Il n’y a presque rien à raconter sur Carol, et c’est probablement ce qui rend ce 45 tours aussi intriguant. En 1981 ou 1982 selon les sources, un disque apparaît en Belgique avec deux titres, « Breakdown » et « So Low ». Pas de biographie détaillée, pas de carrière discographique à rallonge, pas de photos permettant vraiment de mettre un visage sur le nom. Juste ces deux morceaux et une atmosphère particulièrement étrange.
Derrière Carol se trouve notamment Micky Mike, pseudonyme de Marcel Thiel, musicien de l’underground belge qui deviendra plus tard beaucoup plus connu sous le nom de Snowy Red. Ici, il délaisse en partie l’énergie punk pour bricoler une musique électronique minimale, froide et dépouillée. Carol assure le chant tandis que Micky Mike s’occupe des machines. Le résultat tient davantage de l’expérimentation que de la chanson pop traditionnelle.
« Breakdown », placé en face A, repose sur une rythmique sèche et une électronique rudimentaire, avec cette sensation très particulière des premiers enregistrements minimal synth : peu de moyens, peu d’éléments, mais suffisamment d’espace entre eux pour que chaque son prenne de l’importance. « So Low », en face B, pousse encore plus loin cette économie de moyens. Le morceau est plus lent, plus sombre, presque immobile, et la voix de Carol semble flotter au-dessus d’une mécanique électronique réduite à l’essentiel.
Le disque appartient à cette période fascinante où certains musiciens issus du punk et de la new wave commencent à utiliser les synthétiseurs, les boîtes à rythmes et les premiers équipements électroniques accessibles pour fabriquer une musique qui ne ressemble pas encore vraiment à ce que l’on appellera plus tard le minimal synth. En Belgique, cette scène va progressivement devenir particulièrement active, mais Carol reste un projet à part, pratiquement sans lendemain.
C’est surtout « So Low » qui va finir par attirer l’attention des collectionneurs et des amateurs de musiques électroniques obscures. Le morceau réapparaît au fil des années dans des sélections consacrées à la cold wave et au minimal synth, tandis que le 45 tours original devient difficile à trouver. Le peu d’informations disponibles autour de Carol ne fait qu’ajouter au charme de l’affaire : qui était réellement Carol, comment le projet est-il né et pourquoi s’est-il arrêté après ces deux titres ? Les réponses restent difficiles à trouver.
Il faudra attendre 2016 pour que Weyrd Son Records, label bruxellois particulièrement attentif aux recoins oubliés de la musique électronique belge, réédite « Breakdown / So Low ». Plus de trente ans après sa sortie supposée, le disque peut enfin être redécouvert par un nouveau public.
Carol fait ainsi partie de ces petits objets musicaux qui semblent avoir été enregistrés presque en dehors de leur époque. Deux morceaux, une poignée de musiciens, très peu d’informations et une musique qui, plusieurs décennies plus tard, continue de sonner aussi dépouillée qu’étrange. Dans le grand inventaire de l’underground belge du début des années 80, « Breakdown / So Low » est une petite anomalie. Et comme souvent avec les anomalies, on a davantage envie de l’écouter que de chercher à tout expliquer.