En 1978, quand Silex Pistols Piew Piew débarque sur vinyle, on comprend assez vite qu’on n’est pas face à une révélation punk surgie des marges d’Amsterdam, mais devant un pur produit d’exploitation pop, parfaitement assumé. Hansje, chanteuse hollandaise au parcours déjà bien entamé dans le mannequinat et la télévision, se retrouve propulsée dans le grand bain new wave au moment précis où tout ce qui claque, crache et fait semblant d’être dangereux semble vendable. Le morceau arrive juste après l’onde de choc provoquée par Ça plane pour moi et consorts : même tempo pressé, mêmes onomatopées absurdes, même sensation d’urgence un peu creuse. Peu importe le sens, l’essentiel est ailleurs : ça doit sonner punk, ça doit aller vite, et surtout ça doit coller à l’air du temps.
Le vernis punk est d’autant plus révélateur que Silex Pistols Piew Piew n’est pas une création originale, mais la reprise quasi clé en main d’un titre d’un groupe belge, Too Much, sorti la même année. On est là au cœur du mécanisme d’exploitation : un morceau repéré, jugé suffisamment accrocheur, recyclé avec une nouvelle figure en façade. Hansje ressemble à Debbie Harry ? Très bien, on va en faire une Debbie Harry locale. Le punk marche ? Parfait, on garde la structure, l’énergie factice, le gimmick vocal, et on emballe le tout dans une image new wave compatible avec la télévision et les plateaux allemands.
Ce qui rend Silex Pistols Piew Piew intéressant aujourd’hui, ce n’est donc pas tant sa valeur musicale intrinsèque que ce qu’il raconte de l’industrie de la fin des années 70. Tout est calibré, rien ne sonne vraiment dangereux, mais l’emballage est suffisamment frondeur pour donner l’illusion d’un débordement. Le punk devient ici un costume, un décor, un argument marketing, vidé de sa charge initiale mais encore assez frais pour tromper l’oreille quelques minutes.
Avec le recul, le single fonctionne comme une capsule temporelle parfaite : celle d’un moment où le punk n’est déjà plus un choc culturel, mais une esthétique duplicable, traduisible, exportable. Hansje n’est ni une héroïne underground ni une simple imposture ; elle est le produit d’un système qui observe, copie et recycle à grande vitesse. C’est précisément ce côté “on va faire un truc un peu punk parce que c’est ce qui marche” qui rend ce disque attachant aujourd’hui. Une exploitation pop sans illusion, presque naïve, coincée entre la subversion fantasmée et le divertissement pur, et qui, sans le vouloir, documente parfaitement la fin de l’innocence punk.