Zoquillos

Zoquillos appartient à cette première génération de groupes punk espagnols apparus au tout début des années 1980, à un moment où Madrid commence à se transformer sous l’effet de la Movida mais où tout reste encore fragile, improvisé et largement souterrain. Le groupe se forme dans la capitale à la charnière entre la fin des années 1970 et 1980, dans un contexte où le punk espagnol n’a pas encore de structure solide et s’invente surtout sur scène, dans les bars, les petites salles et les émissions de télévision alternatives. Zoquillos s’inscrit dans cette effervescence avec une musique directe, fortement marquée par l’influence des Ramones, mais aussi par un goût prononcé pour la pop et une certaine ironie typiquement madrilène.

Leur discographie officielle se limite à un seul disque, paru en 1983 sur le label Spansuls Records. Ce 7" – parfois présenté comme un EP selon les sources – contient notamment « Atrapado en la telaraña », le titre qui restera attaché au nom du groupe. La chanson, aussi connue sous le nom de « Nancy », se distingue par une mélodie immédiatement mémorisable et un texte simple mais évocateur, décrivant une relation obsessionnelle dont il est impossible de s’extraire. Le morceau condense parfaitement l’esthétique de Zoquillos : un punk rapide et accrocheur, sans posture radicale, mais porté par une énergie juvénile et une vraie efficacité pop. Le disque comprend également « Ella sabe (lo que tiene que hacer) » ainsi qu’une reprise de « Kung Fu Cowboy » d’Alan Vega, choix révélateur de l’ouverture du groupe à d’autres formes de musique urbaine et minimaliste.

Avant même la sortie du disque, Zoquillos bénéficie d’une visibilité inhabituelle pour un groupe punk espagnol de l’époque grâce à plusieurs passages à la télévision, notamment dans des émissions musicales de TVE. Une version de « Atrapado en la telaraña » est enregistrée pour Pista Libre et un clip est tourné dans les quartiers populaires de Madrid, ce qui contribue à ancrer le groupe dans une imagerie urbaine et générationnelle. Cette exposition médiatique reste toutefois ponctuelle et ne suffit pas à installer le groupe dans la durée. Comme beaucoup de formations de cette période, Zoquillos se heurte rapidement à des tensions internes, à des problèmes personnels et à l’absence d’une véritable industrie capable de soutenir durablement ce type de projet.

La séparation intervient peu de temps après la sortie du disque, laissant Zoquillos avec une œuvre minuscule mais marquante. Certains membres poursuivront ensuite d’autres aventures musicales, parfois plus discrètes, parfois mieux structurées, tandis que le nom du groupe entre progressivement dans la catégorie des références cultes du punk espagnol. La réédition du disque en 2007 par Munster Records, en tirage limité, confirme cet intérêt persistant de la part des collectionneurs et des amateurs d’archives de la Movida.

Aujourd’hui, Zoquillos incarne une facette essentielle du punk espagnol du début des années 1980 : celle d’un mouvement encore naïf, bricolé, mais animé par une urgence réelle et une envie de rupture. « Atrapado en la telaraña » reste le témoignage le plus direct de cette période, un morceau qui continue de circuler comme un fragment intact de l’énergie madrilène d’avant la normalisation, quand un groupe pouvait marquer durablement les esprits avec un seul disque et disparaître presque aussitôt.