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Le rock français des années 80 et l'approche "Do It Yourself"

Il m'arrive parfois d'utiliser une IA pour m'aider à rédiger des contenus. L'IA est également un précieux outil pour faire des recherches. Bref, j'utilise les outils d'aujourd'hui, histoire, également, d'aller plus vite. Croyez-moi une trentaine de posts par mois depuis 10 ans, c'est beaucoup. Anyway, j'ai testé une nouvelle ia développée par Stanford (mes chouchoux inventeurs du Design Thinking). Un truc qui s'appelle Storm. Et voici le résultat, plutôt cool. J'ai traduis et retravaillé. J'ai laissé certaines ref' (Magma, wtf ?). Au final, on dirait l'ébauche d'une thèse. 

Dans les années 1980, alors que le paysage musical français reste largement dominé par les grandes maisons de disques, les radios nationales et quelques figures incontournables de la variété ou du rock grand public, une autre scène se développe dans l'ombre. Dispersée sur l'ensemble du territoire, portée par des passionnés davantage que par des professionnels de l'industrie, elle s'organise autour d'un principe simple : faire soi-même. Inspirée par l'explosion punk britannique de la fin des années 1970, par le hardcore américain naissant et par l'ensemble des cultures underground européennes, cette scène adopte ce que l'on appelle alors le « Do It Yourself » ou DIY. Plus qu'une méthode de travail, il s'agit d'une véritable philosophie fondée sur l'autonomie, l'expérimentation et le refus des modèles dominants.
Le DIY français ne se résume pas à quelques groupes isolés enregistrant des démos dans leur garage. Il constitue un écosystème complet où les musiciens, les graphistes, les rédacteurs de fanzines, les organisateurs de concerts, les disquaires indépendants et le public participent à la construction d'un réseau alternatif. Dans une époque où les moyens de communication sont limités, chacun devient un maillon essentiel de la chaîne. Les groupes produisent leurs enregistrements, organisent leurs tournées, réalisent parfois leurs propres pochettes et développent des circuits de diffusion parallèles à ceux de l'industrie musicale classique.
 
Cette culture indépendante s'appuie sur un outil fondamental : le fanzine. À l'heure où Internet n'existe pas encore, ces publications artisanales deviennent le principal moyen de communication de la scène. Réalisés avec des machines à écrire, des photocopieuses, des ciseaux et de la colle, les fanzines diffusent des chroniques de disques, des interviews, des comptes rendus de concerts, des manifestes, des dessins et des adresses de groupes ou de labels. Ils permettent à des passionnés de Brest, de Toulouse ou de Strasbourg d'échanger avec des scènes situées à des centaines de kilomètres. Plus qu'un simple média, le fanzine agit comme un véritable réseau social avant l'heure. Il crée des liens, fait circuler les informations et contribue à la naissance d'une identité commune au sein d'une communauté pourtant dispersée géographiquement.
 
L'importance de cette culture est telle qu'elle dépasse rapidement le cadre de la musique. Les fanzines deviennent également des espaces de création graphique, de réflexion politique et de diffusion artistique. Nombre de graphistes, illustrateurs et photographes issus de la scène underground y développent leurs premiers travaux. L'esthétique du collage, du détournement d'images, de la photocopie noir et blanc et de la sérigraphie artisanale devient l'un des signes distinctifs de cette génération.
 
Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, la scène DIY française ne se concentre pas exclusivement à Paris. Si la capitale joue un rôle majeur grâce à la présence de salles de concert, de médias spécialisés et de certains labels, la province constitue un terrain particulièrement fertile. Bordeaux, Rennes, Toulouse, Marseille, Lille, Lyon ou encore Rouen développent leurs propres réseaux de groupes, de lieux et de collectifs. Les tournées passent souvent par ces villes où l'accueil est assuré par d'autres membres de la scène. Les musiciens sont hébergés chez l'habitant, jouent dans des salles associatives ou des lieux improvisés et repartent avec de nouvelles adresses pour poursuivre leur route. Cette organisation horizontale favorise les échanges et renforce le sentiment d'appartenance à une même communauté malgré les distances.
 
Les modes de production reflètent cette volonté d'autonomie. Les groupes privilégient les petits studios indépendants ou les enregistrements à faible coût. Les tirages sont souvent modestes, parfois limités à quelques centaines d'exemplaires. Les cassettes audio deviennent un support privilégié, car elles permettent une reproduction rapide et peu coûteuse. De nombreux albums, EP ou compilations circulent ainsi sous le manteau, vendus lors des concerts, envoyés par correspondance ou distribués dans quelques disquaires spécialisés. L'objectif n'est pas de conquérir les hit-parades mais de toucher un public réceptif à cette culture indépendante.
 
Les labels jouent un rôle déterminant dans ce système. Souvent créés par des passionnés plutôt que par des entrepreneurs, ils servent à documenter une scène en pleine effervescence et à faire circuler des musiques que l'industrie ignore. Certains entretiennent même des liens avec d'autres réseaux européens ou américains, permettant l'importation et l'exportation de disques au sein d'un vaste circuit souterrain. À travers ces connexions se construit progressivement une culture internationale de l'indépendance un groupe français peut partager les mêmes références et les mêmes pratiques qu'un groupe allemand, britannique ou américain.
 
Musicalement, la diversité est l'une des caractéristiques majeures de cette scène. Le punk demeure son point de départ naturel, mais ses ramifications sont nombreuses. Le hardcore se développe avec son énergie brutale et sa vitesse d'exécution. Le post-punk explore des atmosphères plus sombres et expérimentales. La new wave et la cold wave introduisent les premières influences électroniques et les synthétiseurs. La noise, le rock expérimental et certaines formes avant-gardistes trouvent également leur place dans cet environnement où la prise de risque est valorisée. Loin des catégories rigides, les groupes mélangent souvent les influences et développent des approches très personnelles.
 
Parmi les figures emblématiques de cette période apparaissent des groupes comme Metal Urbain, dont l'utilisation précoce des boîtes à rythmes et des sonorités électroniques ouvre de nouvelles perspectives au punk français. Stinky Toys et Marie et les Garçons participent eux aussi aux prémices de cette culture indépendante. Dans un registre plus radical, Camera Silens devient l'une des formations marquantes de la scène Oi! française. D'autres groupes comme Etron Fou Leloublan repoussent les limites du rock en intégrant des éléments issus de l'improvisation et de l'avant-garde. Quant à Magma, même si son parcours dépasse largement le cadre du DIY punk, son influence sur les musiciens attirés par l'expérimentation reste considérable. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, des groupes comme Diabologum hériteront de cette tradition de liberté artistique en développant des formes hybrides mêlant rock, spoken word et collages sonores.
 
Les concerts constituent le cœur battant de cette culture. Installés dans des squats, des MJC, des centres culturels alternatifs ou de petites salles indépendantes, ils offrent bien plus qu'une simple expérience musicale. Ils deviennent des lieux de rencontre, d'échange et parfois de militantisme. Dans ces espaces, la frontière entre le groupe et le public est souvent mince. Les artistes discutent avec les spectateurs, vendent eux-mêmes leurs disques et participent à l'organisation des événements. Cette proximité contribue à créer un sentiment d'appartenance rarement retrouvé dans les circuits commerciaux.
 
L'univers visuel participe lui aussi à l'identité de la scène. Les affiches, les pochettes de disques, les logos et les illustrations ne sont pas conçus comme de simples outils promotionnels mais comme une extension de la démarche artistique. Les collaborations entre musiciens et artistes graphiques sont fréquentes, renforçant les liens entre différentes disciplines créatives. Cette approche globale contribue à donner au DIY français une identité forte et immédiatement reconnaissable.
 
Au-delà de la musique, cette scène entretient une relation complexe avec les institutions culturelles françaises. Les années 1980 correspondent à une période d'importants investissements publics dans le domaine culturel. Pourtant, de nombreux acteurs du DIY préfèrent rester à distance des structures officielles, considérant que l'indépendance constitue une condition essentielle de leur liberté créative. Cette tension entre culture institutionnelle et culture underground traverse toute la décennie et nourrit des débats sur l'authenticité, la récupération commerciale et le rôle de l'État dans la création artistique.
 
Avec le recul, le rock DIY français des années 1980 apparaît comme bien plus qu'un simple courant musical. Il représente l'émergence d'un modèle alternatif de production culturelle fondé sur l'entraide, l'autonomie et la circulation des savoirs. Dans un contexte où les moyens étaient limités, des centaines de groupes, de labels, de fanzines et de lieux indépendants ont réussi à bâtir un réseau durable qui a profondément marqué l'histoire de la musique française. L'influence de cette période se fait encore sentir aujourd'hui dans les labels indépendants, les collectifs artistiques, les salles autogérées, les festivals alternatifs et l'ensemble des scènes qui continuent à défendre l'idée selon laquelle la création peut exister en dehors des structures dominantes. Plus qu'une mode ou qu'une esthétique, le DIY des années 1980 a légué une manière de penser la musique : libre, collective et profondément indépendante.

 

Les Magistrats De Cyracuse

En 1985, à Maubeuge, Éric Vernier, Bernard Applincourt et Jean-Marie Leroy forment Les Magistrats de Syracuse. Le premier est auteur-compositeur, le deuxième tient la batterie et le troisième joue du saxophone. Une formation atypique pour une scène française alors traversée par la new wave, le post-punk et la cold wave, et qui ne laissera derrière elle qu’un seul 45 tours.
 
Le disque paraît en 1986 sous la référence MdS 1926. Sur la face A, « Week End’s Zaz » et, au verso, « Genèse ». Les deux morceaux auraient été enregistrés en mars 1986 aux studios Modern Loft, avec Bruno Steiner au mixage. Le groupe disparaît peu après, laissant comme seule trace discographique ce petit 45 tours aujourd’hui particulièrement recherché.
 
C’est surtout « Genèse » qui mérite l’attention. Instrumental, sombre et planant, le morceau s’éloigne du format pop traditionnel pour installer une atmosphère froide et suspendue. Les sonorités, la tension et cette façon de laisser la musique se développer sans voix placent naturellement Les Magistrats de Syracuse dans le voisinage de la cold wave et de la minimal wave, même si ces catégories seront surtout utilisées bien plus tard pour redécouvrir ce type d’enregistrements.
 
À l’époque, le groupe reste confidentiel et sa courte existence ne lui permet évidemment pas de s’inscrire dans l’histoire officielle du rock français. Son unique 45 tours circule néanmoins parmi les amateurs de raretés, jusqu’à devenir l’un de ces disques que les collectionneurs recherchent sans toujours disposer de beaucoup d’informations sur ceux qui l’ont enregistré.
 
La situation change plusieurs décennies plus tard. La redécouverte internationale de la scène minimal wave et des productions françaises les plus obscures des années 80 remet progressivement Les Magistrats de Syracuse en circulation. En 2018, « Genèse » apparaît sur la compilation Playground Noises – 11 Lost Gems For The Night People 1980-1991 publiée par Geheimnis Records. Le morceau rejoint ainsi une sélection consacrée à ces formations oubliées dont certaines n’ont laissé qu’un disque ou quelques morceaux.
 
En France, une nouvelle étape est franchie en 2020 avec la présence de « Genèse » sur Des Jeunes Gens Mödernes – Volume 3, compilation consacrée aux marges de la scène post-punk, new wave et cold wave française. Le morceau se retrouve alors aux côtés de formations beaucoup plus documentées, mais aussi d’autres groupes dont l’histoire s’est résumée à quelques enregistrements confidentiels.
 
Les Magistrats de Syracuse appartiennent finalement à cette histoire parallèle du rock français des années 80 : celle des groupes qui n’ont pas eu le temps, les moyens ou peut-être simplement l’envie de construire une carrière. Un 45 tours, deux titres, une séparation en 1986 et presque tout reste à découvrir sur leurs auteurs. Quarante ans plus tard, « Genèse » conserve pourtant une étrange capacité à évoquer cette période, avec ses machines, ses expérimentations, ses climats nocturnes et cette volonté de faire autrement sans forcément chercher à entrer dans une case.
 
C’est aussi ce qui rend le disque intéressant aujourd’hui. Les Magistrats de Syracuse ne sont pas devenus un groupe culte parce qu’ils auraient connu le succès avant de sombrer dans l’oubli. Ils sont devenus cultes parce que leur musique a survécu à leur disparition et que quelques passionnés ont continué à chercher ces traces minuscules laissées par une scène française particulièrement fertile. Un seul 45 tours aura finalement suffi.

Le 1er single de Marie & Les Garçons

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le 1er single de Marie & Les Garçons qui est sorti en 1977.


Mardi Soir

Dernier extrait de l'ep de Marie Et Les Garçons sorti en 1978, voici "Samedi Soir" ! 

Je me souviens de nous (2)


J'ai eu le plaisir de participer aux deux Revues Thésaurus publiées par le camarade Claude Picard. Dans le premier numéro, j'ai écrit un long article sur Cérémonies, dans le second, c'est de ma carrière musicale dont il était question. Bien sûr, vous pouvez vous les procurer ici-même. Le temps a un peu passé depuis ces publications et il est temps de partager ces monuments journalistiques avec mes lecteurs adorés ! 

Nous sommes en 1983, je rencontre Franck War dans une école qui prépare à un BTS de Publicité. Très vite nous sympathisons. La « Pub » qui n’est pas devenue la « Com », à l’époque, est un phénomène de société sympa et branché. Le consumérisme et l’écologie ne sont pas à l’ordre du jour. Jacques Séguéla n’est pas encore un vieux con qui sucre les fraises en mélangeant Rolex et Réussite. 

Notre amitié commence peut-être dès le premier jour quand un de nos profs nous demande de partager nos motivations à intégrer la grande famille des « pubeurs ». J’avoue pour ma part, moitié français, moitié provocateur, « vouloir me faire plein de fric et un maximum de nanas ». Je crois que ça a plu à Franck.  Sandrine également dans la classe deviendra la manageuse du groupe avec un certain succès avant de tomber amoureuse et de se marier avec le chanteur de Seaton (une formation new-wave amie basée à Aix-en-Provence). Béatrice intégrera la bande et épousera Bruno, le batteur de Cérémonies. Également avec Mathy, Anne-Marie et pleins d’autres nous formons une petite bande d’apprentis pubards. 

Très vite Franck fait le lien avec les autres Cérémonies qui répètent au fameux Parking 2000. Le groupe partage un box avec une groupe exclusivement féminin les Traffic Diams. A côté, on croise les punks de Panik LTDC. Christian Panik, leur chanteur, est le frère de Bruno, le batteur de Cérémonies. Plus loin, les Martyrs ou les Toreros Muertos. Les Toreros sont espagnols et ont déjà eu des hits, dans les années 70, dans leur pays d’origine. Le Parking 2000 est un vrai parking qui loue à des groupes comme Tanit ou les Washington Dead Cats. Il n’y a pas de toilettes et on imagine facilement l’odeur ambiante. Le proprio coupe l’électricité à minuit. Dur pour ceux qui squattent et dorment dans les locaux de répétition sans chauffage. Le Parking 2000 est devenu, bien plus tard, un sujet de recherche pour une sociologue spécialisée dans la culture pop. C’est là que j’assiste à mon premier concert du groupe. Le premier d’une longue série.

En plus d’intégrer le BSS Kontingent, je change de look. Une grosse dominante de noir sur fond de treillis et de rangers tchécoslovaques achetés à La Redoute. Dieu merci, j’ai déjà les oreilles percées. Mes parents bloquent un peu sur mes chemises noires qui font écho aux heures sombres de l’histoire du fascisme italien. Me voici bientôt promu manager du groupe malgré une timidité maladive. Je ne tiendrai mon rôle juste quelques semaines, le temps d’envoyer quelques dossiers de presse et de faire une interview avec le groupe sur Radio Anarchie.

 Pour exister, Cérémonies joue un peu partout, dès qu’on lui en donne la possibilité. Un concert particulier est resté gravé dans la mémoire collective de tous les fans… Celui des 120 nuits. Les 120 nuits est une boite éphémère puisqu’elle ne durera que 120 Nuits (comme son nom l’indique). Une référence directe aux 120 journées de Sodome du Marquis de Sade. Un lieu que l’on aperçoit dans le cultissime « Les Nuits de la Pleine Lune » d’Eric Rohmer. Le 17 mai 1983, le groupe s’y produit soit quelques semaines avant sa fermeture. Pour l’occasion et pour affirmer l’univers artistique du groupe, nous mettons à contribution notre professeur de maquette et de dessin. Didier Puy-Ségur est un plasticien qui ne s’appelle pas encore « Putch » et qui n’a pas encore épousé la fille du « compresseur » César. Didier a vissé des capots de voiture sur le devant de la scène. Il est assis sur une chaise roulante avec des lunettes noires et un plaid sur les genoux. Avec une badine, il dirige deux « esclaves » femmes en combinaison de chantier qui vont exécuter ses ordres et peindre à sa place sur les dits capots. Cette performance est typique du personnage, elle mêle humour, décalage et performance artistique. Cérémonies joue d’enfer. Franck qui est inscrit à un atelier vidéo de la ville de Rosny, demande à ses camarades de filmer le concert. L’apprenti vidéaste oubliera d’appuyer sur le bouton et ne lancera pas l’enregistrement. Une galère de plus et un concert qui ne sera pas documenté…

Nous sommes en 1984 et le groupe décide de s’autoproduire. Une démarche peu commune à l’époque d’autant que l’opération est coûteuse (de mémoire autour des 15 000 Francs) et qu’il faut aller enregistrer en studio. Dans une interview donnée pour le fanzine Tropique du Cancer, le groupe déclare : « Nous sommes catégoriques, Nous n’avons jamais été jeté par une maison de disque pour la simple raison qu’on n’est jamais allé en voir. On voulait faire notre 45 tours pour se faire plaisir et pour voir si notre musique passe bien et pour faire la promo de Cérémonies. Ce qui est plus simple et plus efficace de faire avec un 45 Tours qu’avec une K7 ».  Tous les membres du groupe commencent à travailler et ont un peu d’argent à investir, il est donc temps pour eux de passer à la vitesse supérieure… Bien sûr, ils ont déjà enregistré des maquettes, mais là c’est du sérieux. Direction Studio DB où le groupe « pause » 3 morceaux : Le Goût du Saké, Kiss Of Death et Dantzig. Le ton est donné et seuls les 2 premiers titres seront retenus pour le single tandis que le 3e atterrira sur une K7 produite par un fanzine « Zick Addikt ». Dantzig est un morceau plutôt long qui comprend 2 segments, il n’y a pas la place sur le 45 tours et un maxi coûte trop cher. Je revoie clairement Franck, sa planche de Letraset à la main, composer la pochette du disque après avoir extrait d’un livre sur Paris, la fameuse photo de la gargouille gothique. Là, pour la première fois, j’ai pris conscience du process graphique et ma future carrière professionnelle prend corps.  A l’intérieur, grâce à une photocopieuse amie, un petit flyer, avec textes et remerciements, est inclus. Au verso une photo en contre-plongée présente le groupe avec un Franck un peu fatigué, un Gordon dégarni, un Piepp’ aux allures gothiques et un Bruno qui se prend déjà la tête. Pendant les mois qui suivèrent la publication du 45 tours, toute notre énergie sera dirigée vers la diffusion et la promotion de ce single qui, avec le recul, tient plutôt bien le coup. Sandrine, entre temps, devient la manageuse du groupe…

Pendant les mois qui vont suivre cette sortie, l’activité est intense pour le groupe et son entourage. Ainsi, lors de mon premier stage dans une agence de publicité, je découvre (non sans un certain bonheur créatif) le premier Macintosh d’Apple. Grâce à ce fantastique outil, nous coréalisons avec Franck le fanzine « 5 francs » qui est un collage de textes (saisis sur Mac Paint) et d’images. Je squatte la photocopieuse de l’agence pour le reproduire. On y trouve les textes de Cérémonies et certains de mes poèmes mélangés autour de photos. Car, oui j’écris des poèmes… Mais je ne m’en vante pas. L’image du poète torturé ne me plait pas.  Si nous n’avons jamais co-écrit de textes de chansons… Certains bouts de poème ont parfois inspiré l’écriture de Franck War. Ainsi et par exemple dans « Les Bouchers de Verdun », Franck emprunte « Un hiver mal placé dans mon été » à mon « Un hiver mal placé entre deux étés ». Il n’est pas question de plagiat puisqu’il m’a demandé la permission. Je vois ce processus créatif plus comme une forme d’émulation littéraire, un quasi- cadavre exquis façon Dada. C’est aussi une façon d’exister dans les chansons de Cérémonies et pour moi, en tant que fan N°1, un vrai bonheur. 

L’été venu, nous partons en vacances, direction l’Espagne et la petite ville côtière d’Oliva (près de Gandia et de Valence). Nous y retournerons plusieurs fois. Pendant trois semaines, au mois d’août, nous louons un appartement où le confort est réduit à sa plus simple expression. Il fait, de toute façon, trop chaud pour s’en rendre compte. Tous les soirs, c’est discotecă et alcool (souvent le fameux mélange Fanta Orange / vodka). Très vite, nous sympathisons avec quelques locaux « branchés ». C’est encore la movida et l’Espagne vit le grand n’importe quoi de l’après Franco. C’est la « fiesta » sans fin, toutes les nuits, à l’Hexagono ou au Labotorio Industriale. Angel et sa bande nous font découvrir le rock espagnol du moment. On partage la paëlla dans un repère d’anarchiste et malgré le fossé linguistique, le courant passe. La drogue facilite aussi la communication. Isabella, notre fournisseuse officielle, a le look « españa negra » derrière son éventail et s’avère être une amie des Chihuahua parisiens. Que nous croiserons à Paris grâce à elle. Nos copains espagnols nous invitent à participer à une émission (en traduction simultanée) sur la radio du coin, Radio Olivia. Nous parlons rock français et bien sûr de… Cérémonies. Naturellement, ils nous demandent de jouer en concert dans un bar de plage pour fêter ce rapprochement franco-espagnol. Une moitié de Cérémonies et une moitié… de ceux qui sont là sont donc invités à se produire live. Pour cette occasion uniquement, je deviens guitariste du groupe. Sans répéter, sans pouvoir vraiment m’accorder, nous assurons un set hallucinant ne comprenant qu’un long morceau d’une vingtaine de minutes. Finalement, je jette l’éponge et ma guitare. Un Espagnol complétement bourré prend le relai et martyrise cette guitare japonaise franchement injouable. Une vraie performance sonique à la Sonic Youth et mon pire souvenir de musicien ...

 

 

Marie Et Les Garçons dans Feeling (N°6 Juin 1978)

 


The Blasters

Au tournant des années 80, alors que Los Angeles bruisse encore des secousses du punk et de ses prolongements les plus fiévreux, un groupe de Downey s’emploie à rappeler que la musique américaine ne commence ni avec les Ramones ni avec MTV. Formés en 1979 autour des frères Phil et Dave Alvin, épaulés par le bassiste John Bazz et le batteur Bill Bateman, The Blasters surgissent sur la scène californienne avec un programme simple et presque anachronique : jouer, à très haut volume et sans vernis nostalgique, un mélange organique de rhythm’n’blues, de rockabilly, de country et de blues, qu’ils baptisent sans détour « American Music ». Dans les clubs de LA où se croisent punks, rockab’ et amateurs de roots, leur réputation se forge d’abord sur scène : tempo implacable, guitare tranchante, voix râpeuse de Phil Alvin et science déjà redoutable de l’écriture chez Dave Alvin, qui aligne des chansons semblant sorties d’une Amérique mythique mais bien réelle, faite de radios frontalières, de Cadillac poussiéreuses et de nuits sans retour.

Leur premier album American Music (1980) pose le manifeste, mais c’est surtout le suivant, The Blasters (1981), qui cristallise l’instant : un disque tendu, direct, où « Marie Marie » et « Border Radio » sonnent comme des standards exhumés plutôt que composés. Contrairement à beaucoup de groupes du revival rockabilly de l’époque, The Blasters ne jouent pas à se costumer en années 50 ; leur musique est contemporaine, nourrie de l’énergie punk et de la conscience historique du folk et du blues. Cette position singulière les place au croisement de plusieurs scènes : ils partagent l’affiche avec X ou The Gun Club, croisent Los Lobos, et deviennent une référence pour toute une génération qui, de la Californie aux circuits alternatifs américains, cherche une voie entre tradition et urgence électrique. Évidemment, si je suis fan de X et de toute la scène de Los Angeles, les Blasters me font un effet tout particulier puisqu'ils renouent avec le rock and roll originel que j'ai toujours vénéré ! Leur passage dans le film Streets of Fire en 1984, où ils incarnent un groupe de bar devant un public de bikers, n’est pas un clin d’œil mais presque un documentaire : c’est exactement là que vit leur musique, dans ce territoire interlope entre mythe américain et culture underground.

Les albums Non-Fiction (1983) et Hard Line (1985) prolongent l’élan avec une production plus large, mais l’équilibre initial commence à se fissurer : Dave Alvin, principal compositeur, s’éloigne peu à peu, avant de quitter le groupe en 1986 pour une carrière solo qui fera de lui l’un des grands conteurs de l’Americana moderne. La première période de The Blasters se referme alors, laissant derrière elle une poignée de disques qui n’ont jamais vraiment cherché le succès massif mais ont profondément marqué la cartographie des musiques américaines alternatives. Dans les années 80, alors que l’industrie redéfinit le rock à coups de synthés et d’images, eux réaffirment qu’une autre modernité est possible : celle qui consiste à rejouer le passé au présent, sans fétichisme, jusqu’à ce qu’il redevienne dangereux.

Aujourd’hui encore, leurs chansons circulent comme des classiques sans âge dans les répertoires roots, cowpunk ou alt-country, et l’on retrouve leur empreinte chez des artistes aussi divers que Dwight Yoakam ou toute la scène Americana des décennies suivantes. Mais c’est peut-être sur leurs enregistrements live du début des années 80 que l’on mesure le mieux ce qu’était The Blasters : non pas un groupe revivaliste, mais un groupe de rock’n’roll américain au sens le plus large et le plus littéral, celui qui relie les juke-joints du Sud aux clubs punk de Los Angeles. Dans cette continuité souterraine que documente Bouloup, ils occupent une place particulière : celle d’un pont tendu entre la mémoire et l’électricité.

À Bout De Souffle

 2e extrait du premier single de Marie Et Les Garçons, voici l'excellent "À Bout De Souffle" sorti en 1978.

Marie Et Les Garçons dans Annie Aime Les Sucettes (n°1, Janvier 1978)

 Voici un petit article extrait du fanzine d'Elli Medeiros (à l'époque chez les Stinky Toys).


 

Marie Et Les Garçons en concert

Voici des images en concert de Marie Et Les Garçons. Des belles images sans le son correspondant, ce qui est dommage ! 

Marie Et Les Garçons

Pour parler de Marie et Les Garçons, il faut revenir à Lyon au mitan des années 70, à un moment où la ville commence à bouillonner d’une énergie neuve, encore bricolée, encore maladroite, mais déjà tournée vers ailleurs. Le groupe naît d’un noyau de lycéens qui jouent d’abord sous le nom de Femme Fatale, avant de trouver sa forme définitive autour de Marie Girard et Patrick Vidal. Très vite, quelque chose se met en place qui dépasse le simple cadre d’un groupe local : une urgence, un goût pour les rythmes secs, les guitares tendues, et cette façon d’attraper l’air du temps sans chercher à le polir. On entend dans leurs premiers morceaux l’ombre portée de Velvet Underground, une élégance nerveuse qui n’est pas sans rappeler Roxy Music, et un sens du riff minimal qui fait penser à The Seeds, mais rien de tout cela n’est jamais de la citation servile : c’est plutôt un langage commun, réinterprété avec les moyens du bord et une vraie personnalité.

Le premier single, “Rien à dire”, sort sur Rebel Records, ce qui suffit déjà à inscrire le groupe dans une cartographie très précise de la contre-culture française de l’époque. Le nom du groupe, soufflé par Marc Zermati, sonne comme une évidence et installe d’emblée une petite mythologie, à la fois simple et légèrement décalée. Peu après, l’histoire prend un virage new-yorkais : le groupe enregistre là-bas et bénéficie du regard bienveillant de John Cale, ce qui n’est pas rien quand on vient de la scène française encore balbutiante en matière de punk et de new wave. Le single “Re-Bop / Attitudes” paraît alors, lié à l’écosystème de ZE Records, et cette parenthèse américaine donne au groupe une visibilité et une couleur internationale qui tranchent avec l’image souvent provinciale qu’on collait encore à la scène lyonnaise.

La suite est plus heurtée, presque symptomatique de l’époque. Le départ de Marie Girard entraîne un changement d’identité, le groupe devient Garçons et s’oriente vers une musique plus dansante, plus marquée par le disco, ce qui déroute une partie de ceux qui avaient suivi les débuts. L’album Divorce cristallise cette mue et, sans être un échec total, il laisse l’impression d’un rendez-vous manqué, comme si l’élan initial s’était partiellement dissous dans les contraintes du moment. La séparation arrive peu après, presque logiquement, et l’histoire se referme au tout début des années 80, non sans laisser derrière elle quelques disques qui continuent de circuler sous le manteau et dans les bacs des collectionneurs.

Avec le recul, ce qui frappe, c’est moins la brièveté de l’aventure que sa justesse. Marie et Les Garçons n’ont jamais été un groupe de stades ni même un groupe de charts, mais ils ont incarné un moment précis où la pop française a cessé de regarder seulement Paris pour se nourrir aussi de ses marges et de ses villes. Leur trajectoire raconte à la fois l’enthousiasme, les illusions et les virages parfois abrupts d’une génération qui découvrait qu’on pouvait faire du rock autrement, en français ou presque, avec trois accords, une idée claire et l’envie d’en découdre avec le présent. C’est sans doute pour ça que leurs morceaux tiennent encore debout aujourd’hui, non pas comme des reliques, mais comme des instantanés d’une époque où tout semblait possible, même de partir de Lyon pour aller enregistrer à New York et revenir avec des chansons qui, malgré leurs aspérités, continuent de respirer.

La disparition de Marie Girard en 1996, à seulement quarante ans, a jeté une lumière encore plus fragile et mélancolique sur l’histoire du groupe. Avec le temps, elle est devenue une figure presque fantomatique de cette scène lyonnaise de la fin des années 70, associée à une énergie brute et à une promesse restée en suspens. À l’inverse, le parcours de Patrick Vidal a pris une tournure inattendue mais finalement assez logique : il s’est reconverti en DJ et est devenu une figure reconnue de la nuit parisienne, notamment derrière les platines du Le Palace, temple éphémère mais mythique des années 80. Ce glissement du punk et de la new wave vers la culture club raconte aussi quelque chose de l’époque : la même génération, les mêmes corps en mouvement, mais d’autres machines, d’autres rythmes, et une autre façon de faire danser l’urgence. D’une certaine manière, les trajectoires opposées de Marie et de Patrick prolongent l’histoire de Marie et Les Garçons au-delà de leurs disques, entre disparition prématurée et réinvention, comme deux faces d’un même moment de bascule. 

Détective

Détective fait partie de ces groupes dont l’existence tient presque entièrement dans les pages des fanzines et sur un unique 45 tours, mais dont la trace suffit à raconter toute une scène. Début des années 1980, à Lyon, alors que l’on continue de réduire la ville à Starshooter ou à Marie et les Garçons, Détective apparaît comme une autre facette, plus intériorisée, plus nocturne, d’une new wave locale pourtant bien vivante. Les fanzines de l’époque prennent d’ailleurs un malin plaisir à rappeler à ceux qui enterrent un peu vite la scène lyonnaise qu’elle vient encore de s’enrichir d’une « perle rare ».

Détective se compose autour de Ruth au chant, voix immédiatement décrite comme centrale, presque magnétique, soutenue par Philippe aux claviers et Jean-Louis à la basse. Le groupe chante en anglais, choix encore loin d’être anodin à l’époque, et construit une musique mélodique, dépouillée, parfois légèrement ésotérique, qui évoque davantage The Passions, The Comateens ou les premiers Cocteau Twins que les figures les plus visibles de la new wave hexagonale. Les chroniques insistent sur ce point : ici, pas de synth-pop clinquante ni de pose à la Visage ou Dépêche Mode, encore moins de « pink-floydries » complaisantes, mais une musique de l’esprit et du cœur, capable de provoquer une certaine langueur et des frissons durables.

En 1982, le groupe autoproduit un 45 tours comprenant When The Curtain Falls et Say You Remember, sorti sur le label Element. Les deux titres sont salués pour leur efficacité et leur qualité de production, d’autant plus remarquables au regard des moyens limités dont disposait le groupe. When The Curtain Falls installe une atmosphère feutrée et mélancolique, portée par les claviers et la voix de Ruth, tandis que Say You Remember prolonge cette impression d’élégance sombre, quelque part entre pop fragile et new wave introspective. Plusieurs chroniqueurs soulignent que, si le disque est convaincant, Détective doit probablement encore plus s’apprécier sur scène, même si le groupe semble peu tourner, au grand regret de ceux qui l’ont découvert sur vinyle.

La diffusion du disque reste confidentielle, essentiellement par correspondance, via des contacts à Écully ou par l’intermédiaire de réseaux comme New Wave. Rien n’indique que Détective ait dépassé ce premier single, ni qu’il ait cherché à s’inscrire durablement dans un circuit professionnel. Comme beaucoup de groupes de cette période, son histoire semble brève, presque évanescente, mais suffisamment marquante pour que les fanzines en conservent la mémoire.

Quarante ans plus tard, Détective apparaît comme un parfait exemple de cette new wave française souterraine, inventive et sincère, qui n’a laissé que peu de traces matérielles mais dont l’écho continue de circuler à travers quelques disques, des chroniques passionnées et des archives précieuses. Un groupe discret, mais loin d’être anecdotique, et qui rappelle que la scène lyonnaise du début des années 80 ne se résumait décidément pas à ses figures les plus médiatisées.

The Rummie Zummies

The Rummie Zummies est un groupe de rock belge originaire d’Aarschot, actif à la charnière des années 1970 et 1980, à une époque où la scène locale belge bouillonne d’initiatives DIY et de sorties autoproduites. Le groupe est composé de Pascal Verlinden, Mark Cuypers, Guy Meulemans, Jean-Marie Smets et Stefan Weckhuyzen, tous âgés à l’époque de 18 à 22 ans. Comme beaucoup de formations de cette génération, ils ne cherchent pas à trop expliquer leur nom, dont l’origine reste volontairement floue, y compris pour leur entourage proche.

En 1980, The Rummie Zummies publient leur premier 45 tours, If You Leave Me en face A et Do The Fuzi Fuzi en face B, sur le label belge Monopole. Le disque circule rapidement au-delà de leur cercle local et se vend très correctement pour une production indépendante, au point d’installer le groupe comme une valeur montante de la scène rock régionale. Musicalement, le single témoigne d’un rock direct et énergique, avec une face A plus classique et une face B plus audacieuse, souvent citée comme le morceau le plus marquant du disque.

Le groupe se forge également une solide réputation sur scène. Leurs concerts sont décrits comme efficaces et fédérateurs, capables de convaincre un public au-delà du simple réseau local. À peine reformés, The Rummie Zummies donnent l’impression d’un groupe déjà sûr de ses moyens, porté par une vraie cohésion et une envie manifeste d’aller plus loin. Cette dynamique les conduit à enchaîner avec un second single en 1981, qui viendra confirmer leur courte mais réelle présence discographique.

Le second single du groupe est généralement daté d’autour de 1981, même si les sources ne mentionnent pas toujours explicitement titre ou label comme pour le premier disque. Ce manque de documentation est typique des sorties indépendantes de l’époque, souvent tirées en très petites quantités, vendues lors de concerts ou directement par les groupes eux-mêmes.

Ce qui demeure clair à travers les quelques pistes qui circulent encore aujourd’hui sur Spotify ou YouTube (Daily Routine, Do The Fuzi-Fuzi ou If You Leave Me) c’est que The Rummie Zummies faisaient partie de cette constellation de groupes belges qui, sans jamais franchir la barrière du succès national ou international, ont contribué à une culture rock vivante dans leurs villes d’origine.

Leur discographie, réduite mais réelle, continue de fasciner les amateurs de vinyles et de raretés, et le fait que ces morceaux aient été inclus récemment dans des playlists ou des compilations modernes en ligne prouve que, plus de quarante ans après leur sortie, ils n’ont pas totalement disparu de l’imaginaire musical.

The Rummie Zummies incarnent ainsi la magie des débuts DIY du rock belge : des jeunes musiciens qui n’avaient peut-être pas d’autre ambition que d’enregistrer leurs chansons, de les presser sur un 45 tours et de les partager avec leur public local, laissant derrière eux deux petits témoins vinyles d’une époque révolue mais toujours vibrant sous l’écoute d’un collectionneur curieux.

Lloyd Cole

S’il fallait choisir un seul dandy lettré pour incarner une certaine idée de la pop anglaise des années 80, ce serait sans doute Lloyd Cole. Né en 1961 à Buxton, dans le Derbyshire, Cole a d’abord étudié la philosophie et la littérature à l’université de Glasgow avant de se lancer dans la musique. De cette formation universitaire, il gardera le goût des citations, des références, des figures complexes – qu’il glissera avec élégance dans ses textes, sans jamais tomber dans la prétention. C’est à Glasgow, au début des années 80, qu’il forme The Commotions, un groupe de rock indépendant rapidement signé par le label Polydor. Le premier album, Rattlesnakes (1984), est un petit bijou de pop érudite et nerveuse, où l’on croise aussi bien Eva Marie Saint que Norman Mailer. Porté par des titres comme Perfect Skin ou Forest Fire, le disque devient culte presque immédiatement. Suivront deux autres albums avec les Commotions – Easy Pieces (1985) et Mainstream (1987) – un peu plus produits, un peu moins incisifs, mais toujours portés par l’intelligence mélodique et les textes acérés de Cole.

En 1989, le groupe se sépare. Lloyd Cole s’installe alors aux États-Unis, d’abord à New York puis dans le Massachusetts, et entame une carrière solo discrète mais constante. Son premier album solo, sobrement intitulé Lloyd Cole (1990), s’aventure sur un terrain plus rock, avec une production américaine typique du début des années 90. Il poursuit en 1991 avec Don’t Get Weird on Me Babe, un disque audacieux coupé en deux : une face orchestrale façon crooner postmoderne, et une face plus rock. On y entend déjà ce goût pour l’expérimentation discrète, loin des tendances, mais toujours dans une forme de classicisme exigeant. Au fil des décennies, Cole affine son écriture, s’oriente vers des ambiances plus acoustiques (Music in a Foreign Language, 2003), puis vers une folk-pop doucement ironique (Broken Record, 2010), avant de surprendre tout le monde avec un virage synthétique maîtrisé dans Guesswork (2019), où sa voix s’appuie sur des nappes électroniques glacées à la façon de David Sylvian ou Talk Talk. Ce tournant se poursuit avec On Pain (2023), produit par Chris Merrick Hughes (Tears for Fears), qui creuse la veine introspective et synthétique avec une élégance peu commune.

Lloyd Cole n’a jamais cessé d’enregistrer, de tourner, d’échanger avec son public via son site internet ou ses newsletters pleines d’humour britannique. On l’a même vu collaborer avec Hans-Joachim Roedelius du groupe Cluster pour un album ambient en 2004, preuve que ce faux classique, discret mais curieux, ne s’est jamais enfermé dans une formule. Ses chansons sont souvent peuplées de personnages désabusés, de figures littéraires, d’amours compliqués et de pensées sur le temps qui passe. Et malgré les changements de ton ou d’arrangements, on y reconnaît toujours cette voix légèrement traînante, un peu flegmatique, qui semble regarder le monde avec distance, mais aussi une certaine tendresse. Il faut dire qu’il a beaucoup compté pour nous. Ses disques ont vraiment accompagné nos vies, au fil des années 80 et des années 90. On l’écoutait tard le soir, seul ou entre amis, en quête de sens ou simplement pour le plaisir de ces chansons à la fois mélodiques, élégantes et touchantes. Ses mots, ses accords, cette façon si particulière de mêler ironie et émotion, ont marqué durablement notre rapport à la pop.

Cole fait partie de ces artistes qui n’ont jamais cherché à revenir sur le devant de la scène, mais qui ont su construire un lien durable avec ceux qui les écoutent. Une forme de fidélité mutuelle, sans tapage. On le suit comme on lit un écrivain qu’on aime, dont chaque nouveau livre offre une variation sur des thèmes familiers. Une œuvre discrète mais précieuse, pour celles et ceux qui aiment la pop qui pense sans s’excuser d’être belle.

Nous sommes le 21 Mars 1990 à Madrid, Lloyd s'attaque à un classique du King Elvis !  

Des Airs

En direct de la Belgique, voici Des Airs un groupe arty comme on les aime et une des premières signatures du prestigieux label Crammed Discs. D'après leur site web : "Le saxophoniste/guitariste Bob Vanderbob (qui a ensuite enregistré deux albums sous le nom de Bobvan, et qui est aujourd'hui un créateur de spectacles multimédias intéressants qui mélangent théâtre et son spatialisé), la chanteuse Catherine Jauniaux (qui a ensuite déménagé à New York, s'est impliquée dans la scène de musique improvisée de Downtown et est aujourd'hui une chanteuse d'improvisation renommée), le chanteur/bassiste Fanchon Nuyens (qui formera plus tard Zap Mama avec Marie Daulne et coproduira leur premier album), le batteur Stéphane Karo (qui se rendra plus tard en Roumanie où il « découvrira » et organisera le désormais célèbre groupe tzigane Taraf de Haïdouks). ... tels étaient les quatre membres du combo bruxellois Des Airs. Ils étaient pleins de charme, le public et la presse les adoraient... mais ils ne sont restés ensemble que quelques années et n'ont enregistré qu'un mini-album (dont un titre figure sur la compilation Crammed Global Soundclash, une chanson d'amour alcoolisée écrite par Peter Cook & Dudley Moore)." Voici la dite chanson d'amour alcoolisée dont la version originale est un must à ne pas rater !

Le single de Marie-Marie

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single de Marie-Marie sorti en 1980.



Marie-Marie, la face b

Voici la face B de l'unique single de Marie-Marie, toujours écrit par Jay Alanski. "Grasshoper" est beaucoup moins punk et finalement assez... inintéressant !

Marie-Marie

En direct de Belgique, voici Marie-Marie et son "Do You Do You Brush Your Teeth ?" du punk d'exploitation signé Jay Alanski, le fameux chanteur, compositeur, producteur qui a travaillé - notamment - avec Marie-France, Jill Caplan ou Julien Clerc. Intéressant, aussi, de noter qu'un groupe canadien (Suzy & The Dentists) reprendra également cette gentille ritournelle punk. Marie-Marie a-t-elle défendu en live cette curiosité sortie sur une major ? Je ne le pense pas...

Baroque (Bordello)

Nous sommes en 1988, Baroque Bordello, le magnifique groupe new-wave parisien signe chez Polydor et sort son ultime single produit par Jay Alanski, le prince de la variété française (Plastic Bertrand, Marie-France, les Innocents, Jil Caplan... Etc.). Pour l'occasion, le groupe abandonne le "Bordello" et ne garde que le très comme il faut "Baroque". Ils en ont sans doute marre du peu du succès malgré un niveau qui dépasse la majorité des groupes du genre. Ce "Never Come Home" chanté en français rend hommage aux capacités vocales de leur chanteuse mais sonne diablement aseptisé par rapport à leur répertoire. Bien sûr, ce single n'aura aucun succès...

Sœur Sourire

Allez, on va un peu s'éloigner de notre sujet de référence avec ce post un peu décalé. Quoi que... Les goths ont toujours aimé détourner l'imagerie catholique ! Sœur Sourire est un ovni musical puisque cette sœur dominicaine belge a cartonné dans les sixties avec son tube "Dominique" partout dans le monde. Même aux USA où elle tiendra tête à Elvis, dans les charts, pendant plus d'une semaine. Dévouée, elle donnera toutes ses royalties (une coquette somme) à son couvent en oubliant de payer les impôts qui vont bien auprès de l'état belge. Et lorsque, sommée de payer des sommes astronomiques, elle se tourna vers le dit couvent, elle n'eut qu'un injuste et inexpliqué refus de l'institution. Pas très catholique. Jeanne-Paule Marie Deckers, l'âme en peine, quitte alors les ordres et se met à la colle avec sa copine (ça fait un peu désordre, à cette époque, pour une bonne sœur) et tente un come-back disco à la fin des années 70. Mais rien n'y fait. Ruinée et au bout du rouleau, elle se suicide. Ce qui est  franchement catastrophique quand on est une "bonne" catholique. Le destin de Sœur Sourire est particulièrement rock and roll. Il y a peu, je suis tombé sur une version flamande de son album "phare" comprenant son tube "Dominique" et plein d'autres très jolies chansons.