Veel fait partie de ces groupes belges dont l’existence se résume presque à un seul objet, un 7" paru en 1981, et à quelques lignes disséminées dans des discographies spécialisées. Originaire de Ham, dans le Limbourg, le groupe apparaît à la toute fin des années 1970, à un moment où la scène punk belge s’est déjà fragmentée en une multitude de formations locales, souvent éphémères, actives loin des centres médiatiques de Bruxelles ou d’Anvers. Veel s’inscrit pleinement dans cette seconde vague punk, plus diffuse, plus souterraine, mais tout aussi inventive.
Leur unique sortie connue est un single publié en 1981 sur le label MIT, avec « Frustrated » et « Money Grubber ». Les morceaux sont écrits par Johan Flebus et produits par le groupe lui-même, ce qui reflète bien l’économie DIY de l’époque. Le line-up réunit Johan Flebus à la guitare, Theo Flebus à la batterie, Rudy Beyens à la basse, Harold Bochmans au chant, Ronny Swerts aux percussions et au saxophone, et Johan Van Den Broek à la trompette. Cette instrumentation, peu courante pour un groupe punk strict, laisse deviner une musique qui ne se limite pas à l’urgence minimale, mais qui s’autorise des couleurs supplémentaires, sans pour autant s’éloigner de l’énergie brute propre à la scène de l’époque.
À l’écoute, « Money Grubber » et « Frustrated » s’inscrivent dans un punk tendu, direct, marqué par un jeu rythmique sec et un chant frontal, mais enrichi par des interventions de cuivres et de saxophone qui donnent au morceau une identité singulière. Ce sont précisément ces détails qui expliquent sans doute pourquoi « Money Grubber » a été retenu, des années plus tard, pour figurer sur la compilation Bloody Belgium, consacrée à la scène punk belge de la période 1976-1981. Cette présence replace Veel dans une histoire plus large, aux côtés de groupes aujourd’hui mieux documentés, tout en rappelant combien cette scène reposait sur une multitude d’initiatives locales.
Comme beaucoup de formations punk belges de cette génération, Veel ne semble pas avoir laissé d’autres enregistrements officiels ni de traces écrites substantielles : pas d’interviews connues, pas de discographie étendue, pas de récit détaillé de concerts ou de tournées. Leur parcours s’achève peu après la sortie du single, laissant derrière lui un disque devenu rare et recherché par les collectionneurs, et quelques informations fragmentaires glanées dans des archives spécialisées.
Cette brièveté même fait partie de l’intérêt de Veel. Le groupe incarne une réalité très concrète de la scène underground belge : des musiciens qui montent un projet, jouent localement, enregistrent un disque à leurs frais ou presque, puis disparaissent sans stratégie de carrière ni volonté de postérité. Quarante ans plus tard, ce sont précisément ces trajectoires minuscules qui permettent de reconstituer, pièce par pièce, le paysage d’un punk belge foisonnant, multiple, et bien plus riche que ne le laissent penser les seuls noms restés célèbres.