Nuit Blanche se forme en juin 1982, à l’occasion de la première Fête de la musique. Les musiciens ne se connaissent pas vraiment avant de se retrouver dans le groupe : certains se rencontrent par petites annonces, dont Michel, le batteur. Une manière assez peu romantique de constituer un groupe, mais qui va plutôt bien fonctionner. Pour leur premier concert, le 23 juin 1982, Nuit Blanche se retrouve devant près de 4 000 personnes. Pas vraiment le genre de début discret que l’on pourrait attendre d’une formation encore inconnue.
Le groupe s’installe rapidement dans le paysage parisien avec une musique qu’il décrit lui-même comme mélodieuse et rythmée, mais difficile à enfermer dans une catégorie précise. Le nom Nuit Blanche pourrait laisser imaginer quelque chose de sombre, voire dépressif. Les intéressés s’en défendent : il n’y a pas de raison particulière derrière ce choix, si ce n’est que quelques personnes avaient imaginé qu’ils faisaient de la musique triste. « C’est complètement faux », expliquent-ils quelques années plus tard. Le nom est simplement venu comme ça.
La formation connaît quelques changements au cours de ses premières années, principalement au niveau du saxophone. En 1986, le groupe en est déjà à son troisième saxophoniste, considéré cette fois comme définitif. Pour le reste, la formation serait restée relativement stable depuis les débuts. Nuit Blanche revendique d’ailleurs une véritable conception collective du groupe. Il n’y a pas de compositeur attitré : tout le monde participe à l’écriture, aussi bien pour la musique que pour les paroles. La guitare sert souvent de point de départ, mais les morceaux se construisent ensuite à plusieurs. Une méthode qui n’est pas toujours de tout repos, les désaccords étant évidemment plus nombreux lorsque plusieurs personnes doivent tomber d’accord, mais qui correspond parfaitement à leur conception du groupe.
Leurs chansons ne répondent pas non plus à une ligne directrice très précise. Les membres viennent d’horizons différents et considèrent leurs morceaux comme une sorte de condensé de ces expériences. Ils se méfient notamment des chansons trop ouvertement démonstratives ou porteuses d’un message. Ils préfèrent les histoires, les voyages, les situations un peu surréalistes et les textes qui laissent aux auditeurs la possibilité de se faire leur propre idée. Une approche qui permet de comprendre un peu mieux des titres comme « Nuit Blanche » ou l’étrange « Adolf'umanchu ».
Nuit Blanche entretient très tôt des relations avec les studios WW installés quai de la Gare à Paris. Le groupe explique avoir été l’un des premiers à y jouer, avant même la création de la fameuse compilation WW. C’est d’ailleurs par ce biais qu’il se retrouve sur cette compilation, avec notamment « Living Stone », qui devient selon eux leur morceau le plus diffusé sur les radios. Cette expérience débouche sur un 45 tours en 1983, « Nuit Blanche / Adolf'umanchu », publié par les disques WW. Deux titres qui témoignent de cette période où une multitude de groupes français enregistrent dans des conditions souvent artisanales et tentent de profiter des nouvelles structures qui apparaissent autour de la scène rock indépendante.
Mais Nuit Blanche ne se contente pas de ce premier 45 tours. En 1985, le groupe enregistre de nouveaux morceaux et, au printemps 1986, un maxi trois titres est terminé, pochette comprise. Il ne reste théoriquement plus qu'à le presser. Dans l'interview publiée dans le premier numéro de Bloodi Rock en juin 1986, les musiciens racontent avec une certaine philosophie leurs rapports avec les maisons de disques. Le disque aurait dû sortir rapidement, mais les délais s’allongent. Ils ont pourtant déjà présenté leurs morceaux à de nombreux interlocuteurs et obtenu des avis plutôt encourageants. Le groupe précise cependant ne pas avoir voulu transformer sa musique en produit excessivement commercial et avoir fini par mettre un terme à cette course au contrat.
Nuit Blanche va finalement poursuivre son parcours discographique. En 1988 paraît chez CBS, sous le label Griffe, un nouveau 45 tours, « Européenne avenue / Infidèle ». Entre le premier disque chez WW et cette sortie chez une major, six années se sont écoulées depuis la formation du groupe. Six années pendant lesquelles Nuit Blanche aura connu les scènes parisiennes, plusieurs saxophonistes, les studios WW, une compilation, un 45 tours, un maxi annoncé puis une nouvelle étape discographique chez CBS.
Une trajectoire finalement assez représentative de ces groupes français du début des années 80 qui pouvaient passer de la débrouille des petites annonces et des studios indépendants aux catalogues des grandes maisons de disques sans pour autant renoncer complètement à leur fonctionnement collectif. Avec son étrange « Adolf'umanchu », son écriture à plusieurs mains et ses chansons aux contours parfois surréalistes, Nuit Blanche reste aujourd’hui l’un de ces groupes dont un unique 45 tours suffit à donner envie de chercher ce qu’il y avait derrière.