Allez, on le sait, tu es belle chère Hansje !
Le 2e single de Hansje
Après le curieux coup d’essai de son premier single, la Néerlandaise Hansje Ravesteijn revient en 1979 avec un deuxième 45-tours intitulé Automobile. Le disque paraît dans un contexte où les labels européens cherchent encore à capitaliser sur la vague pop-punk légère ouverte par Plastic Bertrand et son inévitable Ça plane pour moi. Comme beaucoup de productions de l’époque, Automobile oscille entre gimmick new wave, pop acidulée et second degré vaguement glamour, le tout porté par la présence photogénique de la chanteuse, alors mannequin et danseuse. Hansje s’était d’ailleurs fait remarquer aux Pays-Bas en remportant un concours de sosies de Debbie Harry, référence qui dit beaucoup sur l’imaginaire marketing entourant le projet.
Le morceau lui-même est un petit objet pop nerveux et sautillant, construit autour d’un rythme mécanique et d’un refrain immédiat. Tout y est calibré pour la radio et la télévision musicale de la fin des années 1970 : un texte minimaliste, une énergie faussement punk mais parfaitement domestiquée, et une production très propre signée Pim Koopman, musicien et producteur connu pour son travail avec Kayak. Derrière ce vernis presque cartoon se cache pourtant une équipe de studio solide issue de la scène pop néerlandaise, preuve que ce genre de curiosité discographique n’était pas forcément improvisé à la va-vite.
La face B, Tu es belle, prend un virage assez différent. Chantée en français, elle glisse vers une pop disco élégante, typique de ces tentatives de conquête du marché francophone qui parsemaient les productions continentales de l’époque. Le contraste entre la nervosité un peu new wave de la face A et la douceur dansante de la face B donne au disque un charme un peu bancal, mais aussi très représentatif de la période, où les frontières stylistiques restaient étonnamment perméables.
Comme beaucoup de singles du même acabit, Automobile doit surtout sa petite notoriété à ses passages télévisés, notamment dans l’émission allemande Musikladen, vitrine incontournable pour les artistes pop européens de la fin des années soixante-dix. La chanson ne deviendra pas un tube durable, mais elle circule suffisamment pour installer Hansje comme une figure pop éphémère mais mémorable de cette période charnière entre glam tardif, disco et nouvelle vague. Sa discographie restera de toute façon très brève, avec seulement quelques 45-tours publiés entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, ce qui contribue aujourd’hui au charme un peu fantomatique de ce projet.
Écouté avec le recul, Automobile appartient clairement à cette catégorie de disques qui semblent avoir été conçus pour un instant précis : trop pop pour être punk, trop stylisé pour être vraiment naïf, mais suffisamment accrocheur pour laisser une trace chez les amateurs de curiosités new wave. Pour les collectionneurs et les archéologues de la pop européenne, le single reste surtout le témoignage d’un moment où l’industrie cherchait encore à transformer chaque silhouette photogénique en héroïne potentielle de la nouvelle vague, quitte à produire quelques perles étranges au passage.
Le premier single de Hansje
Ici, on pourra télécharger en Mp3 le premier single de Hansje, du magnifique punk d'exploitation, sorti en Hollande en 1978.
It's So Lovely
Voici la face b du single "punk" de Hansje. Ce coup-ci on est sur du rétro sixties années 80, beaucoup plus hardcore que certains singles de Lio ou des Forbans datant de la même époque. Pour être tout à fait franc, le pire des eighties. Mais comme je respecte tous les artistes et leurs œuvres, je publie. Tant pis pour moi.
Voici Hansje
En 1978, quand Silex Pistols Piew Piew débarque sur vinyle, on comprend assez vite qu’on n’est pas face à une révélation punk surgie des marges d’Amsterdam, mais devant un pur produit d’exploitation pop, parfaitement assumé. Hansje, chanteuse hollandaise au parcours déjà bien entamé dans le mannequinat et la télévision, se retrouve propulsée dans le grand bain new wave au moment précis où tout ce qui claque, crache et fait semblant d’être dangereux semble vendable. Le morceau arrive juste après l’onde de choc provoquée par Ça plane pour moi et consorts : même tempo pressé, mêmes onomatopées absurdes, même sensation d’urgence un peu creuse. Peu importe le sens, l’essentiel est ailleurs : ça doit sonner punk, ça doit aller vite, et surtout ça doit coller à l’air du temps.
Le vernis punk est d’autant plus révélateur que Silex Pistols Piew Piew n’est pas une création originale, mais la reprise quasi clé en main d’un titre d’un groupe belge, Too Much, sorti la même année. On est là au cœur du mécanisme d’exploitation : un morceau repéré, jugé suffisamment accrocheur, recyclé avec une nouvelle figure en façade. Hansje ressemble à Debbie Harry ? Très bien, on va en faire une Debbie Harry locale. Le punk marche ? Parfait, on garde la structure, l’énergie factice, le gimmick vocal, et on emballe le tout dans une image new wave compatible avec la télévision et les plateaux allemands.
Ce qui rend Silex Pistols Piew Piew intéressant aujourd’hui, ce n’est donc pas tant sa valeur musicale intrinsèque que ce qu’il raconte de l’industrie de la fin des années 70. Tout est calibré, rien ne sonne vraiment dangereux, mais l’emballage est suffisamment frondeur pour donner l’illusion d’un débordement. Le punk devient ici un costume, un décor, un argument marketing, vidé de sa charge initiale mais encore assez frais pour tromper l’oreille quelques minutes.
Avec le recul, le single fonctionne comme une capsule temporelle parfaite : celle d’un moment où le punk n’est déjà plus un choc culturel, mais une esthétique duplicable, traduisible, exportable. Hansje n’est ni une héroïne underground ni une simple imposture ; elle est le produit d’un système qui observe, copie et recycle à grande vitesse. C’est précisément ce côté “on va faire un truc un peu punk parce que c’est ce qui marche” qui rend ce disque attachant aujourd’hui. Une exploitation pop sans illusion, presque naïve, coincée entre la subversion fantasmée et le divertissement pur, et qui, sans le vouloir, documente parfaitement la fin de l’innocence punk.
