Plaisir Solitaire

En 1984, Plaisir Solitaire fait partie de ces groupes français qui tentent leur chance avec les moyens du bord. Originaire de Tourcoing, le groupe publie cette année-là un 45 tours autoproduit réunissant « Guerre perpétuelle » et « Les Armées de demain », deux titres qui donnent immédiatement une couleur assez particulière au disque.
 
Pourtant, Plaisir Solitaire ne se résume pas à ces deux chansons. Le groupe est alors constitué de Frank à la batterie, de son frère Karl au chant et à la guitare, de Maixent à la basse et au chant et d'Opritchnick à la guitare et au chant. Une formation à plusieurs voix qui dispose déjà d'un répertoire suffisamment étoffé pour ne pas avoir à s'en remettre uniquement aux morceaux du 45 tours. Sur scène figurent notamment « La Parisienne », « Les Armées de demain », « Les Chinois à Moscou », « Sur les Trottoirs » et « Rien à Redire ».
 
Après une période d'arrêt, Plaisir Solitaire reprend les concerts et se fait notamment remarquer à Lille, où le groupe se produit à la Boîte à Musique. Son rock est alors décrit comme frais et dynamique, avec des références qui vont de Starshooter à Téléphone. Quelques semaines auparavant, le groupe avait remporté le Festival de Tourcoing, organisé le 25 novembre 1984 devant un jury de 600 personnes. Pour un groupe autoproduit encore loin des circuits de l'industrie discographique, le parcours est plutôt encourageant.
 
Le contenu du 45 tours va cependant contribuer à lui coller une étiquette dont Plaisir Solitaire cherche manifestement à se débarrasser. Avec « Guerre perpétuelle » et « Les Armées de demain », difficile de ne pas voir dans le groupe une formation particulièrement préoccupée par les questions militaires ou politiques. Pourtant, les autres morceaux du répertoire montrent une palette beaucoup plus large. Les deux titres du single correspondent surtout à une période précise dans l'écriture du groupe et ne constituent pas nécessairement son programme musical.
 
Cette volonté de ne pas être enfermé dans une catégorie se retrouve aussi dans la musique. Plaisir Solitaire se revendique avant tout comme un groupe de rock et regarde avec une certaine distance la multiplication des étiquettes qui accompagne alors les différentes scènes : new wave, rock, psychédélisme et autres chapelles. Les influences sont à chercher du côté des Who, des Rolling Stones, des Beatles, mais aussi des groupes apparus après 1977. Une culture rock assez large, donc, plutôt qu'une volonté de reproduire un courant précis.
 
Le groupe évolue à une époque où la situation des jeunes formations françaises n'est pas forcément simple. Après l'explosion punk et new wave de la fin des années 70, les maisons de disques se montrent plus prudentes. Les groupes qui arrivent après la première vague doivent se battre pour attirer leur attention, alors que l'industrie a déjà largement cherché ses nouveaux Téléphone. Pour Plaisir Solitaire, l'autoproduction constitue donc autant une nécessité qu'une manière de tenter d'exister sans attendre qu'une maison de disques vienne frapper à la porte.
 
Sur scène, le groupe défend une conception énergique du rock mais pas forcément associée à la violence gratuite. L'énergie, le mouvement, le défoulement : oui. La baston et les débordements : beaucoup moins. L'objectif reste finalement celui de beaucoup de groupes de cette époque : jouer fort, jouer devant du monde et faire en sorte que le public passe un bon moment.
 
Le nom lui-même participe à cette volonté de ne pas trop se prendre au sérieux. Plaisir Solitaire n'a pas vocation à cacher un concept compliqué ou une quelconque théorie. Le groupe y voit surtout une petite provocation, suffisamment ambiguë pour laisser chacun lui donner le sens qu'il souhaite.
 
Après ce 45 tours, les traces de Plaisir Solitaire deviennent malheureusement beaucoup plus difficiles à suivre. Pas d'album qui permette de prolonger l'expérience, pas de discographie abondante et, semble-t-il, pas de véritable passage dans les circuits professionnels qui aurait permis au groupe de laisser une empreinte plus importante.
 
Il reste donc ce petit 45 tours autoproduit de 1984, enregistré par un groupe de Tourcoing qui avait déjà quelques concerts, un festival remporté et suffisamment de chansons pour envisager la suite. « Guerre perpétuelle » et « Les Armées de demain » donnent aujourd'hui une image forcément incomplète de Plaisir Solitaire. Deux titres qui ont probablement davantage contribué à définir le groupe dans l'esprit de ceux qui l'ont découvert que les musiciens eux-mêmes ne l'auraient souhaité. Et une nouvelle trace de cette multitude de groupes français qui, au début des années 80, ont sorti un disque, joué quelques concerts et puis se sont presque entièrement volatilisés.