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Nuit Privée

Parfois, la scène rock française des années 80 laisse derrière elle des disques qui ressemblent à des messages en bouteille. Un 45 tours apparaît, circule un peu, puis le groupe disparaît sans laisser de traces. Nuit Privée appartient clairement à cette catégorie.

Le groupe publie en 1984 un unique single : « Le Métro » / « Arrête Ou Continue », pressé en 45 tours sur le label Studio 1 (référence S1 18071). Et puis… plus rien. Aucune biographie, aucune interview, aucune trace de concert ou d’autres enregistrements. Même les bases de données musicales sont muettes. Le disque existe bel et bien, mais le groupe semble s’être évaporé aussitôt apparu.

Le label Studio 1 (une référence au label jamaïcain?) semble avoir sorti plusieurs singles français autour de 1984, souvent des groupes dont on ne sait quasiment rien aujourd’hui. Une poignée de pressages isolés qui donnent l’impression d’un petit réseau de formations locales, probablement liées à un studio ou à un producteur régional. Dans ce contexte, Nuit Privée ressemble à l’un de ces projets qui ont peut-être existé le temps de quelques répétitions, de quelques concerts… et d’un unique passage en studio.

La seule vraie piste se trouve sur la pochette du disque. On y voit apparaître plusieurs noms raturés : Téléphone, U2, The Clash, Indochine. Impossible de savoir exactement ce que ces mentions signifient. La liste ressemble pourtant assez bien à une carte d’identité du rock du début des années 80, entre punk anglais, new wave et rock français. Peut-être s’agit-il simplement des influences revendiquées par le groupe, une sorte de manifeste esthétique imprimé directement sur la pochette. Certaines productions autoproduites de l’époque utilisaient ce procédé pour situer leur musique d’un coup d’œil, comme un message adressé à l’auditeur : si vous aimez ces groupes, vous devriez aimer celui-ci.

Le titre principal, « Le Métro », s’inscrit parfaitement dans l’imaginaire urbain de la new wave française : la ville, la nuit, les trajets anonymes, les rencontres furtives. Un thème très présent dans les textes de l’époque, notamment dans les groupes influencés par la scène parisienne du début des années 80. Mais là encore, faute d’archives, impossible de savoir si Nuit Privée venait réellement de Paris ou d’ailleurs.

Aujourd’hui, le 45 tours de Nuit Privée reste un de ces objets typiques de l’underground français des années 80 : un disque isolé, un groupe sans histoire connue, une pochette pleine de références et deux titres qui témoignent d’une scène foisonnante dont une grande partie reste encore à documenter. Si quelqu’un reconnaît les noms derrière Nuit Privée ou possède des informations sur le groupe, l’histoire reste à écrire. Comme souvent avec ces disques, la musique existe… mais la mémoire manque encore.

Je chante dans les Glaviots (1)

Voici ma seconde participation à la Revue Thésaurus (n°2) du camarade Claude Picard. Après avoir évoqué par le détail la saga de Cérémonies, il m'est apparu comme une évidence que je devais parler de ma propre carrière musicale. Dont acte. Voici ce que je lègue à mon prochain, soit tout mon héritage artistique.

 

« Je chante dans les Glaviots un groupe punk de Normandie
on répète dans la grange tous les mardis et les jeudis »

Les Wampas

Lorsque vous exercez un métier dans la création « commerciale » comme le graphisme et l’infographie, il est important de se réserver, à côté, un vrai espace de liberté. Un endroit où personne n’osera vous demander pourquoi vous avez mis du rouge plutôt que du vert ni même vous forcera à plagier la dernière campagne “bidul’truc chouette”. Pour préserver sa santé mentale et garder foi dans l’Humanité, pour laisser – quoi qu’il en coûte - sa créativité s’exprimer, il faut se trouver une pratique créative “non-contrainte” : peinture, philatélie, cuisine, taxidermie… etc.

Pour ma part, j’ai choisi l’option « musique ». Ce qui est aussi paradoxal (voir désespéré) car je chante aussi faux que je joue mal de la guitare. Les deux en même temps, je ne vous explique pas. Si j’avais choisi un autre « hobby » (l’illustration par exemple), ma vie d’artiste aurait été complétement autre et sans doute plus gratifiante.

Si c’était à refaire aujourd’hui, entre toutes les options proposées, je crois que je choisirai plutôt le graff (et non l’option DJ plutôt réservée aux filles). Mais à l’époque, tout juste sortie des 70’s, la New Wave (le « post punk ») déferlait avec son esthétique glacée. C’était un tout. Nous découvrions visuellement Peter Saville, Neville Brody ou le label 4AD par les pochettes (de disque) et alimentions en même temps nos goûts musicaux.

Je dois beaucoup à mon ami Franck, rencontré à l’école de Pub au début des années 80 et avec qui j’ai fait les 400 coups (pour plus de détails, je vous invite à vous reporter à mon article paru dans le n°1 de la revue Thesaurus). Il m’a montré comment faire de la musique et ouvert les portes des studios de répétition. A l’époque, quand on faisait de la « Pub » (on ne parlait pas encore de « com »), il était de bon ton de faire aussi du rock et si possible dans un garage mal aéré. Franck qui jouait dans Cérémonies répétait dans le désormais célèbre Parking 2000 où nous nous rendions parfois pour taper le bœuf à grand coups de boites à rythmes et de synthés nasillards. Je me souviens d’une session endiablée où j’hurlais les paroles de “Demain tu te maries” de Patricia Carli, le doigt scotché sur une touche d’un synthé alors que Franck s’afférait à la basse et que la TR 808 tournait à l’infini sur le même pattern.

Une chose est sûre, j’ai vécu des aventures extraordinaires en essayant de jouer du rock. J’ai croisé des tas de gens plus ou moins connus (surtout moins) dans les studios de répétitions pas toujours très accueillants que nous fréquentions assidument. Je me souviens des Charts (avec le pas encore connu Calogero), de Corinne Marienneau en reconversion de Téléphone et qui se prenait... Très, très au sérieux. Elle a dû redescendre un peu depuis…  Puisque même ses anciens camarades ne l’ont pas invitée sur leur tournée revival post-mortem. Il y avait les Négresses Vertes, qu’il ne fallait pas faire chier et qui avaient encore un chanteur. Je me souviens du Cri de la Mouche (avec Camille Bazbaz pas encore… En fait, personne ne le connaît), de Clémentine Célarié (gentille mais tapée) qui se lançait dans une carrière musicale. J’en passe et des meilleurs…

Mon premier groupe, je crois, était un trio punk avec Caroline à la batterie et au chant et Yves à la basse ! Caro faisait partie d’une assoc’ du côté de la Place de la Nation qui s’appelait Vertical Hiver et qui louait un local de répétition notamment aux Bonarparte’s. Les Bonaparte’s étaient - à nos yeux- des quasi professionnels puisqu’ils avaient sorti un ou deux albums. Le gang gothique avait abandonné dans un coin du studio une vieille Aria Pro II toute pourrie que j’essayais de remettre en état et sur laquelle je faisais mes premières armes. Caro et ses Charentaises avaient une certaine gueule « visuellement » mais c’était là son seul intérêt. Caro gueulait dans un micro en tapant comme une damnée sur sa batterie. Moi je courrais derrière en essayant de plaquer deux accords.

Plus tard, toujours avec Yves, le boyfriend de ma sœur et avec mon ami d’adolescence Philippe (Quick pour les intimes) nous nous essayâmes à nouveau à cet exercice compliqué du groupe de rock en créant une sorte de collectif informel à géométrie variable appelé Frantz Électrolyse. Frantz E. répétait à Champigny dans le même local que Cérémonies (qui amortissait ainsi la coûteuse location d’un garage dans une propriété bourgeoise). Si la volonté et l’énergie étaient souvent là … Manquait le travail et l’envie de composer et de structurer. Quick, musicien instinctif et surdoué, pouvait jouer quasiment de n’importe quoi (batterie, basse, guitare, bombarde... Etc.) mais finalement, comme les gens trop doués, ne jouait de rien. Pendant quelques mois nous avons tourné en rond à grand coups de 1664 sans jamais nous arrêter sur quoi que ce soit. Je me rappelle que nous reprenions en punk “V’là L’joli Vent”. Nous avions choisi comme patronyme : Frantz Électrolyse qui était le nom d’une société à Issy-les-Moulineaux et devant laquelle nous passions quand nous partions répéter. Pour finir, par lassitude, l’aventure Frantz E. 1.0 malgré une accroche aux promesses punk et destroy « Nul à chier » s’est arrêté. Pour autant, il me fallait jouer et ce quel qu’en soit le prix. Après avoir dégoté un local sous une boutique de cadeaux boulonnaise, dans une cave exiguë et humide, nous avons fait quelques essais avec le camarade Edouard au chant et Stéphane (le frère de Quick) à la batterie. Nous avions principalement deux morceaux à nôtre répertoire : « Louie Louie » et « California Sun ». Cette reformation de Frantz Electrolyse s’est finalement arrêtée faute de combattants.

 

Doc Lebrun

Doc Lebrun appartient à cette frange du rock parisien des années 1980 restée en dehors des récits canoniques, ni tout à fait new wave, ni vraiment « rock alternatif », mais solidement ancrée dans un rhythm’n’blues-rock de scène hérité des circuits clubs de la fin des années 1970. Le groupe se forme en 1982 en région parisienne et s’impose rapidement comme une formation de live, écumant les salles d’Île-de-France au point d’y « faire le tour » selon ses propres termes. Cette implantation locale soutenue leur permet d’assurer des premières parties significatives pour la scène rock française du moment, notamment Téléphone, Bijou, Lili Drop ou Pigalle, ce qui situe Doc Lebrun dans le continuum direct du rock hexagonal pré-alternatif, entre pub-rock et R&B électrique.

Le nom du groupe provient de celui de son principal animateur Roland Nurbel, simplement inversé. Autour de ce noyau, Doc Lebrun développe un répertoire où la rythmique prime sur l’écriture, les paroles venant souvent s’adapter au groove plutôt que l’inverse, signe d’une culture rock anglo-saxonne revendiquée dans un contexte français encore largement dominé par la logique chansonnière. Cette orientation esthétique explique en partie leur position marginale vis-à-vis des réseaux indépendants qui se structurent alors autour de labels identifiés et d’une esthétique plus marquée par la new wave puis le rock alternatif naissant.

Un premier 45 tours autoproduit paraît en 1984 avec « Pas faites pour moi » en face A, principal témoignage discographique d’un groupe dont l’essentiel de l’activité se joue sur scène. Après avoir consolidé sa réputation dans le circuit parisien, Doc Lebrun accède à un parcours international atypique pour une formation indépendante française de l’époque, avec des concerts en Suisse, aux Pays-Bas, au Canada, en Algérie et au Brésil. Ce déploiement hors de France, rare pour un groupe de clubs sans relais discographique solide, témoigne d’un fonctionnement reposant davantage sur les réseaux de diffusion et l’échange culturel que sur l’industrie phonographique.

Un second simple autoproduit voit le jour en 1988, alors que la scène française se reconfigure autour d’une nouvelle génération plus visible médiatiquement. Doc Lebrun poursuit néanmoins son activité jusqu’au début des années 1990 avant de se séparer en 1992, refermant une trajectoire typique de ces groupes de live formés au tournant des années 1980, actifs pendant une décennie dans les circuits parallèles, mais dont la trace enregistrée demeure ténue. Resté en marge des compilations et des récits rétrospectifs qui fixeront la mémoire du rock alternatif français, le groupe ne subsiste aujourd’hui qu’à travers ses deux 45 tours et quelques archives de fanzines, dont une interview publiée en 1990 dans Bakalao qui le décrivait déjà comme « musicalement sûr » mais durablement à l’écart de la scène alternative. « Pas faites pour moi » reste ainsi la pièce centrale d’une discographie minimale et le reflet d’un versant du rock français des années 1980 où l’expérience scénique comptait davantage que la visibilité discographique.

Je me souviens de nous (1)

J'ai eu le plaisir de participer aux deux Revues Thésaurus publiées par le camarade Claude Picard. Dans le premier numéro, j'ai écrit un long article sur Cérémonies, dans le second, c'est de ma carrière musicale dont il était question. Bien sûr, vous pouvez vous les procurer ici-même. Le temps a un peu passé depuis ces publications et il est temps de partager ces monuments journalistiques avec mes lecteurs adorés !

 

Avec le recul, parler de Cérémonies, c’est entreprendre un voyage introspectif et faire un retour sur mes années de formation puisque, d’une certaine façon, j’ai participé à cette aventure musicale. Bien sûr, vous vous demandez, « What’s the fuck… C’est quoi Cérémonies ? » S’ils avaient une « entrée » dans Wikipedia ça pourrait donner quelque chose comme « Cérémonies est un groupe rock français et new-wave qui a été en activité de 1983 à disons… 1989. » Je ne suis plus très sûr et Franck War (le chanteur du groupe) que j’ai interviewé pour écrire cet article non plus. D’ailleurs, je le remercie d’avoir partagé ses souvenirs et ravivé les miens.

Ces années ont mis la touche finale à mon éducation musicale à une époque où Joy Division n’était pas encore une marque distribuée par H&M. Juste un précieux secret partagé par quelques aficionados. Si vous connaissez le groupe de Ian Curtis, vous avez sans doute fait le rapprochement avec une de leurs plus belles chansons (selon Franck War). C’est également le chemin des studios de répétition que m’a ouvert Cérémonies. Avec eux ou plutôt grâce à eux, j’ai pu exprimer cette irrésistible envie de « gratter sur une guitare électrique » sans vraiment savoir jouer.  Mon avenir et « ma carrière professionnelle » ont également été liés à certains membres du groupe puisqu’ensemble nous avons « entrepris » et créé deux studios de design graphique. De Joy Division à Peter Saville, il n’y avait qu’un pas que nous avons franchi sans sourciller. Avec l’arrivée de la micro-informatique (et de la PAO), nous avons appliqué le « Do It Yourself » chers aux punks à un métier qui n’avait quasiment pas évolué depuis la fin des années 60. Ensemble, nous avons créé Bleu Petrol (en hommage aux Bleus de Matisse et à That Petrol Emotion) puis Public’Image Factory avec PIL et…. Factory Records comme ultimes références. En mode autogestion, bien sûr. J’ai donc eu la chance de rencontrer ce groupe et son entourage proche qui se moquaient de ma provenance sociale. Pourtant issu de la petite bourgeoisie intellectuelle, ces purs produits de la Banlieue Est m’ont ouvert les bras (sans trop poser de questions). Et même si mon prénom composé pouvait paraître suspect, J’étais là, avec eux, point. 

L’histoire du groupe se divise en 2 époques distinctes musicalement. D’abord une période « batcave » (comme on disait à l’époque, le mouvement gothique en étant à ses balbutiements) portée par l’influence des ténors du genre : Joy Division (toujours et encore), Killing Joke, Bauhaus… Et plein d’autres. Puis après un changement de guitariste, le groupe s’est émancipé et a lorgné vers une pop de qualité, quelque part entre Marc Seberg et Gamine. Le choix d’une référence comme Marc Seberg n’est pas fortuit puisqu’une rencontre Anzia - Cérémonies a bien eu lieu, initiée par le camarade Édouard proche de Marc Seberg et bientôt ami intime de Philippe Pascal. Cette rencontre aurait pu déboucher sur une production et un album digne de ce nom. Mais de l’aveux même de Franck, le groupe avait surtout envie de s’amuser et l’ascétisme du guitariste collait mal avec l’énergie déconnante des quatre copains de Rosny. Anzia exigeait un travail sérieux et constant ainsi qu’un aller-retour Rennes/Paris payé par le groupe pour assister à cette rencontre. Une exigence qui manquait franchement de classe (et d’une certaine générosité). Comme le faisait aussi remarquer Franck, la fine équipe n’était pas prête à franchir le pas et faire de la musique une profession. C’est peut-être ce qui a manqué au groupe pour atteindre un début de notoriété. Ça et un batteur qui joue « carré » et au click.

Très vite, je me suis revendiqué président de leur fan club.  Ce n’était pas une « posture » naïve façon faire-valoir mais bien un vrai coup de foudre pour leur musique et l’univers poétique de leur chanteur. Un univers, au départ, un peu emprunté : le baiser de la mort (cher à la mafia), Hiroshima, Verdun et la Guerre de 14, la folie, les trains de banlieue… Presque des passages obligés pour tout amateur de new-wave française de ces années-là. Mais, très vite, Franck s’est mis en tête d’explorer ce qu’il était : un juste mélange entre dépression et légèreté. Avec en toile de fond des histoires d’amour beaucoup trop grandes pour lui…. Et pour nous. Car Franck, à travers ses « lyrics », parlait aussi de nous, de cette incapacité d’être à deux, ni tout seul. Ou plus simplement de ce Syndrome de Peter Pan sur lequel nous construisions, alors, nos vies. Nous étions jeunes pour l’éternité. Ses chansons étaient comme un blues blanc et sophistiqué spécial beau gosse. D’ailleurs, Franck War avec sa tête de « BG » apportait un charisme un poil hautain à Cérémonies. Un charisme qui fascinait et qui permettait de « choper » plus facilement. Du genre : « Oui, le chanteur, c'est mon pote. Je t’offre un verre ? ».  Mais cette attitude qui masquait une forme de timidité, souvent, aussi… Repoussait. A cela, il fallait ajouter un sens de la vanne plutôt aiguisé qui a pu parfois jouer en leur défaveur. Cet art de la vanne est mon héritage de ces années-là. Je l’ai appris à leur contact et transmis à mon fils qui, à son tour, se défend plutôt bien !

Comme pour le Bromley Contingent des Sex Pistols, tous ceux qui comme moi, gravitaient autour du groupe se sont auto-proclamés membre du BSS Kontingent… BSS pour « Bois Sans Soif ». A n’en pas douter, la bringue et l’alcool furent des points d’ancrage pour cette petite « troupe », puis, comme pour tant d’autres, la drogue s’est invitée à la fête. Des drogues très année 80 pas « festives » pour un sou, d’abord sniffées puis injectées par le plus impliqués. Ceux qui ne sont pas morts d’overdose ont plongé dans un alcoolisme compensateur. Finalement, l’âge venant, certains BSS ont dû affronter maladies psychiatriques et autres affections chroniques. Presque 40 ans après, les cimetières se sont remplis et se remplissent grâce à nous. Et ça ne va pas s’arranger. Dis comme ça, on a l’impression de plonger dans l’univers morbide des junkies de Burroughs (ou des alcoolos de Bukowski). A l’époque, nous pensions que nous avions une véritable grandeur d’âme à nous mettre systématiquement « minables ». Nous étions des « princes » à l’image d’Henry Chinaski au comptoir du Golden Horn (que nous avions remplacé par celui du Piano Vache). Nous partions à l’assaut des catacombes ou des toits de Paris, systématiquement bières à la main juste après l’apéro dinatoire. En réalité, cette méthodique opération d’autodestruction s’est faite dans la joie et la bonne humeur.  Sans douleur, du moins sur le moment, toujours en rigolant. Et puis, il nous fallait donner corps à certaines chansons du groupe comme « Les Chiens de l’Enfer » qui emprunte son titre à un poème de l’écrivain et poète destroy californien cité précédemment. Finalement, à force de vannes, de glande et de légèreté nous avons raté l’ascenseur social et personne dans mes relations proches peut se vanter, aujourd’hui, de « siéger au Comex » ou d’avoir reçu la légion d’honneur. Au moins, nous n’avons fait que ce que nous voulions… A commencer par rigoler et faire la fête.

La saga de Cérémonies permet de corriger une idée reçue sur le rock français de ces années-là. Lorsque l’on relit la presse musicale de l’époque, le rock français semble à se réduire à deux possibilités : le rock à la Rolling Stones (de Téléphone et de ses multiples dérivés) ou le rock façon punk new-yorkais (et « arty ») lorgnant parfois vers un funk blanc (Casino musique, Go Go Pigalles) avec option textes à messages en français (Higelin ou Bashung). A l’époque, nous étions déjà persuadés que l’énergie bouillonnante d’un Téléphone ne pouvait compenser la vacuité de leurs paroles pré-adolescentes … Allez, tous en cœur : « Un jeeeu neeuhhh  sais quooiii qui me laisseuuuu connnnn ». Rien ou très peu pourtant quant à ces groupes influencés par ce qui se passait en Angleterre. Rien sur une underground riche et multiple, dark et violente. D’après Franck, c’est peut-être la faute aux journalistes alors en poste. Des journalistes déjà vieux, ayant connu (et adoré) les années 70 et ne s’appuyant que sur leurs propres références musicales pour critiquer. Une génération qui croyait dur comme fer à l’unique influence d’un Bowie ou d’un Lou Reed quand on faisait du rock. A la limite, les New-York Dolls ou le MC5. Il faudra attendre la déferlante rock alternative pour que l’incroyable richesse de la scène française soit enfin visible et exposée par les médias. Cérémonies a traversé cette vague alternative sans changer de cap, sans sourciller. Cérémonies était déjà un vieux groupe. Il n’a jamais été question d’accordéon ou de néo-réalisme français à la Léo Ferré dans la new-wave épique du groupe.

Cérémonies, c’est l’histoire de 4 copains de lycée, quelque part du côté des cités de Rosny 2 et Montreuil qui vont mettre leur goût et leur énergie en commun pour créer un répertoire original ne comprenant qu’une ou deux reprises bien senties (Joy Division ou Bauhaus). Ainsi, Lors de voyages linguistiques en Angleterre, Franck ramènera des disques alors inconnus dans l’hexagone puis, plus tard, avec ses camarades de jeu, prendra une carte de fidélité chez New Rose pour trouver la perle rare, la nouveauté qui tue. Bref, le terreau musical sur lequel le groupe construira et évoluera. Dans le désordre (et de souvenir) PIL, Stiff Little Fingers, Outcasts, Bollock Brothers ou Jean-Jacques Burnel et les Stranglers mais aussi du reggae à la Mickey Dread ou Dr Alimentado (l’influence des Clash) voir de la « variété » un peu plus « light » comme Jo Boxer, Woodentops et New Order.

Cérémonies n’est pas apparu d’un seul coup, comme une évidence, il est le résultat d’une évolution, d’une maturation qui commence en 1979 par une première formation punk, l’Affrontement. On notera l’influence des Clash qui accompagnera toute l’histoire de Cérémonies plus d’une façon idéologique que musicale. Gordon à la guitare, Franck à la basse, Commandant à la guitare et Bosniak à la batterie. Un seul ampli pour reprendre le quator. Personne n’a vraiment envie de chanter et c’est finalement Franck – qui a le meilleur look punk - qui s’y colle. Le groupe dégote un local de répétition complétement gratuit (la salle des fêtes commune dans la cité). Ah oui, j’oubliais, dans la bande des Cérémonies, on pouvait (devait ?) se retrouver affublé du surnom qui va bien : Gordon (car Hervé aimait le gin), Piepp’ (Car Jean-Jacques était pompier d’entreprise), Commandant (après son passage dans l’armée), Bosniak, Adolphe, Iggy, Zaza, Camisole, Pachi, Dicav’, Coco et puis plus tard Quick et moi-même Marcotin… Et plein d’autres. Donc de l’Affrontement naitra un déjà plus sérieux Stygmat avec Gordon à la basse et les frères Boubich’ (Commandant et Bosniak). Puis le deux partiront fonder Ordonnance Karmélites. L’arrivée de Bruno à la batterie et de Piepp’ à la guitare permettra de distribuer définitivement les rôles avec, bien sûr, Franck au chant et Gordon à la basse. Gordon qui, il y a peu, a dû quitter le vaisseau amiral (et à qui je dédie ces quelques lignes). 

J’en profite pour partager un grand moment « gordonnien », bière à la main lors d’une fête de jour de l’an dont nous avions le secret. Après une longue discussion, nous étions finalement tombés d’accord sur le fait que « quand on pisse debout et qu’on ne voit plus sa bite, il est temps de maigrir ». Dont acte, je pense à toi Gordon et j’essaie de perdre du poids. Gordon avait un réel don pour la guitare électrique à quatre cordes. Il développera un vrai style personnel et son propre son très influencé par la maestria d’un Peter Hook. Ce talent achètera à vie notre admiration ébahie. Un AVC plus loin, seul à Grenoble, il devait arrêter la pratique de son instrument fétiche, cloué sur un fauteuil roulant, parlant difficilement et n’ayant plus la force de soulever une basse ...

NBC

NBC fait partie de ces groupes français du début des années 1980 dont il ne reste presque rien, sinon quelques disques rares, des souvenirs fragmentaires et une esthétique immédiatement reconnaissable. Actif autour de 1983, le groupe a laissé au moins deux singles aujourd’hui difficiles à trouver, dont l’un avec les titres « Panique » et « On va ailleurs », l’autre articulé autour de « Je sais que tu viendras me voir », décliné en version originale et en remix. À défaut d’articles de presse ou de discographie officielle, ce sont les disques eux-mêmes qui parlent.

Le verso du single « Je sais que tu viendras me voir » permet de reconstituer une partie du puzzle. NBC y apparaît comme un groupe structuré, loin du simple projet amateur. Les crédits mentionnent Alain Lagrange au chant et à la guitare, Philippe Daniel à la basse, Frédéric Lumbroso aux claviers et synthés, Jean-Louis Bessonies à la batterie et Jean-Pierre Lagrange à la guitare. Les éditions sont assurées par Milk-Shake, avec un management identifié, celui d’Alain Coute, accompagné de numéros de téléphone typiques de l’époque. L’ensemble situe clairement le groupe dans un cadre professionnel modeste mais réel, caractéristique de nombreuses formations régionales de ces années-là.

Musicalement, tout indique une inscription dans le rock français post-punk ou new wave du début des années 80. La présence affirmée des synthés, l’existence d’un remix en face B et le graphisme épuré de la pochette renvoient à cette période où beaucoup de groupes cherchaient un équilibre entre guitares tendues et modernité électronique, sans forcément accéder à une diffusion nationale. NBC semble appartenir à cette scène intermédiaire, trop organisé pour rester anecdotique, trop local pour laisser des traces durables dans la presse spécialisée.

L’hypothèse d’une origine dans le Vexin apparaît particulièrement crédible. La région, à cheval entre l’Île-de-France et la Normandie, a vu émerger au début des années 80 une multitude de groupes naviguant entre rock, new wave et post-punk, souvent soutenus par des réseaux locaux de salles, de radios et de fanzines. La rareté des disques de NBC, l’absence quasi totale de documentation en ligne et le profil des structures mentionnées sur les pochettes correspondent parfaitement à ce type de scène régionale, active mais peu archivée.

L'album en anglais de Telephone!

Ici, on pourra télécharger en anglais le mini album en anglais de Téléphone/Telephone! sorti en 1982 !


 

Voici (Heinrich Von) Kleist

Alors bien sûr, je ne veux pas parler de l'écrivain allemand "star" du romantisme, mais bien d'un des pseudos adopté par Jean-Robert Jovenet après la fin du groupe Extraballe. Extraballe s'est construit une sacré réputation dans l'histoire du rock français... Mais, je ne sais pas pourquoi, je n'ai jamais vraiment accroché. Justement, un peu trop rock français... Il n'empêche, Jean-Robert est à lui seul, un véritable who's who du rock hexagonal : un passage dans les Dogs, Compartiment Tueur avec deux futurs Téléphone, un passage dans Asphalt Jungle et Gazoline d'Alain Kan, Extraballe, un passage dans les Go-go Pigalles délocalisés en Irlande... Quelques tentatives solos aussi. Finalement, il casse sa pipe à Londres en 2011. Reste ce single avec une seule chanson en deux versions..

Rions (toujours) avec Téléphone

Toujours extrait de l'album en anglais de Téléphone sorti en 1982, voici "Squeeze". C'est, bien sûr, une adaptation dans la langue de Shakespeare de "Serrez"... Et ça sonne - toujours - aussi à côté !

Rions (toujours) avec Téléphone

À vraiment, je ne m'en lasse pas... La version de Téléphone en anglais vaut vraiment le détour. Ce coup-ci, voici "Le Chat" moment de bravoure pour la bassiste énervée du groupe qui pour l'occasion a renommé son tube... "The Cat". A l'époque, les Cure et les Stray Cats avaient remis au goût du jour les tîtres proto-swing façon hipster new-wave ("The Lovecats" et "Stray Cat Strut"). Alors, pas très inspiré, le groupe français s'est dit "pourquoi pas nous". Et hop voici la version anglaise de ce tube qui s'est classé dans les hit parades à l'époque. Déjà en français, Corinne est assez approximative au chant... Alors, en anglais... Reste que n'ayant pas été invitée à la reformation, Corinne n'a pas pu toucher à nouveau des droits d'auteur pour ce passage obligé du répertoire de Téléphone. Too bad for her... Pour se consoler, voici "The Cat" !

Something in you, don't turn round !

2e extrait de l'album en anglais de Telephone! Pour être tout à fait franc, en français, ces paroles ne volent pas très haut ("me laissseeeeuuu connn" m'a toujours semblé anti-poétique même chanté en cœur par un stade rempli jusqu'à la gueule). Mais en anglais, c'est terrifiant.  Et pourtant, j'ai toujours aimé Téléphone...
 

Rions un peu avec Téléphone

Nous sommes en 1982 et le groupe Téléphone est au sommet de son art. Il sort sont 4e album "Dure Limite" et connaît un succès sans précédent pour un groupe de rock français. L'album est produit par une grosse pointure internationale (Bob Ezzerin) et le groupe vient de changer de label. Autant dire que ça sent grave le pognon. Pour ma part, j'ai la chance de voir le groupe en live pendant la tournée qui accompagne la sortie de cet album... Un grand moment surtout grâce à un première partie qui me laisse un souvenir inoubliable : les Rois Fénéants. Anyway, il est temps pour Virgin (leur nouveau label) de passer à la caisse... Quelqu'un décide (le groupe, le manager, le label ?) que le groupe doit faire une carrière internationale... Une version anglaise un peu rabotée de ce "Dure Limite" est donc distribuée à l'international et en anglais. Pour l'occasion, le groupe est rebaptisé "Telephone!". Bien sûr, des stocks de ce disque plutôt approximatif du fait d'un chant en anglais un peu light se retrouveront très rapidement chez les soldeurs. Personne n'attendait un groupe typiquement français chantant en anglais. En fan transi, je me suis, bien sûr, procuré un exemplaire de ce collector que les rééditions officielles semblent avoir volontairement oublié. Voici "Dure Limit" une adaptation de...

Demolition Party

J'ai beaucoup parlé des aventures musicales de Franck W. (chant et concepts créatifs) : l'Affrontement, Ann et les Fils De Joie, Cérémonies, Chinaski's, Le Sexe des Anges, Keyer Söze, Maki, Nouveaux Monstres et... Demolition Party. J'ai également beaucoup parlé de Dgé (guitare et production) : Wallenberg, Lyliak, Cérémonies, Chinaski's et... Demolition Party. J'ai eu le plaisir d'aller à l'école et de monter mes premières entreprises avec le premier... Et de travailler une bonne quinzaine d'années avec le second. Bref, Franck et Dgé sont des amis et si la Vie a parfois mis à mal cette amitié, nous avons su garder le contact. C'est donc assez naturellement que Demolition Party s'est retrouvé chez les Disques Abrasifs, mon label adoré... Un (tout petit) retour des choses car je dois un paquet de choses à ces deux pionniers parisiens du rock new-wave et alternatif.  A commencer par la raison d'être de Bouloup, haut lieu du rock français indépendant des années 80. Preuve vivante que ce rock "en français" était loin, dés 1980, des têtes de gondole comme Téléphone. Bref, Demolition Party est le résultat logique de cette longue expérience et ce premier single 3 titres, une très belle réussite. Un vrai cadeau pour les Disques Abrasifs que l'on pourra écouter ici-même ! Si vous ne connaissez pas, jetez-y "une oreille"... On y retrouve tout ce que j'ai aimé chez Cérémonies et ce qui a suivi. Une humeur de jeune homme ayant passé 60 ans et une production magnifique lorgnant vers la dream pop et plein d'autres choses.

Le maxi 45 tours d'Elli & Jacno

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le maxi 45 tours d'Elli & Jacno "Le Téléphone" sorti en 1893 !



Le téléphone, version instrumentale

 Comme promis, voici la face B du maxi d'Elli & Jacno, la version instrumentale du "Téléphone".

Elli & Jacno

J'ai déjà parlé de Jacno ici-même... Mais je cherchais quelque chose d'un peu rare du fameux duo. À défaut, voici la version longue du "Téléphone" extrait de la BO des "Nuits De La Pleine Lune". La version n'est pas fondamentalement différente, juste un peu plus longue. C'est plutôt la face B qui est rare puisque c'est une version instrumentale de la face A.

Trottoir

2e extrait du single de Baxter, voici "Trottoir" qui doit beaucoup à Téléphone, la fraîcheur en moins !

Bam Balam, le retour (et bravo Haar Brut)

Merci au très bon blog Haar Brut d'avoir publié, il y a peu, cette compilation "Studio WW 91 Quai De La Gare" que j'ai eu dans ma discothèque pendant un certain temps. Cette compil' regroupe certains groupes qui répétaient dans ce studio dont La Souris ou Oberkampf. Du coup, je me suis aperçu que Bam Balam y figurait en bonne place puisqu'il me semble que certains membres du groupe y travaillait. J'en profite pour saluer Haar Brut qui est vraiment un très bon blog sur le rock français (avec un gros focus sur la scène Oï et la scène pop des 90's ... Des domaines que je n'ai jamais vraiment abordé). Merci pour ces articles et ces partages toujours très quali. Je ne manque pas de consulter quasi quotidiennement cet incontournable du "vrai" rock français loin des clichés à la Téléphone ou à la Noir Désir. J'essaie, également, de ne pas trop "republier" ce que nous propose Haar Brut, mais  bon, dans ce cas précis, c'était vraiment beaucoup plus facile de compléter mes posts sur Bam Balam.

Raticide

En direct de Tours, voici Raticide. Deux singles et un long... Pas mal de live et le groupe se sépare en 1988. Leur premier single est repéré par Phil Man qui est alors en charge d'une rubrique dédiée dans rock And Folk ! Sans doute ce qu'il a fait de mieux journalistiquement. Si le "Cheap Thriller" donne un avis positif (pour une fois...) il faut l'écouter. On parle de néo-rockabilly d'ailleurs le look du groupe n'est pas sans rappeler Au Bonheur Des Dames. Donc sur un malentendu, le groupe est lancé. Il ne trouvera finalement pas son public. Peut-être parce que ce groupe de rock français ne fait pas mieux qu'un Téléphone. Il n'y aura pas de deal avec une major et le groupe restera un vague souvenir pour les fans de rock indé. Voici la face A de leur premier single sorti en 1981.

Les Standards

Les Standards est un groupe bordelais qui se forme en 1979 avec deux ex-Control, Jonathan Hill et François Renou, Phil Jolly et Jeff Lavergne à la batterie puis change de line-up en 1981. Ils publient deux singles et un long en 1982 et 1984. Finalement, ils se séparent et Philippe Jolly se lance dans une carrière solo sans trop de succès. Le groupe se reforme en 2005 pour la sortie d'une compilation et Phil Jolly casse sa pipe en 2010. Aujourd'hui, je publie la Face A du single de 1984 dont le visuel est signé Cathy Millet. Le single est sorti avec une mauvaise track list ("Avions Pirates" et "Mr Wilson" au lieu de "Divorcer" et "Extralucide"). D'après le site Rock Made In France : "Du rock, du vrai, exercé avec passion, talent et un sens aiguisé de la mélodie. Rien de surprenant qu’ils aient tourné en première partie des meilleurs (Little Bob Story, Jacques Higelin, Téléphone…) participé à de nombreux festivals au début des années 80 et interprété quelques titres sur les plateaux TV d’Antenne 2 (Les Enfants du Rock) et FR3 (L’Echo des Bananes)". Jean-Marc Sigrist qui était dans la  2e mouture du groupe venait de Dépression dont j'ai déjà beaucoup parlé, Jean-claude Bourchenin a joué de la batterie pour Gamine tandis que Patrice Demichel a joué dans Electrochoc dont j'ai également déjà parlé !

Pussy X

2e extrait du live à Besançon des Kas Product en 1986, voici le 2e "tube" des nancéens : "Pussy X".  Dans les années 80, on aimait bien réaliser des chansons dans un style rétro faisant référence aux "cats". Il y a, par exemple, les Cure et "Lovecats", Téléphone et "Le Chat" ou les Stray Cats et "Stray Cat Strut". Ce coup-ci, voici un chat plus hardcore "Pussy X"...