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Mary Goes Round

À la fin des années 1980, Mary Goes Round se forme autour de Jérôme Avril et Cécile Balladino et commence son parcours sous le nom de Red Light. Leur première apparition scénique a lieu en 1986 au Rex Club, en première partie de Sonic Youth. Le groupe évolue ensuite vers une formule plus dépouillée et apparaît sur les compilations Unreleased avec The Shelter en 1987 puis The Nightmare en 1988.
 
C'est finalement sous la forme d'un duo composé de Jérôme Avril et Cécile Balladino que Mary Goes Round enregistre Sunset. Les sessions commencent à la fin de 1988 et se poursuivent au début de l'année suivante au Studio du Val d'Orge, à Épinay-sur-Orge. Le studio appartient alors à Jean Taxi, et ce nom fera peut-être écho à certains lecteurs de Bouloup : c'est également dans ce studio que Monkey Business et Stereo Child, deux groupes de l'underground parisien de l'époque, ont enregistré leurs démos. Un petit point de rencontre entre plusieurs histoires musicales qui, à l'époque, n'avaient évidemment pas vocation à se retrouver dans les mêmes pages.
 
Sunset sort en 1989, d'abord sous la forme d'un mini-LP autoproduit de sept titres distribué par New Rose. On y trouve notamment Mary Sleeps Alone, Dark Times, The Night, The Promised Land, The Great Desire, Sunset et Teardrops Again. Une édition CD publiée par la suite ajoutera cinq morceaux, parmi lesquels The Nightmare, Mary in the Sky, On the Sea, The Shelter et Another Sunset.
 
La musique de Mary Goes Round repose sur un mélange de guitares mélodiques, de claviers, de rythmiques électroniques et d'atmosphères crépusculaires. La cold wave est bien présente, mais le groupe ne se contente pas d'en appliquer les recettes. Certains morceaux possèdent une dimension plus pop ou psychédélique, avec des mélodies qui viennent adoucir les ambiances sombres. Mary Goes Round se retrouve ainsi à proximité de groupes comme Asylum Party ou Little Nemo, tout en conservant une personnalité propre. Le groupe évolue dans cette scène française de la fin des années 80 où post-punk, new wave, cold wave et pop indépendante se croisent régulièrement.
 
Avec son premier disque, Mary Goes Round laisse le souvenir d'un groupe qui avait trouvé un équilibre assez personnel entre mélodies pop, guitares, claviers et atmosphères plus sombres. Sunset reste surtout l'un de ces disques qui permettent de replonger dans une scène française de la fin des années 80 beaucoup plus riche qu'on ne pourrait l'imaginer aujourd'hui, avec ses petits labels, ses compilations, ses studios et tous ces groupes qui enregistraient parfois quelques morceaux sans savoir quelle place ils occuperaient, ou non, dans l'histoire.
 
La suite de l'histoire va cependant assez rapidement éloigner Mary Goes Round de l'atmosphère la plus ouvertement cold wave de ses débuts. Quelques mois seulement après Sunset, le groupe publie 70 Suns in the Sky chez Lively Art. Sorti en novembre 1989, ce premier véritable album aligne notamment Mary's Garden, On My Way Back Home, Useless Day, Clouds & Clouds, Who Believes in Better Days?, Eagle, Any Mary I See, Nightfall et Kiss Me Love. Le disque reste ancré dans la new wave, mais le groupe y affirme déjà une envie de sortir du cadre. Les guitares prennent davantage de place, les rythmiques se font plus nerveuses et certaines chansons lorgnent franchement vers le rock. La reprise du Nile Song de Pink Floyd donne également une indication sur cette volonté d'aller voir ailleurs.
 
En 1990, Mary Goes Round poursuit dans cette direction avec le maxi Hot Shot in Space, avant de publier Highway Planet. Ce dernier disque accentue encore le côté rock du groupe. Mary Soul Damage, Is Mary Magic?, Orange Car, Shut Up and Die ou Kiss and Kill montrent un groupe qui s'éloigne progressivement de l'image cold wave qui lui est souvent accolée aujourd'hui. Même si les claviers et certaines atmosphères restent présents, le son devient plus direct et plus électrique.
 
En 1991 paraît Mary in Wonderland, dernier album du groupe. Cette fois, l'évolution est particulièrement nette. Mary Goes Round semble vouloir assumer davantage le côté rock de sa musique, avec une approche plus brute qui tranche avec les premières productions. Rock Made in France évoque même un rapprochement avec le garage rock des Troggs. Cette évolution explique peut-être aussi pourquoi il est finalement assez réducteur de résumer Mary Goes Round à la seule scène Touching Pop : le groupe n'a cessé de déplacer ses propres frontières au fil des disques.
 
L'aventure s'arrête en 1993 avec le départ de Cécile Balladino. Dans une interview publiée en 2011, elle explique qu'elle avait commencé à avoir envie d'autre chose depuis plusieurs mois et qu'elle préférait arrêter plutôt que d'enregistrer un nouvel album avec le sentiment que l'énergie des débuts n'était plus là. Jérôme Avril tente alors de poursuivre, mais un concert suffit finalement à montrer que la formule ne fonctionne plus de la même manière. Mary Goes Round disparaît ainsi après quelques années seulement, laissant derrière elle quatre albums, un maxi et une poignée de titres qui auront accompagné une partie de la scène alternative française de la fin des années 80 et du début des années 90.
 
L'histoire ne s'arrête pourtant pas complètement pour Jérôme Avril. Il poursuit ensuite son activité musicale sous le nom de Brachko. Le catalogue de Mary Goes Round a par ailleurs été réédité en 2007 par Infrastition sous la forme de deux doubles CD, Way to Wonderland et Way Back Home. Plus récemment, Avril a remis en ligne une partie importante du catalogue, permettant de retrouver Sunset, 70 Suns in the Sky, Highway Planet et Mary in Wonderland, mais aussi des enregistrements plus tardifs associés à Brachko.
 
Avec le recul, la trajectoire de Mary Goes Round est donc peut-être plus intéressante que la simple étiquette « cold wave française » souvent utilisée pour les présenter. Parti d'une scène où les guitares froides, les claviers et les boîtes à rythmes étaient encore largement associés à la new wave, le groupe s'est progressivement dirigé vers un rock plus affirmé avant de disparaître. Sunset constitue le point de départ de cette histoire, mais les disques qui suivent montrent surtout un groupe qui cherchait encore sa direction au moment même où il commençait à être identifié.
 

Ultime Possibilité

Originaire de Bourges, Ultime Possibilité (UP pour les intimes) apparaît vers 1986 dans une ville où l'effervescence musicale est entretenue par le Printemps de Bourges, les radios libres et un tissu associatif particulièrement dynamique. Si leur nom est aujourd'hui presque tombé dans l'oubli, Ultime Possibilité s'inscrit pleinement dans cette génération de groupes qui, loin de Paris, participent à l'essor d'une scène indépendante inventive et ambitieuse. À l'écoute de leurs enregistrements, on perçoit immédiatement les influences de la new wave européenne : des synthétiseurs omniprésents, des boîtes à rythmes, des guitares cristallines et une voix portée par une mélancolie qui évoque aussi bien Little Nemo que Mary Goes Round, Guerre Froide ou Collection d'Arnell-Andréa.
 
Avant de publier leur unique 45 tours, le groupe enregistre une cassette démo de six titres aujourd'hui quasiment introuvable. On y retrouve Would You Smile, Sea Of Faces, No More Lies, La Chambre Vide, Guardian Angel et Pensées Nocturnes. Ce premier enregistrement montre déjà une particularité du groupe : alterner chansons en anglais et en français, une pratique assez répandue dans la scène cold française de l'époque, où les influences britanniques côtoient une identité profondément hexagonale.
 
Ultime Possibilité ne tarde pas à sortir du simple cadre local. En 1987, deux morceaux, Coute Que Coute et What Was Your Mission, figurent sur la compilation The Unknown 4, qui rassemble plusieurs formations prometteuses de la scène indépendante. L'année suivante, Coute Que Coute réapparaît sur Orcades Machinales Vol. 1, une compilation devenue culte chez les amateurs de cold wave française, aux côtés de groupes tels que X Ray Pop, Collection d'Arnell-Andréa, In Aeternam Vale, Pavillon 7B ou encore Fureur Parallèle. Cette présence témoigne de la reconnaissance dont bénéficie alors le groupe dans les réseaux spécialisés, même si cette notoriété restera confidentielle.
 
C'est également en 1988 qu'Ultime Possibilité publie son seul véritable disque, le 45 tours Errance, accompagné de No More Lies en face B. Édité sous la référence MSR 54052 par Milk Shake Records, petit label indépendant particulièrement actif dans les marges de la scène française, le disque est aujourd'hui recherché par les collectionneurs. Milk Shake Records a notamment publié des groupes comme Corps Diplomatique, Villa Medicis, Amour Puzzle, Exophen ou Zéro Comics, constituant au fil des années un catalogue devenu une véritable photographie de cette scène alternative de la fin des années 1980.
 
Les archives disponibles révèlent également une apparition du groupe dans l'émission télévisée ZAP, où il interprète Coute Que Coute en playback. Cette prestation constitue vraisemblablement la seule archive vidéo connue d'Ultime Possibilité, renforçant encore le caractère presque mythique du groupe auprès des passionnés.
 
Malheureusement, c'est aussi à ce moment que la trace d'Ultime Possibilité s'interrompt. Aucun album ne verra le jour et tout laisse penser que le groupe se sépare peu après la sortie d'Errance. Comme tant d'autres formations indépendantes de cette époque, il disparaît avant d'avoir pu développer une discographie plus conséquente, victime sans doute des faibles moyens de production et de diffusion qui caractérisaient alors le rock indépendant français.
 
Les recherches menées pour cet article montrent combien il est difficile de reconstituer l'histoire complète d'un groupe comme Ultime Possibilité. Les noms des musiciens demeurent, à ce jour, introuvables. Ni les bases de données musicales, ni les archives accessibles des fanzines spécialisés, ni les catalogues en ligne ne permettent de les identifier avec certitude. Les pistes les plus prometteuses passent désormais par les archives non numérisées de la presse régionale, les collections de la Fanzinothèque de Poitiers, les dépôts de la SACEM ou encore les documents conservés par les anciens responsables de Milk Shake Records. Il n'est pas impossible que les réponses s'y trouvent encore, attendant simplement d'être redécouvertes.
 
C'est peut-être aussi ce qui fait tout le charme d'Ultime Possibilité. Plus de trente-cinq ans après la sortie d'Errance, le groupe demeure une énigme, un nom qui surgit au détour d'une compilation culte ou d'un vieux 45 tours chiné chez un disquaire. Une de ces formations qui rappellent que l'histoire du rock français ne s'écrit pas seulement avec les groupes devenus célèbres, mais aussi avec tous ceux qui, le temps de quelques chansons, ont laissé une empreinte discrète mais durable dans la mémoire des amateurs de musique indépendante.