The Secret fait partie de ces groupes anglais dont l’histoire s’est retrouvée brouillée presque immédiatement, parasitée par un homonyme punk contemporain et par des compilations tardives qui ont mélangé les deux. Celui qui nous intéresse ici est le Secret signé chez Arista à la fin de 1977 autour du chanteur Mickey Modern, formation londonienne située quelque part entre glam tardif, proto-new-wave et power-pop naissante, et dont le premier témoignage discographique est un 45 tours aujourd’hui difficile à cerner : The Young Ones en face A, Handle A Vandal en face B.
Comme beaucoup d’aspirants groupes de la période charnière 1976-77, The Secret naît littéralement dans un studio : selon les notes d’archives, la formation se constitue en 1976 autour d’un huit pistes installé au-dessus du Flamingo, club historique de Soho. Le noyau comprend Mickey Modern (chant) et Michael Turner, avec une poignée de musiciens aux pseudonymes typiquement glam — Benny Leopard, Shrink, Percy Cute, Frankie Deepe — auxquels s’ajoute ponctuellement un jeune guitariste alors en transition entre deux passages dans Iron Maiden, Dave Murray. C’est dans ce contexte semi-amateur mais déjà professionnel que le groupe enregistre une série de titres, dont une relecture inattendue d’un standard pop britannique, The Young Ones.
À l’origine, The Young Ones est la chanson-titre du film musical The Young Ones, popularisée en 1962 par Cliff Richard dans une version mid-tempo sentimentale emblématique de la pop britannique pré-beat. Quinze ans plus tard, The Secret en propose une transformation radicale : tempo accéléré, piano martelé en continu, chant théâtral et guitares clinquantes. Le résultat conserve la mélodie immédiatement reconnaissable tout en la propulsant dans l’esthétique nerveuse de l’année 1977, au point que certaines reprises punk ultérieures semblent davantage dériver de cette lecture que de l’original. Ce type d’appropriation d’un répertoire pop national par la nouvelle génération n’a alors rien d’isolé — on pense aux détournements de standards sixties par les groupes pub-rock et punk — mais la version de The Secret se distingue par son mélange d’emphase glam et d’urgence proto-punk.
Arista UK, alors en quête de jeunes groupes capables de capter l’énergie émergente sans rompre totalement avec la tradition pop, signe la formation et publie le single à la fin de 1977. Handle A Vandal, en face B, est une composition du tandem Andrews/Turner, plus ancrée dans la power-pop britannique : riff simple, chœurs appuyés, structure directe. L’ensemble correspond bien à ce moment précis où la new wave n’est pas encore codifiée et où coexistent maquillage glam, songwriting pop et nervosité punk. Malgré ce positionnement relativement lisible, le disque ne rencontre pas de succès notable et le groupe reste à la périphérie de la scène londonienne.
Réécouté aujourd’hui, le single Arista de 1977 apparaît comme un document typique de la zone grise entre glam finissant et new wave naissante, où des musiciens encore imprégnés de pop britannique classique tentent d’accélérer le tempo de leur héritage. La reprise de The Young Ones y fonctionne à la fois comme geste ironique et comme affirmation générationnelle : prendre l’hymne romantique d’une Angleterre pré-Beatles et le rejouer à la vitesse et avec l’électricité de 1977. C’est peut-être dans ce décalage — plus que dans la rareté du disque — que réside aujourd’hui l’intérêt durable de The Secret.