-chose, si ce n’est du titre d’une de nos compositions « Traci Lords a disparu » (les fans de porno 80’s apprécieront) et que la gentille Véro. ne chantait pas très bien. Mais, elle aussi avait du cœur et de la motivation. Sauf pour porter les amplis à la fin des quelques concerts que nous avons donnés. En plus de nos compositions, nous reprenions les Young Marble Giants, les Housemartins, les Comateens ou Cindy Lauper. Je me souviens également que nous avons participé à une sorte de Woodstock improvisé pour la Fête de la Musique sur les bords de Marne. Nous avons pris d’assaut un champ désert et tiré un câble électrique d’une maison voisine. Nous avons tous joués (tous les groupes proches de Bleu Petrol) devant un parterre de copains venus nous soutenir bière à la main. Les riverains n’en n’ont pas cru leurs oreilles mais n’ont pas appelé la gendarmerie. Et puis, vers minuit, nous avons plié les gaules et nous sommes dissous, ni vu, ni connu, dans l’obscurité.

Sur les traces encore fumantes des Etc’s, ce sont les Monkey Business qui se sont créés. David, un ami américain, récemment rencontré chantait et chante sérieusement bien. Il nous a montré le chemin… Lui qui venait de quitter Aix-en-Provence et les Seaton qui commençaient pourtant à se faire un nom dans le Sud. Comme lui, nous voulions plus de bruit et de fureur. Le grunge et les Sonic Youth avaient changé l'ambiance. Du moins Yannick et moi souhaitions attaquer les guitares au tournevis et à grands coups de larsen. Pascal, trop doux et trop pop, a jeté l’éponge puis a rejoint les Chinaski’s. Exit la réverbération XL et le surf new-wave. Véronique s’est exilée aux USA puis est devenue astrologue holistique. Bruno (ex-Cérémonies) a pris les baguettes pour bûcheronner avec certaines ambitions fusion/hardcore en tête. Avec les Monkey, c’est devenu du lourd. Dans tous les sens du terme.

J’ai retrouvé ce petit texte, écrit à l’époque, qui résume parfaitement bien l’humeur des Monkey Business : « " Voici revenir le temps des guitares jouées approximativement. C'est le Temps qui change les valeurs. Aujourd'hui une note écorchée en vaut deux, un bruit insidieux remplace un baiser (avec la langue). C'est ça l'arnaque, un business minable qui devient de l'Art. L'art de la table, de se mettre à table et de balancer le nom de tous ceux "à cause de qui". C'est injuste, balancer tous ceux qu'on a singé. Mais les singes font, ce que les singes voient... ».

Après une longue période de gestation, nous avons beaucoup joué nos compositions : les bars/caf’ conc’, le Gibus, le Plan, la Clé, le Cadran, la MJC du Pré Saint-Gervais, Saint Malo, Rennes, Fréquence Ado et Radio Libertaire (ou un truc du genre)Etc. Parallèlement, nous avons enregistré une démo en 16 pistes, à l'ancienne, chez le camarade Jean Taxis alors spécialisé dans l’indie (il avait produit - entre autres – Norma Loy et Little Nemo) et tourné un clip, en un long plan séquence, dans les Frigos de Paris. Également, le grand photographe et D.A. suisse Peter Knapp nous a pris en photo. Plus nous « grandissions », plus nos relations se complexifiaient. Une sorte de caricature de groupe de rock avec tous les clichés qui vont avec.

 

 

Nuit Privée

Parfois, la scène rock française des années 80 laisse derrière elle des disques qui ressemblent à des messages en bouteille. Un 45 tours apparaît, circule un peu, puis le groupe disparaît sans laisser de traces. Nuit Privée appartient clairement à cette catégorie.

Le groupe publie en 1984 un unique single : « Le Métro » / « Arrête Ou Continue », pressé en 45 tours sur le label Studio 1 (référence S1 18071). Et puis… plus rien. Aucune biographie, aucune interview, aucune trace de concert ou d’autres enregistrements. Même les bases de données musicales sont muettes. Le disque existe bel et bien, mais le groupe semble s’être évaporé aussitôt apparu.

Le label Studio 1 (une référence au label jamaïcain?) semble avoir sorti plusieurs singles français autour de 1984, souvent des groupes dont on ne sait quasiment rien aujourd’hui. Une poignée de pressages isolés qui donnent l’impression d’un petit réseau de formations locales, probablement liées à un studio ou à un producteur régional. Dans ce contexte, Nuit Privée ressemble à l’un de ces projets qui ont peut-être existé le temps de quelques répétitions, de quelques concerts… et d’un unique passage en studio.

La seule vraie piste se trouve sur la pochette du disque. On y voit apparaître plusieurs noms raturés : Téléphone, U2, The Clash, Indochine. Impossible de savoir exactement ce que ces mentions signifient. La liste ressemble pourtant assez bien à une carte d’identité du rock du début des années 80, entre punk anglais, new wave et rock français. Peut-être s’agit-il simplement des influences revendiquées par le groupe, une sorte de manifeste esthétique imprimé directement sur la pochette. Certaines productions autoproduites de l’époque utilisaient ce procédé pour situer leur musique d’un coup d’œil, comme un message adressé à l’auditeur : si vous aimez ces groupes, vous devriez aimer celui-ci.

Le titre principal, « Le Métro », s’inscrit parfaitement dans l’imaginaire urbain de la new wave française : la ville, la nuit, les trajets anonymes, les rencontres furtives. Un thème très présent dans les textes de l’époque, notamment dans les groupes influencés par la scène parisienne du début des années 80. Mais là encore, faute d’archives, impossible de savoir si Nuit Privée venait réellement de Paris ou d’ailleurs.

Aujourd’hui, le 45 tours de Nuit Privée reste un de ces objets typiques de l’underground français des années 80 : un disque isolé, un groupe sans histoire connue, une pochette pleine de références et deux titres qui témoignent d’une scène foisonnante dont une grande partie reste encore à documenter. Si quelqu’un reconnaît les noms derrière Nuit Privée ou possède des informations sur le groupe, l’histoire reste à écrire. Comme souvent avec ces disques, la musique existe… mais la mémoire manque encore.

Le pire

Voici l'autre face du 1er single de Kheops. "The Worst" a une batterie typiquement Joy Divison, des guitares plutôt sympas mais une voix qui aurait mérité plus de maturité. Franchement pas mal, au final ! 

Le maxi de Pour l'Exemple

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique maxi de Pour l'Exemple sorti en 1988.


 

Sofa Chérie dans le journal

Trouvée sur les réseaux, voici une petite coupure de presse datée de 1983.



 

 

Kheops dans Worst N°1 (1988)

 





Kheops aux Eurockéennes en 1990

Hansje en français !

Allez, on le sait,  tu es belle chère Hansje !  

Kheops

À la fin des années 1980, la scène rock française regorge de groupes actifs dont la trace discographique reste aujourd’hui ténue. Kheops appartient clairement à cette catégorie. Le groupe ne semble avoir laissé derrière lui qu’une poignée d’enregistrements, mais ceux-ci suffisent à attester d’une activité réelle et d’un parcours typique de ces formations qui vivaient avant tout par la scène et les réseaux indépendants.

La discographie du groupe reste extrêmement réduite. Elle s’articule autour d’un premier 45 tours autoproduit paru vers 1987, avec « Fierté Orgueil Virilité » en face A et « Against The Worst » en face B. Ce disque constitue aujourd’hui la trace la plus visible du groupe. Il sera suivi d’autres enregistrements au tournant des années 1990, notamment un single comprenant « Les Fleurs Coupées », ainsi qu’un album publié en 1990 simplement intitulé Kheops. Ces sorties, aujourd’hui recensées dans les bases discographiques spécialisées, confirment que le groupe a dépassé le stade de la simple démo pour tenter une véritable existence discographique, même si ces pressages semblent avoir circulé dans des quantités très modestes.

Comme beaucoup de groupes de cette période, Kheops se construit d’abord sur scène. À la fin des années 1980, le réseau des concerts – MJC, petites salles, festivals locaux – constitue la principale infrastructure pour les groupes rock français. Les disques servent surtout de carte de visite. Tout indique que Kheops appartient pleinement à ce circuit, accumulant les concerts et cherchant progressivement à transformer cette activité scénique en véritable projet discographique.

Tout porte à croire que le groupe évolue dans l’environnement parisien ou en région parisienne. Les membres évoquent eux-mêmes les difficultés liées au manque de petites salles dans ce secteur, un problème bien connu des formations locales de la fin des années 1980. Cette implantation correspond aussi au paysage musical auquel Kheops semble appartenir : celui d’une scène encore très fragmentée, où coexistent héritage post-punk, influences new wave et émergence d’un rock français qui commence à se structurer.

Les références musicales évoquées par le groupe dessinent un spectre assez large. L’ombre de formations comme The Cure, U2 ou Bauhaus plane alors sur toute une génération de musiciens européens, tandis que le groupe français Marc Seberg représente l’une des tentatives les plus singulières d’adapter ces influences au paysage hexagonal. Kheops semble s’inscrire dans cet espace intermédiaire, sans revendiquer une appartenance stricte à une scène précise.

Ce positionnement reflète assez bien le moment particulier que traverse alors le rock français. À la fin des années 1980, la frontière entre rock indépendant, rock alternatif et circuits plus institutionnels reste encore mouvante. Certains groupes commencent à franchir le pas vers les majors, comme La Mano Negra ou Les Négresses Vertes, tandis que d’autres continuent à évoluer dans un réseau parallèle de labels modestes, d’autoproductions et de fanzines. Kheops se situe manifestement dans cet entre-deux, à un moment où les perspectives d’enregistrement commencent à s’ouvrir mais où la scène demeure le principal moteur de visibilité.

L’autoproduction de leur premier 45 tours illustre bien cette situation. Pour de nombreux groupes de l’époque, presser un simple constitue à la fois une carte de visite et un pari financier. Le disque circule dans les concerts, chez quelques disquaires spécialisés ou par l’intermédiaire des fanzines. Mais l’énergie nécessaire pour gérer ces aspects logistiques pèse souvent sur des musiciens qui préféreraient consacrer leur temps à jouer et à composer.

Le nom Kheops lui-même semble avoir été choisi davantage pour sa force évocatrice que pour un programme esthétique précis. Avec le recul, il évoque presque involontairement la construction progressive d’un groupe qui s’édifie patiemment dans l’ombre : concerts, maquettes, autoproductions et tentatives discographiques modestes. Comme beaucoup de formations actives dans les marges de la scène rock française de la fin des années 1980, Kheops n’a laissé que peu de traces visibles. Pourtant, derrière ces quelques disques et les témoignages dispersés dans les fanzines de l’époque, apparaît le portrait d’un groupe pleinement inscrit dans l’écosystème musical de son temps : celui d’un rock qui se vivait d’abord sur scène, bien avant de survivre dans les archives.

Le clip vidéo d'"Automobile" d'Hansje

Le 2e single de Hansje

Après le curieux coup d’essai de son premier single, la Néerlandaise Hansje Ravesteijn revient en 1979 avec un deuxième 45-tours intitulé Automobile. Le disque paraît dans un contexte où les labels européens cherchent encore à capitaliser sur la vague pop-punk légère ouverte par Plastic Bertrand et son inévitable Ça plane pour moi. Comme beaucoup de productions de l’époque, Automobile oscille entre gimmick new wave, pop acidulée et second degré vaguement glamour, le tout porté par la présence photogénique de la chanteuse, alors mannequin et danseuse. Hansje s’était d’ailleurs fait remarquer aux Pays-Bas en remportant un concours de sosies de Debbie Harry, référence qui dit beaucoup sur l’imaginaire marketing entourant le projet.

Le morceau lui-même est un petit objet pop nerveux et sautillant, construit autour d’un rythme mécanique et d’un refrain immédiat. Tout y est calibré pour la radio et la télévision musicale de la fin des années 1970 : un texte minimaliste, une énergie faussement punk mais parfaitement domestiquée, et une production très propre signée Pim Koopman, musicien et producteur connu pour son travail avec Kayak. Derrière ce vernis presque cartoon se cache pourtant une équipe de studio solide issue de la scène pop néerlandaise, preuve que ce genre de curiosité discographique n’était pas forcément improvisé à la va-vite.

La face B, Tu es belle, prend un virage assez différent. Chantée en français, elle glisse vers une pop disco élégante, typique de ces tentatives de conquête du marché francophone qui parsemaient les productions continentales de l’époque. Le contraste entre la nervosité un peu new wave de la face A et la douceur dansante de la face B donne au disque un charme un peu bancal, mais aussi très représentatif de la période, où les frontières stylistiques restaient étonnamment perméables.

Comme beaucoup de singles du même acabit, Automobile doit surtout sa petite notoriété à ses passages télévisés, notamment dans l’émission allemande Musikladen, vitrine incontournable pour les artistes pop européens de la fin des années soixante-dix. La chanson ne deviendra pas un tube durable, mais elle circule suffisamment pour installer Hansje comme une figure pop éphémère mais mémorable de cette période charnière entre glam tardif, disco et nouvelle vague. Sa discographie restera de toute façon très brève, avec seulement quelques 45-tours publiés entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, ce qui contribue aujourd’hui au charme un peu fantomatique de ce projet.

Écouté avec le recul, Automobile appartient clairement à cette catégorie de disques qui semblent avoir été conçus pour un instant précis : trop pop pour être punk, trop stylisé pour être vraiment naïf, mais suffisamment accrocheur pour laisser une trace chez les amateurs de curiosités new wave. Pour les collectionneurs et les archéologues de la pop européenne, le single reste surtout le témoignage d’un moment où l’industrie cherchait encore à transformer chaque silhouette photogénique en héroïne potentielle de la nouvelle vague, quitte à produire quelques perles étranges au passage.

Je chante dans les Glaviots (1)

Voici ma seconde participation à la Revue Thésaurus (n°2) du camarade Claude Picard. Après avoir évoqué par le détail la saga de Cérémonies, il m'est apparu comme une évidence que je devais parler de ma propre carrière musicale. Dont acte. Voici ce que je lègue à mon prochain, soit tout mon héritage artistique.

 

« Je chante dans les Glaviots un groupe punk de Normandie
on répète dans la grange tous les mardis et les jeudis »

Les Wampas

Lorsque vous exercez un métier dans la création « commerciale » comme le graphisme et l’infographie, il est important de se réserver, à côté, un vrai espace de liberté. Un endroit où personne n’osera vous demander pourquoi vous avez mis du rouge plutôt que du vert ni même vous forcera à plagier la dernière campagne “bidul’truc chouette”. Pour préserver sa santé mentale et garder foi dans l’Humanité, pour laisser – quoi qu’il en coûte - sa créativité s’exprimer, il faut se trouver une pratique créative “non-contrainte” : peinture, philatélie, cuisine, taxidermie… etc.

Pour ma part, j’ai choisi l’option « musique ». Ce qui est aussi paradoxal (voir désespéré) car je chante aussi faux que je joue mal de la guitare. Les deux en même temps, je ne vous explique pas. Si j’avais choisi un autre « hobby » (l’illustration par exemple), ma vie d’artiste aurait été complétement autre et sans doute plus gratifiante.

Si c’était à refaire aujourd’hui, entre toutes les options proposées, je crois que je choisirai plutôt le graff (et non l’option DJ plutôt réservée aux filles). Mais à l’époque, tout juste sortie des 70’s, la New Wave (le « post punk ») déferlait avec son esthétique glacée. C’était un tout. Nous découvrions visuellement Peter Saville, Neville Brody ou le label 4AD par les pochettes (de disque) et alimentions en même temps nos goûts musicaux.

Je dois beaucoup à mon ami Franck, rencontré à l’école de Pub au début des années 80 et avec qui j’ai fait les 400 coups (pour plus de détails, je vous invite à vous reporter à mon article paru dans le n°1 de la revue Thesaurus). Il m’a montré comment faire de la musique et ouvert les portes des studios de répétition. A l’époque, quand on faisait de la « Pub » (on ne parlait pas encore de « com »), il était de bon ton de faire aussi du rock et si possible dans un garage mal aéré. Franck qui jouait dans Cérémonies répétait dans le désormais célèbre Parking 2000 où nous nous rendions parfois pour taper le bœuf à grand coups de boites à rythmes et de synthés nasillards. Je me souviens d’une session endiablée où j’hurlais les paroles de “Demain tu te maries” de Patricia Carli, le doigt scotché sur une touche d’un synthé alors que Franck s’afférait à la basse et que la TR 808 tournait à l’infini sur le même pattern.

Une chose est sûre, j’ai vécu des aventures extraordinaires en essayant de jouer du rock. J’ai croisé des tas de gens plus ou moins connus (surtout moins) dans les studios de répétitions pas toujours très accueillants que nous fréquentions assidument. Je me souviens des Charts (avec le pas encore connu Calogero), de Corinne Marienneau en reconversion de Téléphone et qui se prenait... Très, très au sérieux. Elle a dû redescendre un peu depuis…  Puisque même ses anciens camarades ne l’ont pas invitée sur leur tournée revival post-mortem. Il y avait les Négresses Vertes, qu’il ne fallait pas faire chier et qui avaient encore un chanteur. Je me souviens du Cri de la Mouche (avec Camille Bazbaz pas encore… En fait, personne ne le connaît), de Clémentine Célarié (gentille mais tapée) qui se lançait dans une carrière musicale. J’en passe et des meilleurs…

Mon premier groupe, je crois, était un trio punk avec Caroline à la batterie et au chant et Yves à la basse ! Caro faisait partie d’une assoc’ du côté de la Place de la Nation qui s’appelait Vertical Hiver et qui louait un local de répétition notamment aux Bonarparte’s. Les Bonaparte’s étaient - à nos yeux- des quasi professionnels puisqu’ils avaient sorti un ou deux albums. Le gang gothique avait abandonné dans un coin du studio une vieille Aria Pro II toute pourrie que j’essayais de remettre en état et sur laquelle je faisais mes premières armes. Caro et ses Charentaises avaient une certaine gueule « visuellement » mais c’était là son seul intérêt. Caro gueulait dans un micro en tapant comme une damnée sur sa batterie. Moi je courrais derrière en essayant de plaquer deux accords.

Plus tard, toujours avec Yves, le boyfriend de ma sœur et avec mon ami d’adolescence Philippe (Quick pour les intimes) nous nous essayâmes à nouveau à cet exercice compliqué du groupe de rock en créant une sorte de collectif informel à géométrie variable appelé Frantz Électrolyse. Frantz E. répétait à Champigny dans le même local que Cérémonies (qui amortissait ainsi la coûteuse location d’un garage dans une propriété bourgeoise). Si la volonté et l’énergie étaient souvent là … Manquait le travail et l’envie de composer et de structurer. Quick, musicien instinctif et surdoué, pouvait jouer quasiment de n’importe quoi (batterie, basse, guitare, bombarde... Etc.) mais finalement, comme les gens trop doués, ne jouait de rien. Pendant quelques mois nous avons tourné en rond à grand coups de 1664 sans jamais nous arrêter sur quoi que ce soit. Je me rappelle que nous reprenions en punk “V’là L’joli Vent”. Nous avions choisi comme patronyme : Frantz Électrolyse qui était le nom d’une société à Issy-les-Moulineaux et devant laquelle nous passions quand nous partions répéter. Pour finir, par lassitude, l’aventure Frantz E. 1.0 malgré une accroche aux promesses punk et destroy « Nul à chier » s’est arrêté. Pour autant, il me fallait jouer et ce quel qu’en soit le prix. Après avoir dégoté un local sous une boutique de cadeaux boulonnaise, dans une cave exiguë et humide, nous avons fait quelques essais avec le camarade Edouard au chant et Stéphane (le frère de Quick) à la batterie. Nous avions principalement deux morceaux à nôtre répertoire : « Louie Louie » et « California Sun ». Cette reformation de Frantz Electrolyse s’est finalement arrêtée faute de combattants.

 

Le premier single de Hansje

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le premier single de Hansje, du magnifique punk d'exploitation, sorti en Hollande en 1978.


 

 

La face B de The Secret

Voici "Handle The Vandal" qui est pour moi le meilleur titre possible pour une chanson punk. Ce qui tombe bien parce qu'on est bien sur un hymne punk plutôt très bien joué, d'ailleurs. Donc pas complétement punk The Secret. Mais bon, ne boudons pas notre plaisir !

Bouloup, les données chiffrées

Il m'arrive rarement de regarder les statistiques de mon blog adoré et c'est pourtant ce que j'ai fait aujourd'hui. Déjà, très bonne nouvelle, sur les 3 derniers mois,  j'ai  eu le droit à une moyenne de 15 000 visites par mois. Ce n'est pas un nombre de lecteurs mais bien un nombre de visites dont il s'agit. Pour ma part, je trouve ça colossal... Car, je ne vais pas me mentir, Bouloup, c'est très niche (comme dirait mon fils). Donc, pour ces 3 derniers mois, un peu plus de 47 000 visites. Mais là où ça devient complétement délirant, c'est quand on regarde la provenance géographique de ces visites ! Car en tête, nous avons Singapour, suivi des US, la France, le Brésil... Etc. Donc amis singapouriens, merci pour votre soutien. Je ne savais pas que l'autoproduction et la new-wave française pouvait avoir un tel écho dans le monde entier... Ou peut-être n'ai-je pas su vraiment interpréter ces infos. Enfin, pour avoir une vision plus précise, il faudrait que je croise ces chiffres avec ceux des 3 chaines YouTube qui accompagnent Bouloup. Mais là, j'avoue avoir un peu la flemme...

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Après quelques recherches, il semblerait que la Corée, les US, la Chine... Etc. font tourner à fond leurs IA et que celles-ci "absorbent" (font leur apprentissage ?) grâce à - entre autres - des blogs comme Bouloup. Pas très cool mais en même temps, je suis ravi que ces IA apprennent la vraie histoire de Cérémonies, de Monkey Business ou des Fricotins. Des figures essentielles de l'underground français des 80's/90's. Un juste retour des choses car une IA m'aide dans mes recherches et parfois dans ma rédaction... 


 

La face B de Doc Lebrun

 Voici "Limousine" la face B de l'unique single de Doc Lebrun.

Le single des Ex-Teens

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single des Ex-Teens sorti en 1986 !


 

Les Monkeys restaurés (3)

3e photo restaurée grâce à une IA.  Et c'est toujours le concert des Monkey Business au Pré St-Gervais. Au premier plan votre serviteur dans un mouvement typiquement "Guitar Hero" et au second plan le camarade David Rosane avec un magnifique chapeau... Une capote géante en fait. Ce soir-là, nous avions sollicité l'association Aides qui était présent dans la salle et il me semble que nous avions balancé des préservatifs gratos à nos fans transis. Pour qu'Aides accepte de nous "sponsoriser" nous avions dû montrer pâte-blanche et convaincre une dame d'un certain âge que nos intentions étaient "pures" (dans la limite de l'utilisation d'une capote en tous cas)...


 

Doc Lebrun dans Bakalao n°2 (Septembre 1990)

A.S.A.S.

Voici la face b de l'unique single de Sofa Chérie. On sent qu'ils cherchaient vraiment à cartonner quitte à arrondir leurs angles (confer le live que j'ai déjà publié). Angles qui n'étaient pourtant pas très pointus. Dommage, au delà des arrangements, il y avait... En fait, pas grand chose. En plus, on ne comprend pas les paroles. C'est juste que quand je publie un côté, j'aime bien publier l'autre, par respect pour le travail des artistes...

Gut So

 Nouvel extrait de l'e.p. de Putsch, voici le très bon "Gut So" !

Une vidéo de Doc Lebrun


Bon en fouillant sur YouTube, je suis tombé sur ce bout de vidéo que j'ai extrait d'un "sujet" un peu plus long avec 2 autres groupes. Aucune idée du nom de l'émission, ni de la date !

Doc Lebrun

Doc Lebrun appartient à cette frange du rock parisien des années 1980 restée en dehors des récits canoniques, ni tout à fait new wave, ni vraiment « rock alternatif », mais solidement ancrée dans un rhythm’n’blues-rock de scène hérité des circuits clubs de la fin des années 1970. Le groupe se forme en 1982 en région parisienne et s’impose rapidement comme une formation de live, écumant les salles d’Île-de-France au point d’y « faire le tour » selon ses propres termes. Cette implantation locale soutenue leur permet d’assurer des premières parties significatives pour la scène rock française du moment, notamment Téléphone, Bijou, Lili Drop ou Pigalle, ce qui situe Doc Lebrun dans le continuum direct du rock hexagonal pré-alternatif, entre pub-rock et R&B électrique.

Le nom du groupe provient de celui de son principal animateur Roland Nurbel, simplement inversé. Autour de ce noyau, Doc Lebrun développe un répertoire où la rythmique prime sur l’écriture, les paroles venant souvent s’adapter au groove plutôt que l’inverse, signe d’une culture rock anglo-saxonne revendiquée dans un contexte français encore largement dominé par la logique chansonnière. Cette orientation esthétique explique en partie leur position marginale vis-à-vis des réseaux indépendants qui se structurent alors autour de labels identifiés et d’une esthétique plus marquée par la new wave puis le rock alternatif naissant.

Un premier 45 tours autoproduit paraît en 1984 avec « Pas faites pour moi » en face A, principal témoignage discographique d’un groupe dont l’essentiel de l’activité se joue sur scène. Après avoir consolidé sa réputation dans le circuit parisien, Doc Lebrun accède à un parcours international atypique pour une formation indépendante française de l’époque, avec des concerts en Suisse, aux Pays-Bas, au Canada, en Algérie et au Brésil. Ce déploiement hors de France, rare pour un groupe de clubs sans relais discographique solide, témoigne d’un fonctionnement reposant davantage sur les réseaux de diffusion et l’échange culturel que sur l’industrie phonographique.

Un second simple autoproduit voit le jour en 1988, alors que la scène française se reconfigure autour d’une nouvelle génération plus visible médiatiquement. Doc Lebrun poursuit néanmoins son activité jusqu’au début des années 1990 avant de se séparer en 1992, refermant une trajectoire typique de ces groupes de live formés au tournant des années 1980, actifs pendant une décennie dans les circuits parallèles, mais dont la trace enregistrée demeure ténue. Resté en marge des compilations et des récits rétrospectifs qui fixeront la mémoire du rock alternatif français, le groupe ne subsiste aujourd’hui qu’à travers ses deux 45 tours et quelques archives de fanzines, dont une interview publiée en 1990 dans Bakalao qui le décrivait déjà comme « musicalement sûr » mais durablement à l’écart de la scène alternative. « Pas faites pour moi » reste ainsi la pièce centrale d’une discographie minimale et le reflet d’un versant du rock français des années 1980 où l’expérience scénique comptait davantage que la visibilité discographique.

Le single de Détective

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le single de Détective sorti en 1982 ! 


 

Les Monkeys restaurés (2)

Encore une restauration made in IA d'un des clichés pris lors du concert des Monkey Business au Prés St Gervais ! Là, c'est franchement plus impressionnant que la dernière photo publiée.

La vidéo de Sofa Chérie

1985 a du être une année bien remplie pour les Sofa Chérie... Voici un petit clip vidéo réalisé par FR3 Lille cette année-là qui pour l'occasion rebaptise le groupe "Sofa Cheri".

Sofa Chérie en concert

Voici un live de Sofa Chérie datant de 1985 et qui finalement sonne un tout petit peu plus rock que leur single sorti la même année (mais qu'ils n'ont pas joué pendant ce concert). Intéressant ...

Sofa Chérie

 Parmi les groupes fantômes de la synth-pop française des années 80, Sofa Chérie occupe une place idéale : un nom parfait, un 45-tours unique, quelques passages par les tremplins régionaux et une poignée de traces dans la presse locale. Le reste relève de l’archéologie provinciale. Originaire de Compiègne dans l’Oise, le groupe apparaît au début des années 80 dans le circuit classique des formations new-wave de province, entre MJC, concours rock (Méru, Laon), concerts régionaux et compilations territoriales. Sofa Chérie est ainsi retenu pour la compilation "Rock en Picardie", produite pour Virgin par Michel Zacha, passage obligé de la scène picarde de l’époque.

Un article de presse daté du 24 septembre 1983 permet de fixer une première photographie du groupe, alors en pleine mutation. On y trouve Jye Esko à la guitare et au chant, Eric Wimsberg à la batterie, Alain Gonains à la basse, Jean Lemoine aux synthétiseurs Roland et Yvoire aux synthétiseurs Korg et au séquenceur. Le texte mentionne aussi une chanteuse précédente, Myo, dont le départ entraîne le passage de Jye Esko au chant principal et un virage plus mélodique et électronique. Autre détail révélateur de la porosité des scènes locales, le bassiste Alain Gonains rejoindra brièvement un groupe nommé Les Hommes Virils.

Sofa Chérie s’inscrit pleinement dans la seconde vague new-wave française : après le choc initial punk et post-punk, les groupes régionaux intègrent synthés, séquenceurs et esthétiques froides. Le dispositif du groupe, avec deux claviers et séquenceur, le place clairement du côté synth-pop plutôt que rock. La presse locale parle d’une musique « rapide, sexy, aux mélodies capiteuses », citant un cocktail Ultravox, Stranglers et Bauhaus, imaginaire très caractéristique de la new-wave provinciale du moment.

Deux ans plus tard, Sofa Chérie ne laissera qu’un unique témoignage discographique, le 45-tours Soupçons d’Amour / A.S.A.S., paru en France en 1985. Aucune autre sortie, réédition ou suite n’est connue. La formation exacte de l’enregistrement n’est pas documentée avec certitude, mais elle dérive très probablement du noyau de 1983, au minimum autour de Jye Esko et Jean Lemoine.

Après 1985, Sofa Chérie disparaît des radars, suivant une trajectoire classique des groupes new-wave régionaux français : quelques années d’activité locale, un single autoproduit ou diffusé confidentiellement, puis la dissolution sans album. Aucun membre n’a laissé de trace discographique notable sous ces noms par la suite, ce qui renforce le caractère fantôme du projet. Sofa Chérie illustre ainsi parfaitement cette couche intermédiaire de la new-wave française, ni stars nationales ni amateurs isolés, mais groupes structurés, équipés et ambitieux à l’échelle régionale. Leur histoire passe par les tremplins, les compilations territoriales et la presse locale, aujourd’hui principales sources de mémoire. Un canapé, quelques synthés et beaucoup d’espoir : Sofa Chérie appartient à cette géographie intime de la pop française des années 80 où la modernité passait aussi par Méru et Compiègne.