London fait partie de ces groupes punk anglais qui ont frôlé quelque chose sans jamais vraiment s’y installer, laissant derrière eux quelques disques nerveux et un parfum d’instant capturé trop vite. Formé à Londres en 1976, le groupe s’inscrit pile dans le moment où tout est encore possible : le punk n’est pas encore figé, les labels flairent le filon, les groupes apparaissent et disparaissent à une vitesse folle. London joue vite, fort, avec une vraie conscience pop derrière l’urgence, ce qui leur vaudra d’être signés chez MCA — un choix qui, rétrospectivement, dit beaucoup de l’époque.
Leur maxi quatre titres regroupant No Time, Siouxsie Sue, Summer Of Love et Friday On My Mind est sans doute ce qu’ils ont laissé de plus emblématique. On y retrouve un punk tendu mais lisible, bien produit, presque trop propre pour certains puristes, mais terriblement efficace. No Time ouvre le bal comme un manifeste : tempo pressé, chant hargneux, le genre de morceau fait pour lancer un concert et ne plus relâcher la pression. Siouxsie Sue, malgré son titre, n’a aucun lien avec Siouxsie Sioux ; c’est plutôt un clin d’œil générationnel, un nom dans l’air du temps, accrocheur et provocateur, typique de cette scène où tout le monde se croise dans les mêmes clubs.
Summer Of Love joue sur un contraste ironique entre son titre hérité des années psychédéliques et une exécution résolument punk, comme si London se plaisait à dynamiter les mythes récents. Quant à Friday On My Mind, reprise survitaminée du classique des Easybeats, elle résume assez bien leur positionnement : reprendre la pop anglaise, la passer à la moulinette punk et rappeler que cette musique reste aussi une histoire de mélodies et de refrains immédiats.
Le groupe ne survivra pas longtemps à cette période. Malgré un album et quelques singles, London se sépare rapidement, victime à la fois de l’emballement médiatique autour du punk et des contradictions inhérentes à un groupe underground propulsé sur un label majeur. Comme souvent, les trajectoires individuelles survivront mieux que le collectif : Jon Moss, leur batteur, connaîtra plus tard une célébrité mondiale avec Culture Club, bien loin de l’urgence crasse des débuts.
Aujourd’hui, London reste un nom que l’on croise surtout dans les discographies, les bacs spécialisés ou les conversations de collectionneurs. Leur maxi de 1977-78 fonctionne comme une capsule temporelle : quatre morceaux qui racontent un moment précis de la scène punk londonienne, quand l’énergie brute cohabitait encore avec l’idée de tubes potentiels, avant que tout ne se fragmente en chapelles. Un disque modeste, mais suffisamment tendu et accrocheur pour mériter d’être ressorti de temps en temps, histoire de se rappeler que le punk n’a pas toujours été qu’une posture ou un dogme.