Il y a chez Demolition Party une forme de persistance tranquille qui finit toujours par payer, comme si chaque nouvelle sortie venait patiemment ajouter une couche à un édifice commencé il y a longtemps, abandonné, puis repris sans nostalgie. Ce nouvel EP, Portraits Crachés, s’inscrit exactement dans cette logique : pas un retour tonitruant, pas une tentative de rattraper quoi que ce soit, mais plutôt une manière d’avancer encore, en affinant ce qui fait depuis quelque temps la singularité du groupe.
On retrouve d’abord ce son immédiatement identifiable, fait de guitares en suspension, d’arpèges qui semblent plus dessinés que joués, et d’une économie de moyens qui évite soigneusement toute tentation du riff appuyé. Chez eux, la tension ne vient jamais de la saturation ou de la vitesse, mais de ce léger flottement permanent, comme si les morceaux hésitaient à s’effondrer tout en tenant debout par miracle. Cette impression, déjà perceptible sur les précédents titres et notamment sur American Cliché, trouve ici une forme d’équilibre assez frappante, presque apaisée sans devenir confortable.
Il y a aussi cette voix qui semble parfois arriver en décalage avec la musique, ou plutôt glisser dessus sans chercher à s’y accrocher. Ce choix, qui pourrait passer pour de la retenue, donne en réalité beaucoup d’espace aux morceaux. Les textes, eux, restent dans cette zone un peu floue entre fragments, images et impressions, comme des notes prises à la volée, sans volonté de conclure. Le titre de l’EP n’est d’ailleurs pas anodin : ces “portraits” ne cherchent pas la ressemblance, ils capturent plutôt des états, des silhouettes, des choses à moitié dites.
Ce qui frappe surtout, c’est la cohérence d’ensemble. Là où certains projets récents pouvaient donner l’impression de juxtaposer des idées, Portraits Crachés tient comme un bloc, avec ses respirations, ses creux, ses moments presque immobiles. On sent que le groupe a pris le temps de construire un climat plutôt que d’empiler des chansons. Il y a quelque chose de plus maîtrisé, sans que ça devienne démonstratif.
Et puis il y a cette manière très particulière d’être contemporain sans jamais sonner comme tel. Demolition Party ne court pas après les tendances, mais ne se réfugie pas non plus dans une esthétique rétro. On pense parfois à une new wave fantôme, débarrassée de ses clichés, ou à une pop française qui aurait oublié de chercher le refrain. C’est sans doute là que le groupe est le plus intéressant : dans cet entre-deux un peu instable, où rien n’est vraiment souligné.
Au fond, ce nouvel EP confirme surtout une chose : Demolition Party avance à son rythme, sans stratégie apparente, en laissant la musique se déposer là où elle peut. Et c’est précisément ce qui le rend attachant. Pas spectaculaire, jamais pressé, mais toujours juste. Pour écouter ce nouvel ep produit par Steve, le claviériste de Shaka Ponk, c'est ici !













